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Stéphane Tiki, directeur du développement et porte-parole du Groupement du patronat francophone: « nous voulons créer la première banque de la diaspora en France »

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Stéphane Tiki, directeur du développement et porte-parole du Groupement du patronat francophone: « nous voulons créer la première banque de la diaspora en France »
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Le 20 mars 2025 lors de la deuxième journée de The Okwelians Summit vous avez procédé à la signature de deux accords est-ce que vous pouvez nous en dire plus ?

Nous avons signé deux accords stratégiques qui marquent une étape décisive dans notre engagement pour une coopération économique dynamique et équilibrée. Le premier partenariat a été conclu avec la Chambre de Commerce Européenne du Cameroun, présidée par Yanis Arnopoulos. Vous connaissez sans doute le travail remarquable qu’il réalise avec le groupe Arno, et aujourd’hui, il met ce même talent au service de la Chambre de Commerce Européenne. Cet accord revêt une importance capitale, car il illustre la volonté du groupement du patronat francophone, dont j’ai l’honneur d’être le porte-parole et directeur, d’établir un pont solide entre l’Europe et l’Afrique.

Notre organisation rassemble 20 millions de PME réparties dans 80 pays francophones, dont 40 pays du continent africain. Nous voulons aller au-delà des schémas traditionnels et bâtir une relation économique équilibrée et mutuellement bénéfique. Ceux qui investissent en Afrique doivent prospérer, mais les entrepreneurs africains doivent également tirer profit de ces échanges. Ce partenariat avec Yanis Arnopoulos vise précisément à favoriser l’implantation d’entreprises européennes au Cameroun, un pays riche en opportunités, tout en donnant aux entreprises camerounaises la possibilité d’apporter leur savoir-faire et leur valeur ajoutée en Europe. Trop souvent, on imagine que c’est l’Europe qui apporte quelque chose à l’Afrique, mais l’inverse est tout aussi vrai, et nous sommes là pour le démontrer.

Le deuxième partenariat signé lors du sommet revêt une importance stratégique similaire. Il s’agit d’un accord avec la Chambre de commerce du Canada en Afrique, une initiative essentielle dans un monde en pleine mutation. Le Canada occupe une place clé dans la francophonie, et ce partenariat ouvre la voie à des échanges commerciaux accrus entre les entreprises canadiennes et le marché africain, en particulier le Cameroun. Nos entrepreneurs camerounais auront également l’opportunité de s’implanter au Canada, consolidant ainsi un axe économique fort entre l’Europe, l’Afrique et le Canada, dans le cadre d’une francophonie économique ambitieuse.

Notre rôle est de construire ces ponts pour créer des routes solides, car nous savons que c’est par l’économie que se développe une nation, et plus particulièrement par le biais des PME. Contrairement aux grands groupes qui consomment la richesse, les PME la créent. Elles forment la main-d’œuvre locale, structurent l’écosystème économique et ouvrent de nouvelles perspectives aux jeunes.

En 2050, l’Afrique comptera une population active comparable à celle de la Chine, à une différence majeure : 70 % de cette population aura moins de 35 ans. Il est donc crucial de leur offrir des opportunités concrètes à travers le statut d’auto-entrepreneur, les PME, les TPE et les startups. L’objectif est de les aider à sortir du secteur informel pour intégrer un cadre structuré et prospère, avec un meilleur pouvoir d’achat, plus de valeur ajoutée et un développement humain renforcé.

Des pays comme le Cameroun et l’ensemble de l’Afrique centrale affichent de forts taux de croissance, mais l’enjeu est de traduire cette croissance en amélioration des conditions de vie. C’est précisément notre mission, et c’est pourquoi je suis heureux d’être ici avec vous aujourd’hui.

Nous travaillons avec des acteurs engagés, comme un incubateur de startups que j’ai récemment découvert : Innovation. Ces structures jouent un rôle clé en formant les jeunes talents africains et en leur offrant l’accompagnement nécessaire pour transformer leurs compétences en succès entrepreneurial. Grâce à des initiatives comme celle-ci, nous donnons aux entrepreneurs de demain les outils et les conseils dont ils ont besoin pour bâtir des entreprises solides et innovantes.

Quels sont les secteurs visés ?

Les secteurs que nous ciblons sont, à mes yeux, des piliers essentiels du développement. Tout d’abord, l’agriculture. Trop souvent perçue comme un choix par défaut, elle est en réalité un secteur stratégique. Loin d’être une solution de repli pour ceux qui échouent ailleurs, l’agriculture est fondamentale : elle nous nourrit, nous hydrate, répond à nos besoins les plus élémentaires. Aujourd’hui, grâce à l’agrotech et l’agribusiness, elle évolue et s’impose comme un moteur de croissance.

Le numérique et la tech occupent également une place centrale. Nous avons vu émerger des structures d’innovation comme l’incubateur start-up Innovation, qui soutient des projets technologiques d’avenir. Le Cameroun dispose même de son premier think-tank dédié au numérique, porté par un jeune entrepreneur talentueux. D’autres innovateurs brillent dans les domaines de la fintech, de la formation et de l’éducation. Récemment, j’ai assisté à un concours de pitchs de start-up où des jeunes présentaient des solutions révolutionnaires dans ces secteurs.

Notre approche repose sur l’intelligence économique : nous analysons les besoins du marché avant d’orienter les jeunes vers des opportunités viables. Le chômage des jeunes est un défi majeur, et il est urgent d’adapter la formation aux secteurs porteurs d’emplois. Nous devons cesser de préparer des générations entières à des métiers qui ne recrutent pas. C’est pourquoi nous insistons sur de nouveaux modèles de réussite : au-delà des figures emblématiques du sport et de la musique comme Kylian Mbappé, Samuel Eto’o ou Charlotte Dipanda, il est temps d’encourager les jeunes à s’inspirer de Danpullo, Dangote et d’autres capitaines d’industrie.

Le rôle des incubateurs et des start-ups ne peut être sous-estimé. Nous avons en Afrique une réserve de talents incroyables et des écosystèmes innovants qui méritent d’être mis en avant. Trop souvent, nous nous focalisons sur ce qui ne fonctionne pas. Or, en tant qu’optimiste engagé, je suis convaincu que nous devons aussi valoriser ce qui fonctionne, montrer l’exemple et inspirer la jeunesse à bâtir sur ces succès.

Au-delà de l’agriculture, de l’éducation, de la formation et du numérique, deux autres secteurs sont essentiels à mes yeux : la culture et le sport.

Autrefois considérés comme de simples passions, ces domaines sont désormais de véritables industries. Nous devons reconnaître leur potentiel économique et les structurer comme des secteurs d’investissement stratégiques. Le sport et la culture rassemblent, inspirent et génèrent des opportunités. J’ai grandi avec des posters de Samuel Eto’o dans ma chambre, et aujourd’hui, j’aimerais que nous puissions former la prochaine génération de talents.

Le rôle du patronat est aussi d’accompagner ces industries, d’encourager les décideurs économiques à investir dans des centres de formation pour que demain, nous ayons de nouveaux Samuel Eto’o, de nouveaux talents de la musique comme Tayc ou Charlotte Dipanda. Ces secteurs ont besoin de financements, mais ils apportent aussi une immense valeur sociale et économique.

Voilà, en somme, les domaines clés sur lesquels nous devons concentrer nos efforts pour bâtir une économie dynamique, inclusive et tournée vers l’avenir.

Justement, vous avez évoqué l’une des grandes faiblesses de l’entrepreneuriat au Cameroun : les difficultés d’accès au financement. Comment comptez-vous y remédier ?

Vous avez raison, l’accès au financement est un défi, et pas seulement ici. C’est une réalité sur tout le continent. Mais permettez-moi de dire deux choses essentielles. D’abord, être entrepreneur, c’est accepter de prendre des risques, de se lancer dans une aventure. C’est même le seul métier où l’on s’engage avec passion en espérant un débouché réussi. Personnellement, je crois fermement que l’entrepreneuriat fonctionne mieux lorsqu’il repose sur une dynamique collective.

Adam Smith, qui m’a beaucoup inspiré, disait :« Spécialisez-vous dans ce que vous faites de mieux et entourez-vous de personnes compétentes dans les domaines où vous l’êtes moins. »Un autre homme qui m’a marqué, c’est Nelson Mandela, avec cette phrase :« Je ne perds jamais. Soit j’apprends, soit je gagne. »

Alors, aux jeunes qui nous écoutent, je veux dire : tentez l’aventure ! Chaque difficulté est une opportunité d’apprentissage. Regardez un bébé : il ne naît pas en sachant marcher. Il pose un pied, puis un autre, tombe, se relève, pleure parfois… mais finit par courir. L’entrepreneuriat, c’est pareil. On tombe, on se relève, et on apprend à avancer. Bien sûr, il y a des obstacles, que ce soit la constitution d’une équipe, la gestion d’un projet ou le financement. Comment y répondons-nous ? J’ai deux casquettes, et je vais vous en parler.

D’abord, en tant que chef d’entreprise, je peux vous dire que nous finançons des projets. À travers l’Afrique, nous évaluons la rentabilité, la viabilité et la fiabilité des initiatives, et nous mettons en place des solutions adaptées pour leur financement.

Ensuite, voici une exclusivité pour vous : nous travaillons sur la création de la première banque de la diaspora en France. Ce projet, porté par des membres de la diaspora, vise à répondre aux besoins spécifiques des entrepreneurs africains. Attention, ce n’est pas une initiative sectaire, mais une façon de proposer des solutions adaptées à ceux qui connaissent nos réalités, nos parcours, et nos défis. Jean-Jacques Rousseau disait :« L’homme est un animal social. »Nous avançons mieux avec ceux qui nous comprennent. Enfin, nous collaborons avec des institutions comme l’Agence Française de Développement (AFD) et la Banque Publique d’Investissement (BPI), qui disposent de fonds pour soutenir l’entrepreneuriat.

Alors oui, ces solutions ne résoudront pas tous les problèmes d’un coup. Mais si elles permettent à trois, quatre ou cinq entrepreneurs d’accéder à un financement, ces derniers pourront à leur tour aider d’autres entrepreneurs, et ainsi de suite. Le changement se construit pas à pas.

Ces initiatives concernent-elles uniquement le Cameroun, ou avez-vous des projets plus larges pour l’Afrique dans les prochaines années?

Le Cameroun, c’est mon pays. J’y suis profondément attaché. D’ailleurs, je l’ai dit hier (20 mars 2025) au journal télévisé de la CRTV : c’est ici que je suis né. Et hier, j’ai vécu un moment fort en retournant à mon ancienne école primaire. J’y ai retrouvé mon maître de CM1, un moment chargé d’émotion, qui m’a permis de transmettre et d’encourager la nouvelle génération.

Un autre modèle qui m’inspire est Kobe Bryant et samamba mentality: l’idée que la transmission et l’héritage sont essentiels. Cela dit, je n’ai pas de projet spécifique au Cameroun car, pour être honnête, je n’y réside pas. Mais pour l’Afrique, oui, j’agis concrètement. Tous les quinze jours, je visite un pays du continent pour apporter de la valeur ajoutée, notamment en accompagnant des PME. Certaines ont déjà pris pied au Cameroun, dans la santé, le médical ou le numérique.

Dès qu’une entreprise étrangère cherche un pays stratégique pour s’implanter en Afrique, je suis le premier à promouvoir le Cameroun. Pourquoi ? Parce que ce pays est une terre d’opportunités, un véritable condensé du continent, où le talent est omniprésent. Il suffit de connecter ce savoir-faire avec lefaire-savoir, de relier l’offre et la demande pour propulser le Cameroun à la hauteur qu’il mérite. C’est cela, mon engagement. J’accompagne également les entrepreneurs qui souhaitent investir ici et j’échange avec de nombreuses figures camerounaises qui ont réussi. J’ai d’ailleurs fondé un club d’excellence,Powerhouse, où nous honorons ceux qui brillent. En décembre, nous avons accueilli Francis Ngannou à Paris pour célébrer son parcours. Dès qu’un Camerounais ou un membre de la diaspora réalise une prouesse, je veux que nous soyons fiers, que nous le soutenions.

Trop souvent, nous sombrons dans ce que j’appelle lepanier de crabes, où la réussite d’un autre est perçue comme une menace. Il est temps de briser ce schéma et d’adopter un nouveau paradigme, celui de l’addition :toi + moi = une valeur ajoutée. Ensemble, nous sommes plus forts. Mon action ne s’arrête pas au Cameroun. J’ai déjà accompagné des PME au Congo-Brazzaville et en RDC. En mai prochain, j’organise en Côte d’Ivoire un forum avec leGroupement du Patronat Francophone, où 700 à 800 PME seront réunies. J’ai invitéLes Okwelians, sous l’impulsion de Jonathan Nyemb, pour créer des synergies entre les écosystèmes économiques camerounais et ivoirien.

Et ce n’est pas tout. J’encourage la collaboration avec des entreprises venues du Canada, de Roumanie, d’Israël… L’idée est de bâtir un réseau solide, un marché interconnecté qui transcende les barrières.Je vais peut-être paraître prétentieux (rires), mais je me compare parfois à Galilée. Il a affirmé que la Terre tournait autour du Soleil et a été persécuté pour avoir eu raison trop tôt. Aujourd’hui, je prends le risque de vous dire que laZlecaf(Zone de Libre-Échange Continentale Africaine) sera la clé de la transformation économique de l’Afrique.

Quand nous aurons levé les frontières, simplifié les taxes et favorisé la libre circulation des biens et des personnes, tout changera. Imaginez un Camerounais pouvant se rendre à Kinshasa sans visa, un entrepreneur ivoirien exportant librement vers l’Afrique de l’Est… Ce jour-là, nous exploiterons enfin la puissance de notre marché de 54 pays. Regardez l’Union européenne : en 1957, elle s’est unie autour du charbon et de l’acier. Aujourd’hui, c’est un géant économique. Pourquoi ne pourrions-nous pas, nous aussi, bâtir un marché commun africain fondé sur la confiance et la coopération ?

On entend souvent que l’Afrique est « le continent de demain ». Moi, je veux qu’elle soit le continent d’aujourd’hui. L’intérêt mondial pour l’Afrique est évident : Sommet Europe-Afrique, Sommet Chine-Afrique, Sommet Russie-Afrique… Tous veulent bâtir des ponts avec notre continent.

Mais ce que je rêve de voir, c’est un changement de dynamique. Ce n’est plus à nous d’aller quémander en Europe ou en Amérique. C’est à eux de venir ici, parce que la valeur ajoutée est en Afrique.

Cela implique aussi une nouvelle attitude de la diaspora. Nous ne sommes pas attendus comme des sauveurs. Sur le terrain, des entrepreneurs se battent déjà, construisent et réussissent. Ce que nous devons faire, c’estadditionnernos forces. Apporter notre 0,1 % de valeur ajoutée, nos compétences acquises à l’étranger, et les fusionner avec le savoir-faire local. C’est ainsi que nous avancerons.

L’Afrique doit s’imposer comme un acteur économique central, où les sommets se tiendront sur notre sol, à nos conditions. C’est en travaillant ensemble, en brisant les barrières et en valorisant nos atouts que nous bâtirons le futur que nous méritons.

Le maître-mot qui a guidé l’organisation de ce sommet, c’est le concret : sortir des événements où l’on parle sans agir, éviter les recommandations qui restent lettre morte. Y a-t-il déjà un engagement concret d’entreprises, que ce soit ici ou ailleurs, pour investir ?

Je vais essayer de vous répondre et, déjà, nous sommes d’accord sur un point essentiel : je suis quelqu’un de très concret. Vous l’avez vu avec toutes les propositions que j’ai formulées, notamment sur les besoins de financement, où j’ai apporté des solutions précises et détaillées. Alors, pour être honnête : pour l’instant, non. Mais permettez-moi un peu d’humour : la signature a eu lieu hier à 14 heures. Nous sommes aujourd’hui à 14 heures… en 24 heures, le monde n’a pas changé !

Ce que je peux vous affirmer, c’est que le Groupement du Patronat Francophone représente 20 millions de PME. Notre rôle, à travers ces partenariats, est de promouvoir le Cameroun et d’y attirer des entreprises. Et pour être encore plus transparent, je vais vous dire les choses telles qu’elles sont : j’emmène déjà, tous les deux mois, entre 10 et 15 entreprises dans différents pays. Je n’ai pas attendu de signer un MOU pour agir ! C’est mon quotidien. Il y a deux semaines, j’étais en Tanzanie ; trois semaines auparavant, en Côte d’Ivoire. La semaine prochaine, je pars au Congo, puis dans 15 jours au Gabon, toujours accompagné d’entreprises.

Ce MOU, cependant, va renforcer notre action collective. Comme je le dis souvent : on est plus forts ensemble. Par exemple, notre partenaire, président de la Chambre de commerce européenne au Cameroun, est rentré à Douala. Dans quelques jours, il pourra nous fournir un document détaillant les entreprises membres de sa chambre intéressées par des opportunités ici ou souhaitant s’internationaliser.

Nous allons croiser ces informations avec celles des entreprises du Groupement du Patronat Francophone désireuses de s’implanter au Cameroun. C’est ainsi que nous avancerons. Même logique avec notre partenaire canadien, qui représente la Chambre de commerce du Canada en Afrique : il identifiera les entreprises canadiennes prêtes à investir, et nous, en tant que facilitateur économique, nous les accompagnerons dans leur installation, que ce soit au Congo, au Maroc, en Tunisie ou en Côte d’Ivoire.

C’est du concret, du concret, et encore du concret !

La Banque de la diaspora C’est encore un projet, comme vous l’avez dit. Mais concrètement, cette dernière, lorsqu’elle sera mise sur pied, apportera des financements à qui en priorité ? Aux Africains installés à l’étranger ? Ou bien les investisseurs camerounais en Afrique seront-ils également concernés ? Et quelles seront les conditions ?

J’aime beaucoup votre question, et je vais vous répondre avec la même franchise que depuis le début de notre entretien. La Banque de la diaspora, dans un premier temps, s’adressera avant tout aux diasporas. Pourquoi ? Parce que je n’aurais jamais la prétention de créer une banque dans un pays où je ne vis pas. Il faut être lucide.

J’ai pensé à cette banque pour une raison simple : j’ai constaté que beaucoup de membres de la diaspora souhaitent obtenir des prêts pour investir dans leur pays d’origine. Mais soyons honnêtes : lorsqu’un Camerounais de l’étranger veut monter un projet à Édéa, le banquier européen ou américain à qui il s’adresse connaît-il réellement la ville ? Pour beaucoup, le Cameroun, c’est le pays de Roger Milla. Mais Édéa ? Est-ce une ville ? Un village ? Une zone rurale ? Il n’en a souvent aucune idée.

Et c’est normal ! De la même manière, un Français qui voudrait investir au Cameroun pourrait dire qu’il vient de Limoges. Mais un banquier Camerounais se poserait la question :Limoges, c’est où ?Chacun connaît mieux le terrain sur lequel il a grandi. Ce n’est pas un jugement, juste un constat.

Ainsi, quelqu’un qui veut investir à Édéa sera bien plus rassuré s’il s’entoure de personnes connaissant le terrain. C’est là que cette banque intervient : elle facilitera l’accès au financement, à condition bien sûr que le projet soit rentable et fiable. L’objectif est toujours le même : contribuer au développement économique du continent.

Si un membre de la diaspora a un projet solide mais manque de soutien financier, cette banque pourrait lui donner sa chance. Et si son projet réussit, il créera des emplois, développera les compétences locales, améliorera le pouvoir d’achat et la valeur ajoutée. Mon idée vient de là : comment rendre les choses plus simples pour ceux qui veulent participer au développement de leur pays, même modestement ? Parce que même 0,01, c’est toujours plus que 0.

Et vous me poussez à une réflexion encore plus large. En discutant avec vous, une autre idée germe : pourquoi ne pas créer un pont dans l’autre sens ? Aujourd’hui, on parle des diasporas qui veulent investir en Afrique. Mais peut-être que cette banque pourrait aussi accompagner les entrepreneurs africains souhaitant s’implanter en Europe. Après tout, ces entrepreneurs sont les diasporas de demain !

Je pense que ce serait un modèle économique idéal : une banque qui accompagne la diaspora dans son pays d’origine, et qui, en parallèle, aide les entrepreneurs du continent à tenter leur chance à l’international. Ce n’est pas encore un projet complètement défini, mais c’est une réflexion que je veux approfondir. Et je vous en fais la promesse : dès mon retour à Paris, je vais en parler avec mes associés pour étudier cette possibilité. L’idée d’un fonds actif des deux côtés me semble être une véritable opportunité.

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Kim Kardashian fête ses 46 ans sans Lewis Hamilton : la raison de son absence dévoilée

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Kim Kardashian fête ses 46 ans sans Lewis Hamilton : la raison de son absence dévoilée
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Kim Kardashian a célébré ses 46 ans entourée de sa famille, mais un invité manquait à l’appel : Lewis Hamilton. L’absence du pilote de Ferrari lors de cette soirée organisée à Beverly Hills a rapidement attiré l’attention des fans. Selon le tabloïd britannique The Sun, le Britannique n’aurait pas pu assister au dîner en raison de ses préparatifs pour le Grand Prix des États-Unis, prévu ce week-end à Austin, au Texas.

D’après des sources citées par le média, la star américaine aurait été déçue de ne pas partager ce moment avec son compagnon, tout en souhaitant qu’il reste concentré sur la compétition. Le couple devait se retrouver au Texas pour passer du temps ensemble après les festivités familiales.

Kim Kardashian organise une soirée intime avec sa famille

Pour cet anniversaire, Kim Kardashian a privilégié une réception privée au restaurant Baldi, situé dans l’hôtel Waldorf Astoria de Beverly Hills. La soirée réunissait notamment ses sœurs Khloé et Kourtney, son frère Rob, sa mère Kris Jenner et sa demi-sœur Kylie Jenner.

L’entrepreneuse avait choisi deux tenues vintage signées Paco Rabanne. Elle est d’abord apparue dans une robe-tunique métallique verte, accompagnée d’un imposant ornement de tête décoré de pierres. Elle a ensuite changé de tenue pour porter une version bordeaux du même modèle.

Le dîner comprenait quatre services et deux gâteaux d’anniversaire, dont l’un était recouvert de framboises. Les images partagées sur les réseaux sociaux montraient une table élégamment dressée, avec des compositions florales et des verres de vin.

La présence de Rob Kardashian aurait également compté pour sa sœur. Peu présent dans la vie publique, il apparaît rarement lors des événements médiatisés de la famille.

Pourquoi Lewis Hamilton a-t-il manqué l’anniversaire ?

Selon les informations de The Sun, Lewis Hamilton était retenu par sa préparation au Grand Prix des États-Unis. Le rendez-vous de Formule 1 se déroule du 23 au 25 octobre 2026 sur le circuit des Amériques, à Austin, comme le confirme le calendrier officiel de la discipline.

Une source citée par le tabloïd affirme que Kim Kardashian devait rejoindre le pilote au Texas pour assister à la course et qu’ils comptaient organiser une célébration plus discrète tous les deux. Cette version repose toutefois sur des sources anonymes : ni le média ni les proches cités ne donnent de déclaration directe de Lewis Hamilton expliquant son absence.

Le week-end de course représente une échéance importante pour le pilote britannique, qui évolue chez Ferrari. Les essais et les qualifications précèdent le Grand Prix prévu dimanche 25 octobre.

Kris Jenner rend hommage à sa fille sur Instagram

Avant le dîner, Kim Kardashian aurait commencé sa journée avec ses quatre enfants dans sa résidence de Hidden Hills. Plusieurs médias ont rapporté qu’elle tient à partager ce moment avec eux chaque année, notamment pour découvrir les cartes qu’ils lui préparent.

Sa mère, Kris Jenner, lui a également consacré un message sur Instagram. Elle y a salué les accomplissements de sa fille, son investissement auprès de ses proches et son rôle de mère.

« Tu es une maman incroyable, et voir à quel point tu aimes tes enfants me rend tellement heureuse », a notamment écrit Kris Jenner dans son hommage.

De son côté, Kourtney Kardashian a partagé plusieurs images de la soirée, tandis que le styliste de Kim, Dani Levi, a publié des vidéos montrant la décoration et les tables du restaurant.

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MARCHÉ FINANCIER : La CEMAC supprime le plafond de 20 milliards de FCFA sur les placements privés

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MARCHÉ FINANCIER : La CEMAC supprime le plafond de 20 milliards de FCFA sur les placements privés
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À compter du 1er novembre 2026, les entreprises pourront mobiliser des capitaux sans limitation de montant auprès d’un cercle élargi d’investisseurs qualifiés. Adoptée le 7 octobre à N’Djamena à l’initiative de la COSUMAF, la réforme vise à faciliter le financement des investissements dans un contexte de fortes contraintes budgétaires. Son efficacité dépendra toutefois de la capacité des émetteurs à convaincre les investisseurs.

Le marché financier de l’Afrique centrale s’apprête à connaître une importante évolution réglementaire. À partir du 1er novembre 2026, les entreprises, établissements financiers et autres émetteurs pourront lever des fonds par placement privé sans être soumis au plafond de 20 milliards de FCFA jusque-là applicable sur une période de douze mois. Le nombre maximal d’investisseurs autorisés à participer à ces opérations passe également de 40 à 99.

Ces changements résultent du règlement n° 03/CEMAC/UMAC/CM/COSUMAF, adopté le 7 octobre 2026 à N’Djamena, au Tchad, par le Comité ministériel de l’Union monétaire de l’Afrique centrale (UMAC). Pris sur proposition de la Commission de surveillance du marché financier de l’Afrique centrale (COSUMAF), après avis conforme du conseil d’administration de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), ce texte modifie les dispositions du règlement du 21 juillet 2022 relatives aux placements privés.

L’objectif est de permettre aux entreprises de mobiliser davantage de capitaux directement auprès des investisseurs, sans nécessairement passer par les circuits traditionnels du crédit bancaire ou par un appel public à l’épargne. Le placement privé consiste à proposer des titres financiers, notamment des obligations, à un groupe déterminé d’investisseurs disposant des compétences et des ressources nécessaires pour apprécier les risques de l’opération.

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La réforme répond, selon les considérants du nouveau règlement, à « l’importance croissante des besoins de financement des économies de la CEMAC et les contraintes pesant sur les finances publiques ». Les autorités monétaires entendent ainsi faire du placement privé un instrument de mobilisation de l’épargne institutionnelle au profit des investissements productifs. Le texte le présente comme « un levier stratégique de financement de l’économie réelle », notamment dans les infrastructures, l’énergie, l’industrie, l’agro-industrie et les services.

DES ÉMISSIONS SANS PLAFOND, MAIS UN ACCÈS ENCADRÉ

La suppression du plafond constitue la principale innovation. « Les opérations de placement privé ne sont soumises à aucune limitation de montant », dispose désormais l’article 88 du règlement. Une entreprise pourra donc, en principe, rechercher 30, 50 ou 100 milliards de FCFA auprès d’investisseurs qualifiés, sans être obligée de recourir à un appel public à l’épargne du seul fait du montant recherché.

Cette liberté s’accompagne néanmoins de nouvelles conditions. Un même émetteur ne pourra réaliser plus de deux placements privés sur une période glissante de 24 mois. Les opérations devront également être effectuées avec le concours d’un ou de plusieurs intermédiaires de marché agréés par la COSUMAF, notamment les sociétés de bourse chargées de structurer les émissions et de rechercher les souscripteurs.

Le règlement élargit parallèlement le cercle des investisseurs. Alors que l’ancien dispositif limitait leur nombre à 40, le nouveau autorise jusqu’à 99 investisseurs qualifiés par opération. Il fixe également une souscription minimale de 10 millions de FCFA par investisseur. Auparavant, la réglementation imposait une valeur nominale minimale de 50 millions de FCFA par titre, une exigence juridiquement différente de celle désormais retenue.

L’assouplissement ne signifie cependant pas que les placements privés deviennent accessibles à tous les épargnants. Les banques, compagnies d’assurance, fonds d’investissement, organismes de placement collectif, institutions de prévoyance sociale, caisses de retraite et institutions de financement du développement constituent les principales catégories d’investisseurs qualifiés de plein droit.

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Les personnes physiques pourront également accéder à ce statut, sous réserve de justifier notamment d’un patrimoine net d’au moins 50 millions de FCFA et de compétences financières adaptées. Pour les personnes morales ne bénéficiant pas automatiquement de cette qualification, le seuil de capitaux propres est fixé à 250 millions de FCFA, auquel s’ajoutent des exigences relatives à l’appréciation des risques.

Cette ouverture pourrait permettre à de nouveaux investisseurs privés, notamment des entrepreneurs et des holdings disposant de ressources importantes, de participer au financement des entreprises régionales.

La réforme ouvre également le marché régional aux émetteurs établis hors de la CEMAC, sous réserve du respect de la réglementation des changes. Certaines procédures pourront être accélérées lorsque les pays concernés disposent d’accords de coopération avec la BEAC ou la COSUMAF.

Sur le plan réglementaire, les opérations resteront soumises à un enregistrement auprès de la COSUMAF. Le texte précise cependant que cet enregistrement constitue un contrôle formel de conformité et ne vaut pas approbation des conditions économiques et financières de l’émission. Les investisseurs conserveront donc la responsabilité d’apprécier les risques des titres proposés.

LA BVMAC APPELÉE À FACILITER LA REVENTE DES TITRES

Autre innovation, la réforme modifie les conditions de cession des titres acquis lors des placements privés. Jusqu’ici, leur revente était limitée aux investisseurs qualifiés initialement sélectionnés pour l’opération. Désormais, les détenteurs pourront céder leurs titres à d’autres investisseurs qualifiés, même si ceux-ci n’ont pas participé à l’émission.

Ces transactions devront toutefois s’effectuer obligatoirement sur un compartiment dédié de la Bourse des valeurs mobilières de l’Afrique centrale (BVMAC). Cette disposition confère à la Bourse régionale un rôle supplémentaire dans l’organisation des échanges de titres issus des placements privés.

L’enjeu est important. La possibilité de revendre un titre avant son échéance peut constituer un argument pour convaincre les investisseurs de souscrire à des financements de longue durée. Mais l’existence d’un marché secondaire organisé ne garantit pas, à elle seule, la présence d’acheteurs ni la liquidité des titres.

UN NOUVEAU LEVIER POUR LES ENTREPRISES CAMEROUNAISES ?

Au Cameroun, plusieurs entreprises ont déjà utilisé les placements privés pour financer leurs activités. Selon l’historique présenté dans sa note d’information de 2025, le crédit-bailleur Alios Finance Cameroun a réalisé quatre opérations de cette nature en 2007, 2008, 2023 et 2025, pour des montants recherchés respectifs de 2 milliards, 3 milliards, 5 milliards et 4 milliards de FCFA.

En 2025, NSIA Assurances Cameroun a également engagé une opération de placement privé de 2 milliards de FCFA. Comme celle d’Alios Finance, elle a été présentée à la COSUMAF par Société Générale Capital Securities Central Africa, illustrant le rôle des intermédiaires agréés dans la structuration de ces financements.

Avec la nouvelle réglementation, des entreprises industrielles, agroalimentaires, énergétiques ou financières pourraient envisager des levées de capitaux d’une ampleur supérieure. Les banques et les compagnies d’assurance pourraient, de leur côté, trouver dans ces émissions de nouvelles possibilités de placement de leurs ressources.

Toutefois, la suppression des restrictions réglementaires ne suffira pas à provoquer une multiplication automatique des opérations. Les entreprises devront présenter des projets financièrement viables, des états financiers crédibles et des garanties de remboursement suffisamment solides pour convaincre les investisseurs.

De leur côté, les banques, assureurs et fonds d’investissement devront tenir compte de leurs contraintes prudentielles, de leurs besoins de liquidité et des risques associés aux émetteurs. La disponibilité de capitaux ne signifie donc pas nécessairement qu’ils seront investis dans les titres proposés.

Par Yves TCHENANG
Défis Actuels du 22/10/2026

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Cameroun : Où va l’argent de l’Etat ?

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Cameroun : Où va l’argent de l’Etat ?
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En dix ans, le budget de l’État du Cameroun a plus que doublé, passant de 3746,6 milliards FCFA en 2015 à 8816,4 milliards FCFA en 2026. Mais, alors que ces chiffres donnent l’impression d’une trajectoire ascendante de la puissance publique, une interrogation fondamentale demeure chez les citoyens : où va réellement ces milliards ?

L’examen attentif des lois de règlement (documents arrêtant définitivement l’exécution des budgets votés à l’Assemblée nationale) et des rapports d’évaluation du FMI et de la Banque mondiale livre un constat sans équivoque : les arbitrages financiers de la dernière décennie ont été dominés par le poids de la dette publique, du fonctionnement institutionnel et des détournements des deniers publics, au détriment de l’investissement productif et des dépenses sociales.

1. Le service de la dette est le premier poste budgétaire du pays

L’argent public sert d’abord à rembourser les dettes. En 2024 seulement, le service de la dette publique représentait à lui seul 24% de l’ensemble des dépenses ordonnancées de l’État (avec plus de 1 600 milliards FCFA exécutés sur une prévision de 2 252 milliards FCFA). Il faut dire que la dette publique est passée de moins de 25% du PIB en 2015 à plus de 43% du PIB en 2024, ce qui asphyxie l’économie. Les rapports d’évaluation du FMI soulignent un risque élevé de surendettement, qui contraint l’État à consacrer près de 1 franc CFA sur 4 uniquement au paiement du principal et des intérêts de sa dette.

2. Fonctionnement et masse salariale

En 2024, les dépenses de personnel atteignaient 1490,5 milliards FCFA, soit 22,6% des dépenses ordonnancées. Sur dix ans, la masse salariale de la fonction publique a progressé de plus de 60%, alors que l’Etat ne produisait pas proportionnellement la croissance. Pire, la consommation de biens et services et les charges de fonctionnement des ministères et autres institutions représentent un bloc structurel d’environ 25% des budgets annuels, caractérisé régulièrement par des impayés et une accumulation de restes à payer (comme en témoigne la dette locative de l’État).

3. Les détournement de deniers publics en hausse

Si le rapport annuel de la Commission Nationale Anti-Corruption (CONAC), pour l’exercice 2025, ne présente qu’un préjudice financier subi par l’État de 6,2 milliards FCFA, c’est parce qu’au fil du temps, l’on ne poursuit plus grand monde en justice ! La CONAC ne travaille que sur des cas signalé et/ou enrôlés ! Les détournements tracés et poursuivis par la justice et les organes de contrôle représentent moins de 2% du budget consolidé.

Or, dans la réalité, lorsque l’on regarde le rapport des bailleurs de fonds, la part réelle et systémique des détournements à travers des mécanismes de surfacturation, gaspillage, fraude, exécutions fictives, absentéisme payé (fonctionnaires fictifs), virements dérogatoires hors budget, est d’environ 15% de la valeur réelle du budget national annuel. Sauf que la corruption est devenue une normalité au Cameroun. L’un des sujets les plus discutés dans les rapports de la Banque mondiale et du FMI sur le Cameroun porte sur les « subventions » aux produits pétroliers.

Entre 2015 et 2023, cela a coûté plus de 2000 milliards FCFA au Trésor public. L’on appelle cela subvention alors que dans la structure des prix du litre de carburant, c’est le consommateur qui paie. Où part cet argent ? C’est aussi le consommateur qui paie la (re)construction de la SONARA, sauf que le budget annoncé a déjà été récolté plusieurs fois sans suite ! Pire, les rapports d’évaluation des bailleurs de fonds estiment que les détournements représentent une perte d’efficacité atteignant 30% du Budget d’Investissement Public (BIP).

Sur la décennie, cela équivaut à un manque à gagner réel allant jusqu’à 4000 milliards FCFA sur la réalisation des infrastructures (routes, écoles, hôpitaux). L’opération de comptage physique des personnels de l’État (COPPE) a révélé sur la décennie des dizaines de milliers d’agents publics fictifs ou en situation d’irrégularité.

Les rémunérations indues versées et rattrapées représentaient jusqu’à 600 milliards FCFA sur la décennie, soit environ 4% de la masse salariale publique. Plus grave, l’audit approfondi mené sur les chapitres 65 (interventions de fonctionnement) et 94 (interventions en investissement) sur la décennie a mis en lumière l’évaporation de près de 1000 milliards FCFA au profit d’entreprises écrans ou pour des interventions dépourvues de justificatifs probants. Mais, comme j’ai dit, l’opération épervier s’est avérée politique et à tête chercheuse.

4. Les soldes engagées non décaissées

L’une des critiques récurrentes formulées par l’Assemblée nationale lors des débats sur les lois de règlement concerne le taux d’exécution des dépenses en capital (BIP). L’on a toujours parlé d’une sous-consommation chronique du budget et des emprunts. Sur la décennie, la part des SEND (Soldes Engagés Non Décaissés) s’est révélée particulièrement élevée, allant jusqu’à 70% du budget annuel global (soit environ les deux tiers du budget de l’État), et représentant près de 15% du PIB.

Les encours de SEND (prêts extérieurs signés avec les Partenaires Techniques et Financiers – PTF, mais non encore décaissés) ont fortement grimpé sous l’effet de l’accumulation des conventions de financement. En 2025, ils ont atteint le niveau critique de 5100 milliards FCFA, soit l’équivalent de près de 70% de l’ensemble des ressources et charges budgétisées de l’exercice.

Le coût d’opportunité et les commissions d’immobilisation sont importants. Le Cameroun subit le syndrome de la faible capacité d’absorption alors qu’il faut seulement travailler à résoudre les problèmes d’exécution qui sont : la faible maturité des projets, les retards dans les procédures d’expropriation, les lenteurs des décaissements et la complexité des procédures de passation des marchés publics.

En récapitulant les dix dernières années d’exécution budgétaire au Cameroun, l’on note qu’environ 15% seulement de l’argent public a été consacré au financement des routes, hôpitaux, écoles, réseaux électriques, etc. L’enjeu central pour la gestion des finances publiques camerounaises ne réside plus seulement dans la capacité à collecter des recettes ou à emprunter, mais dans la qualité de la dépense.

Sans une restructuration audacieuse qui accorde la priorité absolue aux investissements générateurs de croissance, l’argent de l’État continuera principalement de financer son propre fonctionnement et le remboursement de ses dettes.

Louis Marie Kakdeu, MPA, PhD & HDR

Deuxième Vice-Président National du SDF

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