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Le temps des clarifications : pourquoi la BEAC et la COBAC ne peuvent étendre leurs compétences aux Caisses de dépôts et consignations (Tribune)

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Le temps des clarifications : pourquoi la BEAC et la COBAC ne peuvent étendre leurs compétences aux Caisses de dépôts et consignations (Tribune)
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(Investir au Cameroun) – Depuis le début du différend entre la BEAC, la COBAC d’une part et les CDC d’autre part, plusieurs réunions se sont tenues sans qu’un accord puisse être trouvé entre les parties.

L’on se souvient qu’à l’issue de la troisième et ultime réunion du groupe de travail mis en place par le gouverneur de la Banque des États de l’Afrique Centrale (BEAC), le Directeur Général de la CDEC avait annoncé, dans un communiqué Radio-presse du 17 avril 2025, qu’aucun consensus n’avait été obtenu. Il indiquait également que la BEAC ainsi que la COBAC envisageaient, dans une volonté de passage en force, de procéder de manière unilatérale à l’adoption de leurs règlements, en dépit de l’opposition des CDC, de la position de la Présidence de la République du Cameroun et des réserves formulées concernant lesdits règlements.

Que reprochent précisément les CDC, en particulier celle du Cameroun, à la COBAC et à la BEAC ? L’analyse des différentes interventions du Directeur Général de la CDEC, examinée sous le strict angle de la légalité, a permis de dégager les points suivants :

Violation du principe d’égalité

Suite à la pression exercée par les banques camerounaises, qui refusent le transfert des fonds destinés à la CDEC malgré les quinze années accordées par le gouvernement camerounais pour leur préparation à cette réforme, le « lobby bancaire » a néanmoins demandé l’intervention de la BEAC et de la COBAC afin d’obtenir la suspension du décret n° 2023/08500/PM du 1er décembre 2023, décret du Premier Ministre pris en application d’une loi adoptée par le Parlement et promulguée par le Président de la République, Chef de l’État.

Sans préjuger des risques diplomatiques, institutionnels et juridiques, le Secrétaire général de la COBAC, par le biais de la lettre LC-COB/21/DREGRI/DRNM/TPO datée du 11 juillet 2024, a demandé aux établissements de crédit, de microfinance et de paiement camerounais, de suspendre l’application d’un décret du Premier Ministre, sans consultation préalable des membres de sa Commission, des Services du Premier Ministre camerounais ou de la Direction Générale de la CDEC.

Cette situation a été très mal perçue par les plus hautes autorités camerounaises, et le Directeur Général de la CDEC a rappelé à la COBAC qu’elle est une institution d’intérêt public, opérant au service des États, conformément à l’article 7 bis de la convention du 16 octobre 1990 instituant la Commission Bancaire de l’Afrique Centrale. Cet article dispose : « la COBAC est chargée, selon les modalités définies en annexe de cette convention, de veiller au respect par les établissements de crédit des dispositions législatives et réglementaires émises par les autorités nationales ».

La COBAC a justifié son initiative par l’absence d’une réglementation communautaire, alors qu’il existe une réglementation nationale qu’elle est tenue de faire respecter et non d’y émettre des jugements de valeur. Par cette démarche, le Secrétaire général de la COBAC a manqué à sa réserve diplomatique et a favorisé des comportements d’incivisme et de rébellion de la part des dirigeants d’établissements de crédit, des actes sévèrement réprimés par le code pénal camerounais.

Au-delà des éléments précédemment évoqués, cette situation a été qualifiée de discriminatoire par le Directeur Général de la CDEC, car le principe d’égalité de traitement dans un espace communautaire garantit que des entités placées dans des situations similaires ne subissent pas de traitement différencié. Ainsi, les opérations de dépôts et consignations ont été interrompues au Cameroun, alors qu’elles continuent d’être exécutées dans d’autres Etats membres de la CEMAC.

Au regard de cette situation préoccupantes, la Présidence de la République du Cameroun, en tant que garant de la diplomatie et de la souveraineté, est intervenue en réponse à l’ingérence du Secrétaire Général de la COBAC dans une matière souveraine, en rappelant au Ministre des Finances, Autorité Monétaire, par une lettre référencée N°232/CF/SG/PR : « Les dépôts et consignations ne faisant pas, pour l’heure, partie des matières transférées à la communauté et restant, de ce fait, une activité souveraine régie par les dispositions pertinentes du droit national en vigueur, élaborées et mises en œuvre conformément aux très hautes directives du President de la République». Le Ministre des Finances avait également été instruit de solliciter de la COBAC de rapporter sa lettre en raison de son caractère illégal, ce que la COBAC n’a pas fait, ignorant ainsi la position de la Plus Haute Autorité garante de la souveraineté camerounaise.

Violation du principe d’attribution de Compétences.

Le principe d’attribution des compétences signifie qu’une autorité (Institution, Organe ou Juridiction) ne peut agir que dans le cadre des pouvoirs qui lui ont été spécifiquement accordés. Tout pouvoir non-attribué relève de la compétence exclusive de l’autorité qui délègue, l’autorité nationale en l’occurrence.

Ce principe est repris à l’article 11 du Traité révisé de la CEMAC, signé à Libreville le 30 janvier 2009 : « Les institutions, les organes et les institutions spécialisées de la communauté agissent dans la limite des attributions et selon les modalités prévues par le présent traité, les conventions de l’UEAC et de l’UMAC et les statuts et autres textes respectifs de ceux-ci ».

Ce principe, fondamental dans toute communauté, vise principalement à empêcher qu’une institution ou un organe de cette communauté étende de manière unilatérale et illégale sa sphère de compétences et d’action.

Les compétences de la COBAC sont précisées dans l’annexe de la convention du 16 octobre 1990 créant la Commission Bancaire de l’Afrique Centrale, ainsi que dans la convention de 1992 visant l’harmonisation de la réglementation bancaire dans les États d’Afrique Centrale. Toute activité excédant ces compétences constitue une violation de ces conventions et, par conséquent, du principe de compétence attribuée.

La BEAC et la COBAC ont volontairement accepté d’être instrumentalisées par le lobby bancaire, agissant ainsi en dehors des compétences qui leur ont été attribuées par les textes fondateurs. Ce phénomène très atypique a été qualifié par le Directeur Général de la CDEC comme une « capture du régulateur par les régulés » et traduit la situation propre à la zone CEMAC où la Banque centrale et le régulateur bancaire se mettent aux ordres et au service du lobby bancaire.

En tout état de cause, le transfert d’une compétence, telle que celle des dépôts et consignations, n’a jamais été formellement consenti par les Etats membres de la CEMAC, généralement représentés par les Chefs d’État, au moyen d’actes de droit primaire (ou originaire). Cette compétence non déléguée demeure donc de la responsabilité des États et ne relève pas de la COBAC. Ce principe d’attribution a été réaffirmé à l’article 7 de l’annexe de la convention du 16 octobre 1990 instituant la Commission Bancaire de l’Afrique Centrale en ces termes : « Les Autorités nationales demeurent compétentes en toutes autres matières… ».

Principe de subordination du droit dérivé au droit primaire

Pour bien saisir le principe de subordination du droit dérivé au droit primaire, il est essentiel de commencer par rappeler le contenu des notions de droit primaire et de droit dérivé.

Le droit primaire de la zone CEMAC fait référence aux textes fondamentaux et suprêmes qui encadrent son organisation. Il comprend le Traité instituant la CEMAC (ainsi que ses révisions), les Additifs relatifs au système institutionnel et juridique, ainsi que les Conventions ratifiées par les États membres.

Le droit dérivé de la zone CEMAC se réfère à l’ensemble des règles juridiques (Règlements, Directives, Instructions, Décisions, Recommandations) élaborées par les institutions, organes et institutions spécialisées de la communauté. Ces textes ont pour objectif de préciser, compléter et appliquer les objectifs établis par les actes de droit primaire (ou originaire).

Au vu de ces explications, il apparaît clairement qu’en zone CEMAC comme du reste dans tout système communautaire, la primauté du droit primaire sur le droit dérivé constitue la base de la hiérarchie des normes. En d’autres termes, la subordination du droit dérivé (règlements, directives, décisions) au droit primaire (traités, conventions, actes additionnels) signifie que le droit dérivé ne peut ni contredire ni modifier le droit primaire. Pour être juridiquement valide, le droit dérivé doit impérativement s’appuyer, se conformer et s’inspirer sur le droit primaire.

Pour contourner ce principe, la COBAC et la BEAC à travers le passage en force ont fait adopter deux règlements UMAC, le Règlement n°01/25/CEMAC/UMAC/CM du 12 juillet 2025 relatif aux conditions d’exercice et à la supervision de l’activité des caisses des dépôts et consignations et le Règlement n°02/25/CEMAC/UMAC/CM/COBAC relatif au traitement des comptes inactifs et des avoirs en déshérence.

Par cette décision incompréhensible de superviser un service public national en l’absence de tout transfert, la COBAC et la BEAC ont une fois de plus enfreint un principe fondamental du droit communautaire, à savoir le principe de subordination du droit dérivé au droit primaire.

En effet, il ne suffit pas d’établir un règlement pour affirmer que la matière est transférée ; le transfert de matière s’opère toujours par le biais des actes de droit primaire et non par des actes de droit dérivé.

Conscientes de cette contrainte juridique, la COBAC et la BEAC ont cherché, par le biais des règlements de l’UMAC, à élargir leur champ de compétence aux Caisses de Dépôts et Consignations (CDC) en assimilant les activités des CDC à des opérations de banque.

La définition des opérations de banque est pourtant universelle et comprend la réception les dépôts du publics, les services de paiement (virements, chèques, cartes), l’octroi de crédits ainsi que la délivrance de garanties. Par leur obsession à intégrer les dépôts et consignations aux opérations de banque via un acte de droit dérivé (Règlement), la COBAC et la BEAC ont créé une irrégularité juridique en modifiant cette définition figurant à l’article 2 de l’annexe de la convention instituant une commission bancaire de l’Afrique centrale, ainsi que dans les articles 4, 5, 6 et 7 de la convention relative à l’harmonisation de la réglementation, au mépris des règles de forme, de procédure ou de compétence qui avaient été appliquées lors de leur adoption initiale.

Par ailleurs, l’article 11 de la Convention de 1992 relative à l’harmonisation du cadre bancaire exclut de la supervision bancaire les comptables du Trésor public, dont fait partie la CDEC. Cependant, la COBAC et la BEAC tentent, par l’intermédiaire d’un règlement, de contourner cette disposition, ce qui constitue une violation du principe de parallélisme des formes qui impose qu’un acte juridique ne puisse être modifié, abrogé ou annulé qu’en respectant la même procédure, les mêmes compétences et les mêmes formalités que celles exigées pour son adoption initiale. On ne saurait donc modifier une disposition d’une convention autrement que par une autre convention ou un acte additionnel, et non par un règlement.

De ce point de vue, l’article 12 de la Convention de 1992 dispose que toutes les entités exerçant des activités bancaires doivent obtenir un agrément bancaire. L’article 16 définit la forme juridique de ces entités, sans prévoir d’exception. Toutefois, ces dispositions issues d’un texte de droit primaire sont contournées par un texte de droit dérivé. Les deux (02) règlements UMAC du 12 juillet 2025 cités supra exemptent les CDC, qui selon la COBAC exercent des activités bancaires, des exigences liées à l’agrément et à la forme juridique.

La transgression de ces trois principes juridiques fondamentaux soulève des questions quant à la compétence et surtout à l’intégrité de certains fonctionnaires communautaires.

La COBAC et la BEAC justifient cette forfaiture par la nécessité de préserver la stabilité du secteur bancaire ; prétendue menace à la stabilité qu’aucune donnée chiffrée ni rapport publié par la COBAC et la BEAC ne permet de démontrer.

Sur un autre point, afin de prévenir toute crise systémique, la COBAC a pour mission principale de mettre en place des dispositifs préventifs au sein des banques afin d’atténuer les conséquences de la survenance d’un choc. C’est précisément ce que la COBAC aurait dû réaliser, en collaboration avec les CDC, en instaurant des mécanismes dans les établissements de crédit et de microfinance pour assurer la stabilité. L’État du Cameroun a tenu compte de la nécessité de telles mesures en autorisant la CDEC à ouvrir des comptes dans ces institutions bancaires, afin de prévenir des mouvements de fonds importants susceptibles d’affecter leur situation financière. De plus, les mesures d’atténuation de l’État ont inclus des moratoires de transferts sur certaines périodes.

Cependant, il est étonnant de constater les deux règlements adoptés par l’UMAC ne comporte pas plus de dispositions en rapport avec cette préoccupation. Ceci montre clairement que l’objectif de certains acteurs communautaire est ailleurs, et consiste à neutraliser et à paralyser les CDC en les engageant dans des débats juridiques sans fin, ce qui les détournerait ainsi de leur mission principale de mobilisation.

De la même manière, dans ses projets de règlement, la COBAC décide que les activités des dépôts et consignations sont des opérations de banque. Or, selon l’article 3 de l’Acte Uniforme OHADA portant sur le droit commercial général, les opérations de banque sont des actes de commerce par nature. En ⁠conséquence de cette redéfinition par la COBAC des opérations de banque pour inclure les activités des dépôts et consignations, la CDEC deviendrait automatiquement un commerçant soumis aux obligations des commerçants, aux procédures collectives, à la Cour Commune de Justice et d’Arbitrage (CCJA), etc.

En d’autres termes, pour la COBAC la CDEC n’exerce plus une mission d’intérêt général qui inclut le financement des politiques publiques, mais est une entité commerciale à but lucratif, sans immunité d’exécution ni privilège du Trésor. Mieux, la CDEC pourrait être mise en liquidation conformément au droit OHADA et les fonds qui lui sont confiés pourraient saisis conformément aux seules dispositions de l’OHADA. De ce point de vue, les banques traditionnelles seront même mieux protégées que les CDC, dans la mesure où leurs fonds logés à la BEAC sont protégés contre les mesures ordinaires d’exécution.

Toujours de ce fait, la COBAC soustrairait un établissement public chargé d’une mission de service public de la compétence des juridictions administratives de l’Etat du Cameroun pour le soumettre aux juridictions commerciales et la Cour Commune de Justice et d’Arbitrage de l’OHADA du fait du principe de compétence exclusive en droit OHADA.

Or, ni les actes primaires de la CEMAC, ni les autorités camerounaises n’ont mandaté le régulateur bancaire communautaire pour modifier son organisation judiciaire, pour supprimer les entités soumises à ses juridictions administratives et à sa Cour suprême.

En somme, il est à déplorer que la COBAC et la BEAC, contre toute attente et logique, décident de tout faire pour affaiblir les CDC, d’imposer une supervision illégale et de maintenir les fonds publics détenus par les banques dans leurs bilans, privilégiant ainsi les intérêts privés au détriment des États dont elles sont l’émanation, puisqu’elles sont des institutions d’intérêt public.

Par ABDOURAOUFI Ibrahim

  • Docteur en droit de l’Université Lyon 3

  • Enseignant à l’Université de Ngaoundéré

  • Directeur des Affaires Juridiques de la CDEC

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un butanier arrive à Douala pour soulager la pénurie

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un butanier arrive à Douala pour soulager la pénurie
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Une amélioration pourrait se dessiner sur le marché du gaz domestique, confronté depuis plusieurs semaines à des difficultés d’approvisionnement.

Selon nos informations, le déchargement d’un butanier a débuté mardi 15 septembre au port de Douala. Cette cargaison devrait contribuer à alimenter progressivement le marché. La tension actuelle s’explique notamment par l’arrivée tardive de certains navires, une hausse de 15 % de la demande et la baisse de la production locale.

Depuis le départ du navire Hilli Episeyo en juillet dernier, l’approvisionnement du Cameroun en GPL repose désormais entièrement sur les importations. Des solutions sont également étudiées pour les bouteilles de la SCTM, dont la situation contribue aux perturbations observées sur le marché.

En attendant, la bouteille de gaz est redevenue un luxe dans les deux capitales. Depuis début septembre, Yaoundé et Douala font face à une pénurie sévère de gaz domestique. À Nkomo, Biyem-Assi, Bonabéri, les scènes se répètent : files interminables dès 4 heures du matin, distributeurs affichant « rupture », et quand le produit est disponible, la bouteille de 12,5 kg homologuée à 6 500 FCFA s’arrache entre 7 000 et 10 000 FCFA au marché noir.

Au cœur de la crise, le mastodonte SCTM. Leader historique, l’entreprise qui possède encore des centaines de milliers de bouteilles dans les foyers est aujourd’hui asphyxiée par ses dettes envers les importateurs, dont Tradex. Conséquence : ses approvisionnements sont bloqués à Bonabéri et ses clients se ruent vers la concurrence. Le basculement est historique.

Selon les données de la SCDP sur la période janvier-juillet 2026, Tradex est passé numéro 1 du marché avec 14,12 % de parts (18 772 tonnes), détrônant la SCTM reléguée à 13,31 %. Les autres opérateurs comme TotalEnergies et OLA, pris d’assaut, ne parviennent plus à suivre la demande.

Face à l’urgence, le ministre de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba, a instruit la CSPH d’organiser des négociations entre la SCTM et ses créanciers afin d’apurer la dette et de relancer les enlèvements. Mais la crise est plus profonde. Pendant que la SCDP assure qu’il n’y a « pas de pénurie », dans les cuisines, les ménagères sont contraintes de se rabattre sur le charbon et le bois de chauffe.

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Suisse : la diaspora camerounaise présente ses projets de développement à Théodore Datouo

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En visite officielle en Suisse, le président de l’Assemblée nationale, Théodore Datouo, a accordé le 17 septembre 2026 à Berne, plusieurs audiences à des membres […]

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les questions de Cyrille Sam Mbaka

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les questions de Cyrille Sam Mbaka
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Le président de l’Alliance des Forces Progressistes (AFP), Cyrille Sam Mbaka, appelle à une vaste opération de lutte contre la corruption et les détournements de fonds publics au Cameroun, dans une tribune intitulée « Opération Mains Propres ».

Dans ce texte, l’homme politique prend soin de préciser que les agents de la Fonction publique, les parlementaires et les opérateurs économiques ne sont pas, selon lui, tous concernés par la corruption. Il dénonce toutefois l’existence de pratiques qu’il juge préjudiciables à l’image et au fonctionnement des institutions.

Cyrille Sam Mbaka affirme notamment que certains fonctionnaires et acteurs du secteur public seraient témoins de faits de « concussion » et de détournements. Selon lui, certains de ces « patriotes » disposeraient de documents, de comptes rendus, de noms, de dates et de lieux susceptibles, le moment venu, d’étayer leurs témoignages.

Lire la tribune de Cyrille Sam Mbaka :

CAMEROUN : OPÉRATION « MAINS PROPRES »

Les membres de la Fonction Publique, les parlementaires, les opérateurs économiques ne sont pas tous corrompus.

Dans ce microcosme, il y a assurément des brebis galeuses. Leurs agissements jettent l’opprobre et le discrédit sur des pans entiers de notre écosystème national. Gageons que dans cet univers parfois nauséeux germent aussi des pépites, des patriotes. Des hommes et des femmes qui travaillent avec courage, force et détermination dans la tourmente.

Ils courbent l’échine, ils font le dos rond en attendant des jours meilleurs. Des femmes et des hommes qui assistent amers et impuissants aux dérives du régime et au système qui nous gouverne et qui broie.

Ces fils et sœurs de ce pays sont des témoins muets de la concussion et des détournements systémiques. Leur silence ne vaut pas consentement. Ils subissent. Ils connaissent sur le bout des doigts la chaine vérolée des corrupteurs et des corrompus.

Ces patriotes sont prêts à témoigner le moment venu. Ils rongent leur frein, mais restent déterminés à dénoncer les malversations dont ils ont été témoins.

Et le moment venu, ils voudront nettoyer les écuries. Ils sont prêts à dénoncer tous les coups tordus. Ils vont se mettre à table. Ils vont témoigner pour la sécurité publique.

Ces patriotes ont des dossiers. Des comptes-rendus. Des noms. Des dates. Des lieux. Des faits étayés et circonstanciés. Le jour venu, ils vont participer à l’Opération « Mains Propres et Cœur Pur ». Une mise à nu pour que justice soit rendue. On ne peut pas impunément détourner les deniers publics et ne pas répondre de cette forfaiture.

C’est le pays tout entier qui est saigné à blanc. Ce sont les Camerounais·es qui s’appauvrissent chaque jour davantage. C’est notre pays qui recule. Il faut sortir de cette fange.

Rétablir la justice sociale. Répondre de ses actes

La violence et l’implosion guettent ceux qui n’ont plus rien à perdre. C’est un terreau fertile qui peut tout emporter à cause du désespoir et de la désespérance. Pourquoi y a-t-il des Camerounais·es à part entière et des Camerounais·es entièrement à part ?

Pourquoi cette béance et cette fracture sociale ? Pourquoi notre pays compte-t-il tant de disparités et d’inégalités ? Pourquoi le Cameroun brille-t-il dans le classement des pays les plus corrompus au monde ?

Pourquoi tant de scandales restent impunis ? Pourquoi les projets structurants annoncés à coups de mouvements de menton n’aboutissent jamais ?

Pourquoi tant de nos compatriotes fuient ce pays béni des dieux au péril de leur vie en mer Méditerranée ?

Nous ne pouvons pas faire l’économie de toutes ces questions et de bien d’autres encore. Ce pays, notre pays, n’est pas maudit. Il est pris en otage par des prévaricateurs. Ces profiteurs confondent deniers publics et comptes privés.

L’impunité leur procure un sentiment de toute-puissance dont ils se grisent. Ils sont dans l’ivresse de leurs rentes de situation et des avantages indûment accumulés.

Le Cameroun, c’est leur propriété et ils semblent en disposer au gré de leurs fantaisies.

Récupérer les milliards de francs CFA détournés

Pas de démocratie sans justice. Le sentiment d’appartenance à une communauté d’idées et de pensées ne se décrète pas.

Il ne suffit pas de disposer d’un passeport ou d’une carte d’identité pour se sentir Camerounais. Le feu couve sous le poids des inégalités. Et il suffit d’un rien pour assister à un embrasement.

Pour sortir de l’ornière, pour nous extraire de cette pétaudière, les fruits de la croissance et la richesse nationale doivent être mieux partagés.

Comment expliquer à l’homme de la rue que le Cameroun exporte officiellement environ 23 kilos d’or quand les Emirats Arabes Unis déclarent avoir acheté 15 tonnes d’or à notre pays ? Qui se trompe ? Où est la différence ? Qui tire les ficelles et qui se remplit les poches ?

Qui a détourné les milliards de la CAN ou du Covid ?

Quand viendra le temps des témoignages, il faudra également compter sur la collaboration internationale. Solliciter l’entraide juridique et l’assistance de pays et de banques étrangères, interroger des comptes off-shore. Une aide judiciaire bienvenue pour traquer les milliards détournés du Cameroun. Imaginons que cet argent volé, ces montants pharaoniques soient rapatriés. Imaginons.

Imaginez que ces milliards soient réinjectés dans les projets structurants qui n’ont jamais abouti à cause des détournements systémiques ? Disons les choses simplement. Un détournement, c’est comme un pas de côté. Une sortie de route. C’est emprunter une impasse.

Et quand il s’agit de la richesse d’un pays, c’est une prédation, c’est un pillage à grande échelle. Comme Martin Luther King, j’ai un rêve. « I have a dream ». Je formule le vœu que l’argent détourné du Cameroun revienne au Cameroun.

Il y a tant à faire chez nous. Nous avons touché le fond, puis le tréfonds. Une autre voie est possible. Elle est réaliste. À nous de faire le ménage, à nous de nettoyer de fond en comble notre maison commune.

C’est par ces initiatives citoyennes, volontaristes et déterminées que nous allons changer de paradigme.

Nous ne pouvons pas espérer ou attendre le concours de partenaires étrangers en croisant les bras. Nous refusons le suicide assisté de notre pays par des prédateurs en col blanc.

Quand viendra le temps du bilan, c’est-à-dire des comptes et des mécomptes, chacun devra répondre de ses faits et de ses méfaits. Au bout du bout et après tant d’années de laisser-aller et de laisser-faire, il faudra bien réparer et soigner le Cameroun. Il faudra remettre notre pays sur pied pour un nouveau départ.

Cyrille SAM MBAKA
Président de l’Alliance des Forces Progressistes (AFP)

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