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Péages automatiques : Tollcam réclame 30 milliards FCFA à l’État camerounais après la rupture du PPP

(Investir au Cameroun) – La Chambre des comptes, dans son rapport de certification des comptes de l’État pour l’exercice 2024, met au jour un contentieux majeur autour du projet d’automatisation des péages routiers. Tollcam Partenariat SAS, joint-venture des groupes français Fayat et Egis chargée de la construction de 14 postes de péage automatique, a saisi la Cour internationale d’arbitrage (CCI) de Paris pour réclamer 30 milliards FCFA à l’État du Cameroun, à la suite d’une rupture unilatérale du contrat de partenariat public-privé (PPP) attribuée en 2019. Une tentative de règlement amiable est en cours, sans signe, à ce stade, d’un accord entre les parties.
Le rapport de la juridiction financière confirme que Tollcam Partenariat SAS a porté le différend devant la CCI de Paris, en réponse à la dénonciation du contrat PPP portant sur la conception, la construction, l’équipement, l’exploitation et la maintenance de 14 postes de péage automatique au Cameroun. L’entreprise y réclame 30 milliards FCFA de compensation à l’État.
Selon la Chambre des comptes, une procédure de règlement amiable a été engagée entre l’État du Cameroun et son partenaire privé. Mais aucune indication ne permet, pour l’instant, de conclure à une avancée décisive des discussions. Ni l’État ni Tollcam n’ont communiqué publiquement sur l’état de ce contentieux.
Du partenariat public-privé au marché public
Le 2 février 2024, le ministre des Travaux publics, Emmanuel Nganou Djoumessi, a officiellement notifié à Tollcam la résiliation de son contrat. Dans la correspondance adressée à Philippe Serain, président de Tollcam Partenariat SAS, le gouvernement annonce la transformation du PPP en marché public, retirant à Tollcam l’exploitation et la maintenance des 14 péages, ne lui laissant que la conception, la construction et l’équipement. Ces prestations doivent désormais être rémunérées dans le cadre d’un marché public à conclure.
Ce revirement réactive une option abandonnée après les études d’avant-projet détaillé (APD) menées dès 2014, écartée à l’époque en raison « de la complexité du projet et de la difficulté à mobiliser les financements », selon un mémo mis à la disposition de la presse en décembre 2020 par le ministère des Travaux publics (Mintp). Il remet également en cause un processus engagé depuis près de huit ans. Le même document rappelle que le projet d’automatisation des postes de péage routier a été déclaré éligible au régime des contrats de partenariat le 5 avril 2016, « sur la base d’une étude technico-économique à partir de l’APD ». Il avait reçu la non-objection du Conseil d’appui à la réalisation des contrats de partenariat (Carpa), organe expert de l’État en matière de PPP, ainsi qu’un avis favorable de soutenabilité financière du ministère des Finances (Minfi), cosignataire avec le Mintp du contrat de Tollcam. Cette remise en cause intervient alors que 7 des 14 postes automatiques sont déjà construits et que leur mise en service était attendue depuis septembre 2023.
Un modèle jugé trop coûteux
D’après des sources proches du dossier, la décision de muter le contrat aurait été prise par le chef de l’État, Paul Biya, sur la base d’un dossier préparé par le secrétariat général de la présidence. Ce document, auquel Investir au Cameroun n’a pas eu accès, mettrait en exergue le niveau jugé problématique des loyers à verser au partenaire privé : pour un investissement initial de 42 milliards FCFA, Tollcam devait percevoir, sur 18 ans, un total de 195 milliards FCFA TTC.
Le Mintp n’a pas détaillé, à ce stade, la structure des charges couvertes par ces loyers. Il a en revanche mis en avant un scénario financier comparatif : à l’échéance du PPP en 2041, les recettes cumulées des 14 péages automatisés atteindraient 632,6 milliards FCFA, sur la base d’un tarif de péage maintenu à 500 FCFA. En versant 195 milliards FCFA au partenaire privé, le Trésor public dégagerait ainsi un gain net de 437,6 milliards FCFA (impôts, taxes et autres prélèvements non inclus), soit plus du double des 210,7 milliards FCFA attendus sur 18 ans si les péages restaient non modernisés.
Réserves sur la collecte et la traçabilité des recettes
Un document interne du Mintp signale toutefois une réserve majeure concernant les sept premiers postes de péage automatique déjà construits. Elle porte sur l’intégrité de la connexion entre le système de collecte des recettes (paiements électroniques et espèces) et le système central de la partie publique. L’enjeu est de permettre au Mintp et au Minfi de disposer d’une visibilité en temps réel sur les recettes collectées. Cette exigence de traçabilité et de contrôle des flux financiers constitue un point sensible dans la finalisation du dispositif.
Dans ce contexte, l’ouverture d’une procédure d’arbitrage devant la CCI de Paris marque une nouvelle phase dans un projet devenu emblématique des limites et fragilités opérationnelles des PPP au Cameroun. La tentative de règlement à l’amiable maintient l’hypothèse d’une solution négociée, mais l’issue demeure totalement incertaine à ce stade.
Egis sous pression
Ce contentieux intervient alors que l’actionnariat du partenaire privé évolue. Selon des révélations du média français Challenges.fr publiées le 18 septembre, Tikehau, gestionnaire d’actifs et actionnaire de contrôle d’Egis depuis l’acquisition de 40 % du capital auprès de la Caisse des dépôts et consignations en 2022, a engagé un processus de cession de ses activités africaines jugées les moins rentables. Pas moins de sept filiales seraient concernées. Egis ne conserverait sur le continent que son activité au Maroc, ainsi que quelques grands chantiers stratégiques, dont le mégaprojet minier de Simandou en Guinée.
Ce repositionnement capitalistique pourrait peser sur la stratégie et la capacité de suivi d’Egis sur des projets complexes de long terme comme celui des péages automatiques au Cameroun, alors même que la relation contractuelle avec l’État est désormais judiciarisée.
Amina Malloum
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Bauxite de Minim-Martap : doute sur la capacité du projet à rembourser la facilité AFG de 82 milliards FCFA

(Investir au Cameroun) – Africa Minerals and Metals Processing Platform (A2MP), principal actionnaire de Canyon Resources, estime que les flux de trésorerie attendus du projet de bauxite de Minim-Martap pourraient ne pas suffire à assurer le service de la facilité syndiquée de 82 milliards de FCFA accordée par AFG Bank Cameroon à Camalco. Cette appréciation figure dans une déclaration d’offre déposée le 29 juillet 2026 par A2MP Investments auprès de l’Australian Securities Exchange (ASX), la principale place boursière australienne. Dans ce document, le groupe avertit également qu’en cas d’échec de son offre de rachat, il ne donne aucune assurance d’apporter de nouveaux financements à Canyon Resources.
« Les flux de trésorerie du projet semblent ne pas permettre d’assurer le service de la facilité AFG existante, sur laquelle environ 57 millions de dollars, soit 32,5 milliards de FCFA, ont été tirés », affirme A2MP. Le groupe et ses associés contrôlent déjà 55,56 % du capital de Canyon Resources et cherchent à acquérir les actions qu’ils ne détiennent pas encore.
Selon A2MP, l’insuffisance potentielle des flux du projet pourrait nécessiter de nouveaux apports des actionnaires. Le groupe précise cependant que, si son offre n’aboutit pas, il ne donne« aucune assurance »qu’il apportera des financements supplémentaires à Canyon.
Cette position ne constitue pas un refus définitif de financer Minim-Martap. Elle est formulée dans l’hypothèse d’un échec de l’offre et ne remet pas en cause les garanties déjà consenties au titre du crédit existant.
Près de 40 % de la facilité déjà tirés
Conclue en mai 2025, la facilité syndiquée porte sur 82 milliards de FCFA, présentés lors de sa signature comme l’équivalent d’environ 140 millions de dollars. Les 32,5 milliards de FCFA déjà mobilisés représentent 39,6 % du plafond contractuel. Le solde arithmétique non utilisé ressort ainsi à 49,5 milliards de FCFA.
Les montants exprimés en dollars ne correspondent toutefois pas exactement à ceux libellés en FCFA. Les 57 millions de dollars tirés sur une enveloppe annoncée de 140 millions représentent 40,7 %, tandis qu’A2MP fait état d’un solde non tiré d’environ 83 millions de dollars.
Ces écarts semblent principalement résulter des arrondis et des différents taux de conversion utilisés. La proportion la plus prudente reste donc celle d’environ 40 % de la facilité déjà mobilisés.
Le crédit est rémunéré à un taux fixe de 8 % par an, majoré de la TVA, et remboursable sur huit ans à compter du premier tirage. À encours constant, un montant de 32,5 milliards de FCFA générerait théoriquement environ 2,6 milliards de FCFA d’intérêts annuels, hors TVA et avant prise en compte de l’amortissement du principal.
Ce calcul ne correspond pas nécessairement au service contractuel effectif. Il n’intègre ni la date exacte des tirages, ni le calendrier de remboursement, ni les commissions et autres frais. L’échéancier détaillé du crédit n’a pas été rendu public.
La facilité doit exclusivement financer les infrastructures logistiques de Minim-Martap : acquisition de locomotives et de wagons, travaux ferroviaires, route d’évacuation du minerai et installations portuaires. Camalco en est l’emprunteur, tandis qu’AFG Bank Cameroon intervient avec d’autres établissements financiers dans le cadre d’accords de partage des risques.
A2MP reste co-garante du financement existant
L’absence d’engagement sur de nouveaux apports ne modifie pas le statut d’A2MP au titre de la facilité déjà accordée. Dans son document, le groupe rappelle qu’il en demeure co-garant aux côtés de Canyon Resources.
Le crédit est également sécurisé par une hypothèque de premier rang sur les concessions de Minim-Martap et par des sûretés portant sur les comptes bancaires du projet, les équipements, les futures créances issues des contrats d’enlèvement ainsi que les indemnités d’assurance.
Le contrat prévoit par ailleurs le maintien d’une réserve correspondant à deux échéances de principal et trois échéances d’intérêts. Il interdit la cession d’actifs importants, la souscription de nouvelles dettes et tout changement de contrôle sans l’accord préalable des prêteurs.
La déclaration d’A2MP ne fait état ni d’un impayé, ni d’un défaut contractuel, ni d’une activation des garanties. Elle formule une appréciation prospective sur la capacité du projet à dégager suffisamment de trésorerie pour assurer le service de sa dette.
Cette analyse est celle de l’actionnaire majoritaire et initiateur de l’offre. Elle ne constitue pas un diagnostic d’AFG Bank Cameroon et ne permet pas de conclure à une remise en cause de la facilité par la banque.
Une phase 1 financée, mais une montée en puissance encore à couvrir
En mars 2026, après le rejet par les actionnaires d’une augmentation de capital de 170 millions de dollars australiens, Canyon Resources assurait que sa trésorerie disponible et le financement AFG suffisaient à couvrir les investissements de la phase 1 jusqu’à l’expédition de la première cargaison.
La compagnie faisait alors état de 95 millions de dollars non tirés sur le crédit et d’environ 43 millions de dollars de trésorerie non auditée au 28 février.
« La phase 1 du développement de Minim-Martap demeure entièrement financée », soutenait-elle, sans besoin supplémentaire de fonds d’Eagle Eye Asset Holdings ou d’Afriland.
Cette couverture ne concernait cependant que la phase initiale. En juin, Canyon a indiqué que 160 millions de dollars supplémentaires seraient nécessaires pour financer la phase 2, comprenant de nouveaux travaux ferroviaires ainsi que l’acquisition de 15 locomotives et de 400 wagons additionnels.
Ces investissements doivent porter la capacité ferroviaire d’environ 35 000 à 105 000 tonnes humides par mois d’ici au début du troisième trimestre 2027.
Sans ce financement, la capacité annoncée resterait limitée à environ 35 000 tonnes par mois, soit 420 000 tonnes par an en supposant douze mois complets d’exploitation à ce rythme. Ce volume demeure très inférieur au premier palier de 1,2 million de tonnes par an retenu dans l’étude de faisabilité.
Le besoin de 160 millions de dollars pour la phase 2 ne démontre donc pas, à lui seul, que la première phase était sous-financée. A2MP va néanmoins plus loin : le groupe estime que la structure financière actuelle pourrait empêcher le projet d’atteindre une production durable tout en assurant le service de la dette AFG.
Les hypothèses économiques de l’étude de faisabilité contestées
Pour étayer son analyse, A2MP remet en cause plusieurs hypothèses de l’étude de faisabilité publiée en septembre 2025.
Le groupe estime que la prime de prix de la bauxite devrait être ramenée d’environ 11 à 5 dollars par tonne sèche. Le coût du fret au démarrage pourrait, selon lui, atteindre entre 32 et 36 dollars par tonne, contre 17 dollars retenus dans l’étude.
A2MP préconise également d’intégrer des prélèvements, taxes, assurances et dépenses logistiques plus élevés. Selon son analyse, la détérioration de l’écart entre les prix de vente et les coûts de transport pourrait compromettre à la fois la montée en cadence de Minim-Martap et sa capacité à rembourser la dette.
Ces hypothèses demeurent celles d’A2MP. Elles reposent notamment, selon le groupe, sur six mois d’échanges commerciaux avec des clients potentiels. Elles n’ont pas été validées par AFG Bank Cameroon ni, à ce stade, par un expert indépendant.
Leur publication intervient en outre dans le contexte d’une offre de rachat. A2MP propose 0,05 dollar australien par action Canyon, soit une décote de 42,5 % par rapport au cours de clôture de 0,087 dollar australien observé le 24 juillet, dernière séance de référence retenue dans son document.
Son appréciation pessimiste de la valeur et des perspectives de Minim-Martap doit donc être replacée dans le cadre de cette opération.
Au-delà du prix proposé aux actionnaires minoritaires, le document d’A2MP fait apparaître un désaccord de fond sur la viabilité économique du projet. Là où Canyon considère que la première phase demeure entièrement financée, son actionnaire majoritaire estime que les hypothèses de prix, de fret et de coûts logistiques ne permettent plus de garantir durablement le service de la dette et la montée en puissance de la production.
Cette divergence devrait être au cœur de l’analyse de l’expert indépendant chargé de déterminer si l’offre d’A2MP est équitable et raisonnable. Elle ne permet toutefois de conclure ni à un défaut de Camalco, ni à une remise en cause de la facilité par AFG Bank Cameroon.
Baudouin Enama
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