Un climat apaisé s’était installé sur la montée Chapelle à Obili, à Yaoundé, juste après une courte averse bienvenue qui avait dissipé la poussière ambiante. Dans cette atmosphère rafraîchie, deux jeunes hommes sillonnaient les rues à moto, en quête de petites combines pour subsister.
L’un d’eux, qui se fait appeler Francisco, aperçoit une jeune commerçante au bord de la route. Séduit par son allure, il descend de la moto et l’aborde avec un accent prétendument parisien, se présentant comme un Français fraîchement débarqué de Versailles, tout droit sorti d’un vol Air France.
Usant d’un ton charmeur et condescendant, il s’étonne de la chaleur locale et, dans un élan de générosité feinte, tend un billet de 500 euros à la vendeuse en échange de quelques articles, réclamant bien entendu la monnaie en francs CFA.
Convaincue d’avoir affaire à un vrai « Mbenguiste », la jeune femme, euphorique, se précipite pour partager sa chance avec les voisins, exhibant fièrement ce qu’elle appelle un « 500 Chirac ». Son enthousiasme s’effondre rapidement : les riverains identifient le billet comme un faux.
La scène bascule. Alertée, la population se mobilise pour rattraper l’escroc. Dans sa tentative de fuite, Francisco manque le siège arrière de la moto de son complice, qui n’hésite pas à le laisser derrière en prenant la fuite.
Acculé, Francisco subit la colère des habitants : il est roué de coups — de savates, de barres de fer, de poings — jusqu’à ce qu’il lâche quelques aveux entre deux gémissements. Il finit par admettre qu’il ne vient pas de France mais du quartier Mendong, à Yaoundé.
Face à cette révélation, l’un des témoins s’écrie, ironiquement :
« Et depuis quand Francisco est une ville en France ? », déclenchant une nouvelle salve de coups.















