Alors que les épreuves écrites dubaccalauréat 2025battent leur plein au Cameroun, une nouvelle vague de fuites vient ternir une fois de plus la crédibilité de l’examen. Une situation qui provoque un vif malaise dans le monde enseignant, déjà épuisé par les dérives d’un système qu’il juge à bout de souffle.
Des épreuves sur les réseaux avant même le début des examens
Depuis lundi, quelque 144 000 candidats affrontent les épreuves du baccalauréat de l’enseignement secondaire général. Si la première journée s’est déroulée sans encombre, le mardi 27 mai a été marqué par un scandale : les sujets d’anglais et de mathématiques des séries C et D ont circulé bien avant le coup d’envoi officiel, accompagnés de leurs corrigés, sur l’application Telegram.
Un enseignant, contacté sous anonymat, affirme avoir reçu ces documents dans la nuit, alerté par une source anonyme. Malgré ses tentatives de prévenir ses collègues et les autorités, les épreuves ont tout de même été distribuées aux candidats, comme si de rien n’était.
Une confiance sérieusement ébranlée
Pour les enseignants, l’incompréhension est totale. D’autant plus que cette année, les autorités avaient promis des dispositifs renforcés pour prévenir les fuites. Parmi les mesures phares annoncées par le ministère des Enseignements secondaires : des sujets non datés, marqués par un QR code censé garantir leur traçabilité.
« On nous a vendu le QR code comme une mesure révolutionnaire, mais le problème ne vient pas du papier, il est humain », confie un professeur, visiblement excédé. Et d’ajouter : « Comment se fait-il que ces sujets circulent toujours aussi facilement, malgré toutes ces soi-disant sécurités ? »
« On enseigne pour quoi ? »
Le désarroi est palpable chez les enseignants. Nombre d’entre eux dénoncent une trahison du système, qui les prive peu à peu du sens même de leur métier. Sur les réseaux sociaux, un professeur de mathématiques partage sa colère :
« Si je vous écris aujourd’hui, c’est pour dénoncer l’état lamentable de notre système éducatif. Toute l’année, nous nous donnons du mal. En face, des élèves qui fuient les cours, qui nous manquent de respect. Et quand on tente de les ramener à la raison, ils nous répondent : “Monsieur, laissez, à 2 h Camwater va ouvrir le robinet, on va boire l’eau”… Et effectivement, à 2 h du matin, je reçois les sujets de mathématiques et d’anglais, avec les corrections, dans les groupes WhatsApp d’élèves. Et ce sont bien ces sujets-là qui ont été donnés. »
Une pratique bien ancrée
Ce type de fuite n’est pas nouveau. Déjà en 2020, une affaire similaire avait éclaboussé l’Office du Baccalauréat du Cameroun (OBC). Sept employés de son service de reprographie avaient alors été sanctionnés, reconnus coupables d’avoir participé à la fuite des sujets de physique, SVT et chimie. Le rapport d’une commission d’enquête administrative, diligentée par la ministre Nalova Lyonga, avait permis de remonter jusqu’à eux.
Depuis, plusieurs annonces de renforcement de la sécurité ont été faites, mais le phénomène semble s’installer durablement. Pour beaucoup, c’est toute la chaîne de l’organisation des examens qui est à revoir, en profondeur.
Une école à reconstruire ?
Dans les lycées, une question revient en boucle : que peut-on encore espérer d’un système où le mérite se dilue dans la tricherie ? Les enseignants, démunis, s’interrogent sur le modèle de société que l’on souhaite construire avec des bacheliers qui obtiennent des moyennes flatteuses, mais peinent à répondre à une question de culture générale.
Lebaccalauréat 2025, censé être un temps fort du parcours scolaire, devient le symbole d’un malaise plus profond. Un malaise auquel l’État devra apporter des réponses, sous peine de voir s’effriter un peu plus la confiance des acteurs de l’éducation… et des élèves eux-mêmes.














