Actualités locales
l’avenir des « instructions présidentielles » en brouille

Dans son éditorial de ce lundi 2 février 2026, dont la version audio a été diffusée sur les antennes de la Radio Tiémeni Siantou (90.5 FM à Yaoundé et Bafang), le journaliste camerounais Eric Boniface Tchouakeu surfe sur le choix du prestataire chargé du scanning des marchandises au Port Autonome de Douala et parle de profonds désaccords au sommet de l’Etat et l’avenir des « instructions présidentielles. »
L’entreprise Société Générale de Surveillance (SGS) devrait finalement, à moins d’un nouveau rebondissement dans le dossier, poursuivre son travail de scanning des marchandises entamé depuis 2015 au Port Autonome de Douala.
La décision a été prise le 29 janvier 2026, par le Premier Ministre, Chef du Gouvernement, Joseph Dion Ngute après une réunion de près de deux heures de temps dans ses services, pour trouver une issue à la situation de blocage à laquelle était confrontée depuis plusieurs jours déjà, la plateforme portuaire au tour de l’activité de scanning des marchandises.
Selon le Ministre des Transports Jean Ernest Massena Ngalle Bibehe, dont le Département ministériel assure la tutelle technique du Port Autonome de Douala qui a fait le point à la presse après avoir pris part à la rencontre à la primature, « le blocage naît des incompréhensions qu’il y a eu au niveau du Port Autonome de Douala et qui ont engendré beaucoup de problèmes ces derniers temps. »
Devant la situation, le Premier Ministre, Chef du Gouvernement Joseph Dion Ngute a rassemblé toutes les parties : la tutelle financière qui est le Ministère des Finances, la tutelle technique, le Ministère des Transports, la Société Générale de Surveillance, dont son Président du Conseil d’Administration, René Emmanuel Sadi par ailleurs Ministre de la Communication et la Direction Générale du Port Autonome de Douala.
« Le problème nait d’un contrat qui a été signé en 2015 par le Gouvernement représenté par le Ministre des Finances et la SGS », souligne Jean Ernest Massena Ngalle Bibehe, s’agissant de l’origine des incompréhensions.
« Cette convention a une durée de dix (10) ans .Mais à l’intérieur de cette convention, il est prévu que la validité, la mise en exploitation effective, c’est à partir du moment où on a installé le quatrième conteneur. Le quatrième conteneur ayant été installé en 2022, c’est de là où naît la date à partir de laquelle on peut compter les dix ans. Donc pour résumer, le Gouvernement a signé un contrat avec le groupe SGS en 2015 qui a pris effet dans son applicabilité en 2022. Et c’est un contrat qui court jusqu’en 2032 », poursuit le Ministre des Transports.
Il ajoute : « nous avons constaté que le contrat ayant été signé par le Gouvernement, il ne revenait pas à un autre opérateur, en l’occurrence le Port Autonome de Douala, de l’annuler. L’autorité à même d’annuler ce contrat, c’est le Gouvernement lui-même. »
Dans un communiqué signé le 26 décembre 2025, le Directeur Général du Port Autonome de Douala, Cyrus Ngo’o avait indiqué qu’ « à compter du 01er janvier 2026, les opérations de scanning des marchandises au Port de Douala –Bonabéri devaient exclusivement être assurées par l’entreprise Transatlantic D SA, dans le cadre d’une concession qui lui a été attribué par le Port. »
Le Ministre des Finances, Louis Paul Motaze, avait ensuite fait part de son opposition à cette décision dans un courrier adressé le 29 décembre 2025 au Directeur Général du Port Autonome de Douala, en réponse à une correspondance ce de dernier daté du 08 décembre, évoquant l’activité de scanning des marchandises au Port de Douala, qui, il faut au passage le souligner, engrange des milliards de FCFA.
Pour le Ministre Motaze, le contrat de l’entreprise SGS qui s’occupait déjà de cette tâche, ne devait pas être rompu.
Mais ,le 22 janvier 2026, le Port Autonome de Douala a annoncé qu’à l’issue d’une réunion au secrétariat général de la présidence de la République, présidée par le conseiller technique Jean Mauger Ayem, des instructions fermes avaient été données pour s’en tenir aux instructions du président de la République qui validaient le remplacement de SGS par le nouvel opérateur Transatlantic D.
Une correspondance du Chef d’Etat-major particulier du Président de la République, le Général de division aérienne Emmanuel Amougou, répercutant des « instructions » du Président de la République en ce sens, au Ministre des Transports a même fuité sur les réseaux sociaux, sans que l’on puisse savoir le lien entre les services et cet officier supérieur de l’armée et une affaire civile concernant le scanning des marchandises au Port de Douala.
En dépit de tout cela, le Premier Ministre a décidé de trancher autrement. C’est quasiment la première fois depuis son installation à la primature le 04 janvier 2019, en tant que Chef du Gouvernement, que Joseph Dion Ngute s’oppose publiquement à une instruction réelle ou supposée du Président de la République, de qui il tient pourtant sa nomination et qui peut le limoger à tout moment.
Cela peut vouloir dire, puisque Joseph Dion Ngute est toujours en poste plusieurs jours après son acte, que l’instruction attribuée à Paul Biya, 93 ans dont 43 au pouvoir concernant le scanning des marchandises au Port de Douala ne viendrait pas effectivement de lui.
Dans le passé, on a déjà vu des membres de l’actuel Gouvernement et même le Président de la Fédération camerounaise de football (Fécafoot), Samuel Eto’o, s’opposer publiquement aux « hautes instructions » du Président de la République, répercutées par le Ministre d’Etat, Secrétaire Général de la Présidence, Ferdinand Ngoh Ngoh, par ailleurs bénéficiaire d’une délégation de signature ,et non de pouvoirs, la nuance étant de taille, de la part du Chef de l’Etat dans certains domaines.
Il s’agissait alors de la désignation des membres de l’encadrement technique de l’équipe masculine senior de football du Cameroun avec à leur tête le Belge Marc Brys en avril 2024, s’agissant du Président de la Fécafoot.
A chaque fois, ceux qui se rebellent contre les instructions présidentielles transmises par ses collaborateurs, ont le sentiment que ces derniers ont décidé en lieu et place du Président Paul Biya, de moins en moins présent physiquement dans l’espace public.
Au regard de la dernière décision du Premier Ministre relativement au scanning des marchandises au Port de Douala, et à l’ère des batailles de positionnement au cœur du pouvoir dans la perspective de l’après Biya, seules les directives ou instructions données directement par le Chef de l’Etat en personne aux collaborateurs chargées de leurs mises en œuvre, sans intermédiaires, ont plus de possibilités d’être exécutées.
Heureusement qu’entre temps, le Premier Ministre, Chef du Gouvernement, dispose constitutionnellement des moyens d’action pour au moins assurer la gestion courante des affaires de l’Etat.
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Datacenters : la Déclaration de Yaoundé vise l’hébergement local de 100 % des données publiques critiques d’ici 2030

(Investir au Cameroun) – La Déclaration de Yaoundé sur l’e-gouvernance et l’intelligence artificielle en Afrique, adoptée le 17 octobre 2026 à l’issue du salon E-Gov’A, propose aux États africains de tendre vers 100 % d’hébergement sur leur territoire des données publiques classifiées critiques ou souveraines à l’horizon 2030. Cette orientation pourrait ouvrir de nouveaux débouchés aux exploitants de datacenters et aux fournisseurs de services cloud, à condition d’être reprise dans les politiques nationales.
Le texte recommande aux administrations de privilégier l’hébergement national de leurs données. Lorsque les capacités locales sont insuffisantes et que la nature des informations le permet, il préconise le recours à des infrastructures installées dans un autre pays africain plutôt qu’à des prestataires hébergeant les données hors du continent. Cette préférence est résumée par le principe « Local First, African First ».
Pour les entreprises du secteur, une telle orientation pourrait se traduire par une augmentation de la demande de stockage, de sauvegarde, de traitement et de sécurisation des données administratives. La Déclaration encourage à cet effet les investissements publics et privés dans les centres de données, les capacités de calcul et les services cloud, ainsi que le développement d’infrastructures régionales mutualisées.
Au Cameroun, des capacités d’hébergement existent déjà
Le Cameroun dispose de plusieurs infrastructures susceptibles de répondre à une partie de ces besoins. L’opérateur public Camtel exploite notamment un datacenter à Zamengoé, près de Yaoundé, qui propose des services d’hébergement local. À Douala, l’entreprise ST Digital dispose également d’un centre de données destiné aux entreprises et aux administrations. Cette dernière infrastructure avait fait l’objet d’une visite de la ministre des Postes et Télécommunications, Minette Libom Li Likeng, en juillet 2025.
La Déclaration pourrait donc intéresser des opérateurs déjà présents sur le marché camerounais. Elle ne permet toutefois pas de déterminer si leurs capacités actuelles suffiraient à satisfaire un objectif d’hébergement national généralisé pour les données publiques critiques.
Pour mesurer les investissements nécessaires, il faudrait d’abord connaître le volume des données administratives concernées, leur localisation actuelle, leur sensibilité et les capacités techniques disponibles. Les éléments rendus publics par les organisateurs du salon ne fournissent pas ces informations. Ils ne comportent pas non plus d’enveloppe financière spécifique au Cameroun, ni de calendrier national de construction de nouveaux datacenters.
L’objectif de 2030 reste, à ce stade, une orientation proposée aux États. Son adoption au cours d’un salon professionnel ne crée pas, à elle seule, d’obligations nouvelles pour les administrations africaines. Chaque pays devrait définir les catégories de données soumises à des exigences de localisation et les conditions dans lesquelles des fournisseurs publics ou privés pourraient les héberger.
Au Cameroun, cette réflexion devra également tenir compte de la loi du 23 décembre 2024 relative à la protection des données à caractère personnel. Celle-ci encadre le traitement des informations personnelles, notamment leurs transferts internationaux. La localisation des données publiques critiques soulève cependant une question plus large, puisqu’elle peut concerner des informations administratives qui ne sont pas nécessairement des données personnelles.
Pour les opérateurs de datacenters, l’ouverture éventuelle de nouveaux marchés dépendra ainsi des décisions de l’État en matière de classification des données, des budgets consacrés à leur hébergement et des exigences imposées aux prestataires. La déclaration ne constitue ni une attribution de marché ni une garantie de revenus supplémentaires pour les entreprises du secteur.
Un observatoire annoncé pour suivre les engagements
La Déclaration de Yaoundé prévoit également la création d’un Observatoire de l’e-gouvernement et de l’intelligence artificielle en Afrique. Son secrétariat permanent doit être assuré conjointement par Smart Click Africa et Digital Business Africa, les deux organisateurs d’E-Gov’A.
Cette structure aura notamment pour mission de développer un baromètre africain de l’e-gouvernance et de l’intelligence artificielle, de publier un rapport annuel et de dresser une cartographie des services publics numériques et des infrastructures associées. Les gouvernements, administrations et organisations adhérant à la Déclaration seront encouragés à retenir jusqu’à trois engagements mesurables avant la prochaine édition du salon.
Ce dispositif devrait permettre de suivre les initiatives nationales, mais les organisateurs n’ont pas encore présenté, dans leur communication publiée le 21 octobre, de portefeuille d’investissements ou de marchés publics permettant de chiffrer les retombées de l’objectif de 2030 pour les exploitants de datacenters.
Ludovic Amara
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Ebola : le Cameroun active son dispositif de veille sanitaire et renforce sa surveillance épidémiologique
Le Cameroun met en place une série de stratégie pour renforcer son dispositif de surveillance et de riposte. après la découverte d’un premier cas d’Ebola […]
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Maïs : le Cameroun cible une production de 6 millions de tonnes (+150%) dès 2030, grâce au FIDA et la Banque mondiale

(Investir au Cameroun) – La production du maïs au Cameroun est projetée à environ 6 millions de tonnes en 2030, selon les prévisions d’Agriconnect, initiative lancée le 21 octobre 2026 à Yaoundé par le gouvernement camerounais, en partenariat avec la Banque mondiale. Ce chiffre est contenu dans un communiqué publié par le Fonds international de développement agricole (FIDA), également partie prenante d’Agriconnect aux côtés du gouvernement et de l’institution de Bretton Woods.
Portée par la Banque mondiale, Agriconnect vise «à aider les petits producteurs et productrices agricoles à passer d’une agriculture de subsistance à une production générant des surplus commercialisables, notamment en renforçant les organisations de producteurs, l’accès aux marchés et au financement, les solutions numériques et la participation du secteur privé dans les systèmes alimentaires», explique le FIDA. L’initiative cible huit chaînes de valeur au total : le riz, le maïs, le manioc, le palmier à huile, le cacao, le soja, l’élevage laitier et l’aquaculture.
Avec un objectif de production annoncé à 6 millions de tonnes en 2030, le Cameroun vise une augmentation de sa production de maïs de 150% en cinq ans. En effet, selon les données du ministère de l’Agriculture et du Développement rural, la production de cette céréale a atteint 2,4 millions de tonnes dans le pays, en hausse de près de 3,5% en glissement annuel.
Le maïs, une céréale stratégique au Cameroun
La demande nationale oscille officiellement tourne autour de 2,8 millions de tonnes chaque année. Le déficit est souvent comblé par les importations, effectuées généralement par les entreprises brassicoles et les unités agropastorales. Le maïs est une culture d’une importance stratégique au Cameroun : officiellement, six millions de personnes interviennent dans la chaîne de valeur, faisant de cette culture un gisement d’emplois. De plus, cette céréale est à la fois un produit de grande consommation, une matière première industrielle et agropastorale, ainsi qu’un produit d’exportation.
Dans une étude relative au positionnement stratégique de la filière fabrication des produits à base de céréales au Cameroun, le Bureau de mise à niveau des entreprises (BMN) – dissout à la faveur de la réforme de la Société nationale d’investissements (SNI) – révèle que le maïs est la 3e denrée alimentaire produite au Cameroun, après le manioc et la banane plantain. Il est, en même temps, la céréale la plus consommée dans le pays, «loin devant le riz et le sorgho», apprend-on.
A en croire l’étude, les plus gros consommateurs de maïs se recrutent dans la partie septentrionale, où les céréales font partie des habitudes alimentaires. Dans le détail, chaque habitant des régions du Nord, de l’Extrême-Nord et de l’Adamaoua consomme en moyenne 80 kg de maïs par an en zone rurale, contre 60 kg en moyenne en zone urbaine. Le volume de consommation dans la partie méridionale – exception faite des régions du Nord-Ouest et de l’Ouest où la consommation atteint 50 kg par an et par habitant – du Cameroun oscille entre 6 et 8 kg par an et par habitant, selon l’étude du BMN.
Environ 58% de la production destinée à la consommation humaine
En plus de la consommation humaine qui capte environ 58% de la production nationale, selon le BMN, le maïs est une matière première pour l’industrie brassicole et l’alimentation animale. Ces deux activités consommeraient respectivement 2% et 16% de la production nationale. Le maïs permet notamment de produire le gritz de maïs, un intrant de production de la bière, et constitue 80% de la provende, aliment fabriqué industriellement pour nourrir les animaux d’élevage – volailles, porcs, lapins, bétail.
Par ailleurs, soutient l’étude du BMN, 23% de la production du maïs du Cameroun est exporté. Ces ventes à l’international sont concentrées dans la Cemac, espace économique regroupant le Cameroun, le Congo, le Gabon, la Guinée équatoriale, le Tchad et la RCA. Les cinq autres pays de cette communauté captent jusqu’à 500 000 tonnes de maïs camerounais chaque année, apprend-on.
Au demeurant, alors qu’il exporte une bonne partie de sa production vers les pays voisins, le Cameroun – les agro-industries notamment – importe la même céréale à cause des coûts jugés plus attractifs. Selon les données de l’Institut national de la statistique (INS), les importations de maïs ont fortement progressé au Cameroun depuis l’année 2023. Cette année-là, les achats de cette céréale à l’international ont bondi de 229% en glissement annuel, s’établissant à 39 991 tonnes pour une dépense de 7,8 milliards de FCFA.
Les importations menacent la production locale
En 2024 et 2025, les achats de maïs à l’étranger ont été encore plus importants, selon le statisticien public : 81 233 tonnes pour une dépense d’un peu plus de 11 milliards de FCFA en 2024, avant un léger fléchissement à 72 586 tonnes pour des dépenses d’importation de 10,2 milliards de FCFA en 2025. Ce regain des importations survient dans un contexte marqué par le renforcement des initiatives gouvernementales de soutien à la production locale et la mise en service, en 2021, d’une maïserie de 18 milliards de FCFA construite par le groupe Castel. Cette unité de production de gritz de maïs est adossée à un programme d’encadrement des producteurs locaux visant à augmenter la production locale.
La montée en puissance des importations est non seulement source d’évasion de devises et de détérioration du déficit commercial du pays, mais aussi un frein à la commercialisation de la production locale, en raison du prix très compétitif du maïs importé. Illustration : dans une correspondance adressée le 8 mai 2026 à son homologue du ministère de l’Agriculture, Gabriel Mbairobe, le ministre du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana, plaide pour une suspension des importations de maïs par le Cameroun. Cette requête fait suite, apprend-on, aux plaintes des producteurs locaux dénonçant la mévente de leurs produits.
Brice R. Mbodiam
Lire aussi:
13-05-2026 – Maïs : Luc Magloire Mbarga Atangana plaide pour la suspension des importations face à la mévente de la production locale
25-11-2025 – La filière maïs sous pression, entre déficit structurel et coûts de production élevés
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