Actualités locales
Me Claude Assira démonte le système Biya

Sur le plateau de Canal Press ce dimanche, Me Claude Assira à dénoncer les changements à la tête de l’Assemblée nationale et du Sénat Camerounais.
Pour Me Claude Assira, il ne s’agit pas d’un réel changement tel que espéré par le peuple, mais des manigances du système Biya pour perdurer au pouvoir.
« Dans tout ce pays, qui compte, on dit, entre 20 et 25 millions de personnes, avec des intellectuels, avec des gens brillants qu’on peut voir, il n’a trouvé pour pouvoir continuer à l’accompagner que des personnes qui disent la même chose que lui, qui chantent tous les jours, que Paul Biya, voilà.
S’il avait au moins, même simplement en faisant semblant, pris d’autres personnes qui venaient d’ailleurs, peut-être que là j’aurais vu l’acte de ce qu’on appelle un homme d’État, dont j’ai du mal à voir. Alors si vous n’attendez d’acte d’homme d’État que par ces petites manœuvres qui sont des manœuvres de manigance, je pense que nous-mêmes, nous voyons vraiment petit bras.
Donc il n’y a pas là-dedans quelque chose qui me semble être annonciateur d’une espérance réelle. Ce n’est que des manœuvres pour continuer à vivre. Et vous allez voir que même les éléments qui vont arriver un peu plus tard, c’est-à-dire qu’on va sans doute avoir une modification de la Constitution la semaine prochaine ou la semaine d’après, avec le changement dans la structure, il va y avoir un poste de vice-président et tout le reste, c’est que M. Biya est retrouvé simplement, et tout son pouvoir et tout son système, dans la situation où ils sont dos mûrs, ils ne peuvent pas faire autrement que de donner l’impression d’échanger.
Mais ce sont les changements pour ne rien changer à la réalité, pour continuer à se maintenir, donner l’illusion qu’il y a quelque chose, qu’on a entendu, quoi que ce soit. Mais au fond, à la fin, je vous le dis, je le dis ici tous les jours, et cela est humainement concevable. L’homme d’État, celui que nous appelons, il sort de lui-même.
Il se dépasse, il se transcende, il a une assaise. Il n’y a rien dans ce que nous voyons. On est resté toujours dans les petites choses, entre soi, voilà, entre petits amis, et il ne se passera rien.
Donc, par conséquent, au jour où nous sommes, je vous l’ai dit la dernière fois, on discutait, je pense qu’à la place de M. Aboya, il y avait un autre membre du temps, du RDPC. On a pris langue ici. Je vous ai dit, attendons, d’abord, premièrement, vous n’aurez pas le gouvernement dans les délais.
On y est encore, ça doit faire 3 ou 4 mois que vous vous avez invité ici. Il n’y a pas de gouvernement. Même lorsqu’il va y avoir le gouvernement, il n’y aura aucune révolution.
Parce que tant que vous avez la même énergie, qui inspire les mêmes personnes. Dites-vous toujours que, si ceux qui ont accompagné pendant 35 ans peuvent subir l’injustice, entre guillemets, la ressentir comme ça, je me demande si vous devriez vous sentir à l’aise à continuer à s’inventer. Moi je vous, voilà, observons simplement ».
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« pendant que le pays s’enlise, la classe politique s’écharpe sur les réseaux »

Le deuxième vice-président national du Social Democratic Front (SDF), Louis Marie Kakdeu, appelle la classe politique camerounaise à recentrer le débat sur les problèmes économiques et sociaux du pays, dénonçant une vie politique qu’il estime de plus en plus dominée par les querelles sur les réseaux sociaux.
Dans une tribune publiée samedi, intitulée « Le clash comme programme politique, ou comment le régime dort tranquille », l’économiste et universitaire estime qu’une partie de l’opposition consacre désormais davantage d’énergie aux affrontements entre personnalités qu’aux propositions destinées à répondre aux difficultés quotidiennes des Camerounais.
« Pendant que le pays se noie, s’éteint et s’enlise, une néo-classe politique s’écharpe sur les réseaux sociaux », écrit-il.
Louis Marie Kakdeu cite notamment les difficultés liées aux infrastructures routières, aux approvisionnements en gaz, au coût de la vie et au chômage. Il déplore que ces sujets suscitent, selon lui, moins d’attention sur les réseaux sociaux que les polémiques entre responsables politiques.
Lire la tribune de Louis Marie Kakdeu :
« Cameroun : le clash comme programme politique, ou comment le régime dort tranquille
Coup de gueule : Pendant que le pays se noie, s’éteint et s’enlise, une néo-classe politique s’écharpe sur les réseaux sociaux. Le pouvoir n’a même plus besoin de se défendre. Les informations sur la mauvaise gouvernance du pays font beaucoup moins de bruit que la querelle de personnes. Ce n’est pas un accident. C’est un système. Et la néo-opposition dite « radicale » a pour mission d’aider le régime en place à distraire le peuple.
Une distraction regrettable
L’on met désormais 4 heures de temps en voiture entre Douala (Yassa) et Edéa (moins de 50 km), mais le citoyen qui est assis au fond d’un bus crasseux dans lequel il pleut ne se plaindra ni de la pluie qui tombe sur sa tête, ni de l’état de la route en dégradation avancée. Il cherche plutôt à sauver son téléphone et à se plaindre des problèmes de connexion internet qui l’empêchent de suivre en direct les clashes sur les réseaux sociaux : on y parle de tout sauf des milliers de Camerounais qui meurent sur les routes, de la pénurie de gaz, de la cherté du coût de la vie, du chômage massif, etc. On ne parle pas de ce qui accable le régime et qui concerne la vie quotidienne des citoyens. L’image de ce paradoxe camerounais est que les chômeurs ont voté le 12 octobre 2025 pour le ministre qui les a maintenus au chômage et qui leur a servi le bluff.
Le clash comme programme
Nous avons désormais une vie politique rythmée par des querelles, pas par des idées. Depuis la présidentielle d’octobre 2025, qu’a-t-on surtout débattu ? Des rumeurs de mœurs, des histoires d’argent, des « révélations » sans preuve et des audios « fuités ». Elles font cliquer, mais elles n’ont jamais produit un kilomètre de route ni un litre d’eau. Des procès en trahison sont le sport favori de certains. Il s’agit des débats sur la moralité des personnalités politiques comme s’il y avait un seul « saint » sur terre : « Que celui ou celle qui est saint(e) jette en premier la pierre sur l’autre ! ».
Vous voyez des gens dont les vies sont entièrement sales qui estiment que la vie des autres est sale. Un vrai paradoxe camerounais. On estime que la vie des personnalités politiques doit être « propre » comme si l’on était au ciel ou comme si l’on interdisait à certains d’être aussi « personnalités politiques » ou de le devenir pour monter le bon exemple. Une posture caractéristique d’un déficit criard d’engagement citoyen au Cameroun. Chaque jour, une part de l’énergie militante est dépensée à partager, commenter ou démentir des rumeurs.
Qui profite du bruit ?
La réponse est simple : le pouvoir en place. Un régime qui dure depuis plus de quarante ans n’a qu’un ennemi sérieux : le bilan. Tout débat sur les résultats l’oblige à répondre du délestage, du prix de l’eau, des chantiers inachevés, des budgets engloutis. Il n’a donc qu’un intérêt : que le débat porte sur autre chose. Chaque polémique entre néo-opposants lui offre ce cadeau. Avant les scrutins à venir, le régime affiche une retenue décrite comme de la discipline, pendant qu’une agitation désordonnée règne dans plusieurs camps de la néo-opposition. Le pouvoir peut se taire : la néo-opposition parle à sa place, et parle d’elle-même.
C’est le point le plus douloureux. Une partie de la néo-opposition qui se dit « radicale » a fait de la posture un projet : la dénonciation permanente, l’anathème contre ceux qui participent, le boycott érigé en principe, le « tout ou rien ». Elle vit du clash parce que le clash produit de l’audience, et l’audience passe pour une légitimité. Or, ni l’une ni l’autre ne remplacent une offre politique.
Le résultat est mécanique : Tant que « radical » signifie « celui qui hurle le plus fort », il n’y a ni programme chiffré, ni équipe prête à gouverner, ni ancrage local durable. Et le régime peut se présenter comme le seul acteur capable de gérer un État. On ne renverse pas un système avec des punchlines : on l’use par des propositions. Et c’est mon message principal aux citoyens camerounais. Je ne m’attends pas à être entendu ; je ne suis pas dupe. Mais je joue mon rôle.
À l’inverse, l’opposition authentique, celle qui fait le travail patient (élus locaux, programmes sur l’eau, l’énergie, la décentralisation, contre-budgets, contrôle de l’action gouvernementale), n’a ni les plateaux ni les partages. On dit de cette opposition qu’elle est invisible dans l’espace public qui récompense le scandale. Elle est pourtant la seule à préparer l’alternance et l’alternative pour de bon, celle qui permettra de gouverner ensuite et de gouverner utilement.
Le Cameroun n’a pas besoin d’un feuilleton de plus. Il a besoin d’eau, de courant, de routes, de caniveaux qui ne débordent pas. Tant que les acteurs politiques préféreront le buzz et le bluff, les Camerounais continueront de payer la note, et le régime dormira tranquille.
Louis Marie Kakdeu, MPA, PhD & HDR
Deuxième Vice-Président National du SDF
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