À un mois et demi du coup d’envoi prévu le 17 mars, l’organisation de la Coupe d’Afrique des Nations féminine 2026 se retrouve plongée dans un flou total. Officiellement attribuée au Maroc, la compétition pourrait finalement se disputer en Afrique du Sud. Mais pourquoi le royaume chérifien, habitué aux grandes organisations sportives, se retirerait-il à la dernière minute ? Les raisons de ce probable désistement interrogent.
Une annonce surprise qui sème le trouble
C’est par une déclaration inattendue de la vice-ministre sud-africaine des Sports, Peace Mabe, que l’affaire a éclaté au grand jour. Lors de la cérémonie des Hollywoodbets Super League Awards, elle a affirmé sans détour que la CAN féminine aurait lieu en Afrique du Sud. Une annonce qui a pris de court la Confédération africaine de football (CAF) et le gouvernement sud-africain lui-même.
Dans la foulée, le ministre des Sports s’est empressé de nuancer ces propos par un communiqué officiel. Selon lui, l’Afrique du Sud se tiendrait simplement prête à « soutenir la CAF si nécessaire », dans le cadre de « discussions en cours » sur d’éventuelles « options de repli ». Le ministre insiste : « Aucune décision formelle n’a été prise » et « le Maroc reste officiellement désigné comme l’hôte ».
Cette confusion administrative cache-t-elle une réalité plus complexe ? Pourquoi évoquer publiquement un plan B si tout se passait normalement avec le Maroc ?
Le timing troublant : deux semaines après la finale polémique
La chronologie des événements soulève des questions légitimes. Ce possible retrait marocain intervient à peine deux semaines après l’une des finales les plus controversées de l’histoire récente de la CAN masculine. Le 18 janvier 2026, le Maroc s’inclinait face au Sénégal au terme d’un match rocambolesque marqué par une interruption polémique en fin de rencontre.
Les sanctions infligées par la CAF ont été particulièrement sévères. Achraf Hakimi, symbole du football marocain, a écopé de deux matchs de suspension pour avoir jeté la serviette d’Édouard Mendy. Ismaël Saibari s’est vu infliger trois matchs de suspension et une amende colossale de 100 000 dollars pour son comportement envers le gardien sénégalais.
Mais c’est surtout la fédération marocaine elle-même qui a été lourdement pénalisée : trois amendes totalisant 315 000 dollars. Cerise sur le gâteau, la réclamation marocaine contestant l’interruption du match a été sèchement rejetée par la CAF.
Un message politique déguisé en décision sportive ?
Peut-on vraiment croire à une simple coïncidence ? Le retrait de l’organisation de la CAN féminine ressemble fort à une forme de protestation du royaume contre ce qu’il pourrait percevoir comme un traitement injuste de la part de l’instance continentale.
Le Maroc, qui avait brillamment accueilli la CAN masculine malgré l’issue cruelle pour ses Lions de l’Atlas, dispose pourtant de toutes les infrastructures nécessaires. Le pays a démontré sa capacité organisationnelle à maintes reprises, que ce soit pour la CAN 2025 ou lors de sa candidature pour la Coupe du monde 2030 (partagée avec l’Espagne et le Portugal).
Alors pourquoi se retirer maintenant ? L’hypothèse d’un geste de mécontentement envers la CAF prend de l’épaisseur. En renonçant à organiser la compétition féminine, le Maroc enverrait un signal politique fort : celui d’un pays qui refuse de cautionner ce qu’il considère comme un arbitrage partial et des sanctions excessives.
Les femmes, victimes collatérales ?
Si cette analyse se confirme, la grande perdante de cette affaire serait le football féminin africain. Utiliser l’organisation de la CAN féminine comme monnaie d’échange dans un différend lié au football masculin témoignerait d’une hiérarchisation problématique des priorités.
L’Afrique du Sud, qui se dit prête à prendre le relais, devrait alors organiser en urgence un tournoi continental majeur. Un défi logistique considérable à quelques semaines du coup d’envoi, avec tous les risques que cela comporte pour la qualité de la compétition.
La CAF face à ses responsabilités
Le silence actuel de la Confédération africaine de football est assourdissant. L’instance n’a toujours pas tranché officiellement, laissant planer le doute sur le lieu exact de la compétition à moins de six semaines du début. Cette indécision nuit à l’image du football africain et particulièrement à celle du football féminin.
La CAF devra rapidement clarifier la situation et, si changement il y a, expliquer les véritables raisons de cette relocalisation. Car derrière les communiqués diplomatiques et les formules alambiquées sur les « options de repli », se cache peut-être une crise diplomatique sportive plus profonde qu’il n’y paraît.
Une chose est certaine : entre tensions politiques, susceptibilités blessées et enjeux sportifs, la CAN féminine 2026 risque de débuter dans un climat pour le moins tendu. Reste à savoir où elle se jouera réellement.