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Cyrille Rolande Bechon « Les Nations Unies doivent amener le Cameroun à respecter ses engagements »

Directrice exécutive de l'ONG Nouveaux Droits de l'Homme, elle revient sur la visite de Volker Turk, le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'Homme au Cameroun. Et se projette sur les espoirs qu'augurent cette visite en matière des droits de l'Homme au Cameroun.
Les défenseurs des droits de l'homme au Cameroun ont eu une réunion intense avec le Haut-Commissaire de l'Onu aux droits de l'homme, sur quoi a porté cette réunion ?
La réunion avec le Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'Homme a porté sur la situation des droits humains au Cameroun. Nous avons fait l'État des lieux de la situation des droits humains de manière globale. Concrètement nous avons parlé de la fermeture de l'espace civique et démocratique au Cameroun où les libertés fondamentales ne peuvent plus s'exprimer ; Des violences basées sur le genre dans lequel, les filles et les femmes sont victimes et n'ont pas accès à la justice ; Nous avons parlé de la question foncière avec son lot de déguerpissement forcé ; La désappropriation des communautés au profit des individus ; Nous avons évoqué la crise qui continue de faire des victimes dans les deux régions anglophones ; Les massacres orchestrés par des groupes armés et bien entendu la difficulté des populations à vivre dans ces conditions ; Le fait que les populations sont prises en otage par les groupes armés et les violations orchestrées par les forces de sécurité.
La situation sécuritaire dans les régions septentrionales, les prochaines élections, les abus des autorités administratives ont-ils été évoqués dans vos échanges ?
On n'a pas oublié la situation dans les régions septentrionales du pays avec la présence de Boko Haram et l'influence que cette situation sécuritaire a sur le quotidien des populations avec le flux des déplacements internes de part et d'autre. L'attente des processus électoraux a été un autre point fort de nos échanges. Nous n'avons pas caché nos craintes sur le fait qu'il y a un total désaccord de la classe politique au sujet des règles qui organisent le processus électoral, notamment le Code électoral. Nous avons énoncé les tensions entretenues par l'autorité administrative avec cette fermeture de l'espace civique et démocratique dans un contexte où les acteurs sociaux politiques ne peuvent pas s'exprimer. Nous avons déploré le fait qu'il n'existe pas de dialogue. Le dialogue fait partie des préoccupations centrales des Nations unies. La paix se prépare avant les élections. Ce n'est pas après les élections quand les crises commencent qu'on découvre les problèmes. Les défenseurs des droits de l'homme ont partagé leurs préoccupations et leurs craintes sur le fait qu'on a élu une personne dont le dernier mandat nous laisse des doutes sur sa capacité à diriger ce pays.
Qu'en at-il été de la situation des personnes détenues dans le cadre des manifestations pacifiques ?
La question des personnes qui sont toujours détenues a également surgit dans les discussions. Les détentions arbitraires qui font partie des recommandations des mécanismes onusiens à l'Etat camerounais. rappelez-vous qu'il y a un appel des mécanismes onusiens qui exigeaient à l'Eta du Cameroun de détendre les personnes arbitrairement arrêtées lors des manifestations de 2020. Il fallait en parler avec le Haut-commissaire pour qu'il puisse poser toutes ces questions aux autorités.
Avez-vous évoqué la situation de l'examen périodique universel ?
Tout à fait. Le Cameroun a été examiné par les Nations Unies en 2023, le Cameroun a donc accepté un ensemble de recommandations visant à améliorer la situation des droits humains. Il était question de demander au Haut-commissaire, comment il compte accompagner l'Etat du Cameroun et la société civile pour qu'il y ait cette. Nous avons fait une sorte d'évaluation, parce qu'en 2018, Michèle Bachelet l'ancienne haut-commissaire de l'ONU aux droits de l'Homme avait fait une visite au Cameroun et le constat a été unanime : les choses n' n'ont pas changé. Nous avons fait partie de ce que le Cameroun est membre des Nations Unies, mais n'est pas en train d'implémenter les améliorations attendues au niveau des droits humains. D'autres questions comme la gouvernance locale, les menaces sur la cohésion sociale au niveau local du fait des bavures de la police municipale, n'ont pas été oubliées.
Le Haut-Commissaire de l'Onu aux droits de l'homme arrive au Cameroun dans un contexte où les droits de l'homme sont de plus en plus bafoués par les autorités camerounaises. Quel espoir peut susciter sa présence au Cameroun ?
La présence au Cameroun, du Haut-commissaire des Nations Unies aux droits de l'Homme suscite de l'espoir. Le travail des Nations Unies s'inscrit dans une démarche préventive en matière des droits humains et dans un travail préventif pour maintenir les relations et le dialogue, ce qui est très important pour les Nations Unies. En maintenant le dialogue, les Nations Unies ont un boulevard et un cadre pour que les sujets soient sur la table des discussions. Et c'est d'ailleurs pour cela que le Haut-commissaire lui-même vient. Il est comme un porte-voix qui vient renforcer un plaidoyer parce qu'il sait qu'au Cameroun il y a un problème. Un haut-commissaire ne vient pas en ballade dans un pays. Dans le cadre de son travail il est là pour déceler les pays où les risques sont élevés en matière de violation, en matière de crise. Comme je vous a dit la règle première des Nations unies c'est de prévenir les conflits et les crises. Donc il vient à la fois pour prévenir et résoudre les conflits qui existent déjà.
Que faut-il faire concrètement pour contraindre finalement les autorités camerounaises à respecter leurs engagements internationaux en matière des droits de l'homme ?
Pour amener les autorités camerounaises à respecter leurs engagements en matière des droits humains, il faut continuer ce plaidoyer. Il faut que tous les acteurs de la communauté nationale comme internationale s'intéressent à la question du Cameroun et utilisent tous les mécanismes viables pour interpeller les autorités.
Je crois que cela est en marche. Un Haut-commissaire c'est un diplomate, il ne viendra pas vous dire qu'il va mettre la pression sur les autorités. Sa seule présence au Cameroun est un message fort en terme de préoccupations des droits humains dans ce pays.
Dans nos rapports nous interpellons aussi les partenaires étatiques du Cameroun qui ont des leviers d'actions dans leurs relations bilatérales et au niveau des Nations unies. Il y a également les journalistes, la presse nationale et internationale qui doivent porter haut le message sur les droits humains au Cameroun. Il n'y a que cet ensemble de communication, plaidoyer, de lobbying et d'informations sur ce qui se passe efficacement. Il y a aussi un nombre d'actions menées sur le terrain par les défenseurs pour conscientiser les communautés. Il est très important que les Camerounais puissent connaître quels sont leurs droits.
Cette visite du Haut-Commissaire est un acte fort que la communauté internationale pose en validant qu'un Haut-commissaire des Nations unies aux droits de l'Homme vient au Cameroun. Il faut que les Nations unies continuent à tenir la barre haute pour amener le Cameroun à respecter ses engagements.
Interview réalisée par Joseph Essama
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Innovation médicale : trois étudiantes camerounaises remportent l’or en Chine avec un robot de santé

Trois étudiantes de l’École nationale supérieure polytechnique de Douala (ENSPD) ont remporté l’or à Beijing avec MERA, un projet de robotique appliquée à la santé. Leur solution entend faciliter l’évaluation des patients dans les zones insuffisamment couvertes. Pour passer du concours au centre de santé, il reste à établir ses capacités réelles, son coût et ses conditions d’utilisation.
Championne d’Afrique en mai 2026, l’équipe a décroché l’or lors de la finale mondiale organisée du 23 au 25 octobre à l’Université normale de Beijing, en Chine. Le Cameroun a signé un doublé avec EcoprintLab, une équipe issue d’une collaboration entre l’École nationale supérieure polytechnique de Douala et l’Université de Dschang. Elle a remporté l’argent avec un projet tourné vers les technologies d’avenir, axé sur la valorisation des déchets plastiques.
Au nom du ministre d’État, ministre de l’Enseignement supérieur, le Pr Atsa Etoundi Roger, chef de la division des systèmes d’information au Minesup, a qualifié ce résultat d’« historique pour le Cameroun et pour l’Afrique ». Il a réaffirmé l’engagement du gouvernement en faveur de l’innovation, de la recherche et de la transformation numérique. Il accompagnait la délégation camerounaise à Beijing.
MERA, pour Medical Evaluation and Robotic Assistance, vise les localités où l’accès aux soins de base reste difficile. Les trois étudiantes qui portent le projet veulent mobiliser la robotique et l’intelligence artificielle pour aider les soignants à repérer plus rapidement les situations qui nécessitent une attention particulière. Selon la description du projet publiée lors des finales régionales africaines de la Global Competition on Design for Futures (GCD4F), MERA doit recueillir les données du patient, les analyser en temps réel, détecter des anomalies et alerter le personnel soignant.
Le projet porte notamment sur l’évaluation des paramètres vitaux. Les documents rendus publics ne précisent toutefois ni les paramètres mesurés, ni les capteurs utilisés, ni les examens que le robot permettrait d’effectuer. Aucun résultat d’essai n’est non plus communiqué pour établir sa précision. Détecter une anomalie ne revient pas à poser un diagnostic. Faute de données techniques et cliniques détaillées, il n’est pas possible d’affirmer que MERA peut fonctionner de manière autonome ou remplacer une consultation. Sa fonction annoncée est celle d’un outil d’évaluation et d’assistance. Le personnel médical reste indispensable pour interpréter les alertes et décider de la prise en charge.
Le projet vise d’abord les zones à faible couverture médicale. Dans un centre de santé éloigné, un outil fiable pourrait aider à repérer les patients à orienter vers une structure mieux équipée. Il pourrait aussi accélérer certaines évaluations de première ligne. Ce bénéfice reste à démontrer sur le terrain. Les informations publiques ne précisent pas les sites d’expérimentation, le nombre de patients concernés ni les résultats obtenus.
LE PRIX NE SUFFIT PAS À ASSURER LE DÉPLOIEMENT
La médaille d’or obtenue à Beijing donne une visibilité internationale au projet. Elle ne règle pas les questions économiques qui décideront de son éventuelle adoption. Aucun prix d’acquisition n’a été communiqué. Le coût de maintenance, la durée de vie des équipements, le remplacement des capteurs et les besoins en assistance technique ne sont pas documentés non plus.
Pour un centre de santé, le coût ne se limite pas à l’achat du robot. Il faut aussi prévoir la formation des utilisateurs, l’entretien, les mises à jour logicielles, l’alimentation électrique et, selon son mode de fonctionnement, une connexion fiable. Le dispositif devra être utilisable par le personnel déjà en poste, sans alourdir excessivement son travail quotidien. Avant un déploiement, il faudra tester le matériel, mesurer la fiabilité des évaluations, documenter les limites du système et conduire des essais dans plusieurs structures de santé. La protection des données médicales devra aussi être garantie. Ces éléments aideront les responsables sanitaires à comparer l’intérêt du dispositif aux solutions existantes et aux moyens des formations sanitaires.
Le projet pose aussi une question industrielle. S’il franchit ces étapes, MERA pourra ouvrir la voie à un équipement développé à partir de besoins identifiés au Cameroun. Mais les informations disponibles ne précisent pas la part des composants fabriqués localement, le lieu d’assemblage, le modèle de maintenance ni l’existence d’un partenaire industriel. Il constitue un point de départ pour le Made in Cameroon, pas encore la preuve d’une production nationale à l’échelle industrielle.
UNE RÉUSSITE PORTÉE PAR L’ENSPD
Le projet MERA Team 72 réunit trois étudiantes de cinquième année, option Génie logiciel, au Département de Génie informatique et télécommunications de l’ENSPD, établissement de l’Université de Douala. Il s’agit de Darelle Charenta Djogu Kameni, Marie Daphnée Egoume Ayuma et Marie Andrea Kaga. Le Dr Maka Maka Ebenezer, chef du département, et M. Mpoh Lobe Henri Pascal Will, enseignant au Département de Génie électrique et systèmes intelligents, encadrent l’équipe.
Le projet s’inscrit dans l’initiative EPI, « Un Étudiant, Un Projet, Une Innovation ». Sous l’impulsion de son directeur, l’ENSPD accompagne les étudiants dans la maturation, la structuration et la concrétisation de leurs idées. L’école met aussi en avant le renforcement des équipements de ses laboratoires. Pour MERA, la suite dépendra de la capacité à prolonger cet accompagnement par des tests, des partenariats techniques et un financement adapté.
La compétition, organisée par l’Université normale de Beijing avec l’appui de l’Institut de l’UNESCO pour les technologies de l’information dans l’éducation et de la World Digital Education Alliance, met en lumière la coopération éducative sino-camerounaise. Pour MERA, il faudra désormais produire des résultats techniques vérifiables, chiffrer le coût complet du dispositif et mesurer son utilité auprès des soignants et des patients.
Par Fabrice BELOKO
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JÉRÔME NOTEBAERT, directeur de l’AFD au Cameroun : « La fin du C2D ne signifie pas l’arrêt de la coopération française au Cameroun »

À l’occasion des vingt ans du Contrat de désendettement et de développement (C2D), célébrés du 24 au 27 octobre 2026 à Douala, le directeur de l’Agence française de développement (AFD) dresse le bilan des investissements réalisés dans la capitale économique, notamment dans les routes, l’assainissement, la lutte contre les inondations et les infrastructures sociales. Alors que le mécanisme approche de son terme, il revient sur les perspectives de coopération entre le Cameroun et la France, avec la poursuite des travaux de drainage, la rénovation de certains axes routiers et le soutien au secteur de l’électricité. Pour lui, la fin du C2D ne signifie pas la fin du partenariat, mais l’ouverture d’une nouvelle étape au service du développement et des populations.
Êtes-vous satisfait du travail réalisé jusqu’ici à Douala dans le cadre du C2D ?
Nous sommes très heureux d’être ici pour célébrer les vingt ans du C2D et, surtout, mettre à l’honneur l’ensemble des réalisations effectuées à Douala. J’ai eu l’occasion d’en discuter avec le maire de la ville cet après-midi. L’intervention du C2D et de l’Agence française de développement (AFD) à Douala repose sur une collaboration étroite entre les autorités centrales, les autorités locales et la Communauté urbaine, afin de répondre aux besoins concrets des populations. On peut citer l’avenue Roger-Milla, le carrefour des Douches, le pont sur le Wouri, la rénovation de salles de classe, la construction de nombreux kilomètres de drains et l’aménagement de routes pour améliorer la circulation. Ces réalisations contribuent également à protéger la santé des populations grâce à la lutte contre les inondations.
Les travaux du centre de formation professionnelle se poursuivent également. Ils doivent permettre aux jeunes de Douala d’acquérir les compétences nécessaires, notamment dans le domaine agroalimentaire. En somme, le C2D et l’AFD, aux côtés des autorités de Douala et du gouvernement, cherchent à réaliser des projets qui ont un impact concret et positif sur les populations. Nous pouvons être fiers et satisfaits du travail collectif accompli à Douala. J’insiste sur le mot « collectif », car c’est l’une des marques de fabrique du C2D. Les projets sont réalisés avec la participation de la société civile, des entreprises et des autorités, qu’elles soient ministérielles ou locales. Cette démarche collective constitue l’une des forces du C2D au service des populations.
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Au regard de ce bilan, quelles sont les perspectives de l’AFD, notamment après la fin du C2D ?
Les perspectives consistent à poursuivre notre action. Nous utiliserons d’autres instruments, car le C2D approche de son terme. Mais la fin de ce mécanisme ne signifie absolument pas l’arrêt de la coopération française au Cameroun. Nous préparons déjà les prochaines étapes de cette coopération et de nouveaux projets.
À Douala, nous allons notamment poursuivre notre collaboration avec la Communauté urbaine pour financer les travaux de drainage dans le cadre du programme PLEDY, car les besoins restent importants. Nous continuerons également à soutenir les systèmes d’alerte destinés à prévenir les populations des risques d’inondation. Le dispositif actuel a déjà montré son utilité, notamment lors des fortes pluies de septembre dernier. Nous allons donc poursuivre ces initiatives.
Nous continuerons aussi à accompagner le gouvernement dans la rénovation de la route Douala-Édéa. La réhabilitation de cet axe devient primordiale, notamment pour les ouvrages de franchissement sur la Dibamba et la Sanaga. Comme je l’ai indiqué dans mon discours, nous apporterons également notre soutien à la Socadel dans ses efforts pour améliorer la distribution de l’électricité aux populations et aux entreprises. L’accès à une électricité fiable est essentiel au développement économique. Vous pouvez donc compter sur nous. Même si le C2D arrive à son terme, d’autres formes de coopération sont en discussion. Notre volonté est de poursuivre ce partenariat entre la France et le Cameroun et de continuer à traduire cet engagement en projets concrets au bénéfice des populations.
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Quelles sont les perspectives de ce partenariat pour les prochaines années, notamment à Douala ?
Comme je l’ai déjà indiqué, nous sommes très fiers d’être ici pour célébrer les vingt ans du C2D. Cette commémoration nous permet de mesurer concrètement les effets des financements et des projets réalisés avec les autorités locales et le gouvernement. Cette cérémonie m’a notamment donné l’occasion de revenir sur les travaux de construction et de rénovation du pont sur le Wouri, financés par l’AFD en collaboration avec les autorités locales.
Nous avons également échangé avec le maire de la ville sur les prochaines interventions à Douala. Parmi les projets évoqués figure la rénovation du pont n° 3. Ces travaux sont importants pour faciliter la circulation et soutenir le développement économique. Nous avons aussi discuté de la poursuite des projets de lutte contre les inondations dans la ville. Il est essentiel de maintenir cet effort pour améliorer les conditions de vie des populations.
Ces deux axes d’intervention, l’amélioration des infrastructures de transport et la lutte contre les inondations, devraient continuer à mobiliser notre coopération au cours des prochaines années. Ils illustrent la volonté de la France et du Cameroun de poursuivre leur partenariat au service du développement. Le C2D a été conçu pour une durée déterminée, mais il n’est pas encore totalement achevé. Il reste environ vingt-quatre mois d’exécution pour mener à terme les activités prévues. En parallèle, nous préparons les prochaines étapes de la coopération.
Par Fabrice BELOKO
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Anciennes pièces de monnaie : la BEAC menace de sanctions les banques qui refusent leur échange

La démonétisation des anciennes gammes de pièces de monnaie est prévue le 1er novembre 2026, dans un climat de confusion et d’inquiétude, alimenté par la brièveté des délais, l’insuffisance de la communication et le refus déjà observé de certaines pièces dans les commerces. La BEAC tente de rassurer les populations et prévient que les banques et EMF qui refuseraient d’échanger les pièces ou imposeraient l’ouverture préalable d’un compte s’exposeraient à des sanctions.
Le directeur national adjoint de la BEAC pour le Cameroun, Cho Emmanuel Asafor, a brandi des menaces de sanctions contre les banques et les établissements de microfinance qui refuseraient d’échanger les anciennes pièces ou qui conditionneraient l’opération à l’ouverture préalable d’un compte. C’était le 28 octobre 2026, lors d’une conférence de presse à la Direction nationale, trois jours avant la démonétisation des pièces des gammes 1958, 1959, 1971, 1976 et 1985, effective dans les six pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac) dès le dimanche 1er novembre.
Le responsable de la banque centrale a dit compter sur la responsabilité des établissements bancaires et de microfinance pour faciliter les opérations d’échange à leurs guichets. Il a précisé que le refus d’échanger les pièces, comme l’exigence d’un compte ouvert dans les livres de l’établissement, exposerait leurs auteurs à des sanctions. Les banques et les institutions de microfinance sont ainsi appelées à participer à une opération d’intérêt général, indépendamment de leurs relations commerciales avec les personnes qui se présentent à leurs guichets.
Mais au-delà de cette clarification, plusieurs interrogations demeurent. Comment la BEAC s’assurera-t-elle que les établissements respectent effectivement cette obligation ? Quels mécanismes permettront aux populations de signaler les refus abusifs ? Quelles sanctions seront appliquées et dans quels délais ? Pour les détenteurs de petites quantités de monnaie, souvent peu familiarisés avec les procédures bancaires, l’effectivité de ces assurances dépendra surtout de leur application sur le terrain.
UNE DÉCISION PRÉCIPITÉE QUI INQUIÈTE LES POPULATIONS
Les journalistes présents à la conférence de presse ont abondamment relayé les inquiétudes des populations sur les conditions de mise en œuvre de cette démonétisation. Ils ont notamment déploré la précipitation avec laquelle une décision aux conséquences directes sur les transactions quotidiennes a été annoncée et programmée.
Entre la décision du Comité ministériel de l’Union monétaire de l’Afrique centrale (Umac), prise le 7 octobre, et la perte du cours légal des anciennes pièces, fixée au 1er novembre, moins d’un mois se sera écoulé. Un délai jugé particulièrement court pour une opération concernant six pays et des millions d’utilisateurs de monnaie fiduciaire.
Les journalistes ont notamment relevé l’absence d’une campagne de sensibilisation suffisamment longue, structurée et déployée sur plusieurs canaux pour atteindre l’ensemble des populations. Dans les grandes villes, les informations circulent à travers les médias, les réseaux sociaux et les communications institutionnelles. Mais qu’en est-il des villages reculés, des marchés ruraux et des localités où l’accès à l’information demeure limité ? Comment informer les personnes âgées, les petits commerçants, les vendeuses des marchés, les agriculteurs et les populations qui utilisent quotidiennement des pièces sans nécessairement distinguer leurs différentes années d’émission ?
La question est d’autant plus sensible que les pièces constituent un instrument essentiel des transactions de faible montant. Pour une vendeuse de légumes, un conducteur de mototaxi ou un petit commerçant, quelques centaines de francs CFA peuvent représenter une part significative des recettes journalières. Le refus de ces pièces peut donc provoquer une perte immédiate de pouvoir d’achat, même lorsque leur échange reste juridiquement possible.
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Les journalistes ont également souligné le risque de voir les populations les plus vulnérables supporter les conséquences d’une confusion qu’elles n’ont pas créée.
DES COMMERÇANTS REFUSENT DÉJÀ DES PIÈCES ENCORE VALABLES
Ces préoccupations rejoignent les informations rapportées par plusieurs médias locaux. À Yaoundé comme à Bafoussam, des commerçants refusent depuis quelques jours l’ensemble des pièces, y compris celles qui conservent leur cours légal. Cette confusion complique les transactions quotidiennes et expose les consommateurs à des difficultés injustifiées.
La BEAC rappelle pourtant que seules cinq gammes sont concernées par la démonétisation. Les pièces des gammes 2006 et 2024 conservent leur cours légal et leur pouvoir libératoire. Elles doivent donc continuer à être acceptées dans les transactions de toute nature.
Le risque est désormais celui d’une démonétisation de fait beaucoup plus large que celle décidée par les autorités monétaires. Si les commerçants refusent indistinctement les anciennes et les nouvelles pièces, la mesure pourrait accentuer les difficultés de circulation de la petite monnaie, alors même que la BEAC cherche précisément à améliorer sa disponibilité.
Cette situation pose également la question de la responsabilité des pouvoirs publics dans la diffusion d’une information claire. Préalablement à la démonétisation, une campagne montrant les pièces concernées, leurs caractéristiques distinctives et celles qui demeurent valables aurait permis de limiter les interprétations erronées. Elle devrait notamment mobiliser les radios communautaires, les marchés, les collectivités territoriales et les réseaux de distribution de proximité.
UN AN POUR ÉCHANGER GRATUITEMENT LES ANCIENNES PIÈCES
Face aux inquiétudes, la BEAC insiste sur un point essentiel : la perte du cours légal des anciennes pièces ne signifie pas leur perte immédiate de valeur pour leurs détenteurs.
À compter du 1er novembre 2026, les pièces des cinq gammes visées ne pourront plus servir à régler un achat ou une dette. Elles perdront leur cours légal et leur pouvoir libératoire. En revanche, leurs détenteurs disposeront d’une période transitoire de douze mois pour les échanger gratuitement contre des pièces des gammes 2006 ou 2024.
Du 1er novembre 2026 au 31 juillet 2027, soit neuf mois, les échanges seront possibles auprès des banques commerciales, des établissements de microfinance et des guichets de la BEAC. Du 1er août au 31 octobre 2027, seuls les guichets de la banque centrale continueront à assurer cette opération. À partir du 1er novembre 2027, les anciennes pièces ne seront plus échangeables, quel que soit le guichet.
Ce calendrier constitue la principale garantie offerte aux populations. Il leur laisse la possibilité de récupérer la contre-valeur de leurs anciennes pièces sans devoir impérativement procéder à leur échange avant le 1er novembre 2026.
L’autre assurance importante concerne la gratuité de l’opération. Aucun frais d’échange n’est prévu par la note d’information du gouverneur de la BEAC. Les établissements participants ne devraient donc pas transformer cette opération en service bancaire payant.
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La mise en garde de Cho Emmanuel Asafor contre l’obligation d’ouverture d’un compte vient renforcer ce dispositif. Elle répond à une préoccupation majeure : éviter que les populations non bancarisées soient contraintes de souscrire à des services financiers pour récupérer la valeur de leur monnaie.
Toutefois, les modalités pratiques restent déterminantes. La simplicité des formalités sera donc un élément essentiel de la réussite de l’opération.
Selon la banque centrale, l’objectif est notamment de simplifier la circulation fiduciaire en retirant des pièces jugées « vétustes et disparates », dans un contexte de déploiement progressif de la nouvelle gamme 2024. La BEAC a annoncé un programme de mise en circulation de 500 millions de nouvelles pièces par an, avec un objectif de trois milliards de pièces à l’horizon 2030.
Par Yves TCHENANG
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