Actualités locales
le journaliste Tsi Conrad écrit au pape Léon XIV
Le journaliste camerounais Tsi Conrad, détenu depuis plus de neuf ans, a écrit au pape Léon XIV pour l’exhorter à évoquer la question des prisonniers politiques lors d’une éventuelle visite au Cameroun, notamment à Bamenda, ville au cœur de la crise anglophone du pays.
Dans une lettre datée du 13 février 2026, écrite depuis la prison centrale de Kondengui à Yaoundé, M. Conrad a lancé un appel à la communauté internationale pour qu’elle se préoccupe de la situation des journalistes emprisonnés et des tensions politiques plus larges qui affectent les régions anglophones du Cameroun.
Ce journaliste, originaire de Bamenda, dans la région du Nord-Ouest, a été arrêté en décembre 2016, au début des manifestations d’avocats et d’enseignants dans les régions anglophones du Cameroun. Ces manifestations ont ensuite dégénéré en un conflit prolongé entre les forces gouvernementales et des groupes séparatistes armés.
Un journaliste détenu depuis les manifestations anglophones
M. Conrad affirme qu’il documentait les manifestations et la répression des forces de sécurité lorsqu’il a été arrêté.
« Je m’appelle Tsi Conrad et je vous écris d’une cellule exiguë de la prison centrale de Kondengui à Yaoundé, au Cameroun. C’est ma maison depuis plus de neuf ans », a-t-il écrit dans sa lettre au pape.
Il a ajouté que son arrestation faisait suite à sa couverture des manifestations de 2016.
« Lorsque l’armée a riposté par la violence et les balles, j’ai filmé la scène car je pensais que le monde devait la voir », a écrit Conrad.
Les autorités l’ont accusé d’infractions liées au terrorisme. Il a ensuite été jugé par un tribunal militaire et condamné à 15 ans de prison, malgré son statut de journaliste civil.
Le recours aux tribunaux militaires pour juger des civils a suscité des critiques de la part des organisations de défense des droits humains et des experts juridiques, qui estiment que de telles procédures compromettent les garanties d’un procès équitable.
Appels internationaux à sa libération
Le cas de Conrad a été soulevé à plusieurs reprises par les organisations internationales de défense de la liberté de la presse et des droits humains.
Des organisations telles qu’Amnesty International, Freedom House, le Comité pour la protection des journalistes et des experts des Nations Unies ont demandé sa libération, arguant que sa détention soulève de graves préoccupations quant à la liberté de la presse et au respect des procédures légales.
Dans sa lettre, Conrad affirme que ces appels sont restés jusqu’à présent sans effet.
« Amnesty International, Freedom House, le Comité pour la protection des journalistes et même des experts de l’ONU ont demandé au gouvernement de me libérer, mais cette demande est restée lettre morte », écrit-il.
Sa détention est souvent citée par les défenseurs de la liberté de la presse comme l’une des plus longues affaires concernant un journaliste emprisonné en lien avec sa couverture de la crise anglophone.
Une lettre inscrite dans le contexte de la crise anglophone
Dans sa lettre, Conrad situe son cas dans le contexte plus large du conflit qui touche les régions anglophones du Cameroun depuis 2016.
« Mon histoire n’est pas unique. C’est l’histoire de mon peuple, le peuple anglophone du Cameroun », écrit-il.
Le conflit a débuté par des manifestations contre la marginalisation perçue des communautés anglophones au sein des systèmes juridique et éducatif du pays. Il a ensuite dégénéré en affrontements armés entre les forces gouvernementales et les combattants séparatistes.
Les organisations humanitaires estiment que des milliers de personnes ont été tuées, tandis que des centaines de milliers ont été déplacées à l’intérieur du pays et vers les pays voisins.
Dans sa lettre, Conrad décrit l’impact du conflit sur les communautés des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.
« Aujourd’hui, ma terre natale est un pays de villes fantômes, de villages incendiés, d’écoles silencieuses depuis des années », écrit-il.
Appel au Pape en prévision d’une possible visite
La lettre de Conrad intervient alors que des discussions sont en cours concernant une éventuelle visite du pape Léon XIV au Cameroun. Bamenda, la plus grande ville de la région du Nord-Ouest, a été évoquée comme une étape possible de cette visite.
Le journaliste a exhorté le pape à soulever la question des journalistes détenus et des prisonniers politiques lors de ses discussions avec les autorités camerounaises.
« Alors que vous discutez d’une éventuelle visite avec le gouvernement camerounais, je vous supplie d’user de votre influence pour me soutenir, ainsi que les autres prisonniers politiques du Cameroun », a écrit Conrad.
Il a également appelé à la libération d’autres journalistes détenus, notamment Amadou Vamoulké, ancien directeur général de la Radio Télévision Camerounaise (CRTV) ; le militant Mancho Bibixy ; et le journaliste Thomas Awah Junior.
Le coût personnel d’une détention prolongée
Dans son message, Conrad a également évoqué le coût personnel de près d’une décennie de détention, notamment la séparation d’avec sa famille.
« Ma foi en Dieu est la seule chose qui apaise la douleur d’être séparé de ma femme et de mes enfants depuis si longtemps », a-t-il écrit.
Il a conclu sa lettre par un appel direct à la communauté internationale. « Je vous en prie, ne laissez pas nos cris s’éteindre dans le silence. Aidez-moi à rentrer chez moi. »
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Actualités locales
« le peuple camerounais existe bien avant 1650, 1961 et 1972 »

Dans un éditorial consacré à l’histoire et à l’identité du Cameroun, Le Capitaine de vaisseau Serge Atonfack Guemo défend l’idée d’un peuple camerounais dont les racines socioculturelles seraient antérieures à la colonisation. Il met en garde contre les discours qui, selon lui, réduisent l’identité nationale aux héritages linguistiques et aux découpages historiques issus de la période coloniale et postcoloniale.
Atonfack Guemo prend position dans le débat sur les origines et la construction de l’identité nationale camerounaise. Dans un texte intitulé « Le Cameroun : peuple d’origine, d’implantation et de mœurs immémoriales, réalité socio-tribale bien antérieure à 1650, à 1961 et à 1972 », il appelle à reconnaître l’ancienneté des communautés et des traditions qui composent le pays.
Le chef de la Division de la Communication au ministère délégué à la présidence de la République chargé de la Défense conteste les approches qui situent la naissance du Cameroun à des dates historiques précises, notamment janvier 1960, octobre 1961 ou encore la conférence de Foumban d’avril-mai 1972. Selon lui, ces repères ne sauraient résumer l’histoire des populations qui occupaient déjà le territoire avant l’arrivée des puissances étrangères.
Dans son argumentaire, Atonfack Guemo estime que les communautés camerounaises disposaient bien avant la colonisation de leurs propres espaces de peuplement, de leurs coutumes et de leurs formes de relations sociales. Il évoque notamment les liens de voisinage, les parentés et les similitudes entre les pratiques culturelles des différentes communautés.
Lire l’éditorial de Cyril Atonfack Guemo :
Le Cameroun : peuple d’origine, d’implantation et de mœurs immémoriales, réalité socio-tribale bien antérieure à 1960, à 1961 et à 1972
Une acception communément admise présente le fondamentalisme comme étant l’ensemble des radicalités qui défendent une conception rigoriste de la religion ou de la politique, au risque d’une confrontation avec la société environnante. Le fondamentalisme renvoie ainsi à une espèce de comparaison entre un état originel et ses évolutions. Ce qui peut donner de la matière pour une discussion constructive et mutuellement enrichissante, du moins pour des personnes bien intentionnées. Sinon de prêter à polémique, le fondamentalisme devient très vite polémologique, lorsqu’il se nourrit d’intransigeance, d’affabulations et de fausses allégations.
Ainsi en est-il du fait, pour certains, d’élever des techniques administratives apprises pendant l’occupation étrangère, en éléments culturels jouissant d’une légitimité égale à celle des fondements de l’écologie sociologique héritée de nos ancêtres. Il en va de même du travestissement d’autres pans de l’histoire de notre pays, qui consiste à faire croire que cette histoire ne commencerait qu’en janvier 1960 pour les uns, en octobre 1961 pour d’autres, ou après la conférence de Foumban d’avril-mai 1972 pour une autre mouvance. Autant d’aliénantes manipulations cognitives, autant d’enivrantes élégies qui engendrent le clivage, l’ostracisme, le déracinement et, au final, la violence.
Ces discours, tout ce qu’il y a de plus inepte, finissent par transformer de paisibles jeunes gens nourrissant des rêves d’un avenir radieux au sein de la cité Cameroun en de furieux désespérés animés d’une haine viscérale de leur propre pays, car se prenant pour les descendants de chimériques héros d’autrefois, intrépides défenseurs de royaumes qui n’ont pourtant jamais existé sous nos cieux.
Mais d’une manière qui ne serait autre que délibérée, tout semble mis en œuvre pour occulter, déformer, contrefaire l’irréfragable réalité selon laquelle nos divers sites de peuplement tribaux sont antérieurs à l’arrivée du colonisateur. Nos voisinages et consanguinités, nos divers us et coutumes ancestraux, qui entre eux partagent de très nombreux points de similarité, ont depuis toujours constitué des facteurs de fraternel rapprochement, voire d’inextricable intrication entre nos tribus.
Le peuple camerounais ne saurait donc être réduit à une addition, une juxtaposition, et encore moins à une superposition de tribalités sui generis, seulement liées par une communauté de langues étrangères d’un usage purement transactionnel. Le peuple camerounais est d’origine, d’implantation et de mœurs immémoriaux. L’occupation étrangère n’y aura d’ailleurs rien changé, contrairement aux malsaines intentions opportunistes qui veulent regrouper les Camerounais en fonction des langues apportées de l’extérieur, ou en rapport avec les points cardinaux. Pareille catégorisation est une source additionnelle de tracas dont on devrait résolument se passer.
Car ce qui importe avant et après tout, ce n’est ni la fidélité proclamée à tel ou tel idiome d’outre-mer, ni la tapageuse démonstration du désir de mimétisme avec tel ou tel peuple étranger. Ce qui importe avant et après tout, c’est la volonté des Camerounais de faire de cette binarité linguistique d’opportunité un précieux instrument devant servir au rapatriement des savoirs techniques et technologiques, un important atout d’attraction et de facilitation dans le contact avec d’autres peuplades de la scène planétaire. Tout en préservant, tout en pérennisant et tout en promouvant l’être et l’artefact qui fondent à la fois l’originalité et la singularité de notre personnalité. Vous parlez d’un fondamentalisme inclusif ?
Sachons rester vigilants,
Sachons rester patriotes,
Sachons aimer définitivement le Cameroun.
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