Invité du premier numéro de « L’Heure de vérité », le candidat Horizons a déroulé plus de deux heures durant les grandes lignes de son programme pour la présidentielle.
Le rendez-vous comptait pour Edouard Philippe. Le patron d’Horizons, qui espère s’imposer comme le candidat unique du bloc central, était l’invité de France 2 ce jeudi 8 octobre. Il inaugurait la nouvelle formule de l’émission politique ressuscitée.
Pouvoir d’achat, retraites, mobilisation lycéenne, guerres en Ukraine et au Moyen-Orient : l’ancien Premier ministre a répondu à toutes les questions. D’après le compte rendu de l’interview, il a aussi dévoilé plusieurs mesures inédites.
Une vingtaine d’ordonnances dès juillet 2027
« Les acteurs, avant de monter sur la scène, ont le trac. Je suis impressionné par la tâche », a lâché d’entrée Edouard Philippe, interrogé sur le poids de la fonction présidentielle.
S’il est élu, il prévoit de présenter une vingtaine d’ordonnances lors d’une session extraordinaire du Parlement en juillet 2027. Il ne compte pas vivre à l’Elysée.
Le maire du Havre a aussi prévenu qu’il proposerait « des efforts » aux Français. Il se dit « convaincu que si on veut s’en sortir, il va falloir qu’on travaille tous un peu plus ».
Allocations familiales, retraites, chômage : le cœur du programme social
Sur le pouvoir d’achat, Edouard Philippe propose de « travailler deux heures de plus par semaine ». Le gain annoncé : 1 000 euros de plus par an. « Ce n’est pas négligeable quand on est au smic », a-t-il défendu.
Il veut aussi « revoir totalement le système des allocations familiales ». Son projet : une allocation unique de 350 euros par mois dès le premier enfant, « ensuite dégressive avec l’impôt sur le revenu ».
Le candidat promet également une réduction d’impôt d’environ 3 000 euros pour les familles qui travaillent et agrandissent leur foyer. Il ajoute un prêt à taux zéro pour celles qui doivent déménager et acheter un logement plus grand après une naissance.
Sur les retraites, il reprend la réforme de 2023 d’Elisabeth Borne, suspendue en 2025. Objectif : porter la durée de cotisation à quarante-cinq ans et l’âge de départ à 65 ans « pour les Français qui le peuvent », en moins de dix ans. Il y ajoute un système de capitalisation.
« Il faut remettre nos comptes en ordre », a martelé l’ex-locataire de Matignon. Il veut consacrer 50 % de l’effort aux dépenses sociales et ramener la durée d’indemnisation chômage de 18 à 12 mois.
Dans la fonction publique, il souhaite ne remplacer que deux départs sur trois, sur les 750 000 départs à la retraite attendus dans les cinq prochaines années.
Immigration, Parcoursup, identité : les sujets qui fâchent
« Il faut admettre que l’immigration est trop importante », a affirmé Edouard Philippe. Il veut « diviser par deux l’immigration légale », sans la ramener à zéro, et défend « une immigration de travail ».
Il entend s’attaquer au regroupement familial. Il n’écarte pas totalement l’idée d’un référendum sur l’immigration, proposée par d’autres candidats. Il réclame aussi une liste européenne de « pays sûrs » dont les ressortissants ne pourraient pas demander l’asile dans l’UE, et maintient sa volonté de dénoncer l’accord franco-algérien de 1968.
Interrogé sur la mobilisation des lycéens, il a assuré n’avoir « aucune envie d’être brutal » : « j’en ai à la maison ». Certaines revendications lui paraissent « secondaires », d’autres « fondées, légitimes ». Il a fait siennes celles sur Parcoursup, un système qu’il juge « stressant ».
Sur l’identité, il a plaidé pour une France « fière » : « La France, elle n’est pas grande parce qu’on la regarde dans le rétroviseur. »
Ukraine, Trump, Israël : sa ligne internationale
« Je ne veux pas la guerre avec la Russie et la Russie, je crois, ne veut pas la guerre avec l’Otan », a déclaré Edouard Philippe. Aider l’Ukraine, selon lui, sert les intérêts de la France. Il prédit qu’« un jour, nous reparlerons avec la Russie ».
Il juge Donald Trump « d’une brutalité extrême, dans les mots et dans les décisions » et évoque une « relation dégradée ». Les Etats-Unis restent toutefois « nos alliés », avec lesquels il faut continuer à discuter.
Avec Israël, il reconnaît « des désaccords majeurs en ce moment », sans vouloir remettre en cause les relations commerciales.
Sur le climat, il veut « décarboner au maximum notre vie ». Mi-septembre, il avait proposé un « fonds unique d’adaptation au changement climatique » doté de 2 milliards d’euros par an.
Edouard Philippe a également réaffirmé son opposition à la GPA, qui conduit selon lui à « une forme de marchandisation » du corps des femmes. Sur les violences sexistes et sexuelles, il a reconnu ne pas avoir pris ces sujets « suffisamment au sérieux » adolescent, et dit avoir évolué sous l’influence de ses enfants.