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l’instinct de survie d’un parti sans pouvoir – Analyse

Pendant quatre décennies, le RDPC n’a pas gouverné. Il a accompagné. Il n’a pas décidé. Il a amplifié. Il n’a pas anticipé. Il a suivi. Chaque réforme venait d’ailleurs. Chaque élection était annoncée par la présidence. Chaque orientation politique descendait du sommet vers les délégations régionales et départementales, qui la relayaient sans la discuter. Le RDPC était la courroie de transmission d’un homme — pas l’instrument collectif d’un projet.
Et soudain, cet homme est à Genève depuis six semaines. Silencieux. Affaibli. Sans date de retour connue. Et le RDPC se retrouve face à la question pour laquelle il n’a jamais été conçu : que fait-on quand le chef ne donne plus d’instructions ?
Ce communiqué publié le 14 juillet 2026 par Jean Nkuete, secrétaire général du Comité Central, est la réponse instinctive à cette question. Pas une réponse pensée. Pas une stratégie élaborée. Un réflexe. L’instinct de survie d’un parti qui vient de comprendre qu’il peut disparaître avec son président si personne ne fait rien.
La bascule historique : d’un parti qui suit à un parti qui doit anticiper
Dans toute l’histoire du RDPC, il n’existe pas un seul exemple documenté d’anticipation politique autonome. Le parti n’a jamais su quand les élections seraient organisées avant que la présidence ne les annonce. Il n’a jamais produit une proposition de réforme qui ait ensuite été adoptée. Il n’a jamais pris position publiquement avant que le chef ne se soit exprimé. Sa loyauté était totale — et cette totalité était précisément sa valeur pour Biya. Un parti qui ne pense pas par lui-même ne peut pas comploter contre son chef.
Cette architecture de dépendance totale était une force dans un régime stable. Elle est devenue une faiblesse existentielle dans un régime en transition.
Car anticiper, c’est exactement ce que le RDPC doit faire maintenant — pour la première fois de son histoire. Il doit anticiper le retour du président ou son absence. Il doit anticiper la nomination d’un vice-président ou son report. Il doit anticiper les manœuvres des clans qui se disputent la succession. Il doit anticiper la désintégration possible de ses propres réseaux territoriaux.
Un parti qui n’a jamais anticipé doit soudain anticiper tout. C’est une bascule historique pour laquelle ses cadres ne sont pas formés, ses structures ne sont pas conçues, et sa culture politique ne fournit aucun précédent utile.
La psychologie du parti : la peur d’être rendu orphelin
Pour comprendre ce communiqué dans sa dimension la plus humaine, il faut entrer dans la psychologie collective d’un parti-outil qui découvre sa propre vulnérabilité.
Les cadres du RDPC — délégués régionaux, chefs de délégations départementales, chargés de mission — ont construit leurs carrières, leurs réseaux, leurs positions sociales et leurs revenus autour d’une seule certitude : Biya est là, le parti existe, les avantages sont distribués. Cette certitude structurait leur monde depuis des décennies. Elle leur donnait une identité, une utilité, une place dans le système.
Cette certitude est en train de vaciller. Et avec elle, c’est leur propre existence dans le système qui tremble.
Ce qu’ils ressentent en ce moment n’est pas seulement de l’inquiétude politique. C’est quelque chose qui ressemble à la panique d’un corps dont le chef a disparu sans désigner qui le remplace. Ils ne savent pas à qui obéir. Ils ne savent pas quel clan soutenir sans se tromper. Ils ne savent pas si leur loyauté passée au système Biya sera un atout ou un handicap dans l’après.
Ce communiqué leur dit : rassemblez-vous. Maintenez la ligne. Ne bougez pas sans instruction. C’est un message de stabilisation psychologique autant que politique. Jean Nkuete ne convoque pas ses délégués pour décider. Il les convoque pour les empêcher de paniquer.
Le risque de fragmentation territoriale : l’évaporation silencieuse
C’est le risque que le RDPC redoute le plus — et dont personne ne parle ouvertement.
Un parti dont la cohésion repose sur la distribution de ressources venues du centre ne résiste pas longtemps à l’absence de ce centre. Les délégués régionaux et départementaux sont des opportunistes rationnels — nous l’avons dit. Ils ont rejoint le RDPC parce que c’était utile. Ils y restent parce que c’est encore utile. Mais si le centre vacille, si les nominations se font attendre, si les ressources ne descendent plus, si les instructions ne viennent plus — alors chaque délégué commence à calculer individuellement son prochain mouvement.
Ce calcul individuel produit la fragmentation. Pas spectaculairement. Pas en une rupture visible. Mais silencieusement, délégation par délégation, région par région, à mesure que les liens de loyauté au parti s’effacent devant les liens de loyauté aux clans qui offrent une perspective dans la succession.
Dans le Nord, les réseaux tribaux et familiaux peuvent se substituer au RDPC comme structure de loyauté locale. Dans l’Ouest, les élites bamilékées ont leurs propres circuits économiques et politiques qui ne dépendent pas du parti. Dans le Centre et le Sud, les clans du village présidentiel peuvent s’organiser directement autour des acteurs de la succession sans passer par l’appareil partisan.
Le RDPC ne disparaîtra pas le lendemain du départ de Biya. Il s’évaporera progressivement — une délégation qui devient inactive, un réseau qui se réoriente, un notable qui change d’allégeance sans l’annoncer. Et au bout de cette évaporation silencieuse, il ne restera qu’une étiquette vide dans un paysage politique recomposé sans lui.
C’est précisément ce scénario que la réunion du 22 juillet cherche à prévenir. Non pas en résolvant le problème structurel — c’est impossible en une journée de travail au Palais des Congrès — mais en signalant à tous les délégués que le centre existe encore, que la hiérarchie tient, et que bouger maintenant est prématuré.
Le seul actif qui reste : le contrôle territorial
Malgré sa fragilité structurelle, le RDPC possède un actif que les autres acteurs de la succession n’ont pas : le contrôle du terrain politique local dans les dix régions du pays.
Les délégations permanentes régionales et départementales surveillent les élites locales, gèrent les notables, stabilisent les communautés, contrôlent les réseaux administratifs de proximité. Ce maillage territorial, construit pendant quarante ans grâce aux ressources de l’État, ne se démonte pas en quelques semaines — même si son chef est à Genève.
Dans une transition, celui qui tient le territoire tient une partie de l’héritage politique. Pas la totalité. La présidence, les appareils sécuritaires, et les réseaux financiers pèseront davantage dans la succession effective. Mais dans la phase de légitimation qui suivra — la gestion des populations, l’organisation des élections, la stabilisation du pays — le réseau territorial du RDPC sera indispensable à quiconque voudra gouverner effectivement.
C’est cet actif que le parti veut préserver. Et c’est pour préserver cet actif qu’il réunit ses délégués avant que les clans de la succession ne les approchent individuellement avec des offres plus attractives.
La configuration à trois pôles et le rôle du RDPC
Dans un système comme celui du Cameroun, l’héritage du pouvoir n’est jamais une personne seule. C’est une configuration de forces.
Trois pôles comptent dans cette configuration. Le pôle institutionnel — Constitution, Parlement, SGPR, Cabinet civil — qui contrôle les actes juridiques et les circuits de légitimité formelle. Le pôle sécuritaire — armée, BIR, GP, renseignement — qui contrôle la force physique et le territoire. Et le pôle territorial — le RDPC — qui contrôle les relais politiques locaux et la capacité de mobilisation populaire.
L’héritier qui s’imposera sera celui qui obtient l’accord de deux pôles sur trois. Le RDPC sait qu’il ne peut pas être les deux premiers. Mais il peut être le troisième. Et le troisième peut faire pencher la balance entre deux prétendants institutionnellement et sécuritairement équilibrés.
Le RDPC ne peut pas imposer un successeur. Mais il peut empêcher certains héritiers et faciliter d’autres. Il peut apporter sa légitimité territoriale à celui qui la mérite le mieux — ou à celui qui offre les meilleures garanties pour l’avenir du parti.
C’est cela, « peser dans la transition » sans pouvoir la diriger. C’est une ambition plus modeste que le pouvoir. Mais infiniment plus réaliste que la disparition.
Conclusion : l’instinct de survie face à l’impensable
Ce communiqué n’est pas la marque d’un parti qui reprend le contrôle. C’est la marque d’un parti qui a compris qu’il doit agir maintenant ou disparaître.
Le RDPC a survécu quarante-trois ans dans l’ombre d’un homme en étant indispensable à sa domination. Il veut survivre à cet homme en étant indispensable à sa succession. C’est la même logique de parti-outil — mais appliquée à un contexte radicalement différent, pour lequel il n’a pas été conçu, et pour lequel il n’a aucun précédent dans son histoire.
Un parti qui n’a jamais délibéré va devoir peser. Un parti qui n’a jamais anticipé va devoir calculer. Un parti qui n’a jamais existé sans son chef va devoir exister malgré lui.
La bascule est historique. L’enjeu est existentiel. Et la réunion du 22 juillet au Palais des Congrès de Yaoundé dira si le RDPC est capable de faire ce qu’il n’a jamais appris à faire : penser par lui-même.
NB :Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement la position éditoriale d’Actu Cameroun.
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Blériot Nyemeck raconte comment Parfait Ayissi a perdu son poste de DG

Blériot Nyemeck est revenu sur les circonstances qui ont conduit au départ de Parfait Ayissi de la direction générale d’Info TV.
Invité de l’émission Obama Times ce dimanche 1ᵉʳ novembre 2026, diffusée sur A1 TV et présentée par Ernest Obama, il a notamment évoqué les sollicitations répétées du promoteur de la chaîne, Dieudonné Mveng, pour qu’il prenne la tête de la télévision, ainsi que l’incident survenu lors de la couverture de la Coupe André Onana à Oveng.
Selon son témoignage, Dieudonné Mveng lui aurait proposé de devenir directeur général d’Info TV environ six mois après son arrivée au sein de la chaîne. Une proposition qu’il affirme avoir refusée à plusieurs reprises, alors que Parfait Ayissi occupait déjà cette fonction.
« On est resté dans cette discussion pendant 18 mois », a déclaré Blériot Nyemeck, expliquant avoir finalement accepté après une longue période de réticence, en raison de difficultés de fonctionnement qu’il dit avoir observées au sein de la chaîne.
Cameroun Actuel vous propose cet extrait de l’interview de Blériot Nyemeck sur A1 TV :
Blériot Nyemeck : Six mois après mon arrivée à Info TV, M. Dieudonné Mveng me propose de devenir directeur général d’Info TV. Alors que Parfait Ayissi est directeur général, je lui dis non, ce n’est pas possible. Il me dit non, je lui dis ce n’est pas possible.
On est resté dans cette discussion pendant 18 mois. C’est au 18ᵉ mois, pour une raison que je vais évoquer ici, que j’ai fini par accepter.
Ernest Obama : Pourquoi vous avez accepté ?
Alors, Dieudonné Mveng décide chaque fois qu’il y a un problème, chaque fois qu’il y a un malentendu, avec Parfait Ayissi, il m’en parle et je lui dis : « Il faut en parler à Parfait. » Il me dit non, il s’en plaint, il se plaint de beaucoup de petites choses, mais notamment du fait que Parfait, dès que les émissions sont finies, il rentre directement, il quitte l’Info TV.
Ernest Obama : Mais est-ce qu’il travaille là-bas ?
Blériot Nyemeck : Non, il était directeur général.
Ernest Obama : Mais le directeur ne doit pas rester au bureau tout le temps ?
Blériot Nyemeck : Non, non, le directeur suit la télé. Je ne parle pas du CEO, à moins que… Moi, c’est mon directeur qui gère au quotidien.
Donc, Dieudonné Mveng a besoin d’un directeur général présent, opérationnel. Alors, Parfait fait cela et Dieudonné pense qu’il doit s’en séparer. Je lui dis non.
Un jour, même Parfait et moi, nous discutons, on est allé lui dire que Nyemeck est en train… Je lui dis non, il n’en est rien. Dieudonné m’a proposé, je n’ai pas accepté.
Il se produit un événement un jour, lors de la coupe André Onana, à Oveng. Aristide Manda, je cite les contemporains, vient voir Parfait Ayissi. Il lui dit : Je veux que Info TV vienne couvrir l’événement.
Ils s’entendent et puis Aristide Manda verse ce qu’il faut pour la couverture. Il lui dit : « Mais je veux aussi que Blériot et toi soyez là, à mon nom. » Il donne à Parfait son carburant et il dit à Parfait : « Bon, tu remets ceci à Blériot. »
Parfait Ayissi me remet mon carburant, on va à Oveng. Quand l’équipe d’Info TV va à Oveng et à la fin de la cérémonie, l’équipe d’Info TV a des problèmes pour rentrer parce qu’on ne leur a pas donné leur argent de transport.
Ernest Obama : Qui n’a pas donné ?
Blériot Nyemeck : Parfait Ayissi ne leur a pas donné l’argent de transport. Et l’un des beaux-frères de Parfait est de la délégation, son beau-frère, le cousin à sa femme. Donc, les gars,
Ernest Obama : Est-ce qu’il avait vraiment reçu les frais de transport ?
Blériot Nyemeck : Il les avait reçus. Peut-être qu’il n’a jamais su.
Ernest Obama : Peut-être qu’il a oublié…
Blériot Nyemeck : J’ai dit à Dieudonné, tu aurais dû lui dire pourquoi tu l’as enlevé DG. Donc, alors, les gars, finalement, Aristide leur donne 10 000. Ils rentrent.
Quand ils arrivent, Dieudonné Mveng il décide que l’élément ne va pas passer. Aristide, qui a des accords avec André Onana, se rend compte. Il essaie d’appeler Dieudonné Mveng, Dieudonné Mveng ne le prend pas au téléphone.
Il est dépité. Il me joint. Il me dit Mais voici ce qui s’est passé. Tu sais, maintenant, le PDG m’insulte. Il dit que j’ai méprisé ses collaborateurs…
Je demande au PDG d’écouter Aristide ? Aristide Manda lui explique ce qui s’est passé et Dieudonné Mveng m’appelle et il me dit : je vais licencier Parfait Ayissi et je vais le relever de ses fonctions ce soir.
J’essaie encore de faire la médiation. Rien. […] Et Dieudonné, me dit : « Tu deviens DG. » Jamais de la vie, je ne peux pas remplacer Parfait Ayissi.
Et je lui suggère quelqu’un qui devrait le remplacer, puisqu’il est déjà décidé. Je lui suggère une femme qui avait été DGA. Il me dit non. Et lui-même propose une certaine Ilouga Hermine qu’il nomme.
Alors Parfait me reproche le fait que je ne l’ai pas prévenu des échanges que j’avais eus avec Dieudonné Mveng, sachant qu’on allait le relever de ses fonctions.
Mais je lui dis non, je ne pouvais pas revenir te dire que même si je te l’avais dit, qu’est-ce que cela aurait changé ? Parfait est donc relevé de ses fonctions de DG.
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