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de grâce, ne perdons pas le Nord

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de grâce, ne perdons pas le Nord
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Le journaliste camerounais dénonce les manquements du régime actuel vis-à-vis des populations du Grand-Nord du Cameroun, les quelles pourrait expliquer la tension politique observée actuellement au lendemain de la présidentielle 2025.

Dans une tribune, Junior Binyam demande de tirer les leçons du passé pour résoudre les problèmes actuels :

« Ne tirant pas suffisamment les leçons du passé, ou encore frappé d’amnésie sélective sur notre histoire commune qui reste à écrire, au-delà des individus érigés en totem, on pourrait regarder ce qui se passe dans le Grand Nord comme un simple épiphénomène. Une réaction éruptive. Pourtant, des strapontins ministériels offerts à quelques-uns des signataires du mémorandum du grand Nord publié en 2002, n’ont jamais constitué une réponse aux problèmes infrastructurels et structurels soulevés par ce texte. Ils se sont même aggravés », écrit-il.

« NE PERDONS PAS LE NORD

Avec mépris, dédain, roublardise, et la distance géographique autant que symbolique qui sépare le centre du pouvoir de la périphérie, on a traité les recommandations des All Anglophone Conference I et II en 1993 et 1994.

Pour ce qu’il considérait comme une violation du consensus minimal issu de la Tripartite de 1991, Carlson Anyagwe s’était retiré de la commission Owona, pourtant chargée de dessiner les contours d’un nouveau pacte social après le tumulte du début des années 90.

La Constitution de 1996, qui, à défaut de consacrer un retour à l’état fédéral, érigeait la décentralisation en principe fondateur, reste un projet 30 ans après. Ce qui devait en être un pilier, la limitation des mandats présidentiels, a sauté dès 2008, pendant qu’on attendait encore que la décentralisation, et d’autres piliers comme la déclaration des biens, se matérialisent ‘’progressivement’’.

On a voulu faire d’un non-événement les démissions de John Ngu Foncha et les retraits silencieux d’autres artisans de la Réunification.

Résultats des courses : deux régions du Cameroun se sentent aujourd’hui, quoi qu’on en dise, »marginalized ». Espérons que le raz-de-marée qu’on prête à un candidat à la présidentielle dans ces deux régions signe enfin la fin de l’aventure irrédentiste qui y a cours. Car on semble croire qu’un sparadrap posé sur une plaie équivaut à un pansement.

Ne tirant pas suffisamment les leçons du passé, ou encore frappé d’amnésie sélective sur notre histoire commune qui reste à écrire, au-delà des individus érigés en totem, on pourrait regarder ce qui se passe dans le Grand Nord comme un simple épiphénomène. Une réaction éruptive.

Pourtant, des strapontins ministériels offerts à quelques-uns des signataires du mémorandum du grand Nord publié en 2002, n’ont jamais constitué une réponse aux problèmes infrastructurels et structurels soulevés par ce texte. Ils se sont même aggravés.

Le Logone et Chari, avec les îles du lac Tchad, dont certaines rétrocédées dans le cadre du jugement de la CIJ sur Bakassi, apparaît désormais comme une zone grise. L’impraticabilité de la route Mora – Kousseri en est le symbole le plus criant. Autant de facteurs qui nourrissent le sentiment d’abandon et creusent la rupture psychologique avec le reste du pays.

En d’autres temps, on a sacrifié le management de la principale agro-industrie du septentrion, la Sodecoton, dont les résultats étaient probants et l’impact considérable sur tout le grand Nord. Un sacrifice à l’autel de batailles de cour de récréation, d’intérêts très loin de ceux de la masse dont l’existence et la subsistance tiennent aux performances de cette entreprise

NE PERDONS PAS LE NORD. Il est aujourd’hui presque inaccessible : Ngaoundere – Garoua n’a plus de route que le nom. Et L’état de délabrement finira sans doute par faire de cet axe un second Mora – Kousseri.

En attendant la matérialisation du chemin de fer Douala – Ndjamena, promis dans le discours de campagne de Paul Biya à Maroua en 2018, la nationale N°1 demeure le trait d’union d’une unité célébrée par notre hymne national qui rappelle que »tous tes enfants du Nord au Sud, de l’Est à l’ouest soient tout amour… ».

Mais cette réalité habite-t-elle encore l’esprit de ceux qui, à Yaoundé, ne jurent que par leurs desseins nombrilistes?
Ce qui se joue aujourd’hui ne se résume peut-être pas à la contestation des résultats d’une élection présidentielle. Nous avons mal au Southern Cameroons.

La distance que nous entretenons avec les dynamiques du septentrion ouvre peut-être, sans le vouloir, la voie à un projet plus vaste : celui d’un Califat autour du lac Tchad dont la capitale pourrait renaître sur les cendres du Northern Cameroon.

Au prix de lourds sacrifices, notre armée maintient l’intégrité territoriale. Mais il faut agir pour que les populations de ces zones ne se sentent pas rejetées et exclues du pays auquel elles appartiennent encore par le cœur et, parfois seulement, par habitude.

Peut-être, oui, »tant que Yaoundé respire, le Cameroun vit… ». Mais le Cameroun va bien au-delà de la distance qui sépare Etoudi du plateau Atemengue.

De grâce, NE PERDONS PAS LE NORD ! »

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