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Emmanuel NOUBISSIE NGANKAM : « Cameroun : de l’urgence d’un nouveau programme avec le FMI »
Alors que la parenthèse de l’élection présidentielle se referme avec son lot d’émotions et d’incertitudes non encore totalement contenues, la réflexion sur les enjeux du développement économique devrait reprendre ses droits afin de sortir le Cameroun de l’abîme dans lequel il s’enlise doucement et peut être même inexorablement si rien n’est fait pour changer de trajectoire. Dans un tel contexte, la relation avec les Partenaires Techniques et Financiers (PTF) prend toute sa place et particulièrement avec le Fonds Monétaire International (FMI) dont la seule évocation suscite de la controverse voire de l’appréhension. Une controverse qui confine à certains égards, à l’irrationnel et parfois teintée de dogmatisme et d’idéologie.
L’appréhension quant à elle pourrait se résumer à l’effroi d’un grand malade qui face à son médecin traitant, redoute à la fois le diagnostic et la thérapie de choc qui s’y prête. Et pourtant le Cameroun a mal à son économie et la présence entre autres, du FMI à son chevet, n’est certes pas une panacée, mais un accompagnement rendu indispensable du fait de la conjonction de plusieurs facteurs que sont, (i) l’état de l’économie et les contreperformances des politiques publiques, (ii) la pusillanimité des institutions publiques peu enclines à mettre en œuvre de manière courageuse et cohérente les réformes parfois audacieuses qu’impose la quête de performance et le respect de la trajectoire fixée, et (iii) la valeur ajoutée réelle qu’apporte le FMI.
UNE CROISSANCE POSITIVE MAIS MOLLE, QUI, RAPPORTÉE AUX PARAMÈTRES SOCIAUX, EST APPAUVRISSANTE
S’agissant de l’état de l’économie camerounaise, c’est devenu une rengaine que de rappeler que les performances des politiques publiques sont sous-optimales à plusieurs égards et les principaux indicateurs macroéconomiques sont suffisamment édifiants. D’après les comptes nationaux publiés par l’Institut National de la Statistique (INS), le taux de croissance du PIB est resté atone voire fragile au regard d’une part des potentialités du pays et d’autre part des objectifs fixés par les autorités.
Le pic de 5,3% réalisé en 2014 n’a plus jamais été atteint et en 2020 il a même été presque négatif (0.7%), certes du fait de la crise planétaire induite par la pandémie du Covid-19. Depuis lors, le taux de croissance oscille autour de 3% (il a été de 3,5% en 2024) et la projection relativement optimiste pour 2025 est d’environ 4%, c’est-à-dire loin, très loin de la moyenne annuelle de 8,1% prévue dans la Stratégie Nationale de Développement SND30. C’est donc une croissance molle qui, rapportée à l’évolution démographique et à d’autres paramètres économiques et sociaux, pourrait s’apparenter à une croissance appauvrissante.
D’après le dernier baromètre de la CEMAC publié par la Banque mondiale en juin 2025, sur une population camerounaise estimée à 29,6 millions d’habitants, 12,6 millions soit environ 42,5% seraient pauvres et vivraient avec moins de 3,65 dollars (2200 F CFA) par jour. Cet appauvrissement est amplifié par l’inflation qui, d’après toujours l’INS, a atteint un pic de 7,4% en 2023 avant de redescendre à 4,5% en 2024, au-dessus de la norme communautaire de 3%. Cette hausse généralisée des prix considérée comme l’impôt des pauvres, érode le pouvoir d’achat particulièrement celui des couches les plus vulnérables.
UNE CRISE DE TRÉSORERIE QUI INDUIT LE RECOURS QUASI HEBDOMADAIRE AUX BONS DE TRÉSOR ASSIMILABLES
Pour ce qui est des comptes publics, la situation du Cameroun est essentiellement caractérisée par un déficit budgétaire couplé à un déficit du compte courant, les fameux déficits jumeaux fortement préjudiciables à l’ensemble de l’économie. En 2024, le solde du compte courant était de – 3,4% du PIB et le solde budgétaire de -1,5%. Ces chiffres traduisent un déséquilibre des comptes extérieurs et un déficit public financé soit par de l’endettement, soit par l’accumulation des arriérés, soit par les deux à la fois. Au-delà du solde budgétaire global, la situation des finances publiques est marquée entre autres, par une persistante tension de trésorerie de l’état dont l’une des manifestations est le recours quasi hebdomadaire au marché régional des titres publics par l’émission des Bons de Trésor Assimilables à 13 semaines (3 mois), 26 semaines (6 mois) ou 52 semaines (un an) pour lever 10 à 15 milliards de F CFA au taux d’intérêt allant jusqu’à 7%.

Pour faire simple, cette pratique est assimilable à un chef de famille qui chaque semaine, va à la tontine emprunter de l’argent pour faire face à ses engagements courants. Après chaque remboursement, il réemprunte immédiatement et ainsi de suite. Une cavalerie financière couteuse. Pour ce qui est de la torpeur à mettre en œuvre les réformes hardies y compris l’application de certaines législations, le cas le plus patent est la gestion des entreprises publiques dont certaines dans des secteurs stratégiques, sont devenues de véritables boulets, obérant la productivité et partant, la compétitivité de l’ensemble de l’économie. Le retard pris dans le secteur du numérique, la qualité et le coût des prestations dans ce secteur en est une parfaite illustration. Que dire de la mise entre parenthèses de l’application de la loi de 2017/011 du 12 juillet 2027 portant statut général des entreprises publiques et particulièrement les dispositions relatives à la limitation des mandats des dirigeants sociaux de ces entreprises ? Une situation de fait, fortement décriée avec persistance par l’universitaire Viviane Ondoua Biwole. Des cris dans le désert. Des exemples des réformes contenues ou différées sont légion et relèvent soit d’un manque de volonté politique, soit de la protection des privilèges, ou tout simplement de l’incompétence. Quelles qu’en soient les raisons, la procrastination et la lenteur dans le processus de prise de décision sont des maux aux conséquences incommensurables.
La réhabilitation de la SONARA ou la construction d’une nouvelle raffinerie devenue un véritable serpent de mer est à mettre dans ce registre. Il en est de même de la SNI dont la décision de réorganisation par décret du 10 juillet 2024 a charrié d’énormes attentes au regard des missions stratégiques de cette entreprise. Plus d’un an après, il y a à craindre que la montagne n’ait accouché d’une sourie car depuis lors, en dehors de la nomination du Président du Conseil d’Administration (PCA), aucune transformation majeure annoncée dans le décret ne semble s’être matérialisée. Dans le secteur de l’énergie électrique ô combien névralgique, la réalisation du barrage de Nachtigal avec ses 420 MW constitue incontestablement une avancée majeure.
Cependant, les difficultés à mettre en œuvre certaines clauses contractuelles liées à l’exploitation de ce barrage, la persistance du déséquilibre financier de l’ensemble du secteur, pourraient retarder voire compromettre les perspectives de développement de ce secteur, situation fortement préjudiciable à l’ensemble de l’économie. Quid des atermoiements dans la réalisation des infrastructures de transport (routes, autoroutes) ou encore des contrats mal négociés et qui conduisent à des contentieux aux conséquences financières désastreuses (péages routiers, contrats miniers etc). La parfaite illustration est l’affaire Sundance relative à l’exploitation du gisement de fer de Mbalam, affaire encore pendante depuis 2022 devant la Cour d’Arbitrage de la Chambre de Commerce Internationale (CCI) alors que la compagnie australienne réclame au Cameroun 5,5 milliards de dollars de dommages, soit environ 3300 milliards de F CFA (près de 45% du budget annuel de l’Etat).
UN NOUVEAU PROGRAMME AVEC LE FMI PERMETTRAIT D’ACTIONNER AU MOINS TROIS LEVIERS AUX RETOMBÉES POSITIVES
Dans un tel contexte, quelle serait la valeur ajoutée d’un programme avec le FMI ? Il convient de rappeler que c’est le pays qui, en fonction de l’état de son économie et de ses besoins, sollicite l’assistance du FMI dans le cadre d’un programme. Le faire n’est pas (de manière absolue) une perte de souveraineté encore moins une mise sous tutelle même si elle s’accompagne de contraintes et de conditionnalités.
Il s’agit avant tout de l’exercice d’un droit que confère le statut de membre de cette institution qui s’apparente à une caisse de crédit mutuel pour les pays. Chaque membre peut y faire des placements ou solliciter des prêts. Cela dit, en ce qui concerne le Cameroun, un nouveau programme avec le FMI permettrait d’actionner au moins trois leviers aux retombées positives notamment, (i) des ressources financières, (ii) la mise en œuvre des réformes qui vont avec les conditionnalités et le rétablissement de la confiance des partenaires, et (iii) l’assistance technique et le renforcement des capacités dans des secteurs spécifiques. S’agissant des financements, les prêts du FMI sont essentiellement à taux d’intérêt raisonnable voire concessionnel.
Ceci est indéniablement un précieux avantage dans un environnement mondiale caractérisé par, d’une part la raréfaction des ressources et d’autre part le renchérissement des conditions des prêts sur le marché des capitaux. Ces prêts ne sont pas destinés au financement de projets spécifiques comme le font les banques de développement, mais constituent en quelque sorte des appuis budgétaires permettant au pays de faire face à des problèmes de liquidité ou au paiement des engagements internationaux (financement des importations, remboursement de dette etc.).
Au regard du solde courant et du déficit budgétaire persistants mentionnés plus haut, un financement du FMI serait une bouée de sauvetage pour le Cameroun qui par ailleurs pourrait pâtir des contreperformances des autres pays de la CEMAC. Rappelons que le dernier programme qui s’est achevé en juin 2025 et appuyé par trois accords de financement a permis au Cameroun de bénéficier d’une assistance financière globale de 956,1 millions de dollars soit environ 590 milliards de F CFA.
COMME SI ELLES AVAIENT ABDIQUÉ DE LEURS RESPONSABILITÉS, CES AUTORITÉS SE DÉFAUSSENT SUR FMI QUI LES ENJOINT À METTRE DE L’ORDRE DANS LEURS PROPRES AFFAIRES
Pour ce qui est de la mise en œuvre des réformes, cette composante du programme constitue ce qui pourrait s’assimiler à une assistance vertueuse qui traduit à certains égards les difficultés (pour ne pas en dire plus) des autorités à s’approprier lesdites réformes et de les mettre en œuvre de manière autonome, volontariste et courageuse. Comme si elles avaient abdiqué de leurs responsabilités, ces autorités se défaussent sur FMI qui les enjoint à mettre de l’ordre dans leurs propres affaires par le biais des conditionnalités (repères structurels ou quantitatifs).
A titre d’illustration, alors que l’on se serait attendu à une action volontariste de l’Etat, c’est le FMI qui, en 2022, enjoint le Gouvernement à procéder à : (i) un audit par la Chambre des Comptes de la Cour Suprême et sa soumission aux services du FMI, au Premier Ministre, au Sénat et à l’Assemblée Nationale ; (ii) la publication des informations sur les marchés en rapport avec la COVID-19 et, (iii) la publication du rapport d’exécution du Compte d’Affectation Spécial COVID-19 ».
C’est encore le FMI qui dans le cadre des conditionnalités du programme triennal appuyé par la Facilité Elargie de Crédit (FEC) et le Mécanisme Elargi de Crédit (MEDC), exige de l’Etat du Cameroun « La finalisation et la publication des textes d’application de la loi 2016/017 du 14 décembre 2016 portant code minier ». Fallait-il attendre que ce soit le FMI qui exige « la finalisation de l’étude diagnostique de CAMTEL, du PAD (Port Autonome de Douala) et de CAMWATER » ? Si ce n’est pas de la pusillanimité, ça y ressemble. Dans un éditorial mémorable de Cameroon Tribune du 22 septembre 1987 (déjà), Henri Bandolo, de regrettée mémoire, s’alarmait : « Evacués les facteurs exogènes dont l’origine, le contrôle et la maîtrise nous échappent, on n’a pas dit grand-chose sur nos propres responsabilités dans cette crise et, notamment, sur la médiocrité de nos élites intellectuelles, cadres supérieurs de la Nation, en charge des affaires de la République ». C’était il y a 38 ans…
Enfin, pour ce qui est de l’assistance technique et des conseils, c’est l’une des missions statutaires du FMI et le Cameroun en a déjà tiré avantage notamment en ce qui concerne la réforme du système de l’administration fiscal ou encore plus récemment le renforcement des capacités de la chambre des comptes de la cour suprême en vue d’un meilleur accomplissement de ses missions de contrôle des comptes publics et juge des comptables et gestionnaires publics.
En somme, si le FMI s’apparente à une caisse de crédit mutuelle pour ses états membres, solliciter opportunément son assistance constitue une bouée de sauvetage macroéconomique pour les pays en développement et émergents qui savent tirer avantage de cette institution qui souffre encore, hélas, d’une réputation écornée du fait, entre autres, des ajustements structurels des années 90 dont la brutalité, à certains égards, a laissé des cicatrices.
Emmanuel NOUBISSIE NGANKAM, Analyste Economique Ancien haut fonctionnaire de la Banque mondiale enoubissie7897@gmail.com
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Armée : le général Philippe Mpay est mort
Le général Phillipe Mpay n’est plus. Agé de 87 ans, le Commandant des écoles et centres d’instructions interarmées (Comeciia) s’est éteint aux premières heures de ce 9 mai 2026, des suites de maladie, apprend-on. C’est donc un des hommes clés du système sécuritaire de l’Etat. Mais le nom de cet oficier supérieur de l’armée rime dabvanatge avec une réputation pour le moins triste, du fait de son passage à la tête du Commandement opérationnel (CO).
Le Commandement opérationnel avait été mis sur pied le 20 février 2000 par le président de la République, en vue de lutter contre le grand banditisme dans la région du Littoral en général, et la ville de Douala en particulier. Il avait la particularité de regrouper en son sein à la fois des gendarmes et des militaires. Alors que sa création suscitait de grands espoirs dans une ville en proie à une insécurité rampante, cette unité spéciale de sécurité a vite viré à des exécutions extrajudiciaires. Et moins d’un an après, ses exactions atteignent une côte alarmante.
Les 9 de Bépanda
En effet, en janvier 2001, le Commandement opérationnel dont les actions étaient déjà décriées tant par les organisations de défense des droits de l’homme telles qu’Amnesty international, que par l’opposition camerounaise, est secoué par la « disparition » de neuf jeunes gens au quartier Bepanda. Accusés de vol d’une bouteille de gaz par une voisine, ces jeunes de ce quartier populaire seront interpellés, pour ne plus jamais réapparaître. Des sources concordantes à l’époque des faits disent que ces neuf ont été exécutés pour nombre de personnes tombés dans les filets de cet organe. Les mêmes sources attribuaient à la dame à l’origine de leur arrestation, des relations avec un haut placé dans la gendarmerie.
Anicet Ekane
C’était le début de la fin du Commandement opérationnel. Face à la montée en puissance des critiques. Parmi les contestataires les plus virulents, Anicet Ekane. Alors que Me Jean de Dieu Momo assurait la défense de ces derniers devant les tribunaux de Douala, le président du Manidem organisera chaque mois de janvier une cérémonie en mémoire des martyrs du Commandement opérationnel, s’attaquant particulièrement au commandant du CO. L’homme aura très souvent maille à partir avec les forces de l’ordre dans son engagement en vue du rétablissement de la vérité sur ces neuf jeunes gens. Les enquêtes n’en livreront aucun secret officiel. Mais le CO finira par mourir sans avoir rempli sa mission, emporté par l’« affaire des 9 de Bépanda ».
Le hasard veut que l’ancien patron du tristement célèbre Commandement opérationnel décède le jour même de l’inhumation d’Anicet Ekane. Les deux se sont livrés à un combat de rude épreuve à distance, des années durant.
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Obsèques d’Anicet Ekane : La désacralisation de l’image du martyr en marche
Anicet George Ekane sera inhumé ce 09 mai 2026 dans son village Bomono, dans le département du Moungo. Lundi 4 mai dernier, Muna Ekane, le fils du défunt à qui la justice a confié l’organisation des obsèques, a entretenu la presse sur le sujet. Réitérant le lieu des obsèques. Dès mercredi soir, les condoléances sont reçues à la Salle des fêtes d’Akwa à Douala. Le lendemain, était prévu un hommage politique. Ce vendredi, une soirée culturelle est prévue à Bomono Gare. Demain samedi, est prévue la mise en bière à l’hôpital Laquintinie, suive d’une procession dans les rues de Douala. La boucle sera bouclée par l’inhumation à Bomono Gare.
Appel à la cohésion
A l’occasion de son échange avec la presse, le Dr Muna Ekane a exhorté les uns et les autres à dépasser les divergences pour honorer dignement la mémoire du disparu. Un message qui résonne comme une invitation à la cohésion, dans un contexte politique souvent marqué par les divisions. Un appel qui n’a pas trouvé d’écho favorable auprès de nombre de personnes physiques et morales initialement concernées par ce dernier hommage au président du Mouvement africain pour la nouvelle indépendance et la démocratie (Manidem). Le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC), parti de Maurice Kamto, qui avait sollicité les services du Manidem pour s’engager dans la présidentielle 2025 (pour être recalé par Elecam et le Conseil constitutionnel, au motif que Dieudonné Yebga, ancien président du parti, s’était lui aussi déposé sa candidature pour le compte du même parti, Ndlr) avait d’ores et déjà annoncé qu’il ne participera pas à ces obsèques organisées par Muna Ekane. De son côté, Simone Marianne Ekane, la sœur cadette d’Anicet Ekane, a indiqué qu’une partie de la fratrie, ainsi que la dernière veuve de l’homme, ne seront pas de la partie. Le Manidem a lui aussi pris ses distances.
Dernières volontés
Autant qu’un bon nombre de personnes qui voient d’un mauvais œil le refus par Muna Ekane de respecter la dernière volonté de son père : celle d’être inhumé près d’Ernest Ouandié au cimetière protestant de Bafoussam dans la région de l’Ouest. Et que ses obsèques soient dirigées par le Manidem, notamment le trio « Dongmo, Jean Baptiste Ketchateng et la trésorière ».
Depuis, le débat enfle sur cette attitude des contestataires au choix de l’organisateur en chef des obsèques. Mais le chien aboie, la caravane passe. Arrêté le 24 octobre 2025 à Douala dans le cadre de la crise post-électorale, Anicet Georges Ekane et Djeukam Tchameni, ont été placés en détention dans des cellules du secrétariat d’Etat à la défense (la gendarmerie nationale) à Yaoundé. Privé de son assistant respiratoire, le président du Manidem décèdera le 1er décembre 2025 dans des circonstances troubles. Le corps d’abord confisqué par la justice, a finalement été remis à la famille qui l’a conservé à la morgue de l’hôpital Laquintinie de Douala. Puis s‘est déclenché la polémique sur le respect des dernières volontés de l’homme. L’Etat dont l’on avait déjà vu l’ombre d’un des acteurs clé à l’aéroport international de Douala à l’arrivée de la dépouille, notamment le ministre Grégoire Owona, secrétaire général adjoint du Rdpc, parti au pouvoir, a forcé une place dans l’affaire.
15 janvier 1971
Finalement la justice saisie au sujet de l’organisation des obsèques de celui qui aura été moulé dans l’esprit upéciste, depuis le 15 janvier 1971 lorsqu’élève, il a vécu en direct l’assassinat d’Ernest Ouandié à Bafoussam. L’homme en qui cet esprit combattant et libérateur a muri au gré des évolutions de l’histoire politique du Cameroun, en est devenu un des fervents chantres. Au risque de sa propre liberté. Lui qui, après avoir entretenu la flamme de l’Union des populations du Cameroun (Upc) dans la clandestinité avec beaucoup d’autres militants et partisans, est passé par la case prison. Et a finalement opté pour le Manidem dont les partisans considèrent comme la version authentique d’une Upc morcelée par des guerres intestines.
L’un des actes forts posés par Anicet Ekane au soir de sa vie, aura été d’investir Maurice Kamto dans une élection présidentielle où le président du Mrc était malmené par le pouvoir de Yaoundé. Une investiture « gratuite » selon des sources concordantes, au moment où nombre de partis détenteurs d’élus, monnayaient à coûts de dizains, voire des centaines de millions, ce « yango », pour accorder le privilège aux intéressés, d’être candidats. Et l’homme qui considérait cette élection comme l’ultime chance de renverser le régime quarantenaire de Yaoundé, au nom de l’Union pour le changement (Upc) qui avait porté avec succès la candidature de Ni John Fru Ndi en 1992, jettera son dévolu sur Issa Tchiroma une fois le dossier de Maurice Kamto rejeté. Avec la suite que l’on sait.
C’est dans cet esprit upéciste qu’Anicet Ekane n’a pas voulu restreindre ses obsèques à sa seule famille nucléaire ou biologique, mais que ses restes soient un héritage national. Mais cette dernière volonté s’est butée à une opposition interne dans sa propre famille à qui il avait concédé « un rôle secondaire » lors de ces obsèques. Nombre de ses camarades politiques et admirateurs refusent que les rôles changent, et surtout que l’homme ne soit pas inhumé près de son inspirateur politique. Muna Ekane tient le bon bout dans cette posture de défiance à la mémoire de son père.
Mémoire bafouée
Jean Baptiste Ketchateng, lui, n’a pas attendu ce moment avant de jeter l’éponge, mieux, de quitter le parti. L’homme a pris la tangente une fois que la justice a accordé à Muna Ekane la direction de cet événement, en écartant la veuve ; et que « l’heureux élu » avait opté pour un enterrement à Bomono plutôt qu’à Bafoussam. Muna Ekane n’aura à ses côtés que les partisans d’Issa Tchiroma. L’opposant en exil a appelé à une mobilisation à l’occasion de ces obsèques. Le même fils qui le 2 décembre dernier, faisait allégeance à la mémoire de son père : « après consultation de l’épouse de notre père, de ses ex compagnes, de ses compagnons de lutte et membres de sa famille politiques, nous sommes arrivés aux conclusions suivantes, sur les volontés de notre père concernant ses obsèques : notre père a souhaité qu’elles se fassent sous la direction du Manidem ; il a régulièrement émis le souhait d’être enterré à Bafoussam, près de Ernest Ouandié (Sic)», écrivait-il dans un courrier adressé au vice-président du Manidem, pour le compte de la fratrie dont il est l’aîné. Pour autant, « nous souhaitons que ces obsèques s’organisent en bonne intelligence avec la famille biologique». L’homme proposait alors la date du 15 janvier pour ce dernier hommage ; date qui coïncide avec l’assassinat de l’ancien président de l’UPC tombé sous les balles du régime de Yaoundé dans la ville de Bafoussam, sous les yeux d’Anicet Ekane. Ce qui provoquera un choc intérieur au jeune élève, et fera germer la graine de la lutte politique pour la libération totale de son pays.
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Loum: une pige de quelques heures en ”prison” pour le maire
Guy Mesmin Wabo revient de loin. Le maire de la commune de Loum dans le département du Moungo, région de l’Ouest, a passé quelques heures dans une cellule du commissariat de sécurité publique de sa ville, suite à une interpellation instruite par le préfet du Moungo et exécutée par le commissaire de la sécurité publique locale. Rien ne filtre pour le moment sur les motifs de l’interpellation du premier magistrat municipal de cette ville réputée fidèle au Social democratic front (SDF) . Dans le communiqué commis par le , parti du maire Wabo, si cet aspect est également ignoré, il est indiqué que »Monsieur Guy Mesmin Wabo… a été interpellé tel un bandit de grand chemin, aux environs de 16 Heures 30 minutes ce Jeudi 07 mai 2026, par le commissaire de Sécurité publique de la ville de Loum, assisté des éléments de son unité de police, agissant a-t-il déclaré, sur ordre de Monsieur le préfet du département du Moungo, après avoir été contraint de descendre de son véhicule personnel. » Soulignant que le maire a été » transporté sur une moto (taxi) surchargé par un policier’‘.
Une situation qui a créé des tensions dans la ville. L’on apprend que le commissariat commençait à être assiégé par les populations et les militants du SDF qui entendaient obtenir la libération de son maire. Ce que le »bourreau » du maire n’entendait pas exécuter. »Après près de quatre (04) heures de séjour dans cette unité de police, à la sécurité renforcée pour la circonstance par les éléments de la Brigade de Gendarmerie de Loum, le maire Guy Mesmin Wabo sera remis en liberté sans aucune audition ni aucune information sur les mobiles de son interpellation’‘, rapporte le communiqué du SDF signé de Moïse Raymond Ngan, le ministre du Shadow cabinet du SDF, en charge de l’information et des médias.
Le parti de la Balance »dénonce et condamne et avec force cette énième forfaiture et cette interpellation barbare d’un élu, maire dans sa commune, actes constitutifs de violation grave des droits de l’homme et d’atteinte aux libertés individuelles, d’abus de fonction et d’abus d’autorité ». Pour le SDF, cet acte »porte gravement atteinte à l’Etat de droit que ne cessent de vanter les pouvoirs publics ».
L’on apprend que le commissaire n’a consenti à libérer sa victime que par contrainte de Yaoundé. Tant Paul Atanga Nji le ministre de l’Administration territoriale que Martin Mbarga Nguele le Délégué général à la sûreté nationale (Dgsn), ont dû s’y engager directement pour obtenir l’élargissement de Guy Mesmin Wabo. Le SDF »réclame des sanctions exemplaires pour ces fonctionnaires coupables de traffic d’influence, fait constitutif de délit et réprimé par la loi ».
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