Actualités locales
les citoyens ont-ils vraiment le pouvoir ?

Sur le papier, la réponse semble évidente au Cameroun. La Constitution définit le pays comme un État démocratique et social et, surtout, son article 2 stipule que la souveraineté nationale appartient au peuple camerounais. Les gouvernants, y est-il précisé, tirent leur autorité du peuple par la voie des élections. Toutefois, les constitutions énoncent des principes. La démocratie, elle, doit s’incarner dans la réalité.
Ainsi, le 15 septembre 2026, alors que le monde célèbre la Journée internationale de la démocratie des Nations Unies, une question plus complexe se pose pour le Cameroun : que signifie concrètement l’idée que le pouvoir appartient au peuple ?
La démocratie est-elle pleinement réalisée lorsqu’un citoyen peut glisser un bulletin dans l’urne, ou faut-il également qu’il ait une possibilité réelle de changer les gouvernants ? Quel sens donner à la démocratie là où des élections ont lieu, mais où beaucoup ont le sentiment d’avoir peu d’influence sur les décisions publiques pour les années à venir ? Un pays peut-il être qualifié de démocratique parce qu’il construit des routes, des écoles et des hôpitaux, alors même que la compétition politique et la critique publique restent bridées ? À l’inverse, quelle valeur revêt la liberté politique pour une personne qui ne trouve pas d’emploi, ne peut se soigner ou n’a pas les moyens de scolariser son enfant ?
Ces questions ne sont pas nouvelles ; les philosophes en débattent depuis plus de deux millénaires. Elles demeurent pourtant d’une brûlante actualité pour le Cameroun.
Cette année, l’ONU marque cette journée par une session à son siège de New York intitulée « Lever la main et la voix : favoriser l’autonomie d’action et l’appropriation grâce à la démocratie délibérative ». Au cœur de cette réflexion se trouve une idée simple mais exigeante : les citoyens doivent disposer de véritables moyens d’influencer les décisions qui affectent leur vie. L’accent est donc mis sur la participation, le dialogue, l’inclusion et la possibilité pour les citoyens de se faire entendre au-delà des simples élections.
Cette distinction est capitale, car la démocratie ne s’est jamais résumée au seul acte de voter.
Qu’est-ce que la démocratie ?
Ce mot vient du grec demos, signifiant « le peuple », et kratos, signifiant « pouvoir » ou « gouvernement ». Dans sa forme la plus simple, la démocratie désigne donc le gouvernement par le peuple. Cette simplicité s’évanouit toutefois presque aussitôt.
Qui constitue exactement « le peuple » ? De quelle manière directe doit-il exercer le pouvoir ? Qu’est-ce qui empêche une majorité d’abuser d’une minorité ? Chaque citoyen doit-il disposer d’un poids politique égal, indépendamment de ses compétences ? Les dirigeants élus peuvent-ils légitimement prendre des décisions auxquelles s’oppose la majorité des citoyens ? Et que se passe-t-il lorsque ceux à qui le pouvoir politique a été confié semblent ne plus servir ceux dont ce pouvoir est censé émaner ?
Platon se méfiait profondément de la démocratie. Dans La République, il craignait qu’un système politique fondé sur une grande liberté et l’égalité ne permette à la persuasion et à la popularité de l’emporter sur le savoir et la compétence. Selon lui, les hommes politiques en quête de pouvoir risquaient de devenir experts dans l’art de plaire au public plutôt que de gouverner avec sagesse. La démocratie pouvait alors devenir vulnérable aux démagogues et finir par sombrer dans la tyrannie.
La solution privilégiée par Platon — le gouvernement par des rois-philosophes d’une sagesse exceptionnelle — serait elle-même profondément antidémocratique selon les critères modernes. Pourtant, le problème qu’il a soulevé reste d’actualité : le choix de dirigeants ne garantit pas automatiquement une bonne gouvernance. Un citoyen peut disposer du droit de vote tout en étant manipulé, mal informé ou confronté à des choix politiques plus apparents que réels.
Son disciple Aristote a abordé la question sous un angle différent. L’une de ses préoccupations majeures était de savoir si ceux qui gouvernaient le faisaient dans l’intérêt commun ou principalement pour eux-mêmes et pour le groupe auquel ils appartenaient. Il distinguait les systèmes politiques orientés vers le bien commun des formes dévoyées, dans lesquelles les détenteurs du pouvoir l’utilisaient avant tout à leur propre avantage.
La terminologie d’Aristote ne correspond pas exactement à l’acception moderne de la démocratie, mais sa question centrale demeure pertinente. Un pays peut se doter d’institutions aux appellations démocratiques, organiser des élections et faire fonctionner un parlement tout en laissant sans réponse la question fondamentale de savoir quels intérêts le pouvoir politique sert réellement.
Des siècles plus tard, la pensée politique européenne s’est orientée vers une autre interrogation : pourquoi les citoyens devraient-ils obéir à un gouvernement ?
Thomas Hobbes a apporté l’une des réponses les plus célèbres dans *Léviathan*, publié en 1651. Hobbes partait de la peur du désordre. Sans une autorité politique efficace capable de faire régner la paix, soutenait-il, les individus risquaient de se retrouver prisonniers d’une profonde insécurité et de conflits. Des individus rationnels accepteraient donc d’instituer un souverain assez puissant pour imposer l’ordre et les protéger.
Pour Hobbes, la sécurité primait sur tout. Son contrat social pouvait justifier l’existence d’un souverain doté d’un pouvoir extraordinaire, bien que les individus conservassent des droits fondamentaux liés à leur propre survie. Son argumentation soulève une question qui demeure pertinente pour les États en proie à la guerre, au terrorisme, aux conflits séparatistes ou à l’instabilité politique : quelle part de liberté les citoyens doivent-ils être prêts à céder en échange de la sécurité ?
Le Cameroun a été confronté à diverses facettes de ce dilemme à travers le conflit dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, l’insécurité dans l’Extrême-Nord et les appels répétés des autorités en faveur de l’unité nationale, de l’intégrité territoriale et de l’ordre public.
Toutefois, Hobbes ne représente qu’une facette de la tradition du contrat social.
John Locke a orienté le débat dans une direction très différente. Pour lui, les êtres humains naissaient libres et égaux, et jouissaient de droits que le gouvernement n’avait pas créés. L’autorité politique reposait sur le consentement des individus à instituer un gouvernement chargé de protéger la vie, la liberté et la propriété, ainsi que d’œuvrer pour le bien public.
Dans cette optique, le gouvernement agissait en vertu d’un mandat de confiance. Son autorité ne s’imposait pas aux citoyens ; elle émanait d’eux. Selon Locke, si un gouvernement violait gravement les objectifs pour lesquels le pouvoir politique lui avait été confié, le peuple conservait un droit de résistance et, en dernier ressort, le droit de le remplacer.
La différence entre Hobbes et Locke illustre l’une des plus anciennes tensions en politique. Hobbes se demande comment un État peut devenir assez puissant pour protéger la société du désordre. Locke se demande comment la société peut empêcher cet État puissant de devenir une menace pour les personnes qu’il est censé protéger.
La démocratie moderne est, à bien des égards, une tentative de répondre simultanément à ces deux questions.
Un État démocratique a toujours besoin d’autorité. Il nécessite une police, des tribunaux, un système fiscal, une administration, des frontières et des institutions capables de faire appliquer les décisions légales. Mais la démocratie exige aussi que le pouvoir lui-même soit limité. C’est pourquoi les constitutions, les tribunaux indépendants, les assemblées législatives, les partis d’opposition, les élections, la société civile, le journalisme et les droits fondamentaux sont essentiels. Ce sont des mécanismes par lesquels l’autorité s’exerce, mais aussi par lesquels elle est remise en question, limitée et soumise à l’obligation de rendre des comptes.
La définition de l’État de droit adoptée par les Nations unies suit cette logique. Chacun, y compris l’État lui-même, doit répondre de ses actes devant des lois connues de tous, appliquées de manière égale et dont l’interprétation relève de tribunaux indépendants. La séparation des pouvoirs, la participation à la prise de décision, la sécurité juridique et la protection contre l’arbitraire font partie intégrante de cette conception.
La démocratie soulève donc deux questions liées : qui gouverne, et que sont autorisés à faire ceux qui gouvernent une fois au pouvoir ?
La démocratie ne se limite pas aux urnes
La théorie démocratique moderne a, par conséquent, largement dépassé l’idée selon laquelle les élections suffiraient à elles seules. L’institut V-Dem, l’un des principaux projets internationaux d’étude des systèmes politiques, analyse la démocratie sous plusieurs angles : électoral, libéral, participatif, délibératif et égalitaire.
La dimension électorale cherche à savoir si les dirigeants sont choisis au terme d’une véritable compétition. La dimension libérale examine si le pouvoir est encadré par la loi, les droits et des institutions indépendantes. La participation concerne la capacité des citoyens à s’organiser et à s’impliquer dans la vie publique. La délibération porte sur la question de savoir si les décisions politiques résultent d’un raisonnement et d’un débat publics plutôt que de la coercition, du clientélisme ou du commandement. L’égalité interroge le statut politique des citoyens : jouissent-ils d’une position raisonnablement égale, ou l’influence est-elle concentrée entre les mains des plus riches, des mieux connectés ou des plus puissants ?
Ainsi envisagé, un État peut organiser des élections tout en présentant des lacunes dans d’autres domaines de la démocratie. L’inverse est tout aussi vrai : la démocratie ne saurait signifier simplement que le camp ayant recueilli le plus de voix est libre de faire ce que bon lui semble. Si 51 % des citoyens pouvaient légalement supprimer tous les droits fondamentaux des 49 % restants, la démocratie constitutionnelle moderne perdrait une grande partie de sa substance.
Les droits existent en partie parce que certaines protections ne doivent pas dépendre entièrement de la popularité d’une personne ou d’un groupe. La liberté d’expression en est un exemple. Les citoyens ne peuvent pas se gouverner véritablement s’ils ne sont pas en mesure d’obtenir des informations, de critiquer les dirigeants ou de débattre ouvertement de la manière dont le pays doit être dirigé.
C’est pourquoi le journalisme est indissociable de la démocratie. Si les citoyens sont véritablement souverains, ils ont besoin d’être informés de ce qui se fait en leur nom. Un public incapable d’exercer un contrôle sur ceux qui détiennent le pouvoir politique risque de rester souverain en droit, tout en étant, dans les faits, exclu d’une grande partie des décisions prises en son nom.
Mais qu’en est-il du développement ?
Au Cameroun, les débats sur la démocratie se heurtent souvent à un autre terme politique : le développement.
Les gouvernements sont fréquemment jugés à l’aune de résultats tangibles. Combien de kilomètres de routes ont été construits ? Quelle quantité d’électricité est produite ? Combien d’écoles et d’hôpitaux ont ouvert leurs portes ? Combien d’emplois ont été créés ? Quel volume d’investissements a été injecté dans l’économie ?
Ces questions sont importantes. Une démocratie où les citoyens jouissent de droits politiques étendus tout en restant prisonniers de l’extrême pauvreté ne peut faire abstraction des conditions matérielles d’existence.
Pourtant, la notion même de développement a évolué. Durant une grande partie du XXe siècle, le progrès national s’évaluait principalement à travers la production économique, la croissance et les revenus. Par la suite, de nouvelles approches ont remis en question l’idée selon laquelle une augmentation de la richesse nationale se traduisait nécessairement par une amélioration du quotidien de la population.
L’approche du développement humain, associée notamment à l’économiste pakistanais Mahbub ul Haq et au prix Nobel Amartya Sen, a déplacé l’attention vers ce que les individus sont réellement capables d’être et de faire. Dans cette optique, le développement consiste à élargir les possibilités offertes aux êtres humains. Si la santé, l’éducation et le niveau de vie matériel comptent, il en va de même pour la liberté, le choix et la capacité de participer aux décisions qui façonnent sa propre vie.
Le premier Rapport sur le développement humain du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), publié en 1990, a clairement établi ce principe. Il soulignait que le développement humain visait à élargir l’éventail des choix offerts aux populations, incluant dans ces choix les libertés politiques, les droits humains et le respect de soi.
Cela modifie la relation entre démocratie et développement. Le développement ne saurait se réduire aux seules infrastructures, aussi nécessaires soient-elles. Un nouveau pont élargit les possibilités humaines ; il en va de même pour une école qui fonctionne, un approvisionnement fiable en électricité ou un hôpital correctement équipé. Toutefois, la capacité d’interpeller un ministre, de publier une enquête, de s’organiser politiquement, de contester le mauvais usage des fonds publics et de choisir entre de véritables alternatives politiques élargit également le champ des possibles pour les citoyens.
Dans cette perspective, la liberté politique n’est pas nécessairement une récompense que les citoyens doivent attendre d’obtenir une fois que leur pays est devenu riche. Elle fait partie intégrante du développement lui-même.
Les plans de développement du Cameroun reconnaissent ce lien. L’ambition « Vision 2035 » vise à faire du pays une nation « émergente, démocratique et unie dans sa diversité ». Le progrès économique et la gouvernance démocratique sont ainsi présentés, du moins en principe, comme des éléments d’un même objectif national.
Le pays fait néanmoins face à des défis considérables en matière de développement. La Banque mondiale a indiqué qu’environ quatre Camerounais sur dix vivent en dessous du seuil de pauvreté national et que la réduction de la pauvreté stagne depuis deux décennies. Elle a également fait état d’une croissance économique nettement inférieure aux objectifs fixés dans la stratégie de développement du pays, tout en citant parmi les contraintes les déficits d’infrastructures, les problèmes de gouvernance, la faiblesse des investissements et les conflits internes.
Ces indicateurs ne permettent pas de déterminer si le régime camerounais est démocratique ou non. Ils complexifient toutefois la question démocratique.
Si la démocratie implique que le pouvoir émane du peuple, les citoyens devraient être en mesure de remettre en question la manière dont les priorités de développement sont définies et les fonds publics dépensés, les raisons pour lesquelles certains projets sont financés et d’autres non, l’identité des bénéficiaires des marchés publics, ainsi que la question de savoir si les échecs persistants finissent par entraîner des conséquences politiques.
Le développement dépend en partie des réalisations des gouvernements. La démocratie, quant à elle, implique également que les citoyens puissent exercer une influence réelle sur les choix des gouvernements en matière de réalisations, sur les modalités de mise en œuvre de ces dernières et sur la désignation des responsables en cas d’échec.
La promesse constitutionnelle du Cameroun
Sur le plan constitutionnel, le Cameroun ne se définit pas comme un régime autoritaire. C’est même tout le contraire. La Constitution qualifie le pays d’État unitaire décentralisé, « démocratique et social » ; par ailleurs, l’article 2 stipule que la souveraineté nationale appartient au peuple camerounais et que les autorités chargées de la gestion de l’État tirent leurs pouvoirs du peuple par la voie du suffrage universel direct ou indirect.
Ces termes ne sont pas anodins. Ils consacrent le citoyen — du moins en théorie constitutionnelle — comme la source de l’autorité politique.
Mais ils établissent également une norme à l’aune de laquelle la pratique politique peut être jugée.
Le Cameroun a tenu sa dernière élection présidentielle le 12 octobre 2025. Le Conseil constitutionnel a proclamé la victoire du président Paul Biya avec 53,66 % des suffrages valides, contre 35,19 % pour son principal rival, Issa Tchiroma Bakary. Les chiffres officiels font état d’un taux de participation de 57,76 %. Paul Biya, président depuis 1982, a ainsi obtenu un nouveau mandat de sept ans.
Le gouvernement a défendu le processus électoral. Dans un communiqué officiel publié après l’annonce des résultats, le ministère de l’Administration territoriale a qualifié le scrutin de globalement équitable et pacifique, tout en rejetant les accusations de l’opposition concernant l’issue du vote.
Issa Tchiroma a contesté les résultats officiels, affirmant être le véritable vainqueur. Des manifestations ont éclaté dans plusieurs régions du pays. Le Secrétaire général des Nations unies a par la suite exprimé sa préoccupation face aux violences post-électorales et aux signalements d’usage excessif de la force ; il a déploré les morts et les blessés parmi les manifestants et les forces de sécurité, et a appelé à l’ouverture d’une enquête approfondie et impartiale.
L’élection a donc tranché la question constitutionnelle et juridique de savoir qui a été officiellement déclaré vainqueur. Elle n’a pas pour autant résolu la question démocratique plus large de la mesure dans laquelle la souveraineté politique appartient réellement au citoyen.
Cette question revêt une importance accrue lorsqu’on l’examine au regard de la structure du pouvoir présidentiel au Cameroun. La limitation du nombre de mandats présidentiels a été supprimée en 2008. La Constitution prévoit désormais un mandat de sept ans et autorise le président à se représenter, sans la restriction antérieure limitant l’exercice du pouvoir à deux mandats.
Paul Biya est au pouvoir depuis novembre 1982. Une génération entière de Camerounais a ainsi passé le cap de l’enfance à l’âge mûr sans jamais connaître d’alternance à la présidence.
La longévité au pouvoir ne prouve pas, à elle seule, l’absence de démocratie. Si les citoyens choisissent à maintes reprises et librement le même dirigeant dans un contexte de réelle concurrence, la continuité politique peut elle-même être démocratique. Le véritable critère est de savoir si une alternance demeure concrètement possible.
Cela implique d’examiner si un dirigeant en place peut réellement perdre une élection, si les partis d’opposition peuvent s’organiser avec suffisamment de liberté pour l’emporter, si les institutions électorales gèrent la compétition de manière impartiale, si les citoyens peuvent critiquer les dirigeants sans crainte, si les journalistes peuvent enquêter sur les hauts responsables et si les tribunaux peuvent statuer en toute indépendance sur des affaires politiquement sensibles. Il s’agit également de déterminer si les manifestations pacifiques sont protégées et si les citoyens disposent d’informations fiables en quantité suffisante pour opérer des choix éclairés.
Plus important encore, le pouvoir démocratique doit continuer d’exister entre les élections. Si un grand nombre de citoyens rejettent une politique, peuvent-ils contraindre les dirigeants politiques à la reconsidérer ? Si une communauté locale s’oppose à une décision imposée par le pouvoir central, quels mécanismes lui permettent de se faire entendre ? Si le parlement, les tribunaux, les médias ou la société civile soulèvent des questions sérieuses concernant l’action de l’exécutif, ces questions sont-elles susceptibles d’avoir des conséquences concrètes ?
Ces interrogations montrent que la démocratie ne se résume pas à la simple tenue de scrutins.
Les évaluations internationales continuent de susciter des inquiétudes concernant le Cameroun sur plusieurs de ces points. Dans son rapport de 2026, Freedom House classe le pays parmi les États « non libres », en raison de restrictions affectant la compétition politique, la liberté d’expression, la société civile et l’État de droit. Reporters sans frontières qualifie également de difficile l’environnement dans lequel évoluent les journalistes au Cameroun et place le pays à un rang peu élevé dans son classement mondial de la liberté de la presse.
Il s’agit d’évaluations externes et non de décisions de justice ; le gouvernement camerounais a, pour sa part, défendu à maintes reprises ses références démocratiques et ses processus électoraux. Toutefois, ces évaluations demeurent pertinentes, car elles mesurent des aspects de la démocratie qui vont bien au-delà de la simple tenue formelle d’élections.
Alors, qui détient réellement le pouvoir ?
Ce raisonnement ramène finalement le Cameroun à la définition la plus ancienne de la démocratie : *demos* et *kratos*, le peuple et le pouvoir.
La question centrale n’est donc pas simplement de savoir si l’État permet aux citoyens de voter. Il s’agit de savoir si les citoyens conservent un pouvoir politique réel une fois l’élection terminée.
Ce pouvoir peut s’éprouver dans la vie quotidienne. Une commerçante de Bamenda devrait disposer de moyens pour contester les décisions publiques affectant ses moyens de subsistance. Un enseignant de Bertoua devrait pouvoir exiger des explications sur les défaillances d’un service public sans avoir besoin de recourir à des parrains politiques. Les habitants de Maroua devraient pouvoir savoir comment sont dépensés les fonds alloués à leur communauté. Un journaliste de Douala devrait pouvoir enquêter sur les agissements d’un ministre sans subir d’ingérence politique. Les habitants de Buea devraient pouvoir débattre de l’avenir constitutionnel de leur pays sans que la violence ne devienne le mode de règlement des désaccords.
Ces mêmes garanties démocratiques doivent s’appliquer indépendamment de l’allégeance politique. Les citoyens qui soutiennent le gouvernement doivent pouvoir s’organiser librement, tout comme ceux qui s’y opposent. Il devient difficile de défendre la démocratie si les droits politiques sont solidement établis pour un groupe mais précaires pour un autre.
C’est ici que l’accent mis par l’ONU sur la démocratie délibérative à l’horizon 2026 revêt une importance particulière pour le Cameroun. La démocratie délibérative postule que la citoyenneté doit impliquer une participation en amont de la finalisation des décisions, plutôt que de limiter l’implication du public au simple choix de représentants tous les quelques années.
Les assemblées citoyennes, les audiences publiques, les réunions de concertation, la gouvernance locale participative et d’autres formes de consultation peuvent donner la parole aux citoyens ordinaires dans l’intervalle entre les élections. Dans un pays dont la Constitution prévoit déjà la décentralisation, cela soulève une question concrète : quelle est l’étendue réelle du pouvoir politique et financier au niveau local, et dans quelle mesure les citoyens peuvent-ils influencer les décisions qui les concernent le plus directement ?
Le vote répond à une question essentielle : qui doit gouverner ? La démocratie délibérative en soulève une autre : comment ceux qui gouvernent peuvent-ils continuer à être à l’écoute du peuple dont ils tirent leur autorité ?
Les philosophes nous mettent en garde de différentes manières
Platon rappelle aux démocraties que l’opinion publique peut être manipulée et que les élections ne garantissent pas nécessairement l’avènement d’un gouvernement compétent. Aristote s’interroge : ceux qui exercent le pouvoir gouvernent-ils dans l’intérêt général ou principalement pour leur propre compte ? Hobbes rappelle aux sociétés qu’un État incapable d’assurer la sécurité et de maintenir l’ordre risque de sombrer dans l’instabilité. Locke insiste sur le fait que la nécessité de l’ordre ne confère pas au gouvernement un droit de propriété illimité sur les citoyens ; en effet, l’autorité légitime repose toujours sur le consentement et la protection des droits.
La démocratie moderne tente de concilier ces idées. Elle exige un État suffisamment fort pour gouverner, mais suffisamment encadré pour demeurer comptable de ses actes. Elle requiert la règle de la majorité tout en protégeant des droits que les majorités ne sauraient supprimer à la légère. Elle a besoin d’élections, tout en reconnaissant que celles-ci perdent une grande partie de leur sens lorsque la concurrence, l’information, la participation et l’obligation de rendre des comptes font défaut.
Avant tout, la démocratie exige que les citoyens détiennent réellement le pouvoir politique, plutôt que de se voir simplement dire, dans le langage constitutionnel, que ce pouvoir leur appartient.
L’Assemblée générale des Nations Unies a instauré la Journée internationale de la démocratie en 2007, définissant la démocratie comme une valeur universelle fondée sur la volonté librement exprimée des peuples de déterminer leurs systèmes politiques, économiques, sociaux et culturels, ainsi que sur leur pleine participation à tous les aspects de la vie. Cette même résolution a reconnu qu’il n’existe pas de modèle unique de démocratie.
Ce point revêt une importance particulière pour le Cameroun. Le pays n’est pas tenu de reproduire le système démocratique britannique, américain, français ou tout autre modèle. Ses institutions peuvent refléter sa propre histoire, ses langues, ses cultures, sa structure politique et ses réalités sociales.
Toutefois, les différences culturelles ne suppriment pas la question centrale inhérente à la démocratie elle-même : où réside, en dernière analyse, le pouvoir ?
Si la souveraineté appartient véritablement au peuple camerounais, comme le stipule l’article 2 de la Constitution, elle doit se traduire par bien plus qu’une simple formule juridique. Elle doit offrir aux citoyens ordinaires des moyens concrets de choisir leurs gouvernants, de contrôler leurs décisions, de s’organiser autour d’alternatives, de critiquer les échecs, de participer aux affaires publiques et, lorsqu’ils le jugent nécessaire, de remplacer pacifiquement ceux qui exercent le pouvoir en leur nom.
C’est pourquoi la question la plus pertinente, en cette Journée internationale de la démocratie, n’est peut-être pas de savoir si le Cameroun peut être qualifié, purement et simplement, de démocratie ou de régime non démocratique. Les systèmes politiques sont trop complexes pour être réduits à une simple étiquette.
La question la plus révélatrice est plutôt de savoir quel pouvoir un Camerounais ordinaire détient réellement sur les décisions qui façonnent sa vie, et si ce pouvoir perdure une fois les urnes fermées.
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CAFI confie 14 milliards FCFA à IDH pour faciliter l’accès au financement des PME et coopératives agricoles camerounaises

(Investir au Cameroun) – IDH, organisation spécialisée dans le développement des chaînes de valeur agricoles, a annoncé le 15 septembre 2026 la mise en place au Cameroun de son « Investment & Payment for Environmental Services Hub ». Ce dispositif est destiné à préparer des entreprises agricoles au financement et à attirer des capitaux privés vers des chaînes de valeur sans déforestation. Le projet bénéficie d’un financement de 24,57 millions de dollars de la Central African Forest Initiative (CAFI), soit près de 14 milliards de FCFA. D’ici 2030, IDH vise parallèlement la mobilisation de 29 millions de dollars supplémentaires, environ 16,5 milliards de FCFA, auprès de financeurs privés, climatiques et liés aux paiements pour services environnementaux.
Le mécanisme cible notamment les PME, grandes coopératives et entreprises agricoles qui éprouvent des difficultés à accéder aux financements. Le dispositif ne constitue pas une garantie destinée à rembourser les banques en cas de défaut d’un emprunteur. Il intervient en amont : assistance technique, préparation des entreprises à l’investissement, apport de capital catalytique remboursable et mise en relation avec des banques, institutions de microfinance, investisseurs et acheteurs.
L’enjeu consiste à réduire certains des risques qui maintiennent une partie des entreprises agricoles entre la microfinance et le crédit bancaire classique. IDH doit notamment travailler sur leurs modèles économiques, leur préparation financière et leurs projets d’investissement avant de les présenter à des financeurs. Les banques et investisseurs conserveront toutefois leur propre appréciation du risque et leur décision de financer ou non chaque entreprise.
Près de 14 milliards de FCFA soumis à un décaissement par étapes
CAFI avait approuvé le projet le 21 janvier 2026 pour un montant exact de 24,573 millions de dollars. Sur cette enveloppe, 24,149 millions de dollars doivent être administrés par IDH, tandis que 425 000 dollars resteront gérés directement par CAFI pour effectuer des paiements ex post aux bénéficiaires des services environnementaux.
Le financement est organisé en trois tranches. La première, de 4,481 millions de dollars, soit environ 2,5 milliards de FCFA, est liée à la signature du document de projet. La deuxième attaint 12,190 millions de dollars, environ 6,9 milliards de FCFA, et doit intervenir au premier trimestre de la deuxième année de mise en œuvre, sous réserve du respect de plusieurs conditions.
IDH devra notamment avoir rendu opérationnels les mécanismes d’assistance technique et de capital d’amorçage, fait valider par un organisme indépendant une méthodologie de vérification des résultats et adapté le système de suivi des paiements pour services environnementaux de CAFI.
Le projet devra également avoir commencé à intéresser le secteur privé. Au moins une entreprise de cacao devra avoir signé un contrat de soutien financier au programme de paiements pour services environnementaux et une autre une lettre d’intention. Au moins quatre investisseurs devront avoir rejoint le réseau d’affaires et d’investissement du Hub et dix entreprises potentielles avoir été évaluées pour accéder au mécanisme de capital d’amorçage.
Jusqu’à 4,5 milliards de FCFA liés aux résultats
La troisième tranche peut atteindre 7,904 millions de dollars, soit environ 4,5 milliards de FCFA. Elle est prévue au deuxième trimestre de la quatrième année de mise en œuvre et dépendra des résultats obtenus pendant les trois premières années.
Avant ce décaissement, les engagements financiers matérialisés par des contrats ou des lettres d’intention avec des entreprises privées devront atteindre au moins 6,701 millions de dollars, soit environ 3,8 milliards de FCFA. Ce seuil correspond au montant demandé à CAFI pour financer le volet consacré aux paiements pour services environnementaux.
Le reste dépendra directement des performances vérifiées. La décision de CAFI prévoit que le montant de la troisième tranche soit calculé notamment à partir du nombre d’unités de résultats validées — par exemple les hectares d’agriculture sans déforestation, d’agroforesterie, de reboisement, de régénération ou de conservation forestière — et du montant attribué à chaque unité. Si la vérification indépendante conclut à une performance « faible », aucun versement de cette troisième tranche à IDH ne sera effectué.
IDH doit encore attirer 16,5 milliards de FCFA
À ces ressources publiques doit s’ajouter un objectif de 29 millions de dollars, environ 16,5 milliards de FCFA, de financements commerciaux privés, climatiques et liés aux paiements pour services environnementaux d’ici 2030. Ce montant constitue un objectif de mobilisation et non des ressources déjà acquises.
Le programme prévoit également l’application de pratiques agricoles vérifiées comme sans déforestation et résilientes au changement climatique sur 9 950 hectares d’ici 2030. Des opérations de boisement, reboisement, régénération naturelle assistée ou protection des forêts doivent couvrir 7 000 hectares supplémentaires.
Le volet consacré aux paiements pour services environnementaux doit commencer dans le Grand Mbam. Agriculteurs et communautés pourront être rémunérés en fonction de résultats environnementaux vérifiés, notamment en matière d’agroforesterie, de reboisement ou de protection des forêts. CAFI et IDH prévoient que les enseignements de cette expérimentation puissent ensuite servir à une éventuelle extension du mécanisme à d’autres zones du Cameroun et du bassin du Congo.
Baudouin Enama
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Sud-Ouest : du matériel militaire en provenance d’un pays voisin saisi à Idenau
Dans la région du Sud-Ouest, la douane a procédé à la saisie d’un important matériel militaire en provenance d’un pays voisin. La saisie a eu […]
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Électricité : l’audit 2023 d’Eneo devenue Socadel confié au groupement béninois Erudit-FCG

(Investir au Cameroun) – Le ministère camerounais de l’Eau et de l’Énergie a confié au groupement béninois Erudit-FCG l’audit des performances techniques d’Eneo pour l’exercice 2023. Attribué le 21 juillet 2026 pour une durée de quatre mois, le marché s’élève à 107,325 millions de FCFA TTC, soit 163 616 euros. Hors TVA, son montant ressort à près de 90 millions de FCFA, ou 137 204 euros, selon la décision d’attribution publiée par l’Agence de régulation des marchés publics (ARMP).
L’avis publié le 12 septembre par la Banque mondiale confirme l’attribution à Erudit SARL et Fiducia Group SARL. Il mentionne un prix final d’évaluation de 107,324910 millions de FCFA et un « prix du contrat signé » de 137 204 euros. La décision camerounaise permet de rapprocher ces deux montants : le premier correspond au prix TTC, tandis que le second représente le montant hors TVA.
La mission concerne toutefois une entreprise dont le statut a changé depuis la période auditée. Par décret du 4 mai 2026, l’État a transformé Eneo Cameroon en société à capital public, dont il est l’actionnaire unique, et l’a rebaptisée Société camerounaise d’électricité (Socadel). La convention de concession d’Eneo a été transférée à la nouvelle entreprise, avec ses droits, actifs, équipements et installations techniques.
L’audit portera donc exclusivement sur les performances enregistrées en 2023 par l’ancien concessionnaire. Il ne constitue pas une évaluation des résultats de Socadel depuis sa création en mai 2026.
Production, distribution et commercialisation examinées
Les termes de référence couvrent les trois principaux segments alors exploités par Eneo : la production, la distribution et la commercialisation de l’électricité. Le consultant devra confronter les performances de l’entreprise aux indicateurs et trajectoires fixés par le contrat de concession, examiner les processus opérationnels, analyser les données de performance et évaluer les technologies utilisées.
La mission comprend également des visites de terrain, des séances de travail et des ateliers de validation avec le régulateur. Erudit-FCG devra surtout mettre au point une méthodologie que l’Agence de régulation du secteur de l’électricité (Arsel) pourra réutiliser pour de futurs audits. Le groupement devra aussi former les équipes de l’Arsel et du ministère de l’Eau et de l’Énergie aux techniques d’audit et d’évaluation des performances.
Le contrat prévoit un rapport de cadrage, des rapports d’étape, un rapport de formation et un rapport final d’audit. La prestation doit durer quatre mois à compter de la signature du contrat et de la notification de l’ordre de service. La date de cet ordre de service n’apparaît pas dans les documents consultés.
La procédure de sélection s’est étalée sur près de deux ans. L’appel à manifestation d’intérêt a été lancé le 20 septembre 2024. Une liste restreinte a été arrêtée en février 2025, avant l’envoi de la demande de propositions le 11 avril 2025 puis l’attribution du marché le 21 juillet 2026. Un peu plus de 22 mois séparent ainsi le lancement de la procédure de la décision d’attribution.
Une offre financière inférieure à celles de Mazars-Genex et MRC-Seureca
Erudit-FCG a obtenu 96,69 points pour son offre technique, 100 points pour l’offre financière et une note combinée de 97,35 points. Son prix final d’évaluation, de 107,325 millions de FCFA, est inférieur à celui du groupement Forvis Mazars Cameroun-Genex Consult, évalué à 116,872 millions de FCFA, ainsi qu’à celui de MRC Consultants and Transaction Advisers-Seureca, à 154,150 millions de FCFA.
Le plan de passation des marchés du Programme de réformes du secteur de l’électricité avait initialement estimé le coût de cet audit à 244 300 dollars. La mission est financée sur le crédit IDA 73940 accordé au Cameroun.
Approuvé par la Banque mondiale le 3 août 2023, ce programme vise notamment à améliorer la performance financière et la transparence du secteur électrique ainsi que l’accès à l’électricité. À fin décembre 2025, 54,38 millions de dollars avaient été décaissés sur une enveloppe révisée de 325,26 millions, soit 16,72 % du total. La Banque mondiale jugeait alors les progrès vers l’objectif du programme et son exécution « modérément satisfaisants », avec un niveau de risque global classé « substantiel ».
L’audit d’Eneo intervient sur l’un des volets encore en retard. Au 15 décembre 2025, la Banque mondiale relevait toujours l’absence d’audits réglementaires systématiques des performances d’Eneo et de la Société nationale de transport de l’électricité (Sonatrel). Le programme prévoit qu’à l’horizon décembre 2027, l’Arsel publie des rapports d’audit technique sur les performances des deux opérateurs. Cet indicateur était alors classé « off-track ».
La mission confiée à Erudit-FCG doit fournir une base documentée pour apprécier le respect, en 2023, des obligations techniques de l’ex-Eneo. Son périmètre reste cependant rétrospectif : les termes de référence examinés ne couvrent ni les exercices postérieurs à 2023 ni les performances de Socadel depuis sa transformation en entreprise publique en mai 2026.
Baudouin Enama
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