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Cameroun : sortir de l’économie de rente, un chantier plus urgent que jamais !

Par Louis Marie Kakdeu
Le Cameroun n’a jamais manqué d’ingénieurs agronomes capables de penser une filière cacao intégrée, d’économistes capables de bâtir un fonds souverain transparent, ni de techniciens capables de faire tourner une raffinerie ou une usine de transformation du bois. Le pays forme, chaque année, des milliers de diplômés dans ses universités et ses grandes écoles. Le diagnostic du mal camerounais n’est donc pas un déficit de compétence.
Il est ailleurs : dans la manière dont une poignée de gestionnaires de la fortune publique a transformé les circuits de la rente (pétrolière, forestière, douanière, contractuelle) en instrument d’enrichissement privé, au détriment de l’intérêt collectif. C’est de ce modèle de rente qu’il faut sauver l’économie camerounaise.
Une élite qui n’a pas intérêt à ce que le pays change de modèle
Le raisonnement est simple, presque mécanique. Une économie de rente repose sur des flux financiers concentrés, faciles à identifier et faciles à capter : la redevance versée par la Société nationale des hydrocarbures, les droits de sortie sur le bois brut, les marchés publics d’infrastructure financés par la dette, les exonérations douanières accordées à quelques opérateurs privilégiés, les licences d’importation, etc.
Chacun de ces flux constitue un point de passage étroit, où un petit nombre de décideurs peut prélever une commission, négocier une rétro-commission, ou orienter un contrat vers une entreprise apparentée.
Ce mécanisme a un nom dans la littérature en science politique : la capture de l’État. Il ne s’agit pas seulement de corruption ponctuelle, mais d’un système où les institutions censées arbitrer entre intérêt général et intérêts particuliers (administrations fiscales, régies financières, justice, marchés publics) sont elles-mêmes mises au service d’un premier cercle restreint. Ce n’est pas un accident de gouvernance : c’est la logique même d’un système où la rente prime sur la production.
Et c’est précisément cette logique qui explique pourquoi la diversification économique tant promise reste, décennie après décennie, un objectif toujours annoncé et rarement atteint. Transformer le cacao localement, industrialiser la filière bois, bâtir une agro-industrie compétitive : tout cela suppose des règles stables, une fiscalité prévisible, une justice qui protège les investisseurs contre l’arbitraire, et une administration qui sert l’intérêt général plutôt que des intérêts privés.
Or, c’est exactement ce que la capture de l’État empêche de construire, parce qu’un cadre institutionnel fort et transparent réduirait mécaniquement la capacité de ce premier cercle à continuer de prélever sa dîme sur les circuits de la rente. Il n’y a donc pas d’ignorance des solutions : il y a une préférence structurelle, chez ceux qui contrôlent les leviers de l’État, pour un statu quo qui les enrichit.
Une autocratie qui met en péril l’intérêt collectif
Ce système de captation ne pourrait pas fonctionner longtemps dans un cadre institutionnel équilibré, où le pouvoir exécutif serait effectivement contrôlé par un parlement indépendant, une justice autonome et une presse libre d’enquêter.
C’est là que la dimension politique rejoint la dimension économique : la concentration du pouvoir entre les mains d’un cercle restreint, au sommet de l’État camerounais depuis plusieurs décennies, a affaibli les contre-pouvoirs qui, ailleurs, limitent l’appropriation privée des ressources publiques. Moins les institutions de contrôle sont indépendantes, plus il devient facile, pour ceux qui tiennent les leviers de décision, de transformer une rente publique en fortune privée sans en répondre devant qui que ce soit.
Les conséquences de cette autocratie de fait dépassent largement la seule question budgétaire. Quand les recettes pétrolières reculent comme au premier trimestre 2025, où elles ont chuté de plus de 12 %, c’est le Trésor public qui encaisse le manque à gagner, pas les réseaux qui ont capté leur part durant les années fastes. Quand le déficit commercial se creuse parce que 85 % des exportations restent des matières premières non transformées, c’est l’ensemble de la population qui subit la facture des importations, pas les quelques opérateurs qui profitent des marchés de transformation confiés à l’étranger. Quand le service de la dette absorbe une part croissante du budget, ce sont les générations futures qui hériteront de projets d’infrastructure surfacturés ou mal exécutés, pas les décideurs qui ont validé les contrats.
L’intérêt collectif (un système éducatif à la hauteur de la jeunesse camerounaise, une industrie capable d’absorber les millions de jeunes qui arrivent chaque année sur le marché du travail, des infrastructures financées sans détournement) est structurellement sacrifié à l’intérêt d’un petit nombre. C’est la définition même d’une « autocratie de la rente » : un régime où le pouvoir politique ne se maintient pas grâce à sa capacité à servir la population, mais grâce à sa capacité à contrôler et redistribuer, en cercle fermé, les flux financiers issus des ressources nationales.
Des solutions existent
Face à ce constat, les solutions techniques existent déjà, largement documentées : transparence totale des recettes extractives et publication des contrats miniers et forestiers, autonomie réelle des juridictions financières et de la Chambre des comptes, protection des lanceurs d’alerte et des journalistes d’investigation, séparation stricte entre décideurs publics et bénéficiaires de marchés publics, plafonnement et contrôle indépendant des comptes logés à l’étranger. Aucune de ces mesures n’exige une expertise que le Cameroun ne posséderait pas.
Ce qu’elles exigent, en revanche, c’est une volonté politique de démanteler les mécanismes de captation, une volonté qui ne peut pas venir spontanément de ceux qui bénéficient aujourd’hui du système. C’est pourquoi la question camerounaise n’est plus seulement économique : elle est d’abord institutionnelle et politique.
Sans un rééquilibrage réel du pouvoir (contrôle parlementaire effectif, justice indépendante, presse libre, alternance politique crédible), aucune réforme de diversification économique ne pourra durablement prospérer, car elle continuera de se heurter aux intérêts de ceux qui profitent, précisément, du modèle qu’elle prétend réformer.
Le Cameroun n’a pas besoin qu’on lui apprenne à transformer son cacao ou à gérer un fonds souverain. Il a besoin que la rente cesse d’appartenir à quelques-uns pour redevenir, enfin, un bien commun.
Louis Marie Kakdeu, MPA, PhD & HDR
Deuxième Vice-Président National SDF
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Cameroon Business Forum : le gouvernement promet des réformes, le patronat réclame des actes

Après six ans d’interruption, le Cameroon Business Forum, plateforme de dialogue entre les pouvoirs publics et le secteur privé, s’est réuni à Douala les 22 et 23 octobre 2026, sous la présidence du Premier ministre. Face au patronat conduit par son président, Célestin Tawamba, Joseph Dion Ngute et les membres du gouvernement présents ont pris connaissance des préoccupations des milieux d’affaires et convenu d’un ensemble de réformes destinées à stimuler le secteur privé et à renforcer la compétitivité des PME camerounaises.
Après six années d’interruption, le Cameroon Business Forum (CBF), plateforme de dialogue entre les pouvoirs publics et le secteur privé, a repris ses activités les 22 et 23 octobre 2026 à Douala. Placée sous la présidence du Premier ministre Joseph Dion Ngute, cette 12e session a réuni près de 300 participants, parmi lesquels des membres du gouvernement, des représentants du patronat, des chambres consulaires et des partenaires techniques et financiers. Les travaux se sont déroulés autour du thème « ZLECAf et transformation productive : quelles réformes pour faire du Cameroun un pôle industriel et commercial majeur en Afrique ? ».
L’objectif affiché était de définir les réformes susceptibles de renforcer la compétitivité des entreprises camerounaises et de leur permettre de tirer profit du marché continental africain. Mais les échanges ont rapidement mis en évidence les préoccupations immédiates des opérateurs économiques, confrontés à la dégradation des infrastructures, aux difficultés d’accès au financement, aux contraintes fiscales et aux lenteurs administratives. À l’ouverture des travaux, Joseph Dion Ngute a réaffirmé la volonté du gouvernement d’améliorer l’environnement des affaires et d’accélérer la transformation productive de l’économie.
Le Premier ministre a notamment insisté sur la nécessité de développer la transformation locale des matières premières, de promouvoir l’import-substitution et de valoriser les opportunités offertes par la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). Il a également mis en avant la position géographique du Cameroun et ses infrastructures portuaires, susceptibles de soutenir son ambition de devenir un pôle industriel et commercial régional.
LE PATRONAT DRESSE UN RÉQUISITOIRE
Face au gouvernement, le président du Groupement des entreprises du Cameroun (GECAM), Célestin Tawamba, a dressé un tableau préoccupant du climat des affaires. Son intervention a notamment porté sur la dégradation du réseau routier, les délestages électriques, la pression fiscale, les difficultés d’accès au crédit, les retards de paiement de l’État et l’insécurité juridique et foncière. Pour illustrer les difficultés logistiques, le président du patronat a évoqué des trajets pouvant atteindre six à huit heures entre Douala et Yaoundé, et huit à dix heures entre Douala et Bafoussam.
Des délais qui renchérissent les coûts de transport et pénalisent la compétitivité des entreprises. Sur le plan énergétique, il a indiqué que 65 % des entreprises recourent à des groupes électrogènes pour faire face aux insuffisances de l’approvisionnement électrique, tandis que les coupures représenteraient un coût économique équivalant à 2 à 4 % du produit intérieur brut. La fiscalité a également occupé une place importante dans son intervention. Célestin Tawamba a notamment relevé le décalage entre l’objectif d’augmentation des recettes fiscales de 12,5 % en 2026 et une croissance économique attendue autour de 3,5 %.
Une situation qui, selon le patronat, accentue la pression sur les entreprises formelles. Mais au-delà du diagnostic, le président du GECAM a surtout insisté sur la nécessité de rompre avec les précédentes éditions du forum, dont de nombreuses recommandations seraient restées sans suite. Il a demandé que les engagements retenus soient limités en nombre, assortis de responsables clairement identifiés, d’échéances et d’indicateurs mesurables. Le patronat souhaite également qu’un bilan public soit présenté dans un délai de six mois. Deux autres revendications ont été formulées : une loi de finances 2027 accordant une progression plus importante aux dépenses d’investissement qu’aux dépenses de fonctionnement, ainsi qu’un calendrier public d’apurement des arriérés de l’État, accompagné du remboursement des crédits de TVA dans les délais légaux.
SIX ATELIERS POUR IDENTIFIER LES RÉFORMES
Les travaux techniques ont été organisés autour de six ateliers consacrés au patriotisme économique et au Made in Cameroon, à la facilitation des échanges, au financement du commerce et de l’industrialisation, à la logistique et à l’énergie, à l’innovation et aux start-up, ainsi qu’à la réforme du dispositif de dialogue public-privé. Ces discussions ont permis aux administrations, aux organisations patronales et aux partenaires au développement d’examiner les contraintes qui limitent la capacité des entreprises camerounaises à produire, à investir et à exporter. Le financement des PME a particulièrement retenu l’attention.
Lors d’un atelier consacré aux jeunes et aux femmes entrepreneurs, le ministre des Finances, Louis Paul Motaze, a évoqué une ligne de crédit de 200 milliards de FCFA mise en place environ trois ans auparavant. Il a souligné la nécessité pour les promoteurs de présenter des projets bancables et rappelé l’importance des mécanismes de garantie publique pour faciliter l’accès au crédit des entrepreneurs ne disposant pas de garanties suffisantes. Le ministre des Petites et Moyennes Entreprises, Achille Bassilekin III, a également participé aux échanges consacrés à l’innovation, à l’incubation et à l’accompagnement des entreprises.
Parmi les pistes examinées figuraient la création de guichets uniques pour les start-up, l’amélioration des dispositifs de financement et le renforcement de l’encadrement des jeunes entrepreneurs. Le président de la Chambre de commerce, d’industrie, des mines et de l’artisanat, Christophe Eken, a pour sa part défendu six priorités, notamment la promotion du Made in Cameroon, la réduction du coût des intrants, l’accès aux financements productifs de long terme, la sécurité juridique, l’opérationnalisation de la ZLECAf et la consolidation du dialogue entre l’État et les entreprises. Les partenaires internationaux ont également apporté leur contribution.
La Commission économique des Nations unies pour l’Afrique a présenté les perspectives du commerce intra-africain et les opportunités de développement industriel du Cameroun. La Société financière internationale a, de son côté, exposé les exigences du dispositif Business Ready, qui évalue notamment la qualité de la réglementation, des services publics et des conditions opérationnelles des entreprises.
QUATRE RECOMMANDATIONS ET UNE PROMESSE DE SUIVI
À l’issue des deux journées de travaux, quatre grandes recommandations ont été annoncées. Elles portent sur la fluidification des procédures administratives, l’accélération des projets d’infrastructures énergétiques et routières, l’amélioration de l’accès des PME au financement et le renforcement de la compétitivité des entreprises camerounaises. Le gouvernement a également annoncé la mise en place d’une matrice de suivi précisant les administrations responsables, les échéances et les indicateurs de réalisation des réformes retenues.
À la clôture, Joseph Dion Ngute a réaffirmé la volonté des pouvoirs publics de traduire les conclusions du forum en actions concrètes, ministère par ministère. Toutefois, les recommandations générales rendues publiques ne permettent pas encore d’établir le sort réservé à plusieurs revendications précises du patronat, notamment le calendrier d’apurement de la dette intérieure, le remboursement des crédits de TVA, la réorientation des dépenses publiques vers l’investissement ou encore la sécurisation foncière et judiciaire.
Les documents de synthèse consultés par Défis Actuels ne permettent pas davantage de déterminer si ces préoccupations ont été intégrées dans la matrice détaillée annoncée à la clôture. La question de l’application effective des recommandations demeure donc entière. D’autant que la longue interruption du Cameroon Business Forum et le bilan contesté des engagements précédents ont alimenté les interrogations des opérateurs économiques sur l’efficacité de ce cadre de concertation. Pour le gouvernement, l’enjeu consiste désormais à démontrer que les réformes annoncées peuvent produire des résultats tangibles sur les coûts de production, l’accès au financement, la qualité des infrastructures et les délais administratifs.
Pour les entreprises, il s’agit de disposer d’un environnement permettant d’investir et de rivaliser avec les producteurs des autres pays africains. Au terme de cette 12e session, le dialogue institutionnel a donc repris, mais sa crédibilité dépendra de la mise en œuvre des engagements annoncés. Comme le montrent les conclusions examinées par Défis Actuels, la prochaine étape sera moins celle de nouvelles concertations que celle de la publication d’un calendrier précis et de résultats vérifiables.
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Le Cameroon Business Forum promet des réformes, mais l’investissement privé au pays demeure une loterie

La 12ème édition du Cameroon Business Forum s’est tenue les 22 et 23 octobre 2026 à Douala, sous la présidence du Premier ministre Joseph Dion Ngute. Le patronat avait quitté la table depuis 2021, dénonçant des promesses non tenues et un faible taux d’exécution des recommandations.
Autour du thème « ZLECAf et transformation productive », environ 300 participants ont travaillé sur le climat des affaires, la compétitivité et le commerce intra-africain. Quatre résolutions en sortent : patriotisme économique et industrialisation, facilitation des échanges transfrontaliers, financement de l’économie et de l’innovation, restructuration et suivi du forum lui-même.
Les participants ont aussi réclamé des engagements assortis d’échéances et d’indicateurs de résultats. Je ne veux pas discuter de ces résolutions qui me semblent élitistes ; je ne comprends pas comment la préoccupation des gens peut tourner vers la ZLECAf dans un pays déficitaire où les entreprises ne produisent pas encore suffisamment pour exporter. Je veux plutôt m’intéresser à un seul aspect des préoccupations élémentaires de l’investissement privé dans leur quotidien au Cameroun.
Une enquête présentée sur place donne le ton : 63,5 % des entreprises citent le poids de la fiscalité, 45 % le coût de l’énergie, 33,5 % les difficultés de recouvrement. Le droit de propriété n’apparaît, dans les comptes rendus consultés, qu’au détour d’une liste de suggestions, avec l’accès facile à la terre et une justice équitable.
Les dossiers récents montrent pourtant l’ampleur du problème. Disons-le de façon formelle : il n’y a pas de promotion de l’investissement privé, et donc de la création locale des richesses, sans garantie de la propriété privé et sans attribution des mesures incitatives. C’est ce qui m’intéresse dans cette chronique.
Djeuga Palace : l’affaire qui résume tout
Dans l’actualité, l’Etat du Cameroun montre ses muscles et toute sa puissance contre un investisseur privé que l’on accuserait d’être véreux. Je n’entre pas dans ce dossier. Je regarde les choses du point de vue de la promotion de l’investissement privé au Cameroun et je me dis : quel énième gâchis ! Quelle image le Cameroun renvoie-t-il aux investisseurs privés ? Un immeuble de onze niveaux a été construit au giratoire Joss, à Douala, sur un terrain de l’Etat.
Question : Où était l’Etat pendant toutes les phases de ce projet ? Qui paie l’addition ? Que dit la justice ? Quel juge a-t-il tranché la fraude ? Quel que soit le cas, le message aux investisseurs ne dépend pas de l’issue du procès : l’État a vendu, encaissé et laissé construire un immeuble de 11 niveaux pendant 10 ans avant de contester son propre acte. C’est une faute de gestion.
Quel autre investisseur viendra jouer la loterie au Cameroun dans un cadre administratif et judiciaire aussi instable et incertain ? Dans les pays qui attirent le plus les investisseurs privés, la propriété privée est sacrée. Et en cas de fraude, toutes les parties s’en remettent à la justice. Pire, quel investisseur sérieux viendra dans un pays où les membres du gouvernement disent n’être pas tenus par les décisions de justice ?
En 2026, un décret ou un arrêté est supérieur à la loi : c’est une dérive ! L’on note la multiplication des dérives politico-judiciaires et administratives qui plombent les espoirs de la réussite de toute promotion de l’investissement privé au Cameroun : Du Port Autonome de Douala aux aéroports du Cameroun en passant par les litiges fonciers dans nos quartiers, l’on observe que le droit de propriété n’est pas garanti, ce qui est largement défavorable à l’investissement privé.
La Cour suprême s’alarme
Cette situation est dénoncée au plus haut niveau judiciaire. À la rentrée solennelle de février 2026, la Cour suprême a décrit des titres retirés puis rétablis, jusqu’à quatre fois pour certains. Elle a aussi mis en doute le pouvoir de l’administration de constater la nullité de ses propres actes, relevé la cohabitation d’arrêtés authentiques et contrefaits, et signalé plusieurs titres sur une même parcelle du domaine de l’État. En 2022 déjà, la Chambre judiciaire parlait d’une banalisation injustifiée du titre foncier, qui expose l’acheteur de bonne foi.
Gagner en justice ne suffit pas non plus. En 2021, la Cour suprême relevait que l’exécution des décisions, y compris les siennes, se heurte aux lettres circulaires des ministres qui exigent leurs accords préalables. Du jamais vu ! Par exemple, Me Benjamin Matip, victorieux le 24 octobre 2012, attendait encore l’exécution de la décision de justice après la notification ; il affirmait qu’un projet de 10 000 logements sociaux, adossé à 226 milliards de FCFA de financement, était ainsi bloqué. À Soa, les titres de Dieudonné Atangana, réhabilités par une décision irrévocable, avaient été annulés de nouveau.
La situation est dramatique. Le ministère agit par lots : 90 titres retirés dans le Nkam en 2023, 127 déclarés nuls le 10 juillet 2023 dans la zone du projet de fer de Lobé, près de 163 dans l’affaire MAGZI. Je ne parle là que des cas documentés et médiatisés. Certaines mesures répondent à de vraies fraudes, mais Greenpeace rappelait qu’elles ne vaudraient que suivies de sanctions contre fraudeurs et agents complices.
Je répète : la propriété privée doit être sacrée si le Cameroun veut promouvoir les investissements privés. Le ministère présente lui-même le titre comme « intangible, inattaquable et définitif » mais, malheureusement, ce n’est pas la seule décision contradictoire de la justice qui en constate la nullité.
Le Cameroun détruit ses propres citoyens talentueux
Question : le gouvernement camerounais n’a-t-il pas toujours intégré qu’il peut donner gratuitement le terrain aux investisseurs privés pour créer localement la richesse ? Cela fait partie de ce que l’on appelle sous d’autres cieux, « mesures incitatives ». Comment veulent-ils emmener les gens à investir dans notre pays lorsqu’ils ne leur donnent rien ?
L’affaire Djeuga Palace fait jaser à l’étranger : L’Etat est-il incapable de donner un hectare de terrain pour la construction d’une infrastructure hotellière et touristique de classe internationale ? Il semble que l’homme d’affaires incriminé ne soit pas sérieux : regardons-nous dans les yeux et répondons objectivement à la question de savoir quel homme d’affaires au monde est sérieux !
Pourquoi sommes-nous toujours aussi durs envers les nôtres ? Ceux que nous allons chercher à l’étranger sont-ils sérieux ? Je crois que le problème est systémique : le système camerounais est fait pour compliquer la vie à ses citoyens. Prenons même l’exemple du système d’évaluation à l’école : le Cameroun bloque ses propres enfants.
Je retiens donc que même le patronat réclame visibilité et sécurité juridique. La numérisation du titre foncier, promise en 2011, reste une promesse pompeuse du gouvernement. Le forum de Douala a posé des principes, des engagements datés et mesurables.
Reste à y inscrire le foncier : titres, exécution des décisions de justice, cadastre. Sans cela, les appels à l’investissement privé auront peu d’effet, car un titre obtenu régulièrement peut toujours être contesté des années plus tard.
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Louis Marie Kakdeu, MPA, PhD & HDR
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La 12ème édition du Cameroon Business Forum s’est tenue les 22 et 23 octobre 2026 à Douala, sous la présidence du Premier ministre Joseph Dion Ngute. Le patronat avait quitté la table depuis 2021, dénonçant des promesses non tenues et un faible taux d’exécution des recommandations.
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Les participants ont aussi réclamé des engagements assortis d’échéances et d’indicateurs de résultats. Je ne veux pas discuter de ces résolutions qui me semblent élitistes ; je ne comprends pas comment la préoccupation des gens peut tourner vers la ZLECAf dans un pays déficitaire où les entreprises ne produisent pas encore suffisamment pour exporter. Je veux plutôt m’intéresser à un seul aspect des préoccupations élémentaires de l’investissement privé dans leur quotidien au Cameroun.
Une enquête présentée sur place donne le ton : 63,5 % des entreprises citent le poids de la fiscalité, 45 % le coût de l’énergie, 33,5 % les difficultés de recouvrement. Le droit de propriété n’apparaît, dans les comptes rendus consultés, qu’au détour d’une liste de suggestions, avec l’accès facile à la terre et une justice équitable.
Les dossiers récents montrent pourtant l’ampleur du problème. Disons-le de façon formelle : il n’y a pas de promotion de l’investissement privé, et donc de la création locale des richesses, sans garantie de la propriété privé et sans attribution des mesures incitatives. C’est ce qui m’intéresse dans cette chronique.
Djeuga Palace : l’affaire qui résume tout
Dans l’actualité, l’Etat du Cameroun montre ses muscles et toute sa puissance contre un investisseur privé que l’on accuserait d’être véreux. Je n’entre pas dans ce dossier. Je regarde les choses du point de vue de la promotion de l’investissement privé au Cameroun et je me dis : quel énième gâchis !
Quelle image le Cameroun renvoie-t-il aux investisseurs privés ? Un immeuble de onze niveaux a été construit au giratoire Joss, à Douala, sur un terrain de l’Etat. Question : Où était l’Etat pendant toutes les phases de ce projet ? Qui paie l’addition ? Que dit la justice ? Quel juge a-t-il tranché la fraude ? Quel que soit le cas, le message aux investisseurs ne dépend pas de l’issue du procès : l’État a vendu, encaissé et laissé construire un immeuble de 11 niveaux pendant 10 ans avant de contester son propre acte.
C’est une faute de gestion. Quel autre investisseur viendra jouer la loterie au Cameroun dans un cadre administratif et judiciaire aussi instable et incertain ? Dans les pays qui attirent le plus les investisseurs privés, la propriété privée est sacrée. Et en cas de fraude, toutes les parties s’en remettent à la justice.
Pire, quel investisseur sérieux viendra dans un pays où les membres du gouvernement disent n’être pas tenus par les décisions de justice ? En 2026, un décret ou un arrêté est supérieur à la loi : c’est une dérive ! L’on note la multiplication des dérives politico-judiciaires et administratives qui plombent les espoirs de la réussite de toute promotion de l’investissement privé au Cameroun : Du Port Autonome de Douala aux aéroports du Cameroun en passant par les litiges fonciers dans nos quartiers, l’on observe que le droit de propriété n’est pas garanti, ce qui est largement défavorable à l’investissement privé.
La Cour suprême s’alarme
Cette situation est dénoncée au plus haut niveau judiciaire. À la rentrée solennelle de février 2026, la Cour suprême a décrit des titres retirés puis rétablis, jusqu’à quatre fois pour certains. Elle a aussi mis en doute le pouvoir de l’administration de constater la nullité de ses propres actes, relevé la cohabitation d’arrêtés authentiques et contrefaits, et signalé plusieurs titres sur une même parcelle du domaine de l’État. En 2022 déjà, la Chambre judiciaire parlait d’une banalisation injustifiée du titre foncier, qui expose l’acheteur de bonne foi.
Gagner en justice ne suffit pas non plus. En 2021, la Cour suprême relevait que l’exécution des décisions, y compris les siennes, se heurte aux lettres circulaires des ministres qui exigent leurs accords préalables.
Du jamais vu ! Par exemple, Me Benjamin Matip, victorieux le 24 octobre 2012, attendait encore l’exécution de la décision de justice après la notification ; il affirmait qu’un projet de 10 000 logements sociaux, adossé à 226 milliards de FCFA de financement, était ainsi bloqué. À Soa, les titres de Dieudonné Atangana, réhabilités par une décision irrévocable, avaient été annulés de nouveau.
La situation est dramatique. Le ministère agit par lots : 90 titres retirés dans le Nkam en 2023, 127 déclarés nuls le 10 juillet 2023 dans la zone du projet de fer de Lobé, près de 163 dans l’affaire MAGZI. Je ne parle là que des cas documentés et médiatisés. Certaines mesures répondent à de vraies fraudes, mais Greenpeace rappelait qu’elles ne vaudraient que suivies de sanctions contre fraudeurs et agents complices.
Je répète : la propriété privée doit être sacrée si le Cameroun veut promouvoir les investissements privés. Le ministère présente lui-même le titre comme « intangible, inattaquable et définitif » mais, malheureusement, ce n’est pas la seule décision contradictoire de la justice qui en constate la nullité.
Le Cameroun détruit ses propres citoyens talentueux
Question : le gouvernement camerounais n’a-t-il pas toujours intégré qu’il peut donner gratuitement le terrain aux investisseurs privés pour créer localement la richesse ? Cela fait partie de ce que l’on appelle sous d’autres cieux, « mesures incitatives ». Comment veulent-ils emmener les gens à investir dans notre pays lorsqu’ils ne leur donnent rien ? L’affaire Djeuga Palace fait jaser à l’étranger : L’Etat est-il incapable de donner un hectare de terrain pour la construction d’une infrastructure hotellière et touristique de classe internationale ?
Il semble que l’homme d’affaires incriminé ne soit pas sérieux : regardons-nous dans les yeux et répondons objectivement à la question de savoir quel homme d’affaires au monde est sérieux ! Pourquoi sommes-nous toujours aussi durs envers les nôtres ? Ceux que nous allons chercher à l’étranger sont-ils sérieux ? Je crois que le problème est systémique : le système camerounais est fait pour compliquer la vie à ses citoyens. Prenons même l’exemple du système d’évaluation à l’école : le Cameroun bloque ses propres enfants.
Je retiens donc que même le patronat réclame visibilité et sécurité juridique. La numérisation du titre foncier, promise en 2011, reste une promesse pompeuse du gouvernement. Le forum de Douala a posé des principes, des engagements datés et mesurables. Reste à y inscrire le foncier : titres, exécution des décisions de justice, cadastre. Sans cela, les appels à l’investissement privé auront peu d’effet, car un titre obtenu régulièrement peut toujours être contesté des années plus tard.
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