L’atmosphère est électrique dans la région de l’Extrême-Nord. Selon le lanceur d’alerte Boris Bertolt, une guerre froide – qui ne dit pas son nom – oppose le gouverneur Midjiyawa Bakary au préfet du département du Mayo-Tsanaga, Avom Dang. Et le conflit s’est désormais étalé sur la place publique.
Tout aurait commencé avec une lettre envoyée au président de la République, le 10 mars 2025, par 14 conseillers régionaux du Mayo-Tsanaga. Dans ce courrier, ils accusent ouvertement le préfet Avom Dang de « bradage » des terres publiques et d’appropriation illégale de terrains d’intérêt communautaire.
Mais ce n’est pas tout. Quelques semaines plus tôt, le 17 février, une autre lettre – toujours adressée au chef de l’État – faisait déjà état de graves accusations à l’encontre du préfet : corruption, intimidation des chefs traditionnels, pressions sur les maires… Autant de charges qui, selon plusieurs observateurs, auraient pu être rédigées directement depuis le bureau du gouverneur.
Une contre-offensive bien calculée
En réaction, une note confidentielle, censée venir des « élites de l’Extrême-Nord », est apparue dans les couloirs du pouvoir. Et cette fois, c’est le gouverneur Midjiyawa Bakary qui est dans le viseur. Il y est accusé de demander 3 millions de FCFA aux autorités locales à chaque élection de chef traditionnel, et d’imposer aux préfets une sorte de « cotisation » annuelle de 5 millions pour soutenir ses activités.
D’autres griefs sont aussi évoqués : son ingérence dans la gestion des départements, son mépris apparent pour les prérogatives des préfets, ou encore son goût prononcé pour l’enrichissement personnel.
Deux hommes, une même obsession : l’argent
Si les deux hommes semblent se détester, ils partagent pourtant un point commun : l’appât du gain. D’un côté, le préfet Avom Dang, soupçonné de préparer sa retraite dorée en bradant des terrains publics, en contrôlant les nominations des chefs traditionnels et en maintenant la pression sur les élus locaux.
De l’autre, Midjiyawa Bakary, souvent décrit comme un « milliardaire insatiable », dont les investissements s’étendent bien au-delà des frontières camerounaises. Propriétaire de camions, de boutiques, et de villas à Yaoundé, Douala, N’Djamena ou encore Dubaï, il n’hésiterait pas – selon ses détracteurs – à aller très loin pour défendre ses intérêts. Jusqu’à vous « couper le cou pour 100 000 FCFA », ironisent certains.
Un climat de méfiance généralisée
Ce règlement de comptes entre hauts responsables de l’administration ne passe pas inaperçu. Dans la région, les langues se délient et l’opinion publique s’interroge : à qui profite ce conflit ? Et surtout, à quel prix pour la stabilité locale ?














