Combien de clubs de football reçoivent réellement les subventions de l’État du Cameroun ? Cette question, apparemment simple, révèle un malaise profond dans la gestion du football camerounais et soulève de sérieuses interrogations sur la transparence de la Fédération camerounaise de football (Fécafoot).
Des révélations troublantes
L’affaire éclate lors de l’assemblée générale de la Colombe sportive du Dja et Lobo à Sangmelima. Le Dr Doko Edjiane, président du conseil d’administration, lâche une bombe : le club champion du Cameroun n’a reçu aucune subvention depuis quatre ans. Cette déclaration est d’autant plus stupéfiante que la Colombe est considérée comme le club le plus riche du pays, avec un budget dépassant les 400 millions de Fcfa cette saison, et qu’elle jouit d’une réputation de bon payeur vis-à-vis de ses joueurs.
Le paradoxe est saisissant. Sous la présidence de Samuel Eto’o, la Fécafoot avait revalorisé les subventions à 48 millions de Fcfa par club, une somme censée aider les structures à assumer leurs charges salariales. Pourtant, même un club qui remplit apparemment les conditions fixées – notamment le paiement régulier des salaires et la production de justificatifs – se retrouve privé de ces fonds publics.
Un problème systémique
La Colombe n’est pas un cas isolé. Bamboutos FC a également élevé la voix il y a quelques mois pour réclamer ses dus, allant jusqu’à se retirer temporairement du championnat avant d’être finalement relégué en Elite Two. Ces deux exemples, parmi les plus médiatisés, suggèrent que le problème dépasse les cas individuels et touche à la gouvernance même du football camerounais.
Plus préoccupant encore : selon les révélations, même les prize money, qui ne nécessitent pas de justificatifs particuliers, n’auraient pas été versés dans les caisses de la Colombe. Cette information soulève la question de la nature exacte des fonds non distribués. S’agit-il uniquement des subventions conditionnées ou également des gains sportifs légitimement acquis ?
Un silence assourdissant
Face à ces accusations graves, la réaction de la Fécafoot se caractérise par un silence éloquent. L’instance dirigeante n’a ni démenti les propos du PCA de la Colombe, ni fourni d’explications sur la gestion des subventions étatiques. Cette absence de communication nourrit naturellement les suspicions et alimente les interrogations.
La question centrale demeure sans réponse : combien de clubs ont effectivement reçu les subventions de l’État ? S’agit-il d’une minorité ? D’une majorité ? Certains clubs sont-ils favorisés au détriment d’autres ? Les critères d’attribution sont-ils appliqués de manière équitable ?
L’urgence de la transparence
L’absence de bilan public sur la gestion de ces fonds publics constitue un manquement grave aux principes élémentaires de bonne gouvernance. Dans un contexte où les clubs peinent à survivre financièrement, où certains disparaissent faute de moyens, la question de la répartition des subventions étatiques ne peut être traitée avec légèreté.
La transparence n’est pas qu’une exigence morale, elle est indispensable pour :
- Permettre aux clubs de comprendre pourquoi ils sont éligibles ou non aux subventions
- Garantir une répartition équitable des fonds publics
- Identifier les structures en difficulté qui auraient besoin d’un accompagnement spécifique
- Restaurer la confiance entre la fédération et les clubs
Des conséquences inquiétantes
Le flou entretenu autour de ces subventions a des répercussions concrètes sur le développement du football camerounais. Comment des clubs peuvent-ils planifier leur avenir, structurer leurs budgets et honorer leurs engagements envers leurs joueurs s’ils ne savent pas s’ils peuvent compter sur ces fonds promis ?
La situation actuelle crée également une distorsion de concurrence. Si certains clubs perçoivent régulièrement les subventions tandis que d’autres en sont privés sans explication claire, l’équité sportive elle-même est compromise.
Conclusion
La question « combien de clubs reçoivent les subventions de l’État du Cameroun ? » reste donc entière. Elle appelle une réponse urgente et documentée de la part de la Fécafoot. Au-delà des chiffres, c’est toute la crédibilité de l’instance dirigeante qui est en jeu.
Sans un audit transparent et une communication claire sur la gestion de ces fonds publics, le soupçon continuera de planer sur le football camerounais, fragilisant davantage des clubs déjà confrontés à d’immenses défis financiers. La balle est désormais dans le camp de Samuel Eto’o et de son administration : sauront-ils faire preuve de la transparence que mérite le football camerounais ?