Déchirée par un conflit armé qui s’éternise depuis la résurgence du M23 en novembre 2021, la République démocratique du Congo (RDC) fait aujourd’hui face à une nouvelle épreuve : des inondations meurtrières qui ont frappé la capitale, Kinshasa, les 4 et 5 avril derniers. En quelques heures, des pluies diluviennes ont transformé la ville en un véritable champ de ruines. Bilan provisoire : une quarantaine de morts, des milliers de sinistrés, des habitations effondrées, des routes éventrées.
À Kinshasa, les images de véhicules emportés, de quartiers noyés et de familles désemparées donnent la mesure d’un désastre aux allures apocalyptiques. La rivière Ndjili est sortie de son lit comme rarement auparavant, et pour beaucoup d’habitants, jamais la capitale n’avait connu un tel déchaînement des éléments.
Déjà affaiblie par la guerre, la population congolaise est à bout de souffle. Et ce drame naturel ne fait qu’enfoncer un peu plus le pays dans un enchaînement de crises. Les prévisions météorologiques annoncent de nouvelles pluies, augmentant l’inquiétude générale. Du côté des autorités, c’est l’urgence : mobiliser les secours, débloquer des fonds, dégager les routes, curer les caniveaux. Mais cette réactivité de dernière minute cache mal des années d’imprévoyance, d’inertie étatique et d’urbanisation anarchique.
Les inondations en RDC ne sont pas une fatalité, mais bien souvent le fruit de responsabilités partagées entre un État défaillant et une population livrée à elle-même. Et les conséquences dépassent le cadre humanitaire : la coupure de l’axe routier reliant Kinshasa à Matadi menace également l’économie du pays.
Plus que jamais, l’anticipation et la rigueur sont de mise. Il est temps de mettre fin aux constructions dans des zones à risque, de renforcer les infrastructures, et d’élaborer une vraie politique de gestion des catastrophes. Car si aux inondations et à la guerre viennent s’ajouter des épidémies comme le choléra ou la variole du singe, alors la RDC risque bel et bien de devenir un concentré de calamités.
Sur le plan diplomatique, la médiation entre Kinshasa et les rebelles reste un casse-tête. L’Angola, après deux années de tentatives, a récemment jeté l’éponge. Désormais, les regards se tournent vers Lomé : Faure Gnassingbé, président du Togo, est pressenti pour reprendre les pourparlers sous l’égide de l’Union africaine. Sa nomination, en attente de validation par l’assemblée des chefs d’État, pourrait être un nouvel atout pour la diplomatie togolaise, déjà rompue à l’exercice de la médiation sur le continent.
Mais une question persiste : le président togolais parviendra-t-il à faire mieux que son homologue angolais, dans une crise aussi complexe que celle qui oppose la RDC au Rwanda voisin et aux groupes armés de l’Est ? Si les espoirs renaissent avec le processus de paix de Doha, la route vers une paix durable reste semée d’embûches.
La paix en RDC passera-t-elle par Lomé ? Le peuple congolais, meurtri mais digne, attend encore des réponses.















