Actualités locales
Cacao au Cameroun : une nouvelle vague de déforestation


C’est du moins ce qu’indique un nouveau rapport Communauté et Développement Durable (CODED) et Mighty Earth. Le rapport en question souligne que notre pays est en passe de devenir le prochain foyer majeur de déforestation liée à la culture du cacao.
Le Cameroun est désormais le cinquième producteur mondial de cacao et s’est fixé pour objectif de tripler sa production d’ici 2030, une démarche qui accroît la pression sur les forêts et les écosystèmes du pays, riches en biodiversité. Le rapport souligne que 2024 a marqué l’année de plus forte perte de forêt au Cameroun à ce jour, certains districts ayant perdu jusqu’à 43 % de leur couverture forestière depuis 2020. Une forte déforestation liée à la culture du cacao près du district de Nkondjock, adjacent à la réserve de faune d’Ebo, menace l’habitat d’une mégafaune charismatique en danger critique d’extinction, comme les gorilles des plaines de l’Ouest et les éléphants de forêt.
Thea Parson, associée principale chez Mighty Earth et co-auteur du rapport, a déclaré :
L’essor du cacao au Cameroun risque de faire du pays le prochain foyer de déforestation. Notre analyse montre une forte augmentation de la déforestation l’année dernière, au moment même où l’EUDR s’apprête à remodeler le marché mondial du cacao. Nous avons déjà constaté les effets dévastateurs de l’expansion incontrôlée de la cacaoculture en Côte d’Ivoire et au Ghana : destruction des forêts, aggravation de la pauvreté des agriculteurs et disparition de la faune sauvage. Pour préserver l’accès du Cameroun à son principal marché, l’UE, et prévenir de nouvelles pertes forestières, les agriculteurs doivent être mieux soutenus pour améliorer leurs pratiques, se conformer à l’EUDR et être rémunérés équitablement. L’EUDR offre au Cameroun une chance d’emprunter une voie différente, mais seulement si les entreprises agissent dès maintenant pour garantir une traçabilité complète. Jusqu’à présent, elles ne sont pas à la hauteur.
Manque de conformité à l’EUDR
L’analyse du rapport révèle que les entreprises cacaoyères manquent encore de visibilité sur leurs chaînes d’approvisionnement camerounaises et ne parviennent pas à mettre en place les systèmes de traçabilité nécessaires à la conformité requise par le futur règlement de l’Union européenne sur la déforestation (EUDR), adopté en 2023 et exigeant des données de géolocalisation au niveau des exploitations afin d’empêcher l’expansion de la cacaoyère dans les zones forestières. L’Union européenne (UE) est le premier marché d’exportation du Cameroun, avec 80 % du cacao du pays exporté vers l’UE au cours de la campagne 2023/24.
L’EUDR offre au Cameroun la meilleure opportunité de résoudre ces problèmes de traçabilité et de protéger ses forêts. Mais sans une action urgente et coordonnée des entreprises, de l’UE et du gouvernement camerounais pour se préparer à son application, les petits exploitants camerounais risquent d’être coupés de leur principal marché lorsque la législation entrera en vigueur le 30 décembre 2025.
La pauvreté des agriculteurs
Malgré des prix bord champ relativement plus élevés au Cameroun qu’au Ghana ou en Côte d’Ivoire, 69 % des ménages producteurs de cacao vivent sous le seuil de pauvreté, les producteurs recevant moins pour leurs fèves en raison de la prédominance des « coxeurs ». Ces intermédiaires prélèvent des marges substantielles, sous-payant les producteurs et perpétuant une chaîne d’approvisionnement opaque et difficile à tracer. Dans ce système, les fèves provenant de zones déboisées sont souvent mélangées à celles provenant de plantations contrôlées, ce qui compromet encore davantage la traçabilité et menace les engagements des entreprises en matière d’approvisionnement sans déforestation.
Au cours de la dernière décennie, de grands négociants en cacao tels que Cargill, Barry Callebaut et Olam, ainsi que des fabricants de chocolat comme Hershey’s, Godiva et Nestlé, se sont publiquement engagés à mettre en place des chaînes d’approvisionnement sans déforestation, souvent d’ici 2025 ou avant. Malgré ces engagements et les efforts continus pour mettre en place un système national de traçabilité au Cameroun, les conclusions du rapport de montrent que la mise en œuvre concrète reste très en retard par rapport aux engagements des entreprises.
Célestin Tina Biyo’o, Coordonnateur national adjoint et responsable des programmes à CODED Cameroun a déclaré : Les leçons tirées des échecs passés dans le secteur du bois doivent servir de guide pour éviter que cela ne se reproduise dans le secteur du cacao au Cameroun. En adaptant l’EUDR aux réalités locales et en renforçant les capacités des producteurs, il est possible de créer un cadre favorisant à la fois la durabilité et la prospérité économique du secteur du cacao au Cameroun.
Grâce à une action coordonnée, nous sommes convaincus qu’il est possible d’aider les producteurs de cacao camerounais à relever ce défi et à s’adapter aux nouvelles exigences du marché européen. Il est également essentiel de mettre en place des systèmes de suivi et de contrôle efficaces pour garantir la conformité des pratiques agricoles aux normes environnementales et sociales, afin de préserver l’environnement et les moyens de subsistance des petits producteurs.
Amourlaye Touré, conseiller principal pour l’Afrique chez Mighty Earth, a déclaré :
La déforestation liée à la culture du cacao est fondamentalement liée à la pauvreté : lorsque les agriculteurs ne parviennent pas à tirer un revenu suffisant de leurs terres existantes, l’expansion forestière devient une stratégie de survie. La plupart des agriculteurs camerounais vivant sous le seuil de pauvreté, des incitations financières directes, telles que de meilleurs prix pour le cacao non déforesté ou une assistance technique pour accroître les rendements, sont essentielles pour protéger les forêts camerounaises et la faune sauvage gravement menacée qui y vit. Et pour éviter que ne se reproduise la perte massive de forêts provoquée par l’industrie cacaoyère au Ghana et en Côte d’Ivoire.
CODED et Mighty Earth appellent à :
Les entreprises doivent enquêter et divulguer les risques de déforestation, publier des cartes au niveau des exploitations et des données sur la chaîne d’approvisionnement, intégrer les coxeurs dans les systèmes de traçabilité et garantir un salaire décent aux agriculteurs.
Le gouvernement camerounais va développer un système national de gestion du cacao, publier les limites cartographiées des exploitations agricoles, encourager la culture du cacao sur des terres dégradées et réglementer les coxeurs.
L’UE va renforcer son assistance technique et financière pour la mise en conformité avec l’EUDR ; surveiller et faire respecter la conformité et travailler avec le gouvernement camerounais et toutes les parties prenantes de l’industrie du cacao.
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le film camerounais « La Maison du Vent » en sélection officielle Orizzonti

Le cinéma camerounais s’invite à la table des plus grands. La Maison du Vent, nouveau long métrage de fiction signé du réalisateur Auguste Bernard Kouemo Yanghu, a été retenu dans la sélection officielle de la 83ᵉ Mostra Internationale d’Art Cinématographique de Venise, programmée du 2 au 12 septembre 2026.
Le film concourra dans la section Orizzonti (« Horizons »), la compétition de la Mostra dédiée aux nouvelles tendances du cinéma mondial et au renouvellement des formes narratives. Événement marquant pour le continent : La Maison du Vent est le seul long métrage représentant l’Afrique subsaharienne dans cette section prestigieuse cette année.
Long de 1 h 42, le film retrace la rencontre entre une femme de 80 ans et une jeune voisine venue troubler son quotidien. À travers ce face-à-face intergénérationnel interprété par Josette Kwanya et Edwige Tatiana Moudjeu Pouadeu, le cinéaste aborde avec sobriété les thèmes de la solitude, de la mémoire, de la transmission et des liens familiaux.
« C’est une grande fierté, mais aussi l’aboutissement d’un long cheminement », confie Auguste Bernard Kouemo Yanghu. Âgé de 50 ans, le metteur en scène construit son œuvre depuis plus de deux décennies entre l’Afrique et l’Europe. Passé par les ateliers Écrans Noirs à Yaoundé, formé à l’École Supérieure de l’Audiovisuel (ENSAV) de Toulouse puis titulaire d’un Master 2 en études cinématographiques à l’Université de Lille, il s’est déjà illustré sur le circuit international avec son court métrage Waramutsého !, récompensé notamment au FESPACO et au Festival d’Amiens.
Pour la cinématographie camerounaise, cette vitrine vénitienne revêt une portée historique. Elle marque le retour du pays sur le Lido en sélection officielle, plus de cinquante ans après le passage fondateur de Jean-Pierre Dikongué Pipa en 1975.
Coproduit par Horizons d’Afrique (Cameroun), Merveille Production (Bénin), Mansarde Cinéma (France), Steel Fish Pictures (Belgique), avec le soutien du Red Sea Fund et du Doha Film Institute (DFI), La Maison du Vent verra ses ventes internationales assurées par la société parisienne Celluloid Dreams.
En inscrivant son récit intimiste au cœur de la compétition italienne, Auguste Bernard Kouemo Yanghu apporte la preuve que les histoires ancrées dans les réalités locales africaines continuent de toucher un public universel.
Auguste Bernard Kouemo Yanghu, réalisateur du film « La Maison du Vent » @ Droits RéservésCLIQUEZ ICI POUR LIRE L’ARTICLE ORIGINAL SUR camerounactuel.com
Actualités locales
Investissements américains : devises, fintech, mines… les rigidités réglementaires au cœur du dialogue avec Yaoundé

(Investir au Cameroun) – Réunis le 26 août 2026 à Yaoundé au Business Climate Forum de l’ambassade des États-Unis et de l’AmCham Cameroon, administrations, entreprises et investisseurs ont recensé les freins à l’investissement dans la banque, la fintech, les technologies, l’agro-industrie et les mines.« Ces secteurs ont été choisis car ils illustrent à la fois les immenses opportunités qu’offre le Cameroun et certaines des contraintes transversales pouvant affecter l’investissement », a déclaré Laure E. Djoukam, présidente de l’AmCham. Ressources naturelles, position en Afrique centrale, marchés régionaux et population jeune sont des atouts. Mais, ajoute Laure E. Djoukam,« les investisseurs recherchent également la prévisibilité, la transparence, des processus administratifs efficaces, l’accès au financement et aux devises, des infrastructures fiables, ainsi qu’un environnement réglementaire et juridique dans lequel les entreprises peuvent planifier sur le long terme ». Le forum visait des solutions pratiques entre gouvernement, secteur privé et partenaires internationaux.
Devises et fintech sous pression
Dans la banque et la finance, les entreprises ont pointé les difficultés de transfert de fonds hors de la Cemac. Selon des participants, une opération internationale peut prendre de deux semaines à un mois à cause des documents exigés, compliquant paiements et rapatriement de dividendes ou bénéfices. Les échanges ont aussi évoqué un taux officiel de 570 face à une demande de marché à 600, sans préciser le périmètre monétaire.
La fintech subit d’autres contraintes. Selon les opérateurs, la nouvelle règle de préfinancement des transferts internationaux aurait détourné près des deux tiers des volumes vers l’informel. S’ajoutent 0,2 % de taxe au transfert et 0,2 % au retrait, un plafond de 100 000 FCFA sur certains crédits pendant trois mois et l’absence de « regulatory sandbox » dans la Cemac. Le taux d’inclusion financière formelle serait pourtant passé de 12 % à 28 %.
Les pistes avancées sont la création rapide d’un sandbox, la révision de certaines règles de rétrocession des devises, le relèvement du seuil des transferts sans autorisation préalable de la BEAC, ainsi que la numérisation et l’interconnexion des plateformes.
Mobile Money, Starlink et manque de projets structurés
Dans les TIC, le Cameroun compte, selon le forum, plus de 10 millions de comptes Mobile Money pour plus de 5 milliards de dollars de transactions, mais trop peu de start-up structurées pour absorber un investissement d’environ 100 millions de dollars. Le rapatriement difficile des bénéfices le désavantagerait aussi face au Sénégal ou à l’Angola.
L’énergie et la connectivité restent considérées comme les fondations de l’économie numérique. L’arrivée d’acteurs comme Starlink a également été discutée.« L’arrivée de Starlink ne va pas tuer les telcos locales, mais leur imposer une amélioration du service qui ne peut qu’être bénéfique aux consommateurs », estime Ayuk Etta, président de Mountain Hub.
Selon les éléments exposés, Starlink est jugé sûr et efficace, mais doit respecter des exigences de sécurité et tenir compte de son impact économique : 15 à 20 emplois locaux possibles, contre des centaines voire des milliers chez Orange et MTN. Les participants évoquent une Efficient Component Pricing Rule pour une juste compensation, une licence télécom complète ayant été évaluée au forum à plus de 800 milliards FCFA. La fibre optique conserve aussi un potentiel.
Agro-industrie : les déficits comme opportunités
Dans l’agro-industrie, les déficits de production ont été présentés comme des opportunités. Le Cameroun enregistrerait plus de 200 000 tonnes de déficit annuel de poisson et environ 175 000 tonnes de viande. Près de 90 % des aliments destinés aux poissons et à la volaille seraient importés, ouvrant des perspectives dans l’aquaculture et la production locale d’aliments pour animaux. Certains investissements pourraient, selon les participants, générer des rendements en deux ans environ.
À l’export, les opérateurs doivent traiter avec plusieurs administrations, dont le ministère du Commerce et les Douanes, sans interlocuteur unique. Le forum recommande de réduire coûts et procédures, mieux informer les opérateurs et renforcer la coopération pour satisfaire aux normes internationales.
Mines : plus de 200 titres, mais peu de production
Dans les mines, plus de 200 licences ou titres ne débouchent pas tous sur une production significative. Le document du forum cite 25 mines d’or générant très peu de recettes fiscales, en partie parce que des licences auraient été accordées à des entreprises sans capacités suffisantes.
Le Code minier de 2023 maintient une participation gratuite et non diluable de 10 % de l’État dans les sociétés d’exploitation et ajoute un partage de production : 1 % à 5 % pour les substances précieuses et semi-précieuses et 2 % à 15 % pour les autres substances minérales, selon les conditions du projet.
Les investisseurs jugent les licences assez accessibles mais difficiles à transformer en projets opérationnels et réclament une plateforme permanente de dialogue avec l’État. Les analyses de minerais restent réalisées à l’étranger ; SGS travaillerait avec le ministère des Mines à un laboratoire local. L’institution chargée de la recherche minière, dotée initialement de 10 milliards FCFA, aurait besoin d’environ 6 milliards FCFA supplémentaires par an.
Un potentiel de 15 milliards de dollars évoqué
Le forum estime que le Cameroun doit surtout améliorer son environnement d’investissement : réglementation de la finance numérique, transferts internationaux, infrastructures numériques et énergétiques, application de la loi sur les données personnelles, procédures commerciales, chaînes de valeur agro-industrielles et minières, capacités locales de transformation et d’analyse.
La rencontre s’est tenue en prélude au premier Dialogue économique et commercial bilatéral Cameroun–États-Unis, prévu le 27 août à Yaoundé. La délégation américaine, conduite par Sarah Troutman, sous-secrétaire d’État adjointe chargée des Affaires africaines, doit rencontrer les officiels camerounais. Selon des responsables américains cités en marge du forum, Washington veut convaincre Yaoundé d’améliorer ses textes pour capter jusqu’à 15 milliards de dollars d’investissements potentiels. Aucun portefeuille détaillé correspondant à ce montant n’a toutefois été rendu public.
Ludovic Amara
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Pierre Ekwah retrouve la Ligue 1 avec l’AJ Auxerre

Le milieu de terrain de 24 ans quitte provisoirement l’AS Saint-Étienne pour rejoindre l’AJ Auxerre, sous la forme d’un prêt d’une saison avec option d’achat. Une nouvelle aventure en Ligue 1 pour le Franco-Camerounais.
Un retour dans l’élite française
L’AJ Auxerre tient sa nouvelle recrue. Le club bourguignon a officialisé l’arrivée de Pierre Ekwah en provenance de l’AS Saint-Étienne. Le milieu de terrain est prêté pour une saison, avec une option d’achat qui pourrait lui permettre de s’inscrire durablement dans le projet auxerrois.
Alors que Saint-Étienne évoluera en Ligue 2 cette saison, Ekwah va, lui, poursuivre son parcours dans l’élite du football français. Une opportunité importante pour le joueur de 24 ans, qui connaît déjà bien les exigences de la Ligue 1.
Un deuxième prêt consécutif
Cette arrivée à Auxerre marque également le deuxième prêt consécutif de Pierre Ekwah. Lors de la seconde partie de la saison dernière, le milieu de terrain avait rejoint Watford, en Angleterre, pour six mois.
Cette fois, le défi est différent. À Auxerre, Ekwah aura l’occasion de retrouver un championnat qu’il connaît et de tenter de s’y imposer sur la durée. S’il parvient à convaincre les dirigeants du club, son aventure pourrait même se prolonger au-delà de la saison 2026-2027.
Une expérience déjà solide en Ligue 1
Pierre Ekwah ne débarque pas en terrain inconnu. Le milieu de terrain franco-camerounais possède déjà une expérience significative dans l’élite française.
Sous les couleurs de Saint-Étienne lors de la saison 2024-2025, il avait disputé 29 rencontres de Ligue 1. Un vécu qui pourrait peser dans son intégration au sein de l’effectif auxerrois.
Avec ce nouveau départ, Ekwah dispose désormais d’une nouvelle occasion de confirmer ses qualités et de franchir un cap. À lui de saisir cette opportunité pour convaincre Auxerre de miser définitivement sur lui.
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