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quand le Livre de Joël éclaire la nuit des féminicides

« Il est des heures où les nations se regardent dans le miroir de leur propre nuit. Des heures où les peuples, frappés au cœur, sentent monter contre eux une force obscure, innombrable, dévorante. Le Cameroun traverse aujourd’hui l’une de ces heures. Une heure où, pour reprendre les mots du prophète Joël, « une nation est montée contre mon pays ; elle est puissante et innombrable ; ses dents sont les dents d’un lion, et ses mâchoires, les mâchoires d’une lionne », révèle Vincent‑Sosthène Fouda.
Lire ici sa tribune parvenue à notre rédaction :
Lorsque j’étais étudiant en théologie, dans les années 2000 à Paris, le Livre de Joël m’a marqué par sa profondeur politique. On y lit la naissance du vivre‑ensemble, la construction du nous‑commun, cette exigence fondamentale sans laquelle aucune nation ne tient : la vérité et la justice. Joël n’est pas seulement le prophète du malheur. Il est celui de la lucidité. Celui qui ose dire : « Elle a fait de ma vigne un désert ; mon figuier, elle l’a réduit en pièces, l’a écorcé, abattu ; ses rameaux ont blanchi. »
Aujourd’hui, au Cameroun, ce figuier réduit en pièces à un nom : Mballa Ntsama Marie‑Louisette.
Marie‑Lou n’était ni une figure publique ni une militante. Elle n’avait pas de tribune, pas de parti, pas de réseau. Elle était une femme, une mère, une citoyenne ordinaire — de celles qui portent la Nation sans jamais apparaître dans ses discours officiels. Et pourtant, sa mort atroce, son corps profané, exposé, humilié, disent quelque chose de l’état moral de notre pays. Elle est devenue, malgré elle, un symbole. Un miroir tendu à la Nation. Un miroir que beaucoup auraient préféré éviter, mais qui désormais s’impose à tous.
Car ce qui s’abat sur le Cameroun depuis des années dépasse les drames individuels. Ce n’est plus une succession d’affaires isolées. C’est un phénomène. Un système. Une mécanique de violence qui s’installe, s’enracine, se banalise. Ce sont des féminicides répétés. Des vies de femmes brisées dans l’indifférence. Des familles endeuillées qui n’obtiennent ni vérité ni justice. Des enfants orphelins qui grandissent avec des questions sans réponse. Des villages plongés dans la stupeur, incapables de comprendre comment la barbarie a pu s’inviter dans leur quotidien.
Et face à cela, que voyons‑nous ?
Des silences. Des silences lourds. Des silences coupables. Des silences qui ne sont pas seulement l’absence de mots, mais l’absence de courage. Des silences qui disent la démission morale d’une partie de la classe politique. Des silences qui révèlent la peur ou la complicité d’une élite dirigeante qui préfère préserver ses équilibres plutôt que protéger ses citoyens. Des silences qui, à force de se répéter, deviennent une politique en soi : la politique du renoncement.
Car le silence, dans une République, n’est jamais neutre. Il est un choix. Il est un message. Il est une manière de dire aux victimes : « Vous ne comptez pas. » Il est une manière de dire aux bourreaux : « Vous pouvez continuer. » Et c’est ainsi que la violence prospère. C’est ainsi que les féminicides se multiplient. C’est ainsi que la société s’habitue à l’horreur, comme si l’horreur faisait désormais partie du paysage.
Marie‑Lou, par la brutalité de son assassinat, par l’indignité infligée à son corps, par l’exposition publique de sa souffrance, a brisé ce mécanisme d’habituation. Elle a forcé la Nation à regarder ce qu’elle ne voulait plus voir. Elle a forcé les consciences à sortir de leur torpeur. Elle a forcé les institutions à se confronter à leur propre faillite.
Elle est devenue un symbole national non pas parce qu’elle l’aurait voulu, mais parce que la République avait besoin d’un électrochoc. Parce que le Cameroun avait besoin d’un visage pour dire l’inacceptable. Parce que la société avait besoin d’un nom pour comprendre que la violence faite aux femmes n’est pas un fait divers, mais une crise nationale.
Marie‑Lou est ce nom. Ce visage. Ce symbole. Ce tournant. Et désormais, la question n’est plus : « Que s’est‑-il passé ? » La question est : « Que faisons‑nous maintenant ? »
La société civile : dernier rempart quand les institutions se taisent
Face à la défaillance des institutions, c’est la société civile qui, une fois encore, se dresse comme le dernier rempart de la dignité nationale. Associations de femmes, collectifs citoyens, mouvements de jeunesse, journalistes indépendants, avocats engagés : tous portent aujourd’hui la charge que l’État n’assume plus. Ils documentent, alertent, dénoncent, protègent. Ils refusent que les féminicides disparaissent dans les marges des rapports administratifs. Ils refusent que les victimes soient réduites au silence par la peur ou la honte. Ils refusent que la vérité soit confisquée par les puissants.
Dans un pays où la parole officielle s’est trop souvent éloignée de la réalité vécue, la société civile devient la conscience vivante de la Nation, celle qui rappelle que la République n’est pas un appareil, mais un peuple. Et ce peuple, lorsqu’il se mobilise, lorsqu’il s’organise, lorsqu’il refuse l’indifférence, devient une force que rien ne peut étouffer.
La reconstruction morale de la Nation : un impératif historique
Mais au‑delà de l’urgence, c’est à une véritable reconstruction morale que le Cameroun est désormais appelé. Une reconstruction qui ne se fera ni par décret, ni par slogan, ni par communication politique. Elle se fera par un sursaut collectif, par un retour aux fondements mêmes de la vie commune : le respect de la vie humaine, la protection des plus vulnérables, la vérité comme horizon, la justice comme colonne vertébrale.
Une Nation ne tient pas seulement par ses routes, ses lois ou ses institutions ; elle tient par la valeur qu’elle accorde à chaque existence. Tant que la mort d’une femme pourra être traitée comme un incident, tant que la violence pourra être maquillée, tant que les élites pourront se réfugier dans le silence, la République restera fragile.
La reconstruction morale commence lorsque nous acceptons de regarder la blessure, de la nommer, de la comprendre, et d’en faire un point de départ. Elle commence lorsque nous décidons que plus jamais une femme ne sera abandonnée à la barbarie. Elle commence lorsque nous faisons de la dignité humaine non pas un principe abstrait, mais une exigence quotidienne.
C’est à ce prix — et à ce prix seulement — que le Cameroun pourra redevenir une Nation debout. Pour que la voix se lève
Le Livre de Joël nous enseigne que lorsque la vigne est ravagée, lorsque le figuier est abattu, lorsque les rameaux blanchissent, il faut qu’une voix se lève. Une voix qui refuse la fatalité. Une voix qui refuse la résignation. Une voix qui refuse que la barbarie devienne un fait divers.
Cette voix, aujourd’hui, doit être celle du peuple camerounais. Un peuple qui ne demande ni privilège ni faveur, mais simplement que la vie humaine soit respectée, que les femmes soient protégées, que la justice soit rendue, que la vérité soit dite. Marie‑Lou n’est pas un nom de plus dans une liste funèbre. Elle est un tournant. Elle est un appel. Elle est un avertissement. Elle est la preuve que lorsque la dignité d’une femme est piétinée, c’est toute la Nation qui vacille. Et que lorsque la justice recule, la République se défait. Alors oui, il est temps qu’une voix se lève. Une voix claire, ferme, indomptable.
Une voix qui dise : plus jamais ça.
Une voix qui rappelle que la République n’est pas un mot, mais un engagement. Une voix qui affirme que le Cameroun ne sera pas un pays où l’on enterre les femmes dans le silence et les crimes dans l’ombre. Pour Marie‑Lou. Pour toutes les femmes assassinées. Pour toutes les familles brisées. Pour la justice. Pour la vérité. Pour la Nation.
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Pétrole et gaz : Perenco chiffre Bokwango à 31 millions de barils, la SNH annonce 40 milliards de pieds cubes à Kita-Bokwango

(Investir au Cameroun) – La Société nationale des hydrocarbures (SNH) et Perenco ont livré de nouvelles données sur les travaux d’exploration et de développement conduits dans le bassin du Rio del Rey. Les informations ont été communiquées le 17 septembre 2026 à Yaoundé, lors de la présentation de Julien Gras, nouveau directeur général des filiales camerounaises du groupe pétrolier.
Selon une fiche préparée par la SNH pour cette audience, les travaux réalisés sur les structures Kita et Bokwango dans le cadre du contrat de partage de production Rio del Rey ont mis en évidence plus de 30 millions de barils d’huile et plus de 40 milliards de pieds cubes de gaz. La société publique annonce également un nouveau puits d’appréciation sur Bekita.
Le discours prononcé à la même occasion par Armel Simondin, CEO de Perenco, permet de préciser une partie de ces volumes. Le groupe attribue à Bokwango la mise en évidence de 31 millions de barils de pétrole et de 25 milliards de pieds cubes de gaz en place.
La qualification des 31 millions de barils reste toutefois à préciser. Contrairement au gaz, explicitement présenté par Perenco comme étant « en place », le groupe n’indique pas si le volume pétrolier correspond aux hydrocarbures initialement contenus dans le réservoir, à des ressources techniquement récupérables ou à des réserves. Sur la base des informations disponibles, ces 31 millions de barils ne peuvent donc pas être assimilés à des réserves commercialement exploitables.
La fiche de la SNH ne permet pas non plus de répartir entre Kita et Bokwango les plus de 40 milliards de pieds cubes de gaz attribués aux deux structures. Perenco chiffre Bokwango seul à 25 milliards de pieds cubes de gaz en place. Mais la différence avec le chiffre global avancé par la SNH ne peut pas être automatiquement attribuée à Kita, faute de ventilation fournie par les deux sources.
55 milliards de pieds cubes de gaz à Lungahe
Perenco fait également état d’un résultat d’exploration dans le contrat de partage de production Bomana. Un puits foré sur le prospect Lungahe a mis en évidence 55 milliards de pieds cubes de gaz naturel, selon la SNH. Perenco précise qu’il s’agit de 55 milliards de pieds cubes de gaz en place.
Ce volume ne correspond pas nécessairement à la quantité qui pourra être récupérée et commercialisée. Le facteur de récupération du gisement, les coûts de développement, les infrastructures nécessaires ainsi que les conditions économiques et contractuelles détermineront la part pouvant effectivement être valorisée.
Les travaux sur Lungahe étaient engagés depuis plusieurs années. Le rapport ITIE Cameroun 2023 indique que la prorogation de l’autorisation de recherche Bomana accordée en avril 2023 devait notamment permettre à Perenco Rio del Rey de poursuivre les travaux géoscientifiques et de préparer le forage du puits Lungahe.
Dans le Rio del Rey, Perenco indique avoir foré 25 puits et réalisé une cinquantaine d’opérations de reconditionnement. Le groupe attribue à ce programme près de 13 000 barils par jour de production supplémentaire et dit avoir ajouté plus de 21 millions de barils aux réserves.
La SNH fournit un autre indicateur. Elle estime que le développement complémentaire du champ Rio del Rey conduit durant le mandat d’Yves Postec, directeur général sortant des filiales camerounaises de Perenco, a accru la production nationale d’environ 7 000 barils par jour.
Les deux chiffres ne peuvent pas être directement comparés. Les documents consultés ne donnent ni les mêmes périodes de référence ni les périmètres de calcul nécessaires pour déterminer si les 7 000 barils par jour avancés par la SNH sont inclus dans les 13 000 barils par jour de production incrémentale revendiqués par Perenco.
À l’échelle de ses opérations camerounaises, Perenco affirme avoir investi plus de 1,5 milliard de dollars depuis 2012 aux côtés de la SNH. Le groupe fait état de plus de 100 opérations de reconditionnement, du forage d’une centaine de puits et de plusieurs projets d’infrastructure. Il dit avoir ajouté plus de 240 millions de barils aux réserves au cours de cette période et évalue sa production opérée actuelle à environ 75 000 barils équivalent pétrole par jour.
Le développement du gaz reste à contractualiser
Les volumes identifiés à Bokwango, Kita et Lungahe ne préjugent pas de leur mise en production. Parmi les dossiers transmis au nouveau directeur général de Perenco Cameroun, la SNH cite la poursuite des travaux d’appréciation, le développement de Bokwango et la valorisation des ressources gazières du Rio del Rey.
Sur ce dernier dossier, Perenco indique que les futurs investissements restent conditionnés à la finalisation du cadre contractuel avec la SNH. Armel Simondin dit vouloir achever ce processus dans« les plus brefs délais ».
La fiche de la SNH mentionne parallèlement deux projets techniques : une augmentation de 10 MW des capacités de production électrique et un relèvement de 15 millions de pieds cubes par jour des capacités de gaz-lift. Aucun montant d’investissement ni calendrier de mise en service n’est précisé.
Baudouin Enama
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Électricité : à Banyo, un projet solaire de 44 MW se dessine parallèlement au programme d’hybridation de Socadel

(Investir au Cameroun) – Un projet de centrale solaire photovoltaïque de 44 MW avec stockage est en cours de maturation à Banyo, dans l’Adamaoua, où Socadel (ex-Eneo), développe déjà un programme d’hybridation de la centrale thermique locale. La nouvelle initiative est portée par la Foundation for Development of Ecology & Humankind (Fondecoh), en collaboration avec la commune de Banyo et Supernova Energy, selon l’Agence de régulation du secteur de l’électricité (Arsel).
Les promoteurs ont présenté le projet au régulateur le 8 septembre 2026 à Yaoundé. L’installation envisagée comprend un champ photovoltaïque de 44 MW associé à des capacités de stockage, dont l’Arsel ne précise ni la puissance ni la capacité énergétique. L’électricité produite doit contribuer à l’approvisionnement de Banyo et des localités environnantes.
Par sa puissance annoncée, le projet se situe à une échelle très supérieure aux capacités solaires prévues dans le programme d’hybridation des centrales thermiques isolées repris aujourd’hui par Socadel. Le Compact énergétique du Cameroun, élaboré dans le cadre de la Mission 300, prévoit au total 7,2 MWc de photovoltaïque pour six sites : Banyo, Ngaoundal, Yoko, Touboro, Moloundou et Yokadouma. Rapportés arithmétiquement à cette capacité, les 44 MW annoncés à Banyo représentent un peu plus de six fois le total prévu pour les six sites, même si les deux données, exprimées respectivement en MW et en MWc, ne sont pas strictement comparables.
Le programme avait été engagé sous Eneo. En novembre 2023, l’électricien avait lancé un appel d’offres international portant sur la conception, le financement et la construction de six centrales solaires, ainsi que sur la vente à Eneo de l’électricité produite. Banyo figurait dans le lot comprenant également Touboro et Ngaoundal. Le Compact énergétique prévoyait ensuite l’attribution des marchés et le démarrage des travaux au plus tard fin 2025, puis la mise en service complète des installations en 2026.
Raccordement, acheteur et financement encore inconnus
Le projet de 44 MW reste toutefois à un stade préliminaire. L’ARSEL ne fait état ni d’une licence de production déjà attribuée, ni d’un contrat d’achat d’électricité, ni d’un financement bouclé. Le coût de l’investissement, le calendrier de construction, le point de raccordement, la tension d’évacuation, la production annuelle attendue et le dimensionnement du stockage ne sont pas davantage précisés.
Ces paramètres sont particulièrement importants à Banyo, historiquement alimentée par un système électrique isolé. Les données publiées sous Eneo font état d’une puissance thermique installée de 1 968 kW dans la localité. Cette seule donnée ne permet pas de déterminer si le réseau actuel pourrait accueillir une centrale solaire de 44 MW. Une telle évaluation dépendrait notamment du schéma d’évacuation retenu, d’éventuelles extensions du réseau, des capacités de stockage et de la demande appelée à être desservie.
Une autre centrale hybride de 3,5 MW annoncée
Le projet de Fondecoh et Supernova Energy n’est pas la seule initiative renouvelable annoncée à Banyo. Renewable Power Cameroon affirme développer dans la zone un système hybride de 3,5 MW comprenant 1,5 MW de petite hydroélectricité aux chutes de Tapadje Yayya, 2 MW de solaire photovoltaïque, 3,9 MWh de batteries et 35 km de lignes principales en 30 kV.
L’entreprise indique développer ce projet avec la mairie de Banyo et avec l’aval de l’Agence d’électrification rurale. Cette dernière indication repose toutefois sur les déclarations du développeur : aucun document public de l’AER confirmant cet aval n’a été identifié.
Les informations publiques disponibles ne permettent pas d’établir comment le projet solaire de 44 MW, le programme d’hybridation désormais porté par Socadel et le système de 3,5 MW annoncé par Renewable Power Cameroon doivent s’articuler. Elles ne précisent pas non plus l’identité juridique exacte de Supernova Energy ni les références techniques et financières des promoteurs pour une installation de cette taille.
Baudouin Enama
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