Une analyse récente de l’Institute for Security Studies (ISS)révèle une tendance inquiétante : un nombre croissant de militaires camerounais abandonnent leurs postes pour s’engager dans le conflit en Ukraine et en Russie. Un phénomène qui s’est amplifié depuis l’invasion russe de l’Ukraine en 2022, selon un communiqué du ministre camerounais de la Défense daté du 7 mars.
Ces défections, bien que non nouvelles au sein des forces armées camerounaises, prennent une tournure inédite. Les soldats rejoignent désormais les rangs de la guerre en Europe, soit comme «volontaires étrangers» aux côtés de l’Ukraine, soit comme «Tirailleurs de Poutine» sous contrat avec l’armée russe, précise l’ISS.
Contexte sécuritaire local et motivations financières
Cette vague de désertions survient malgré les défis sécuritaires persistants au Cameroun : insurrection de Boko Haram dans l’Extrême-Nord, conflits transfrontaliers à l’Est, et crise séparatiste dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Paradoxalement, ces crises ont forgé une armée expérimentée, dont certains membres monnayent désormais leurs compétences sur des théâtres de guerre plus lucratifs.
«Ce qui distingue cette vague, c’est que les soldats fuient vers une zone de guerre de haute intensité», souligne l’ISS. Grâce à des réseaux locaux de recrutement, la Russie attire particulièrement ces militaires, leur proposant des salaires mensuels allant de 1,2 million à 2 millions de francs CFA (1 976 à 3 294 dollars), selon des témoignages recueillis par l’institut.
Une professionnalisation aux effets pervers
L’ISS lie ces départs à la professionnalisation de l’armée camerounaise, engagée depuis 2001. Le passage d’un service obligatoire à une armée de métier contractuelle a transformé le rapport des soldats à leur engagement. «L’armée est à présent perçue comme une source de revenus, non comme un devoir patriotique», explique un expert, citant le sociologue français Augustin Hamon.
Les contrats, de trois ans pour les soldats et dix ans pour les officiers, sont souvent renouvelés automatiquement – parfois à l’insu des concernés, confie un haut gradé à l’ISS.
Le choc des rémunérations
L’écart salarial est flagrant : au Cameroun, un soldat de deuxième classe perçoit 51 880 FCFA (85 dollars) par mois, plus 90 000 FCFA (148 dollars) s’il est déployé en zone de combat. En Russie, la solde atteint au moins 2 000 dollars mensuels pour les missions en première ligne – une aubaine qualifiée de «souffrance dorée» par un officier interrogé.
Face à cette hémorragie, Yaoundé doit dorénavant repenser son modèle militaire, tiraillé entre professionnalisme et loyauté. Une équation complexe, alors que les conflits internes persistent et que les appels de Moscou résonnent fort.















