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«nos camarades députés ont changé le visage de l’Assemblée Nationale»

Il s’agit d’une de ces vérités, que la femme politique Anne Féconde Noah, demande aux militants du PCRN, de révéler au grand public.
Il y a des actifs à mettre au compte du PCRN. Anne Féconde Noah demande aux militants de son parti d’en parler et en être fiers. Elle note que leurs élus ont impacté à l’Assemblée nationale et dans les mairies.
«N’ayez pas peur de dire que notre Candidat a réussi à se faire élire au premier essai, qu’il a obtenu 7 mairies, 5 députés et 206 conseillers municipaux. Oui, c’est Cabral LIBII qui a été élu à travers nos camarades. N’ayez pas peur de dire que nos camarades députés ont changé le visage de l’Assemblée Nationale. N’ayez pas peur de dire qu’à l’Assemblée Nationale, notre candidat s’est distingué par des prises de position de très haute facture, qu’il a réussi sans majorité à faire passer des amendements d’une loi des finances, entre autres accomplissements. N’ayez pas peur de dire que nos maires ont opéré des miracles dans leurs circonscriptions respectives, que leurs réalisations constituent les preuves de notre apostolat politique», a-t-elle écrit.
Anne Féconde Noah relève qu’en plus des maires et députés du PRCN, leur leader Cabral Libii a impacté positivement les jeunes, pour ce qui est de leur participation à la politique.
«N’ayez pas peur d’attester que l’engagement politique formel de notre candidat Cabral LIBII a suscité un déclic auprès des jeunes qui avaient pour habitude de s’exclure de la chose politique. Il a formé une ressource humaine politique de qualité en un délai record.
N’ayez pas peur d’affirmer fièrement que Cabral LIBII met un accent particulier sur la valorisation de la compétence féminine en politique, une innovation à saluer. Oui, Cabral LIBII ne responsabilise pas les femmes pour teinter ses équipes ni pour remplir une formalité. Il a confiance en leurs capacités, il les recrute, les forme, les booste pour aller plus loin», a-t-elle écrit.
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Bananes : +21,5 % sur neuf mois, le leader PHP doit encore transformer les volumes en profits

(Investir au Cameroun) – Les exportations camerounaises de bananes accélèrent en 2026, après une croissance de 7 % sur l’ensemble de l’année précédente. Les deux filiales de Compagnie fruitière concentrent près de 82 % des expéditions, tandis que la CDBM a déjà dépassé en neuf mois sa performance annuelle de 2025. Cette progression commerciale intervient cependant après deux exercices déficitaires pour PHP, le premier exportateur du pays, dont le chiffre d’affaires a chuté de près d’un tiers en 2025 malgré la relative stabilité des volumes.
Le Cameroun a exporté 194 273 tonnes de bananes entre janvier et septembre 2026, selon les dernières statistiques de l’Association bananière du Cameroun (Assobacam). Ce volume est en hausse de 34 321 tonnes, soit 21,5 %, par rapport aux 159 952 tonnes expédiées vers les marchés internationaux au cours de la même période en 2025. La progression est nettement supérieure à celle enregistrée sur l’ensemble de l’année précédente, au cours de laquelle les exportations avaient augmenté de 7 %, à 225 345 tonnes.
Les chiffres de septembre confirment cette accélération. Selon l’Assobacam, les exportateurs camerounais ont expédié 29 019 tonnes de bananes au cours du mois, contre 22 720 tonnes en septembre 2025, soit une hausse de 6 299 tonnes (+27,7 %). Ce résultat constitue la deuxième meilleure performance mensuelle de l’année, derrière les 31 257 tonnes enregistrées en janvier. Entre les deux, les expéditions avaient notamment reculé à 15 267 tonnes en mai.
Le groupe français Compagnie fruitière de Marseille reste le principal bénéficiaire de cette croissance en termes de volumes. Ses deux filiales camerounaises, les Plantations du Haut Penja (PHP) et la Compagnie des bananes de Mondoni (CDBM), ont cumulé 159 226 tonnes exportées au cours des neuf premiers mois de 2026. Elles représentent ainsi près de 82 % des exportations nationales enregistrées par l’Assobacam.
À elle seule, PHP, première entreprise exportatrice de bananes du Cameroun, a expédié 133 583 tonnes entre janvier et septembre, soit 68,8 % du total national.
La CDBM, deuxième filiale du groupe, affiche également une progression remarquable. Entrée sur le marché de l’exportation en juin 2023, elle a vendu 25 643 tonnes à l’international au cours des neuf premiers mois de 2026. Cette performance dépasse déjà de 1 829 tonnes, soit 7,7 %, ses exportations de toute l’année 2025, qui s’étaient établies à 23 814 tonnes.
La croissance de la CDBM prolonge celle enregistrée en 2025, lorsque ses exportations avaient bondi de 69,5 % par rapport aux 14 052 tonnes expédiées en 2024. L’entreprise a ainsi augmenté ses volumes d’exportation au cours de ses premières années d’activité, renforçant la position de Compagnie fruitière dans la filière camerounaise.
Compagnie fruitière renforce ses capacités avec les anciennes plantations de Boh
La progression des deux filiales intervient après le rachat, le 22 octobre 2025, des actifs agricoles de Boh Plantations Plc, qui occupait jusque-là le quatrième rang des producteurs de bananes du Cameroun.
Dans le cadre de cette opération, PHP a repris la plantation de Mbonjo, tandis que la CDBM a acquis celle de Missaka, dans la région du Sud-Ouest. Boh Plantations avait exporté 11 733 tonnes de bananes en 2024, puis 7 532 tonnes en 2025. Ses expéditions avaient cessé d’apparaître dans les statistiques mensuelles de l’Assobacam dès septembre 2025, avant la conclusion de la transaction.
La reprise de ces actifs a élargi la base de production des deux entreprises de Compagnie fruitière. Elle rend toutefois plus difficile l’analyse de leur croissance en 2026. Les données de l’Assobacam ne permettent pas de distinguer les volumes provenant des plantations historiques de ceux issus des actifs repris à Boh. Il n’est donc pas possible de déterminer quelle part des exportations supplémentaires résulte de cette acquisition ou d’une augmentation de la production sur les plantations déjà exploitées.
De son côté, la Cameroon Development Corporation (CDC), entreprise agro-industrielle détenue à 100 % par l’État, a exporté 35 047 tonnes entre janvier et septembre 2026. Elle représente environ 18 % des expéditions nationales et conserve sa deuxième place parmi les exportateurs individuels, derrière PHP et devant la CDBM.
La CDC poursuit ses activités dans un environnement marqué par les conséquences de la crise sociopolitique qui secoue les régions anglophones du Cameroun depuis fin 2016. Principalement implantées dans le Sud-Ouest, ses plantations ont subi des attaques et des perturbations qui avaient entraîné l’interruption de ses exportations de bananes en 2018.
L’entreprise publique avait néanmoins enregistré une amélioration de ses performances en 2025, avec 42 286 tonnes exportées, en hausse de 33,6 % par rapport aux 31 643 tonnes de 2024. Le volume atteint à fin septembre 2026 la place à 7 239 tonnes de ce résultat annuel, avec trois mois d’activité restant à comptabiliser.
PHP cumule 10,4 milliards de FCFA de pertes malgré sa domination commerciale
L’accélération des exportations intervient alors que les performances financières du leader PHP restent dégradées. Selon les comptes de Compagnie Fruitière Import, rapportés en septembre 2026 par la presse économique, l’entreprise a enregistré une perte nette de 5,78 milliards de FCFA en 2025, après un déficit de 4,62 milliards en 2024. Sur ces deux exercices, les pertes cumulées atteignent ainsi 10,4 milliards de FCFA.
La dégradation est particulièrement visible dans le chiffre d’affaires. Celui-ci a chuté de 32,4 % en 2025, passant de 84,8 milliards à 57,3 milliards de FCFA. Dans le même temps, les volumes de bananes exportées par PHP ont reculé de seulement 1 %, de 153 258 à 151 713 tonnes.
Autrement dit, la relative stabilité des expéditions n’a pas empêché une contraction de 27,5 milliards de FCFA des revenus annuels de l’entreprise.
Rapporté aux volumes exportés, le chiffre d’affaires de PHP représente environ 378 FCFA par kilogramme en 2025, contre 553 FCFA en 2024. Cet indicateur ne constitue cependant pas un prix moyen de vente de la banane, puisque les revenus de PHP couvrent également d’autres activités. Il ne permet donc pas, à lui seul, d’attribuer la baisse du chiffre d’affaires à une diminution des prix de vente.
Le contexte international n’était toutefois pas favorable. Selon les données de la Banque mondiale reprises par le ministère camerounais de l’Économie, le prix mondial moyen de la banane a reculé d’environ 11,2 % en 2025, sous l’effet notamment d’une augmentation de l’offre et de la concurrence entre pays producteurs. Cette évolution constitue un facteur de pression sur les revenus des exportateurs, sans suffire à expliquer la dégradation des comptes de PHP.
L’enjeu pour l’entreprise en 2026 ne se limite donc pas à exporter davantage. La progression des volumes devra également s’accompagner de recettes et de marges suffisantes pour absorber les coûts de production, de transport et de commercialisation. Les données disponibles ne permettent pas encore de déterminer si les conditions de vente et les charges de PHP se sont améliorées cette année.
Les exportations pourraient approcher 260 000 tonnes à fin 2026
Avec 194 273 tonnes exportées à fin septembre, le Cameroun n’est plus qu’à 31 072 tonnes du volume total réalisé sur l’ensemble de l’année 2025.
Au quatrième trimestre 2025, les exportateurs camerounais avaient expédié environ 65 400 tonnes de bananes. Si ce niveau d’activité est reproduit entre octobre et décembre 2026, les expéditions nationales pourraient approcher 260 000 tonnes sur l’ensemble de l’année. Il s’agit toutefois d’un scénario calculé à partir des performances passées, et non d’une prévision officielle.
L’évolution des recettes d’exportation reste plus difficile à apprécier. Selon l’Institut national de la statistique (INS), les ventes camerounaises de bananes à l’international ont généré 67,7 milliards de FCFA en 2025, en hausse de 84,7 % par rapport à l’année précédente.
Les statistiques douanières de l’INS et celles de l’Assobacam présentent cependant des différences importantes. L’INS recense 218 518 tonnes exportées en 2025 dans la catégorie « bananes, y compris plantains », en baisse de 10,2 %, tandis que l’Assobacam fait état de 225 345 tonnes de bananes dessert, en hausse de 7 %. Les deux séries reposent sur des périmètres statistiques différents et ne peuvent être directement assimilées.
Si la progression des volumes observée depuis janvier se confirme au dernier trimestre, les exportations camerounaises pourraient donc atteindre un niveau supérieur à celui de 2025. Mais pour PHP, qui assure à elle seule plus des deux tiers des expéditions nationales, les prochains résultats financiers devront surtout montrer si cette croissance commerciale peut mettre fin à plusieurs années de pertes.
Brice R. Mbodiam et Idriss Linge
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« la Constitution ne connait pas la vacance de fait »

Gégoire Owona, le ministre du Travail et de la Sécurité sociale, par ailleurs secrétaire général adjoint du Comité central du RDPC, répond ainsi aux signataires de la tribune « L’impératif d’une transition constitutionnelle au Cameroun ».
Gégoire Owona, le ministre du Travail et de la Sécurité sociale, par ailleurs secrétaire général adjoint du Comité central du RDPC, a commis une tribune pour servir de réponse aux intellectuels qui demandent que le Cameroun passe à une transition constitutionnelle.
Retrouvez ci-dessous la tribune de Grégoire Owona.
La Constitution ou rien !
Il est des débats qui honorent la République parce qu’ils interrogent son avenir. Il en est d’autres qui, sous couvert de la défendre, prennent le risque de fragiliser les principes mêmes dont ils se réclament. La tribune récemment publiée par un groupe d’intellectuels sous le titre « L’impératif d’une transition constitutionnelle au Cameroun » appartient à cette seconde catégorie. Ses signataires invoquent la Constitution, la démocratie, la continuité de l’État et la nécessité d’une sortie pacifique. Ces préoccupations sont légitimes. Elles méritent même d’être entendues. Mais elles ne sauraient conduire à une conclusion qui, sous le vocabulaire de la légalité, introduirait en réalité une catégorie que notre loi fondamentale ne connaît pas : celle d’une « vacance de fait » de la Présidence de la République. Or, en République, le droit ne se déduit pas des impressions.
La Constitution ne connait pas la vacance de fait.
La première confusion qu’il convient de dissiper est fondamentale. La Constitution ne connaît pas la « vacance de fait ». La Constitution camerounaise ne fait pas de l’âge du Président, de ses déplacements à l’étranger, de la durée de ses séjours hors du territoire ou de la perception que certains peuvent avoir de son activité les critères juridiques de la vacance présidentielle. Elle prévoit des situations précises : le décès, la démission et l’empêchement définitif dûment constaté par le Conseil constitutionnel. Elle organise ensuite les conséquences institutionnelles de cette vacance. Autrement dit, l’absence physique n’est pas la vacance juridique. L’appréciation politique d’une situation ne saurait donc se substituer à la constatation constitutionnelle d’un empêchement.
C’est précisément pour éviter que la République ne soit gouvernée par les impressions, les rumeurs, les supputations ou les rapports de force que les constituants ont confié à des institutions déterminées le soin de constater les situations prévues par la Loi fondamentale. La question essentielle n’est donc pas de savoir si certains considèrent que le Président devrait être plus présent, plus visible ou plus actif. La question est de savoir si une cause constitutionnelle de vacance est juridiquement établie. À cette question, une tribune ne peut se substituer aux institutions.
La République n’a pas de dauphin.
Il y a ensuite une question de vocabulaire qui n’est pas anodine : la République n’a pas de dauphin. Paul BIYA l’a dit avec ses mots et fut parfaitement audible et clair. C’est logiquement qu’à sa suite, je me suis toujours méfié du mot « dauphin » lorsqu’il est appliqué à la vie politique camerounaise. Un dauphin appartient à l’imaginaire monarchique. Il suppose une succession personnelle, presque patrimoniale, d’un pouvoir transmis d’un homme à un autre. Or le Cameroun est une République.
Le président de la République ne s’est jamais revendiqué propriétaire de la fonction présidentielle. Il n’a donc pas vocation à transmettre le pouvoir à un héritier. Il n’y a donc pas, à mon sens, de dauphin de Paul Biya. Il n’y a pas d’héritier de Paul Biya. Il n’y a pas de succession familiale de Paul Biya. Il y a une Constitution. Et cette Constitution prévoit les conditions dans lesquelles le pouvoir présidentiel est exercé, renouvelé ou, le moment venu, transmis. C’est précisément cette distinction qu’il faut préserver. Parler de « dauphin » revient à importer dans le vocabulaire républicain une représentation monarchique que notre système institutionnel récuse. Paul Biya est arrivé au pouvoir par la Constitution. L’histoire politique du Cameroun fournit d’ailleurs un enseignement qui devrait être médité.
Paul Biya est arrivé au pouvoir par la Constitution.
Le 6 novembre 1982, Paul Biya accède à la magistrature suprême à la suite de la démission du président Ahmadou Ahidjo, dans le cadre du mécanisme constitutionnel alors en vigueur. La documentation officielle de la Présidence rappelle qu’il avait été désigné auparavant comme successeur constitutionnel, avant de devenir Président de la République à la suite de cette démission. Ce fait historique est important. Il montre que l’accession de Paul Biya à la magistrature suprême n’a pas été le produit d’un coup d’État, d’une insurrection ou d’une transmission familiale du pouvoir. Elle s’est inscrite dans le droit alors applicable.
On peut naturellement discuter de l’action d’un président de la République. On peut critiquer ses choix. On peut souhaiter une autre orientation politique. Mais il faut reconnaître cette réalité essentielle : la longévité politique n’est pas, en elle-même, une illégalité constitutionnelle. Le temps politique ne peut pas devenir une source de droit, encore moins l’âge du Président sur lequel les signataires de la tribune insistent, et sur la durée de son exercice du pouvoir. Ces éléments peuvent nourrir un débat politique ou sociologique. Ils ne créent cependant aucune cause automatique de vacances.
Sinon, nous introduirions dans notre droit un principe particulièrement dangereux : celui selon lequel un président cesse juridiquement d’être président parce que certains citoyens estiment qu’il devrait l’être moins longtemps. Une République ne peut fonctionner ainsi. Le pouvoir ne cesse pas parce qu’une opinion considère qu’il devrait cesser. Il cesse lorsque les conditions prévues par la Constitution sont réunies. C’est précisément cette différence entre le jugement politique et la qualification juridique qui protège les institutions.
La révision constitutionnelle du 14 avril 2026 mérite également d’être regardée avec sérénité. Elle introduit dans notre architecture institutionnelle la possibilité pour le président de la République d’être assisté d’un vice-président. Elle prévoit également, dans les hypothèses constitutionnelles de vacance, que celui-ci achève le mandat présidentiel en cours ; à défaut, le mécanisme faisant intervenir le président du Sénat demeure prévu. Ceux qui veulent y voir la fabrication d’un « successeur » sont très riches en fantasmes. Une Constitution n’organise pas la succession d’un homme : elle organise la continuité d’une fonction. Le vice-président n’est donc pas, juridiquement, le « dauphin » du président. Il est, si le Président décide d’y recourir, un titulaire d’une fonction constitutionnelle dont les pouvoirs et les responsabilités sont déterminés par la Loi fondamentale. Cette nuance est essentielle. Car si nous commençons à considérer toute règle de succession constitutionnelle comme une transmission personnelle du pouvoir, nous abandonnons précisément la logique républicaine que nous prétendons défendre. Préparer la succession n’est pas préparer la rupture.
Le temps politique ne peut pas devenir une source de droit.
La meilleure manière de préparer l’avenir du Cameroun n’est pas de proclamer aujourd’hui une transition dont les modalités seraient définies par un groupe de personnalités. C’est de renforcer la confiance dans les institutions.
Le Cameroun n’a pas besoin d’un conclave chargé de désigner les futurs détenteurs du pouvoir. Il n’a pas besoin d’un gouvernement de transition autoproclamé. Il n’a pas besoin d’une commission qui s’arrogerait le pouvoir de décider quels responsables politiques pourraient ou non participer à l’avenir national. Il a besoin que la Constitution demeure au-dessus des ambitions individuelles et des stratégies de groupes.
La question posée par les auteurs de la tribune est finalement très simple : qui peut juridiquement déclarer que le Président n’est plus en mesure d’exercer ses fonctions ? Certainement pas une conférence de presse. Certainement pas une tribune. Certainement pas une coalition de personnalités, aussi respectables soient-elles. Et certainement pas une communauté intellectuelle qui s’attribuerait le rôle de juge de la capacité présidentielle. La Constitution a prévu des institutions compétentes. Et c’est heureux. Car le jour où une majorité médiatico-mondaine pourra transformer une appréciation politique en vacance institutionnelle, plus aucun Président ne sera véritablement protégé par la Constitution. Il suffira qu’un groupe affirme qu’il n’est plus gouvernant « de fait » pour que commence la bataille pour sa succession. Ce serait ouvrir la porte à une conception extraordinairement dangereuse de l’État.
La même prudence doit prévaloir concernant l’élection présidentielle de 2025. Il est parfaitement légitime de contester une élection. C’est même l’un des droits fondamentaux de toute démocratie. Mais une contestation politique ne vaut pas annulation juridique. Le droit camerounais a prévu des institutions compétentes pour connaître des contestations électorales et proclamer les résultats. Il faut donc accepter un principe élémentaire : une élection ne peut être juridiquement effacée par la seule force argumentative d’une tribune. Si certains considèrent que le scrutin de 2025 a été irrégulier, il eut été plus sérieux qu’ils utilisassent les voies de droit appropriées.
Il est tout aussi pertinent de rappeler aux auteurs, que des précédents étrangers ne sont pas des modèles constitutionnels. Les exemples de Bouteflika, Bourguiba, Mugabe ou Bongo qui sont mobilisés pour démontrer qu’un maintien prolongé au pouvoir conduirait nécessairement à une sortie brutale, sont à notre humble avis, une comparaison intellectuellement intéressante, mais juridiquement fragile.
La République ne peut fonctionner par exclusion préalable.
L’Algérie, la Tunisie, le Zimbabwe et le Gabon ont leurs histoires, leurs institutions, leurs armées, leurs cultures politiques et leurs rapports de force propres. Et surtout, plusieurs des épisodes invoqués se sont conclus par des ruptures institutionnelles ou militaires. Doit-on réellement présenter comme modèles de prévoyance constitutionnelle des situations qui ont précisément démontré les dangers du dépassement des institutions ? Le Cameroun doit tirer les leçons de l’histoire. Mais il doit surtout tirer les leçons de sa propre histoire constitutionnelle. Notre meilleure protection contre une sortie de crise brutale n’est pas d’anticiper une rupture, mais de rendre crédible la continuité du droit.
Une autre contradiction apparaît dans la proposition des signataires. Ils affirment vouloir une transition constitutionnelle, mais proposent simultanément de suspendre ou de réorganiser certains mécanismes constitutionnels, de modifier les règles électorales, d’exclure certaines catégories de responsables, de redéfinir la composition des institutions et même d’envisager un calendrier particulier. Une constitution à la carte, visiblement. Autrement dit, ils invoquent la Constitution tout en proposant une architecture institutionnelle qui devrait précisément être négociée en dehors de son fonctionnement ordinaire.
Il faut avoir le courage de le dire. Une transition ne devient pas constitutionnelle simplement parce qu’on lui accole l’adjectif « constitutionnelle ». Elle l’est si elle procède effectivement de la Constitution. Sinon, elle demeure une transition politique à laquelle on cherche une justification juridique a posteriori. La République ne peut pas fonctionner par exclusion préalable. La proposition d’exclure de la transition des membres du Gouvernement, des responsables politiques ou certaines personnalités en raison d’accusations dont la responsabilité n’aurait pas été judiciairement établie pose également plusieurs principes majeurs : la responsabilité individuelle, la présomption d’innocence et le droit à un procès équitable. On ne peut pas, au nom de la démocratie, établir une liste préalable des citoyens politiquement indésirables. Sinon, la transition censée ouvrir l’espace démocratique commencerait par une nouvelle forme d’exclusion. Ce serait une contradiction.
La réforme constitutionnelle de 2026 : non pas un dauphin, mais une règle.
Car la République n’a pas besoin de nouveaux vainqueurs qui distribueraient les certificats de respectabilité aux vaincus. Elle a besoin d’institutions capables de faire prévaloir le droit. Le véritable patriotisme consiste aussi à faire confiance aux institutions. Il est facile de proclamer qu’un pays est en crise. Il est plus difficile de préserver les institutions lorsqu’elles sont soumises à la pression politique. Le Cameroun n’est évidemment pas un pays parfait. Il connaît des tensions, des frustrations, des conflits politiques, des défis économiques et sécuritaires. Mais précisément pour cette raison, nous devons éviter de transformer chaque difficulté politique en crise constitutionnelle.
Le Président de la République est constitutionnellement le garant de la permanence et de la continuité de l’État. Cette continuité ne signifie pas l’immobilité. Elle signifie que les alternances, les successions, les élections et les changements politiques doivent s’effectuer dans le cadre des règles qui fondent l’État.
Préparer la succession n’est pas préparer la rupture.
Le président Paul Biya n’a pas vocation à choisir un héritier. Il est remplacé selon la Constitution. La nuance n’est pas sémantique. Elle est fondamentale. Le Cameroun n’a donc pas besoin d’une transition imaginée avant même que les conditions constitutionnelles qui pourraient la rendre nécessaire soient réunies. Il a besoin d’une chose beaucoup plus simple et beaucoup plus exigeante : le respect de la Constitution.
Si demain survient une vacance, la Constitution devra s’appliquer. Si demain intervient un empêchement définitif, les institutions compétentes devront le constater. Si demain le peuple camerounais doit choisir un nouveau président, il le fera dans les conditions prévues par la loi fondamentale. Et si demain une nouvelle génération politique arrive aux responsabilités, elle devra son pouvoir au peuple camerounais. C’est cela, la République, qui dit oui au débat mais dit non aux intellectuels autoproclamés arbitres de la République. Paul Biya n’a pas de dauphin. Le Cameroun a une Constitution. Voilà peut-être le point essentiel.
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