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Sadou Daoudou : L’intégrité d’un ministre camerounais

Ministre des Forces armées du Cameroun pendant 19 ans sous Ahmadou Ahidjo, est resté une exception d’intégrité. Gérant des milliards, il a refusé les pots-de-vin et comptes en Suisse, mourant en 2002 avec seulement deux modestes maisons et moins de 50 millions de francs CFA sur son compte.
Sadou Daoudou, né à Ngaoundéré en 1926, a occupé des postes clés pendant près de 24 ans. Ministre de la Fonction publique puis des Forces armées, il a supervisé de gigantesques contrats d’armement. Il est souvent cité comme un modèle de vertu face à l’enrichissement illicite.
De 1961 à 1970, il supervisait les plus gros budgets du pays. Il a rapporté avoir reçu des propositions de rétrocommissions de 100 millions et des offres de comptes en Suisse, qu’il a toutes rejetées.
Au terme de sa carrière et à la fin de sa vie, il ne possédait que deux maisons modestes (l’une à Yaoundé et l’autre à Douala), et disposait de moins de 50 millions de francs CFA en banque. Il n’a accumulé aucun empire immobilier ni fortune illégale.
Il a disparu de la scène politique après le départ d’Ahmadou Ahidjo pour s’éteindre dans sa ville natale en novembre 2002. Son parcours est régulièrement rappelé comme une figure emblématique de la probité dans l’histoire politique du Cameroun.
Lire ici son témoignage :
Ministre pendant 24 ans dont 19 ans comme ministre des forces armées, au soir de sa carrière Sadou Daoudou avait juste 2 modestes maisons et moins de 50 millions dans son compte bancaire
« Après dix-neuf ans passés à la tête des Forces armées, j’aurai pu être milliardaire.
Pendant dix ans, de 1961 à 1970, j’avais le plus gros budget du gouvernement. J’ai fait acheter des bateaux, des avions, des blindés, des armes, des engins du génie militaire.
C’étaient des marchés qui portaient sur des milliards de francs. Ils mettaient en compétition plusieurs pays occidentaux. On me proposait des comptes en Suisse et des pots de vin qui pouvaient parfois atteindre cent millions de francs.
Pour justifier mon refus, je disais à mes interlocuteurs que j’étais un civil, donc mal placé pour savoir que tel bateau valait mieux que tel autre, que tel avion valait mieux que tel autre, que tel blindé valait mieux que tel autre, que telle arme valait mieux que telle autre, que tel engin valait mieux que tel autre.
Si demain, leur disais-je, notre Armée perdait la guerre parce que j’ai fait acheter un mauvais matériel, les Camerounais me le reprocheraient et je n’aurai pas ma conscience tranquille.
Mais si ce sont nos officiers qui ont choisi leur matériel et leur armement, ils ne s’en prendront qu’à eux-mêmes. Résultat , il y a des officiers qui sont aujourd’hui plus riches que moi.
J’aurai même pu m’enrichir sans toucher à l’argent de l’État. En effet, quand je suis arrivé à Yaoundé en novembre 1958, un mètre carré de terrain coûtait cent francs à Yaoundé et Douala et moins de cent francs à Kribi.
Il me suffisait d’acheter plusieurs terrains dans les trois villes et de les revendre quinze à vingt ans plus tard. Plusieurs personnes se sont enrichies de cette manière. Je ne l’ai pas fait parce que ma première préoccupation était mon travail et non la course à l’enrichissement »
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les questions de Cyrille Sam Mbaka

Le président de l’Alliance des Forces Progressistes (AFP), Cyrille Sam Mbaka, appelle à une vaste opération de lutte contre la corruption et les détournements de fonds publics au Cameroun, dans une tribune intitulée « Opération Mains Propres ».
Dans ce texte, l’homme politique prend soin de préciser que les agents de la Fonction publique, les parlementaires et les opérateurs économiques ne sont pas, selon lui, tous concernés par la corruption. Il dénonce toutefois l’existence de pratiques qu’il juge préjudiciables à l’image et au fonctionnement des institutions.
Cyrille Sam Mbaka affirme notamment que certains fonctionnaires et acteurs du secteur public seraient témoins de faits de « concussion » et de détournements. Selon lui, certains de ces « patriotes » disposeraient de documents, de comptes rendus, de noms, de dates et de lieux susceptibles, le moment venu, d’étayer leurs témoignages.
Lire la tribune de Cyrille Sam Mbaka :
CAMEROUN : OPÉRATION « MAINS PROPRES »
Les membres de la Fonction Publique, les parlementaires, les opérateurs économiques ne sont pas tous corrompus.
Dans ce microcosme, il y a assurément des brebis galeuses. Leurs agissements jettent l’opprobre et le discrédit sur des pans entiers de notre écosystème national. Gageons que dans cet univers parfois nauséeux germent aussi des pépites, des patriotes. Des hommes et des femmes qui travaillent avec courage, force et détermination dans la tourmente.
Ils courbent l’échine, ils font le dos rond en attendant des jours meilleurs. Des femmes et des hommes qui assistent amers et impuissants aux dérives du régime et au système qui nous gouverne et qui broie.
Ces fils et sœurs de ce pays sont des témoins muets de la concussion et des détournements systémiques. Leur silence ne vaut pas consentement. Ils subissent. Ils connaissent sur le bout des doigts la chaine vérolée des corrupteurs et des corrompus.
Ces patriotes sont prêts à témoigner le moment venu. Ils rongent leur frein, mais restent déterminés à dénoncer les malversations dont ils ont été témoins.
Et le moment venu, ils voudront nettoyer les écuries. Ils sont prêts à dénoncer tous les coups tordus. Ils vont se mettre à table. Ils vont témoigner pour la sécurité publique.
Ces patriotes ont des dossiers. Des comptes-rendus. Des noms. Des dates. Des lieux. Des faits étayés et circonstanciés. Le jour venu, ils vont participer à l’Opération « Mains Propres et Cœur Pur ». Une mise à nu pour que justice soit rendue. On ne peut pas impunément détourner les deniers publics et ne pas répondre de cette forfaiture.
C’est le pays tout entier qui est saigné à blanc. Ce sont les Camerounais·es qui s’appauvrissent chaque jour davantage. C’est notre pays qui recule. Il faut sortir de cette fange.
Rétablir la justice sociale. Répondre de ses actes
La violence et l’implosion guettent ceux qui n’ont plus rien à perdre. C’est un terreau fertile qui peut tout emporter à cause du désespoir et de la désespérance. Pourquoi y a-t-il des Camerounais·es à part entière et des Camerounais·es entièrement à part ?
Pourquoi cette béance et cette fracture sociale ? Pourquoi notre pays compte-t-il tant de disparités et d’inégalités ? Pourquoi le Cameroun brille-t-il dans le classement des pays les plus corrompus au monde ?
Pourquoi tant de scandales restent impunis ? Pourquoi les projets structurants annoncés à coups de mouvements de menton n’aboutissent jamais ?
Pourquoi tant de nos compatriotes fuient ce pays béni des dieux au péril de leur vie en mer Méditerranée ?
Nous ne pouvons pas faire l’économie de toutes ces questions et de bien d’autres encore. Ce pays, notre pays, n’est pas maudit. Il est pris en otage par des prévaricateurs. Ces profiteurs confondent deniers publics et comptes privés.
L’impunité leur procure un sentiment de toute-puissance dont ils se grisent. Ils sont dans l’ivresse de leurs rentes de situation et des avantages indûment accumulés.
Le Cameroun, c’est leur propriété et ils semblent en disposer au gré de leurs fantaisies.
Récupérer les milliards de francs CFA détournés
Pas de démocratie sans justice. Le sentiment d’appartenance à une communauté d’idées et de pensées ne se décrète pas.
Il ne suffit pas de disposer d’un passeport ou d’une carte d’identité pour se sentir Camerounais. Le feu couve sous le poids des inégalités. Et il suffit d’un rien pour assister à un embrasement.
Pour sortir de l’ornière, pour nous extraire de cette pétaudière, les fruits de la croissance et la richesse nationale doivent être mieux partagés.
Comment expliquer à l’homme de la rue que le Cameroun exporte officiellement environ 23 kilos d’or quand les Emirats Arabes Unis déclarent avoir acheté 15 tonnes d’or à notre pays ? Qui se trompe ? Où est la différence ? Qui tire les ficelles et qui se remplit les poches ?
Qui a détourné les milliards de la CAN ou du Covid ?
Quand viendra le temps des témoignages, il faudra également compter sur la collaboration internationale. Solliciter l’entraide juridique et l’assistance de pays et de banques étrangères, interroger des comptes off-shore. Une aide judiciaire bienvenue pour traquer les milliards détournés du Cameroun. Imaginons que cet argent volé, ces montants pharaoniques soient rapatriés. Imaginons.
Imaginez que ces milliards soient réinjectés dans les projets structurants qui n’ont jamais abouti à cause des détournements systémiques ? Disons les choses simplement. Un détournement, c’est comme un pas de côté. Une sortie de route. C’est emprunter une impasse.
Et quand il s’agit de la richesse d’un pays, c’est une prédation, c’est un pillage à grande échelle. Comme Martin Luther King, j’ai un rêve. « I have a dream ». Je formule le vœu que l’argent détourné du Cameroun revienne au Cameroun.
Il y a tant à faire chez nous. Nous avons touché le fond, puis le tréfonds. Une autre voie est possible. Elle est réaliste. À nous de faire le ménage, à nous de nettoyer de fond en comble notre maison commune.
C’est par ces initiatives citoyennes, volontaristes et déterminées que nous allons changer de paradigme.
Nous ne pouvons pas espérer ou attendre le concours de partenaires étrangers en croisant les bras. Nous refusons le suicide assisté de notre pays par des prédateurs en col blanc.
Quand viendra le temps du bilan, c’est-à-dire des comptes et des mécomptes, chacun devra répondre de ses faits et de ses méfaits. Au bout du bout et après tant d’années de laisser-aller et de laisser-faire, il faudra bien réparer et soigner le Cameroun. Il faudra remettre notre pays sur pied pour un nouveau départ.
Cyrille SAM MBAKA
Président de l’Alliance des Forces Progressistes (AFP)
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