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Durée du mandat des députés et des conseillers municipaux : l’exception érigée en règle

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Durée du mandat des députés et des conseillers municipaux : l’exception érigée en règle
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Dans son éditorial politique du lundi 23 mars 2026, dont la version audio a été diffusée sur les antennes de la Radio Tiémeni Siantou (90.5 FM à Yaoundé et Bafang), Eric Boniface Tchouakeu revient sur le projet de loi relatif à la modification des mandats des députés et conseillers municipaux.

Le Gouvernement a déposé à la chambre basse du parlement le 19 mars 2026, un projet de loi portant prorogation du mandat des députés du 31 mars au 20 décembre 2026.

Selon les autorités, le texte a été élaboré en application de l’article 15(4) de la constitution qui dispose qu’ « en cas de crise grave, ou lorsque les circonstances l’exigent, le Président de la République peut, après consultation du Président du Conseil Constitutionnel et des Bureaux de l’Assemblée Nationale et du Sénat, demander à l’Assemblée Nationale de décider par une loi, de proroger ou d’abréger son mandat. »

« Cette prorogation vise d’une part, à alléger la charge financière que font peser les élections sur le budget de l’Etat , dans un contexte économique difficile, particulièrement à la suite des élections du Président de la République et des Conseillers Régionaux, pour lesquelles, d’importants moyens ont été mobilisés , afin d’assurer la prise en charge financière, matérielle et sécuritaire des scrutins concernés, explique le Gouvernement dans l’exposé des motifs du projet de loi.

Il indique ensuite d’autre part, que « ce temps supplémentaire permettra à l’organe en charge de l’organisation matérielle des élections, de se réajuster pour assurer une organisation plus sereine de ce scrutin.

Initialement attendues en février 2025, la durée du mandat des députés comme celui des conseillers municipaux étant théoriquement de cinq(05) ans, les élections législatives avaient été repoussées préalablement au premier semestre 2026, avant d’être à nouveau renvoyées, au regard du récent projet de loi , déposé au parlement ,qui à la vue du rapport de force politique au sein de l’institution dans laquelle le parti au pouvoir est ultra majoritaire, sera adopté sans problème.

Le mandat des conseillers municipaux qui avait été prorogé de 15 mois devrait s’achever le 31 mai 2026. Mais on s’attend à une autre prorogation de trois mois et peut-être plus, si les textes sont modifiés en amont.

Car les autorités en raison des contraintes financières devraient faire en sorte que les futures élections législatives et municipales soient organisées le même jour, comme c’est le cas depuis 2002.

Il faut également relever que c’est depuis les consultations organisées en 2007, que le calendrier des législatives et des municipales subit régulièrement des glissements. Ainsi, ces scrutins attendus en 2012, avaient été organisés en 2013, ceux de 2018, en 2020. On ignore encore quand exactement auront lieu les prochains scrutins de cette nature attendus depuis 2025.

Difficile dans ces conditions de continuer à soutenir sans risque de se tromper, que la durée du mandat des députés et des conseillers municipaux au Cameroun est effectivement de cinq (05) ans, comme le prévoit les textes. Car les exceptions qu’offrent ces textes à l’exécutif pour déterminer in finé à sa guise la date effective de l’organisation des élections législatives et municipales sont abondamment voire abusivement utilisés par ce dernier, au point de faire de ces exceptions la norme.

Une telle façon d’agir constitue une entorse à la démocratie, car la détermination du calendrier électoral ne doit pas être réservée à une seule personne, ou un seul groupe appelé à compétir ensuite avec des adversaires.

Des réformes s’imposent donc pour plus d’équité à ce niveau.

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« pendant que le pays s’enlise, la classe politique s’écharpe sur les réseaux »

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« pendant que le pays s’enlise, la classe politique s’écharpe sur les réseaux »
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Le deuxième vice-président national du Social Democratic Front (SDF), Louis Marie Kakdeu, appelle la classe politique camerounaise à recentrer le débat sur les problèmes économiques et sociaux du pays, dénonçant une vie politique qu’il estime de plus en plus dominée par les querelles sur les réseaux sociaux.

Dans une tribune publiée samedi, intitulée « Le clash comme programme politique, ou comment le régime dort tranquille », l’économiste et universitaire estime qu’une partie de l’opposition consacre désormais davantage d’énergie aux affrontements entre personnalités qu’aux propositions destinées à répondre aux difficultés quotidiennes des Camerounais.

« Pendant que le pays se noie, s’éteint et s’enlise, une néo-classe politique s’écharpe sur les réseaux sociaux », écrit-il.

Louis Marie Kakdeu cite notamment les difficultés liées aux infrastructures routières, aux approvisionnements en gaz, au coût de la vie et au chômage. Il déplore que ces sujets suscitent, selon lui, moins d’attention sur les réseaux sociaux que les polémiques entre responsables politiques.

Lire la tribune de Louis Marie Kakdeu :

« Cameroun : le clash comme programme politique, ou comment le régime dort tranquille

Coup de gueule : Pendant que le pays se noie, s’éteint et s’enlise, une néo-classe politique s’écharpe sur les réseaux sociaux. Le pouvoir n’a même plus besoin de se défendre. Les informations sur la mauvaise gouvernance du pays font beaucoup moins de bruit que la querelle de personnes. Ce n’est pas un accident. C’est un système. Et la néo-opposition dite « radicale » a pour mission d’aider le régime en place à distraire le peuple.

Une distraction regrettable

L’on met désormais 4 heures de temps en voiture entre Douala (Yassa) et Edéa (moins de 50 km), mais le citoyen qui est assis au fond d’un bus crasseux dans lequel il pleut ne se plaindra ni de la pluie qui tombe sur sa tête, ni de l’état de la route en dégradation avancée. Il cherche plutôt à sauver son téléphone et à se plaindre des problèmes de connexion internet qui l’empêchent de suivre en direct les clashes sur les réseaux sociaux : on y parle de tout sauf des milliers de Camerounais qui meurent sur les routes, de la pénurie de gaz, de la cherté du coût de la vie, du chômage massif, etc. On ne parle pas de ce qui accable le régime et qui concerne la vie quotidienne des citoyens. L’image de ce paradoxe camerounais est que les chômeurs ont voté le 12 octobre 2025 pour le ministre qui les a maintenus au chômage et qui leur a servi le bluff.

Le clash comme programme

Nous avons désormais une vie politique rythmée par des querelles, pas par des idées. Depuis la présidentielle d’octobre 2025, qu’a-t-on surtout débattu ? Des rumeurs de mœurs, des histoires d’argent, des « révélations » sans preuve et des audios « fuités ». Elles font cliquer, mais elles n’ont jamais produit un kilomètre de route ni un litre d’eau. Des procès en trahison sont le sport favori de certains. Il s’agit des débats sur la moralité des personnalités politiques comme s’il y avait un seul « saint » sur terre : « Que celui ou celle qui est saint(e) jette en premier la pierre sur l’autre ! ».

Vous voyez des gens dont les vies sont entièrement sales qui estiment que la vie des autres est sale. Un vrai paradoxe camerounais. On estime que la vie des personnalités politiques doit être « propre » comme si l’on était au ciel ou comme si l’on interdisait à certains d’être aussi « personnalités politiques » ou de le devenir pour monter le bon exemple. Une posture caractéristique d’un déficit criard d’engagement citoyen au Cameroun. Chaque jour, une part de l’énergie militante est dépensée à partager, commenter ou démentir des rumeurs.

Qui profite du bruit ?

La réponse est simple : le pouvoir en place. Un régime qui dure depuis plus de quarante ans n’a qu’un ennemi sérieux : le bilan. Tout débat sur les résultats l’oblige à répondre du délestage, du prix de l’eau, des chantiers inachevés, des budgets engloutis. Il n’a donc qu’un intérêt : que le débat porte sur autre chose. Chaque polémique entre néo-opposants lui offre ce cadeau. Avant les scrutins à venir, le régime affiche une retenue décrite comme de la discipline, pendant qu’une agitation désordonnée règne dans plusieurs camps de la néo-opposition. Le pouvoir peut se taire : la néo-opposition parle à sa place, et parle d’elle-même.

C’est le point le plus douloureux. Une partie de la néo-opposition qui se dit « radicale » a fait de la posture un projet : la dénonciation permanente, l’anathème contre ceux qui participent, le boycott érigé en principe, le « tout ou rien ». Elle vit du clash parce que le clash produit de l’audience, et l’audience passe pour une légitimité. Or, ni l’une ni l’autre ne remplacent une offre politique.

Le résultat est mécanique : Tant que « radical » signifie « celui qui hurle le plus fort », il n’y a ni programme chiffré, ni équipe prête à gouverner, ni ancrage local durable. Et le régime peut se présenter comme le seul acteur capable de gérer un État. On ne renverse pas un système avec des punchlines : on l’use par des propositions. Et c’est mon message principal aux citoyens camerounais. Je ne m’attends pas à être entendu ; je ne suis pas dupe. Mais je joue mon rôle.

À l’inverse, l’opposition authentique, celle qui fait le travail patient (élus locaux, programmes sur l’eau, l’énergie, la décentralisation, contre-budgets, contrôle de l’action gouvernementale), n’a ni les plateaux ni les partages. On dit de cette opposition qu’elle est invisible dans l’espace public qui récompense le scandale. Elle est pourtant la seule à préparer l’alternance et l’alternative pour de bon, celle qui permettra de gouverner ensuite et de gouverner utilement.

Le Cameroun n’a pas besoin d’un feuilleton de plus. Il a besoin d’eau, de courant, de routes, de caniveaux qui ne débordent pas. Tant que les acteurs politiques préféreront le buzz et le bluff, les Camerounais continueront de payer la note, et le régime dormira tranquille.

Louis Marie Kakdeu, MPA, PhD & HDR
Deuxième Vice-Président National du SDF

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