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Industrie brassicole : le groupe Kadji à la conquête de l’Afrique de l’Ouest avec deux usines à 120 milliards de FCFA

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Industrie brassicole : le groupe Kadji à la conquête de l’Afrique de l’Ouest avec deux usines à 120 milliards de FCFA
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(Investir au Cameroun) – Au cours de ce mois d’avril 2026, l’Union camerounaise de brasseries (UCB), entreprise du groupe Kadji fondé par le défunt milliardaire Joseph Kadji Defosso, devrait mettre sur le marché camerounais ses premières bières et boissons hygiéniques conditionnées en canettes, selon des sources proches du dossier. Ces produits sortiront de la nouvelle usine du brasseur, dont la construction a été engagée en 2023 sur le site de la Kadji Sports Academy (KSA), dans la périphérie de Douala.

« Les essais de l’usine sont en cours de finalisation. Les produits seront en principe disponibles sur le marché dans la seconde moitié du mois d’avril », confie une source proche du projet. Baptisée « usine Moungo », cette unité industrielle a mobilisé un investissement estimé à environ 100 milliards de FCFA. Elle affiche une capacité annuelle de 2 millions d’hectolitres, soit un volume équivalent à celui de la première usine de l’entreprise, implantée dans la zone industrielle de Douala-Bassa.

Avec cette nouvelle infrastructure, le groupe Kadji double ainsi ses capacités de production au Cameroun, tout en élargissant son offre de conditionnement. Mais l’enjeu dépasse le seul marché local.

Le 25 mars 2026, à Aba, dans l’État d’Abia au Nigeria, le groupe a en effet inauguré, à travers sa filiale Ultimum Limited, sa première unité brassicole hors du Cameroun. Le montant de l’investissement est évalué à 20 milliards de FCFA. Cette implantation permet au groupe camerounais de prendre pied sur le marché nigérian, le plus important d’Afrique de l’Ouest, porté par une population de plus de 220 millions d’habitants.

La Côte d’Ivoire comme future base logistique régionale

Selon nos informations, ces deux nouvelles usines, d’un coût cumulé de 120 milliards de FCFA, s’inscrivent dans une stratégie plus large : celle de l’expansion du groupe Kadji sur le marché ouest-africain. Dans cette perspective, le brasseur camerounais prévoit l’ouverture d’un centre de distribution en Côte d’Ivoire, pays choisi pour servir de hub régional.

Ce centre devrait être approvisionné à la fois depuis Aba, au Nigeria, et depuis Douala, au Cameroun, où la mise en service de l’usine Moungo doit considérablement renforcer les capacités industrielles du groupe. Autrement dit, Kadji cherche à articuler base de production et plateforme logistique pour structurer une présence plus offensive en Afrique de l’Ouest.

Cette stratégie de déploiement hors des frontières camerounaises intervient dans un contexte de forte concentration du marché local au profit de son principal concurrent, la Société anonyme des boissons du Cameroun (SABC). Depuis juillet 2022, cette filiale du groupe français Castel a conclu avec le britannique Diageo une opération de 300 milliards de FCFA en vue du rachat de Guinness Cameroun, alors numéro deux du secteur dans le pays.

Une expansion régionale sur fond de pression concurrentielle au Cameroun

Le groupe Kadji a contesté cette transaction, estimant qu’elle ne respectait ni les exigences de transparence ni les règles de concurrence. Malgré le recours introduit par le brasseur camerounais devant la juridiction communautaire compétente de la Cemac, l’opération a été approuvée le 26 mars 2023 par les autorités de la concurrence du Cameroun et de la sous-région.

Cette validation a consolidé la position dominante de la SABC sur le marché brassicole camerounais, avec une part estimée à environ 90 %. Dans ce contexte, l’expansion régionale engagée par le groupe Kadji apparaît aussi comme une réponse stratégique au durcissement de la concurrence sur son marché domestique.

Au-delà de cette pression locale, le déploiement du groupe vers l’Afrique de l’Ouest s’inscrit également dans le contexte de mise en œuvre progressive de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf). Cet accord ouvre aux entreprises du continent la perspective d’un marché commun de plus de 1,3 milliard de consommateurs. Pour Kadji, l’enjeu consiste désormais à convertir cette ouverture en relais concret de croissance, en s’appuyant sur un outil industriel renforcé au Cameroun et sur une première implantation productive au Nigeria.

Brice R. Mbodiam

Lire aussi:

30-09-2023 - Austin Ufomba (DG de l’UCB, président du Capa) : « Ce changement impactera les ristournes payables en janvier 2024 »

29-03-2023 - Industrie brassicole : le rachat de Guinness Cameroun par Castel approuvé par les autorités de la concurrence

12-03-2024 - Castel revendique plus de 45 milliards de FCFA d’investissements depuis le rachat de Guinness Cameroun en 2023

29-06-2023 - Prix du gaz : SABC, UCB, Chococam, Panzani, Agrocam, Sasel et SCTB engagent un bras de fer avec Gaz du Cameroun

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conviction personnelle ou calcul stratégique ?

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conviction personnelle ou calcul stratégique ?
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Alors que le monde du football se déchire autour de Gianni Infantino, Samuel Eto’o a choisi son camp. Un choix qui, mis en perspective avec les dossiers judiciaires et éthiques qui collent au président, alimente une question que beaucoup n’osent formuler tout haut. Samuel Eto’o achète-t-il son positionnement ou sa tranquillité au prix de sa loyauté ?

Sans aucune consultation, Samuel Eto’o déclare le soutien de la Fecafoot à Infantino

Dans un entretien accordé à CNN Sport cette semaine, Samuel Eto’o a pris tout le monde de court. La pression sur Gianni Infantino n’a jamais été aussi forte. Des appels à sa démission se multiplient à quelques mois de l’élection présidentielle de la FIFA prévue en mars. C’est à ce moment-là que le président de la Fecafoot a volé au secours de l’Italo-Suisse. Il a affirmé ne voir aucune faute dans la gestion d’Infantino, notamment autour du très contesté plan « FIFA Forward Enterprise » (FFE), et est même allé plus loin. Samuel Eto’o a réclamé que ce projet controversé soit remis sur la table. Selon lui, l’agitation actuelle ne serait qu’une manœuvre politique liée au calendrier électoral de la FIFA.

Cette sortie tranche nettement avec le climat ambiant. Car au même moment, une brochette de légendes du football mondial a signé une lettre ouverte appelant à une refondation de la gouvernance de l’instance suprême. Parmi les signataires : Didier Drogba, Robert Pirès, Bixente Lizarazu, Emmanuel Petit, Claudio Pizarro ou encore Emmanuel Adebayor. Le texte, très offensif, dénonce un pouvoir qui aurait fini par brouiller la frontière entre les intérêts personnels des dirigeants et l’intérêt supérieur du football. Ils réclament que joueurs et supporters aient enfin voix au chapitre dans la gouvernance du sport.

Deux mondes, deux discours. D’un côté, des figures historiques qui exigent des comptes. De l’autre, un président de fédération qui aime le bruit qui monte au créneau pour défendre l’homme le plus critiqué du football mondial.

Un timing qui ne doit rien au hasard, selon les mauvaises langues

Ce grand écart n’aurait rien d’anormal si Samuel Eto’o n’était pas lui-même empêtré dans une accumulation de dossiers sensibles.

Samuel Eto’o flirte souvent avec les limites disciplinaires. La CAF l’a déjà sanctionné à deux reprises. Une amende de 200 000 dollars en 2024 pour manquements graves à l’éthique. Il fut cependant blanchi de l’accusation plus lourde de manipulation de matches. Puis une suspension de quatre matchs et une nouvelle amende début 2026, après un coup de sang en tribune lors de la CAN. Même si la sanction est tombée en appel.

Il y a ensuite le volet financier et judiciaire, largement documenté par Camfoot.com. Le Tribunal de Grande Instance du Mfoundi a récemment condamné la Fecafoot à verser plus d’1,18 milliard de FCFA à deux agences de voyage pour des factures impayées. Le dossier de l’ancien sélectionneur Toni Conceiçao, licencié dans des conditions jugées abusives par la FIFA, le TAS et la justice suisse, continue également d’empoisonner les relations entre la fédération et l’État camerounais.

À cela s’ajoute une plainte pour éthique déposée depuis plus d’un an par un ancien membre du comité exécutif, Guibai Gatama, contre Eto’o lui-même — plainte que la Commission d’éthique de la Fecafoot tarde toujours à trancher, au point que les avocats du plaignant parlent désormais de déni de justice. Sa Comission de Discipline refuse d’entendre plusieurs causes lourdes dans lesquelles il est impliqué. on se souvient des virements de fonds de l’institution Fécafoot directement dans ses comptes personnels. Comment aurait-il pu s’en sortir si un haut gradé de la FIFA ne le protégeait pas ?

Samuel Eto’o aussi vocal pour Infantino, mais pas pour Paul Biya

C’est dans ce contexte que l’interview accordée à CNN prend un relief particulier. Pour une partie de l’opinion et plusieurs observateurs, la question mérite d’être posée. Ce soutien appuyé à Infantino, à un moment charnière pour l’avenir du patron de la FIFA, ne serait-il pas aussi une manière pour Eto’o de sécuriser la mansuétude des instances internationales sur ses propres dossiers ?

À ce jour, aucun élément public ne permet d’établir un lien de cause à effet entre le soutien d’Eto’o à Infantino et un quelconque traitement de faveur sur ses dossiers en cours. Il a cependant mieux fait que lors de la Présidentielle au Cameroun puisqu’il ne s’est pas autant dévoilé pour Paul Biya. Eto’o lui-même a donné sa propre explication : selon lui, la fronde actuelle contre Infantino ne serait qu’un calcul électoral de la part de ses adversaires, à l’approche du scrutin de mars. Une lecture qui, si elle est contestable, n’est pas non plus dénuée de toute logique dans un milieu où les alliances se nouent souvent autour des échéances de pouvoir.

Entre les légendes qui réclament une refondation du football mondial et un président de fédération qui choisit de défendre l’homme le plus contesté de la FIFA, le contraste est saisissant. Que ce choix relève d’une conviction sincère, d’un calcul politique ou d’une stratégie de protection mutuelle, seuls les faits à venir permettront de trancher. En attendant, la Fecafoot devra, elle, répondre de ses propres dossiers — devant la justice camerounaise, devant la Commission d’éthique.

Source : Camfoot

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Carreaux : Keda Cameroon quadruple ses revenus à 58,7 milliards FCFA et produit 21,2 millions de m² en 2025

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Carreaux : Keda Cameroon quadruple ses revenus à 58,7 milliards FCFA et produit 21,2 millions de m² en 2025
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(Investir au Cameroun) – Keda Cameroon Ceramics a réalisé en 2025 des revenus d’activité principale de 700,89 millions de yuans, soit environ 58,7 milliards de FCFA au taux indicatif de 83,75 FCFA pour un yuan. Un an plus tôt, la filiale camerounaise du groupe chinois Keda Industrial avait enregistré 171,82 millions de yuans, environ 14,4 milliards de FCFA. Ses revenus ont ainsi été multipliés par 4,08, soit une progression de 307,9 %.

Ce bond confronte toutefois la première année complète d’exploitation de l’usine à une année 2024 encore partielle. Les deux lignes camerounaises de carreaux n’étaient entrées en production qu’au troisième trimestre 2024. La croissance publiée traduit donc autant le changement d’échelle industriel qu’un important effet de base.

La progression des ventes s’est par ailleurs accompagnée d’une contraction du taux de marge brute, passé de 35,33 % à 30,66 %, soit une baisse de 4,67 points. Ces données apparaissent dans la réponse de Keda Industrial à une demande d’informations de la Bourse de Shanghai, publiée le 21 juillet 2026 dans le cadre du projet de rachat des actionnaires minoritaires de Tefu International.

Une production supérieure à la capacité nominale

Les revenus spécifiquement tirés des carreaux ont atteint 695,67 millions de yuans, soit environ 58,2 milliards de FCFA, en hausse de 309,5 %. Ce produit représente ainsi 99,3 % des revenus d’activité principale communiqués pour la filiale camerounaise.

La production est passée de 8,87 millions à 21,21 millions de mètres carrés entre 2024 et 2025, soit une progression de 139,1 %. Rapportée à la capacité de 20,1 millions de mètres carrés attribuée au Cameroun pour 2025, cette production correspond à un taux apparent d’utilisation de 105,5 %. Un dépassement de la capacité nominale peut notamment résulter d’une exploitation plus intensive des lignes que les hypothèses techniques retenues pour calculer leur capacité.

Le chiffre de 8,38 millions de mètres carrés associé à 2024 ne doit pas être présenté comme une ancienne capacité annuelle. Il correspond exactement à cinq mois d’exploitation d’une capacité annuelle de 20,1 millions de mètres carrés. Le document de Keda pondère en effet les capacités selon la date de mise en service des équipements.

Dans le périmètre des activités de carreaux de Tefu International, le Cameroun représentait en 2025 10,13 % des capacités et 10,52 % des revenus. Il est ainsi devenu le quatrième marché de ce périmètre par les revenus des carreaux, derrière le Ghana, le Kenya et le Sénégal.

Cette montée en puissance repose sur un projet dont le budget initial est chiffré à 488,88 millions de yuans, environ 40,9 milliards de FCFA. Au 31 décembre 2025, Keda déclarait avoir transféré 478,50 millions de yuans, soit près de 40,1 milliards de FCFA, en immobilisations. Les travaux avaient débuté en octobre 2022 et la mise en immobilisation comptable est intervenue en août 2024, trois mois après la date initialement envisagée.

L’usine, implantée dans la zone de Kribi, est alimentée depuis le centre de traitement de gaz de Bipaga. Selon la SNH, le raccordement repose sur un gazoduc de 5,27 km, construit pour environ 7,2 milliards de FCFA, et les besoins de l’usine sont estimés entre 3,5 et 6,5 millions de pieds cubes de gaz par jour. Deux contrats avaient été signés le 29 septembre 2022 : le premier entre la SNH et Perenco pour l’approvisionnement, le second entre la SNH et Keda Cameroon pour l’achat du gaz.

Le taux de marge recule, mais la marge brute triple

La baisse du taux de marge ne signifie pas que la marge brute a diminué en valeur. Appliqué aux revenus publiés, le taux de 30,66 % fait ressortir une marge brute d’environ 214,9 millions de yuans en 2025, soit près de 18 milliards de FCFA. En 2024, le même calcul donnait environ 60,7 millions de yuans, ou 5,1 milliards de FCFA.

La marge brute aurait donc augmenté d’environ 254 % en valeur, malgré une baisse de 4,67 points de son poids relatif dans les revenus. Ce montant reste toutefois un calcul arithmétique fondé sur des taux arrondis. Il ne correspond ni au résultat d’exploitation, ni au bénéfice net, ni aux flux de trésorerie générés par la filiale.

Keda ne publie pas le résultat net de Keda Cameroon, ses charges administratives et financières, ses impôts acquittés localement ou ses volumes effectivement vendus. Il n’est donc pas possible de mesurer la rentabilité nette du complexe, sa contribution fiscale ou la part de sa production ayant effectivement remplacé des importations.

L’écart entre la croissance des revenus des carreaux, de 309,5 %, et celle de la production, de 139,1 %, peut refléter une combinaison de prix, de mix de produits, de volumes vendus et de variations de stocks. Il ne permet pas, à lui seul, de calculer un prix de vente camerounais. Le prix moyen de 32,40 yuans le mètre carré publié pour 2025 — en hausse de 29,9 % — concerne l’ensemble du périmètre Tefu International, et non le seul marché camerounais.

Keda ne fournit pas non plus d’explication propre au recul de la marge camerounaise. La phase de démarrage, le niveau d’utilisation des lignes, le mix de produits, les dépenses commerciales ou la concurrence constituent des hypothèses possibles, mais aucune ne peut être présentée comme une cause établie.

Les comptes semestriels 2026 ne permettent pas d’actualiser le Cameroun

Le rapport semestriel 2026 de Keda Industrial, publié le 25 août et non audité, confirme la progression de l’ensemble du pôle des matériaux de construction à l’étranger. Ses revenus ont atteint 4,93 milliards de yuans au premier semestre, environ 412,6 milliards de FCFA, en hausse de 30,7 %. Sa marge brute s’est améliorée de 7,08 points, à 43,88 %, tandis que la production de carreaux a progressé de 12,5 %, à environ 110 millions de mètres carrés.

Aucun de ces indicateurs n’est ventilé par pays. Ils ne permettent donc pas de déterminer le chiffre d’affaires, la production ou la marge de Keda Cameroon au premier semestre 2026.

Le rapport fait également apparaître une garantie de 21,89 millions d’euros, soit 14,36 milliards de FCFA, accordée conjointement au bénéfice de Tilemaster Investment et de Keda Cameroon Ceramics jusqu’au 15 juin 2030. Le montant est inférieur de 27,3 % aux 30,10 millions d’euros figurant dans le rapport semestriel 2025. Le tableau ne ventile cependant pas cette garantie entre les deux bénéficiaires et ne permet pas de l’assimiler au solde d’un prêt propre à Keda Cameroon.

Les données camerounaises avaient été publiées pendant l’examen du projet de Keda Industrial visant à acquérir les 51,55 % de Tefu International qu’il ne détenait pas encore, pour 7,47 milliards de yuans. Le 10 août 2026, la Bourse de Shanghai a mis fin à l’examen, après que son comité eut estimé que la société n’avait pas« suffisamment expliqué la rationalité de la croissance du chiffre d’affaires ni l’équité du prix de l’opération », selon une traduction du chinois.

Cette réserve concernait la croissance et la valorisation de l’ensemble de Tefu International, pas spécifiquement Keda Cameroon. Keda Industrial a abandonné la transaction quelques jours plus tard, sans perdre le contrôle de Tefu International.

Le changement d’échelle de l’usine camerounaise est donc établi : ses revenus ont dépassé 58 milliards de FCFA et sa production 21 millions de mètres carrés dès sa première année complète d’exploitation. Mais faute de comptes locaux détaillés, la rentabilité nette, les recettes fiscales générées et l’incidence réelle sur les importations camerounaises restent à documenter.

Baudouin Enama

Lire aussi :

07-05-2024 – Carreaux : l’entrée en production de l’usine du chinois Keda reportée en juillet 2024

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interrogeons notre droit, notre société, notre héritage

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«Il y a quinze ans, un événement a fissuré le vernis de notre société : l’enlèvement du bébé de Vanessa Tchatchou. Ce drame n’était pas seulement une affaire judiciaire. Il était une épreuve philosophique, un révélateur politique, un miroir moral tendu à une nation qui peine encore à se regarder en face», commente le socio-politologue Vincent Sosthène Fouda.

Lire ici sa tribune :

Aujourd’hui, la fille de Vanessa a quinze ans. Quinze ans : l’âge où l’on commence à comprendre que le monde n’est pas seulement ce qu’il montre, mais ce qu’il cache. Quinze ans : l’âge où l’on interroge les silences, les omissions, les renoncements. Quinze ans : l’âge où l’on demande des comptes. Et nous, Camerounais, que pouvons‑nous répondre ?

  1. Le droit comme promesse trahie

Le droit, dans toute société, est une promesse. Une promesse de protection, de vérité, de justice. Une promesse que l’État fait à ses citoyens : « Vous ne serez pas seuls. »

Mais dans l’affaire Vanessa, le droit a vacillé. Il a hésité. Il a tergiversé. Il s’est réfugié dans les procédures, dans les silences, dans les lenteurs. Il a laissé une adolescente dormir sur les bancs d’un hôpital pendant des mois, comme si la justice pouvait attendre que la douleur se fatigue.

Le droit n’a pas été un rempart. Il a été un labyrinthe.

Et lorsque le droit devient un labyrinthe, c’est la société qui se perd.

  1. La société camerounaise face à son propre héritage

Dans l’affaire Vanessa, ce ne sont pas les institutions qui ont parlé en premier : ce sont nos héritages. Le Jour et son directeur de rédaction Stephane Tchakam, dans son édition du 17 janvier 2012, titrait en une : « Rendez‑moi mon bébé ! », rappelant que le cri d’une adolescente avait mis à nu un système où le silence administratif est plus solide que la loi. Ce silence n’est pas neutre : il est l’héritage direct des pratiques coloniales où l’administration se percevait comme une forteresse, non comme un service.

Les archives de la presse camerounaise — Mutations, Le Messager — ont montré à plusieurs reprises que l’État préfère souvent la gestion interne à la transparence publique, comme si la vérité était une menace et non une obligation. Hannah Arendt écrivait que « le mal se nourrit de l’absence de pensée » : dans notre contexte, il se nourrit de l’absence de parole institutionnelle. Le silence n’est pas une omission ; il est une structure. Et cette structure a étouffé Vanessa avant même que la justice ne s’en saisisse.

La verticalité du pouvoir, héritée des régimes autoritaires, a également pesé lourd dans cette affaire. Les enquêtes journalistiques menées à l’époque — notamment celles de Radio France Internationale et de Canal 2 International avec Blanche Bidga— montraient une administration paralysée par la peur de « remonter » l’information, comme si la vérité devait d’abord être filtrée par la hiérarchie avant d’être dite au peuple. Cette sacralisation des institutions, que Fanon décrivait comme « la survivance des formes coloniales dans les corps administratifs », a transformé l’hôpital de Ngousso en un espace où l’autorité comptait davantage que la justice.

La résignation collective, elle, est le fruit d’une longue histoire de frustrations : nous avons appris à attendre que « les autres » fassent, que « les grands » décident, que « le pouvoir » tranche. Mais comme le rappelle Hannah Arendt, la liberté commence par une question : « Qu’ai‑je fait, moi, dans cette histoire ? » Or, dans l’affaire Vanessa, nous ne l’avons pas posée assez fort. Nous avons laissé l’héritage parler à notre place. Et cet héritage, lui, ne connaît ni la justice ni la compassion.

III. La philosophie comme lieu de vérité

La philosophie n’est pas un luxe dans une affaire comme celle‑ci. Elle est un lieu où l’on dépose ce que le droit ne parvient pas à dire, ce que la procédure ne sait pas nommer, ce que l’institution ne veut pas voir. Elle est ce que Paul Ricœur appelait « l’herméneutique du soupçon » : la capacité de lire derrière les faits, derrière les silences, derrière les omissions. Dans l’affaire Vanessa, la philosophie devient un outil de vérité parce qu’elle permet de comprendre que l’injustice n’est pas seulement un acte, mais une structure ; qu’elle n’est pas seulement un crime, mais un héritage ; qu’elle n’est pas seulement une faute, mais une manière de fonctionner.

  1. Hannah Arendt : la banalité du mal et l’absence de jugement

Hannah Arendt nous enseigne que le mal n’est pas toujours spectaculaire. Il peut être administratif, routinier, procédural. Il peut être le résultat d’une absence de jugement, d’une obéissance mécanique, d’une incapacité à penser ce que l’on fait. Dans l’affaire Vanessa, le mal n’a pas été commis seulement par ceux qui ont volé l’enfant : il a été commis par ceux qui ont vu, su, entendu… et n’ont pas jugé. Ceux qui ont laissé la procédure remplacer la conscience, la hiérarchie remplacer la responsabilité, le silence remplacer la vérité.

Cette logique rejoint ce que Marcien Towa dénonçait comme « l’aliénation par obéissance », cette manière de se soumettre à des structures sans jamais interroger leur légitimité. Elle rejoint aussi Fabien Eboussi‑Boulaga lorsqu’il écrivait que « l’imposture du pouvoir consiste à se présenter comme neutre alors qu’il est traversé par des héritages qui le dépassent ». L’hôpital de Ngousso n’a pas seulement été le lieu d’un crime : il a été le théâtre d’une abdication collective du jugement.

  1. Paul Ricœur, Emmanuel Levinas et l’humanisme chrétien : la mémoire comme responsabilité

Paul Ricœur nous rappelle que la mémoire n’est pas un musée : elle est une responsabilité. Oublier Vanessa, c’est accepter que l’injustice devienne une habitude, que la douleur des faibles soit soluble dans le temps. Emmanuel Levinas, lui, nous enseigne que le visage de l’autre nous oblige : « Le visage est ce qui nous interdit de tuer. » Le visage de Vanessa, jeune mère de dix‑sept ans, aurait dû obliger l’État à protéger, à dire la vérité, à rendre justice.

L’humanisme chrétien, porté par Engelbert Mveng, nous rappelle que la dignité humaine est sacrée, que chaque vie est un absolu, que l’enfant volé n’est pas seulement une victime mais une interpellation morale. Mveng écrivait que « l’homme est une valeur infinie » : cette valeur infinie a été piétinée lorsque l’on a volé un bébé dans un hôpital public. La mémoire, ici, n’est pas un devoir abstrait : elle est un impératif éthique, un commandement de justice, un appel à ne pas laisser la souffrance devenir un simple fait divers.

  1. Frantz Fanon, Eboussi‑Boulaga et la violence des structures : comprendre ce que le droit ne dit pas

Frantz Fanon nous enseigne que les sociétés postcoloniales portent en elles des violences structurelles qui se reproduisent même sans intention : violences administratives, violences symboliques, violences sociales. L’affaire Vanessa est l’une de ces violences. Elle révèle un État qui protège ses procédures avant ses citoyens, une administration qui sacralise ses hiérarchies avant ses responsabilités, une société qui s’habitue à l’inacceptable.

Eboussi‑Boulaga parlait de « l’État‑spectacle », cet État qui montre des formes mais cache des failles. Le droit, ici, n’a pas dit la vérité : il a dit la structure. Et la structure, elle, est violente. Comprendre Vanessa, c’est comprendre que la justice ne peut pas être seulement normative : elle doit être libératrice. Elle doit rompre avec les héritages qui étouffent, avec les silences qui tuent, avec les résignations qui paralysent.

  1. Interroger notre propre héritage

Interroger l’affaire Vanessa, c’est interroger notre propre héritage. Non pas l’héritage que l’on célèbre dans les discours officiels, mais celui qui travaille nos institutions de l’intérieur : l’héritage des silences, des peurs, des hiérarchies, des renoncements. Nous devons avoir le courage de poser les questions qui dérangent, celles que les sociétés préfèrent éviter parce qu’elles obligent à se regarder dans le miroir sans fard. Pourquoi un hôpital public a‑t‑il pu devenir le théâtre d’un enlèvement ? Pourquoi l’État n’a‑t‑il pas protégé une mineure en détresse ? Pourquoi la vérité n’a‑t‑elle jamais été pleinement établie ? Pourquoi la société a‑t‑elle fini par se fatiguer de ce combat ? Pourquoi avons‑nous accepté que l’affaire Vanessa devienne un souvenir plutôt qu’une exigence ?

Ces questions ne sont pas seulement juridiques : elles sont civilisationnelles. Elles interrogent notre rapport à la justice, à la vérité, à la maternité, à la vulnérabilité, à la dignité humaine. Elles interrogent ce que nous sommes devenus, et ce que nous avons cessé d’être.

  1. Un héritage de structures : entre silence, peur et sacralisation du pouvoir

Le philosophe Basile Juléat Fouda rappelait que « la société qui refuse de se juger se condamne à répéter ses fautes ». Dans l’affaire Vanessa, nous avons vu à l’œuvre un héritage qui dépasse les individus : un héritage de structures. Le silence administratif, hérité des pratiques coloniales, a étouffé la vérité avant même que la justice ne s’en saisisse. La verticalité du pouvoir, héritée des régimes autoritaires, a paralysé les responsables, incapables de dire ce qu’ils savaient sans l’autorisation d’une hiérarchie lointaine. La sacralisation des institutions, héritée d’une culture de soumission, a transformé l’hôpital en un espace où l’autorité comptait davantage que la vie d’un enfant.

Basile Juléat Fouda insistait sur la nécessité de « désacraliser les structures pour rendre la parole aux vivants ». Dans cette affaire, les vivants — Vanessa, son enfant, les témoins, les citoyens — ont été réduits au silence par des structures qui ont parlé à leur place. Et ces structures, elles, ne connaissent ni la compassion ni la justice.

  1. Une société qui s’habitue à l’inacceptable

La résignation collective est l’un des héritages les plus lourds de notre histoire. Elle est le fruit d’une longue succession de frustrations, de promesses non tenues, de vérités étouffées. Elle est ce que Frantz Fanon appelait « la fatigue de l’espérance », ce moment où le peuple cesse de croire que la justice est possible. Dans l’affaire Vanessa, cette fatigue s’est manifestée par un glissement progressif : le cri d’une mère est devenu un débat, puis une polémique, puis un souvenir.

Mais comme le rappelait Basile Juléat Fouda, « une société qui s’habitue à l’inacceptable cesse d’être une société : elle devient une mécanique ». Une mécanique qui fonctionne sans conscience, sans mémoire, sans responsabilité. Une mécanique qui sacrifie les faibles pour préserver les apparences. Une mécanique qui transforme l’injustice en routine.

  1. Sommes‑nous une société qui protège les faibles ou une société qui les sacrifie ?

C’est la question centrale. La question que l’affaire Vanessa nous impose. La question que nous avons trop longtemps évitée.

Sommes‑nous une société qui protège les faibles ou une société qui les sacrifie ? Sommes‑nous une société qui écoute les mères ou une société qui les réduit au silence ? Sommes‑nous une société qui défend la vérité ou une société qui préfère l’oubli ? Sommes‑nous une société qui se juge ou une société qui se dérobe ?

Basile Juléat Fouda écrivait que « la vérité n’est pas un luxe moral : elle est la condition de la survie collective ». Interroger notre héritage, c’est accepter que la vérité nous blesse avant de nous libérer. C’est accepter que l’affaire Vanessa n’est pas un accident, mais un symptôme. C’est accepter que notre société doit se réinventer si elle veut protéger ses enfants.

Interroger notre héritage, c’est enfin répondre à la question arendtienne : « Qu’ai‑je fait, moi, dans cette histoire ? » Et cette question, nous ne l’avons pas posée assez fort.

  1. Quinze ans après : ce que nous devons à cette enfant

Quinze ans après, il nous faut regarder la fille de Vanessa non comme un symbole, mais comme une vie — une vie qui a traversé l’ombre avant même de connaître la lumière. Elle est un sujet de droit, une citoyenne, une mémoire vivante de ce que nous avons été incapables de protéger. À travers elle, c’est notre propre faillite que nous devons reconnaître : la faillite d’un État qui n’a pas su protéger une mineure, la faillite d’une société qui s’est habituée à l’inacceptable, la faillite d’institutions qui ont laissé le droit se taire. Nous lui devons la vérité, parce que la vérité est la première forme de justice. Nous lui devons la justice, parce que la justice est la première forme de réparation. Nous lui devons la reconnaissance, parce que la reconnaissance est la première forme de dignité. Nous lui devons la réparation, parce que la réparation est la première forme de mémoire. Et nous lui devons la mémoire, parce que la mémoire est la seule manière de ne pas recommencer.

Nous lui devons aussi de ne plus jamais laisser un enfant être volé dans un hôpital public. Nous lui devons de ne plus jamais laisser une mère crier seule. Nous lui devons de ne plus jamais laisser la société détourner les yeux. Nous lui devons de ne plus jamais laisser le droit se réfugier dans les procédures pour éviter la vérité. Quinze ans après, cette enfant nous oblige à un serment collectif : celui de rompre avec les héritages qui étouffent, avec les silences qui tuent, avec les résignations qui paralysent. Elle nous oblige à reconstruire un pays où la maternité est protégée, où la vulnérabilité est respectée, où la dignité humaine est sacrée. Ce que nous devons à cette enfant, c’est de faire en sorte que son histoire ne soit plus jamais possible. C’est de faire en sorte que son existence devienne le point de départ d’une société qui protège enfin les faibles au lieu de les sacrifier.

Conclusion : ce que j’ai fait, ce que je fais encore

J’ai mené ce combat de toutes mes forces. Je l’ai mené parce que j’ai cru. Je l’ai mené parce que je crois encore.

Je crois que le Cameroun peut devenir une société qui protège. Je crois que le droit peut redevenir une promesse. Je crois que la mémoire peut devenir une force. Je crois que la vérité peut encore être dite. Je crois que la justice peut encore être rendue. Mais je crois aussi — et c’est peut‑être le plus important — que l’espoir n’est pas une émotion : c’est une volonté. Alain, le philosophe de l’action, écrivait que « l’optimisme est une fausse espérance, mais l’espoir est une volonté ». L’espoir n’attend pas : il agit. Il ne se contente pas de rêver un monde meilleur : il commence à le construire, pierre après pierre, acte après acte, vérité après vérité.

Quinze ans après, la fille de Vanessa n’est pas seulement l’âge de notre conscience. Elle est l’âge de notre responsabilité. Elle est l’âge où nous devons comprendre que les failles de notre société ne sont pas des fatalités, mais des chantiers. Que nos silences ne sont pas des destinées, mais des renoncements. Que nos héritages ne sont pas des prisons, mais des matériaux à transformer.

Nous devons poser les bases d’une société de transparence, de respect et de droit. Une société où l’hôpital protège, où l’État répond, où la justice parle, où la vérité circule. Une société où la dignité humaine n’est plus un slogan, mais une pratique quotidienne. Une société où la vulnérabilité n’est plus une faiblesse, mais un appel à la protection. Une société où la mémoire n’est plus un fardeau, mais une lumière.

Ricoeur nous rappelle que « la justice commence là où la mémoire refuse l’oubli ». Arendt nous enseigne que « la liberté commence par le jugement ». Mveng nous dit que « l’homme est une valeur infinie ». Eboussi‑Boulaga nous avertit que « la vérité est la condition de la survie collective ». Et Alain nous montre que l’action est la seule manière de rendre l’espoir réel.

Alors oui, la fille de Vanessa a quinze ans. Elle est l’âge où le Cameroun doit enfin se juger. Elle est l’âge où nous devons décider si nous voulons continuer à détourner les yeux ou commencer à regarder en face. Elle est l’âge où l’espoir doit devenir une volonté.

Et moi, Vincent‑Sosthène Fouda, je continue. Parce que je crois. Parce que je refuse d’oublier. Parce que je refuse que l’injustice devienne notre héritage. Parce que je sais que l’action — la vraie, celle qui naît de la pensée et se nourrit de la vérité — peut encore sauver ce pays.

Et parce que je sais que l’espoir, lorsqu’il devient volonté, peut tout transformer.

Je dédie cet article à tous les anonymes qui ont refusé le silence, à tous les journalistes qui ont été à nos côtés, qui ont porté la vérité comme un flambeau, et qui ne sont plus de ce monde. Leur courage demeure, leur voix nous accompagne, leur mémoire nous oblige.

« Lux in tenebris lucet » — la lumière brille dans les ténèbres. Puissent leurs noms, même lorsqu’ils ne sont pas connus, continuer d’éclairer notre marche vers la justice.

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