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À Yaoundé, le coton africain part à la conquête des investisseurs industriels

(Investir au Cameroun) – A Yaoundé, les principaux pays africains producteurs de coton veulent déplacer le dossier coton hors du seul terrain commercial. En marge de la 14e Conférence ministérielle de l’OMC, les pays du C-4+ Bénin, Burkina Faso, Mali, Tchad et Côte d’Ivoire ont présenté une plateforme destinée à attirer des capitaux dans la transformation locale, de la fibre au textile, jusqu’à l’habillement. C’était le 25 mars dernier, dans le cadre de la Conférence de haut niveau sur le Partenariat pour le Coton (PPC).
L’idée est simple : exporter moins de coton brut et conserver en Afrique une part beaucoup plus importante de la valeur ajoutée. Avec le Partenariat pour le coton, lancé en 2024 avec l’appui de l’OMC et de plusieurs partenaires, les promoteurs de l’initiative entendent bâtir, sur la période 2026-2030, une offre suffisamment crédible pour séduire les investisseurs sur l’ensemble de la chaîne de valeur.
L’enjeu est loin d’être marginal. Les pays du C-4+ totalisent plus d’un million de tonnes de production par an, soit environ la moitié de la production africaine et près de 4 % de la production mondiale. Pourtant, cette puissance agricole reste peu transformée localement. Selon la directrice générale de l’OMC, Ngozi Okonjo-Iweala, 98 % du coton produit dans la région est encore exporté à l’état brut. Les promoteurs du partenariat évaluent à 12 milliards de dollars, sur dix ans, les financements nécessaires pour développer la filature, le textile et l’habillement, avec à la clé plusieurs centaines de milliers d’emplois directs et indirects.
Cette orientation marque un tournant. Pendant plus de vingt ans, les producteurs africains ont surtout porté, au sein de l’OMC, la bataille contre les subventions accordées par les grandes puissances à leurs propres filières cotonnières, sans obtenir de résultats véritablement décisifs. Désormais, l’ambition est ailleurs. Il s’agit moins d’attendre une correction du marché mondial que de construire sur place les maillons industriels qui manquent encore. Comme l’a résumé Jean-Marie Paugam, directeur général adjoint de l’OMC, l’objectif est de « monter en valeur ajoutée ».
Le Cameroun veut capter une part de la dynamique
Pour le Cameroun, la séquence de Yaoundé ouvre une double perspective. D’un côté, le pays peut renforcer sa stature diplomatique sur un dossier sensible pour plusieurs économies africaines. De l’autre, il cherche à se positionner sur les retombées industrielles et logistiques qu’une montée en gamme de la filière coton-textile pourrait générer en Afrique centrale.
Le sujet a, au Cameroun, une portée économique tangible. Comme l’a rappelé le ministre du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana, le coton figure parmi les leviers identifiés pour soutenir l’industrialisation régionale. Les résultats de la Sodecoton illustrent ce poids : l’entreprise a bouclé l’exercice 2024 avec un chiffre d’affaires de 223,35 milliards de FCFA, un bénéfice net de 5,49 milliards et une valeur ajoutée de 44,39 milliards. La même année, les exportations de coton brut ont rapporté 177,2 milliards de FCFA, soit 5,4 % des recettes totales d’exportation du pays.
Selon des données relayées par Investir au Cameroun à partir de statistiques de la BEAC, la production nationale pourrait atteindre environ 350 100 tonnes en 2025, après 340 000 tonnes en 2024. Mais au-delà de la hausse des volumes, c’est bien la transformation locale qui constitue le cœur de la stratégie publique. La Stratégie nationale de développement 2020-2030 identifie la filière textile-confection-cuir comme un axe majeur de transformation structurelle. Elle fixe notamment l’objectif de porter la production cotonnière à 600 000 tonnes par an, de transformer industriellement au moins 50 % de la fibre locale d’ici à 2030 et d’intégrer au moins 60 % de coton camerounais dans les tenues des grands corps de l’État.
Le projet industriel annoncé pour 180 milliards de FCFA, avec une capacité de transformation de 12 000 tonnes par an, s’inscrit dans cette logique. En toile de fond, les autorités visent un renforcement du secteur secondaire, dont la part dans le PIB devrait atteindre 36,8 % à l’horizon 2030, tandis que la valeur ajoutée manufacturière est attendue à 25 %.
Du plaidoyer commercial à la bataille industrielle
La portée de l’initiative présentée à Yaoundé tient précisément à ce changement de perspective. Le coton africain n’est plus seulement défendu comme une cause commerciale, au nom d’une concurrence jugée déséquilibrée. Il est désormais présenté comme un levier industriel susceptible d’attirer des investisseurs, d’organiser des chaînes de production régionales et de soutenir une stratégie de transformation productive.
Reste que l’ambition affichée devra se confronter à des obstacles bien connus : besoin massif de financements, coût de l’énergie, défis logistiques, compétitivité industrielle et capacité à organiser de manière cohérente l’ensemble de la chaîne, de la filature à la confection. C’est sans doute davantage sur ce terrain que dans les seules enceintes commerciales que se jouera la crédibilité du nouveau discours africain sur le coton.
Pour le Cameroun comme pour ses voisins, la question n’est donc plus uniquement d’exporter davantage de fibre. Elle est de transformer sur place, de capter une part plus importante de la richesse créée et, au fond, de faire du coton autre chose qu’une simple matière première destinée aux marchés extérieurs.
Baudouin Enama
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