Dernières actualités
« SND30 : l’urgence d’un changement de cap », par Emmanuel NOUBISSIE NGANKAM

Le 12 décembre 2025, le Comité National de Suivi-Evaluation (CNSE) de la Stratégie Nationale de Développement (SND30) a procédé à une évaluation à mi-parcours de la mise en œuvre de cette stratégie. A l’issue de cette évaluation dans la double perspective rétrospective et prospective, le constat est sans appel. Après cinq ans de mise en œuvre de la SND30, les indicateurs de performances sont tous dans le rouge et pratiquement aucun des objectifs intermédiaires n’a été atteint.
Au plan rétrospectif, la comparaison de la trajectoire effectivement suivie et celle prévue révèle des contreperformances matérialisées par un écart substantiel entre les réalisations et les prévisions. Bien plus, au plan prospectif, si des mesures correctives hardies ne sont prises, cet écart va se creuser davantage, compromettant définitivement les perspectives de l’émergence en 2035. L’illustration parfaite de ce décrochage entre les prévisions et les réalisations, est la croissance atone du PIB.
La SND30 a prévu que la transformation structurelle de l’économie camerounaise s’accompagnerait d’un taux de croissance annuel moyen de 8,1%, la dynamique annuelle étant caractérisée par un relèvement progressif de la croissance de 4% en 2020 à 10% en 2030. Or entre 2020 et 2025, le taux de croissance est resté en berne oscillant autour de 3%.
LE TRAIN SND30 A DÉRAILLÉ AVANT MÊME D’AVOIR QUITTÉ LA GARE
EN 2020 La litanie des constats faits par le CNSE est certes empreinte de candeur et même de froideur, mais elle reste évasive voire muette sur les mesures correctives à prendre pour remettre sur les rails, le train SND30 qui a déraillé avant même d’avoir quitté la gare. Faut-il le rappeler, le taux de croissance du PIB a été presque nul (0,2%) en 2020 alors même qu’il était anticipé à 4%.
Les raisons de cette contreperformance au cours de la première année de la mise en œuvre de la SND30 sont connues notamment la crise mondiale consécutive au Covid-19, mais elles ne sauraient justifier l’inertie ambiante qui plombe les perspectives de développement économique du Cameroun. Dans un tel contexte et à moins de quatre ans de l’échéance de sa mise en œuvre, que faut-il faire pour remettre la SND30 sur les rails. La première mesure consisterait à repenser et à réviser la SND30.
Il devient impérieux de revenir aux fondamentaux de la préparation d’une stratégie de développement à travers une concertation qui mettrait à contribution toutes les parties prenantes en particulier le secteur privé qui fautil le rappeler, en matière d’investissement, porte plus de 75% de la Formation Brut de Capital Fixe (FBCF) au Cameroun selon l’Institut National de la Statistique (INS). La SND30 prévoyait un relèvement substantiel du taux d’investissement de 23,4% en 2021 à 29% en 2030, or la dynamique du taux d’investissement est essentiellement portée par le secteur privé dont la part devrait passer de 20 à 26% sur la période et l’investissement public graviterait autour de 3,1%. Ces prévisions de la SND30 ont été contrariées par les réalisations.
En 2021 le taux d’investissement a été de 18% (contre 23,4% anticipé dans la SND30). A politique inchangée, ce taux serait de 23,8% en 2030 contre 29% attendu.
REDÉFINIR LES HYPOTHÈSES ET LES OBJECTIFS D’UNE NOUVELLE STRATÉGIE EN CONCERTATION AVEC LE SECTEUR PRIVÉ
La concertation que nous recommandons serait l’occasion de redéfinir les hypothèses et les objectifs de la Stratégie Nationale de Développement (SND) dont l’horizon pourrait être porté à 2035. Une telle approche permettrait une plus grande appropriation de la stratégie par l’ensemble des acteurs et cesserait d’être perçue comme un produit de la haute administration publique n’ayant aucune prise sur le réel.
Au-delà de la stratégie de développement, cette concertation serait l’occasion de convenir du nouveau cadre de dialogue permanent entre le gouvernement et le secteur privé, dialogue devenu velléitaire depuis la mort du Cameroon Business Forum (CBF) en 2021.
ORGANISER À L’ÉCHELLE INTERNATIONALE UN GROUPE CONSULTATIF OU UNE TABLE RONDE DES PARTENAIRES POUR LE FINANCEMENT DE LA SND
Un des enjeux majeurs de la réalisation des objectifs de la SND est son financement. Alors que les besoins de financement de la SND30 étaient estimés à 88 000 milliards de F CFA, les projections les plus optimistes rapportées par le CNSE estiment que moins de 50% de ces ressources seraient mobilisés à l’horizon 2030.
Face à ce constat, il convient de relever le déficit de promotion de la SND30 particulièrement auprès des investisseurs tant nationaux qu’internationaux. Depuis son adoption en novembre 2019, la SND30 n’a fait l’objet d’aucune opération promotionnelle de haut niveau ayant pour but d’attirer des investisseurs.
A cet effet, le gouvernement pourrait solliciter l’expertise de la Banque mondiale dans l’optique d’organiser un « Groupe Consultatif pour le financement de la Stratégie Nationale de Développement du Cameroun ». Seraient conviés à cet événement de dimension internationale, les partenaires publics bilatéraux et multilatéraux, les investisseurs privés, la diaspora, les grandes ONG internationales telles que, la Fondation Bill et Melinda Gates, la Fondation Soros (Open Society Foundations) etc.
Porté par la plus haute autorité de l’Etat, le Groupe Consultatif serait l’occasion de « vendre » la SND30 et présenter quelques projets structurants dont le financement et la mise en œuvre seraient des vecteurs de la transformation structurelle du Cameroun. Ces projets pourraient également faire l’objet de roadshow en tant que de besoin auprès de quelques cibles spécifiques.
LA MISE EN PLACE D’UNE STRUCTURE DE SUIVI-EVALUATION INDÉPENDANTE DU MINEPAT
Au-delà de la révision de la SND et de l’exercice de mobilisation des ressources pour son finance ment, l’un des piliers de la réussite de sa mise en œuvre est le mécanisme de Suivi-Evaluation. Certes, l’architecture institutionnelle de la SND30 comporte un Comité National de Suivi-Evaluation (CNSE), mais la principale faiblesse de cette instance est qu’elle est présidée par le Ministre de l’Economie de la Planification et de l’Aménagement du Territoire (MINEPAT).
Dans une telle architecture le maître d’ouvrage cumule la fonction de maître d’œuvre, ce qui non seulement engendre un conflit d’intérêt majeur, mais également constitue une source d’inefficacité et d’inertie. Pour corriger cette distorsion, il est recommandé la mise en place d’une structure de Suivi-Evaluation indépendante du MINEPAT et présidée de préférence par un acteur de la société civile.
LA SND DEVRAIT FAIRE L’OBJET D’UNE LOI VOTÉE PAR LE PARLEMENT
Par ailleurs, la SND étant la boussole économique du Cameroun, il conviendrait de lui conférer un caractère légal voire contraignant. A cet effet, elle devrait faire l’objet d’un débat et être soumise à une adoption par la représentation nationale à travers une loi. Ce changement de cap offrirait l’opportunité de passer en revue et de corriger les facteurs limitants qui plombent la réalisation du plein potentiel de l’économie camerounaise.
Ces tares sont nombreuses notamment, le déficit d’énergie électrique, la carence en infrastructures de transport (route, chemin de fer), la finalisation de la réforme de la SNI, le climat des affaires, entre autres. Une nouvelle trajectoire et une nouvelle dynamique de la mise en œuvre de la SND permettraient également de corriger certaines perceptions négatives dont pâti le Cameroun.
Dans une déclaration au magazine Jeune Afrique en janvier 2023, Serge N’Guessan alors Directeur Général de la BAD pour l’Afrique Centrale ne s’est pas embarrassé de superlatifs mais aussi de dépits : « Le Cameroun, a-t-il déclaré, est vraiment une puissance endormie. Avec de bons choix de politique publique, de gestion des ressources naturelles et de grands projets d’infrastructures, ce potentiel peut être réalisé ».
Dans la même veine, le rapport Business Ready 2025 (B-Ready) de la Banque mondiale, système d’évaluation ayant remplacé le Doing Business, classe le Cameroun parmi les mauvais élèves avec un note de 36,30/100 en ce qui concerne les services publics qui englobent tous les systèmes favorisant le respect de la réglementation et les institutions et infrastructures facilitant les affaires.
Par ailleurs, le rapport 2025 de la Banque Africaine de Développement (BAD) sur les progrès en matière d’industrialisation classe le Cameroun au 21ème rang en Afrique loin derrière le Gabon et la Guinée Equatoriale. Cela peut paraitre anecdotique mais ces indicateurs, bien que questionnables à certains égards, corroborent les conclusions de l’évaluation de la mise en œuvre de la SND30. Comme pour paraphraser Antoine de Saint-Exupéry (1943) dans Le Petit Prince : « L’avenir, tu n’as pas à le prévoir, mais à le permettre. »
Rejoindre notre groupe télégram pour avoir les dernières infos
Cliquez ici
Dernières actualités
Extrême-Nord : Une vingtaine de morts en un week-end

La région de l’Extrême-Nord a connu un des weekends les plus sanglants de l’année. Au moins dix-huit personnes sont mortes dans des attaques de Boko Haram. Dans la nuit du jeudi 2 au vendredi 3 juillet une bande d’hommes armés identifiés comme des éléments de la secte terroriste Boko Haram, a fait irruption dans le village Milari, situé à une dizaine de kilomètres de la ville de Kousseri. Profitant de la nuit, ces derniers ont mené une attaque d’une rare violence. Sortis brusquement de leur sommeil, les habitants de ce village n’ont pas eu le temps d’organiser une quelconque riposte face au pillage et à la destruction de leurs biens. Le bilan fait état de neuf morts. Il s’agit de Sale Aboukoudja, Sakine Abdoulaye, Halid Halal, Ahouna Djibrine, Mahamat Issa, Allawane Ramadan, Barka Djibrine, Imar Adoum et Awat Djibrine.
Neuf autres personnes s’en sortent avec des blessures de divers degrés. Il s’agit de Maikala Galadjima, Ramat Oumar, Mahamat Ramadan, Djibrine Mahamat, Mamat Ramadan, Hessana Abdoulaye, Abakar Moussa, Mamat Issa et Dana Imar. Ces derniers ont été évacués dzns les hôpitaux les plus proches, notamment à Kousseri et Kala-Kafra.
Cette attaque survient quelques semaines après la découverte d’une cargaison d’armes dans cette localité. Les riverains avaient alerté les services de sécurité qui les ont emportées. L’attaque de la.nuit du 2 au 3 s’apparente à une revanche des terroristes qui font payer aux populations de Milari le prix de leur collaboration avec les forces de défense et de sécurité.
Le weekend s’est achevé avec une autre attaque annoncée du côté de Mozogo, une commune du département du Mayo-Tsanaga voisin. Selon une source proche des services de sécurité, une horde de combattants de Boko Haram a lancé une offensive sur cette localité, faisant au moins neuf morts et de nombreux blessés graves. L’on n’en sait pas encore grand chose.
Après une courte période d’accalmie, la région de l’Extrême-Nord revit depuis quelques semaines le cauchemar des attaques de groupes armés identifiés comme la secte terroriste Boko Haram. Malgré le déploiement des forces de défense et de sécurité, les terroristes parviennent toujours à sévir., en raison de plusieurs facteurs dont la porosité de la frontière avec le Nigéria et du faible effectif des troupes dans certaines localités.
Rejoindre notre groupe télégram pour avoir les dernières infos
Cliquez ici
Dernières actualités
Biwolé, Gwet et Puene : Le trio attendu par les Camerounais

Fatiguées des promesses en suspens, les populations camerounaises exigent une gouvernance de rupture fondée sur la compétence brute et l’action de terrain. Entre désir de renouvellement générationnel et besoin de rigueur systémique, radiographie d’une transition espérée où chaque homme et chaque femme doit enfin être à sa juste place.
L’atmosphère change profondément dans nos chaumières. En effet, la résignation cède la place à l’exigence. Les citoyens veulent des résultats concrets et rapides. Par conséquent, il faut une refonte des profils ministériels. De plus, chaque leader doit occuper sa juste place.
L’impératif de la rigueur financière
Pour redresser l’ économie du Cameroun, la rigueur s’impose. Ainsi, le profil de la Pr Viviane Biwolé devient incontournable. Elle combat l’inertie publique depuis des années. Ses analyses approfondies guident la gestion des entreprises. De surcroît, sa maîtrise universitaire assainira les finances publiques du pays.Enseignante-chercheuse renommée et experte incontournable en management public, elle incarne cette rigueur technique qui fait cruellement défaut aux salons ministériels.« Nos entreprises publiques meurent à cause du copinage et d’une gestion calquée sur le siècle passé. Il nous faut quelqu’un qui maîtrise le management moderne et qui n’a pas peur de bousculer les mauvaises habitudes. Pour moi, c’est la Pr Viviane Biwolé qu’il faut à la gestion administrative et financière. Elle a la science, l’expérience et l’intégrité pour balayer la corruption qui asphyxie nos banques et nos structures. »,Marc Omgba, comptable à Yaoundé.
Le défi énergétique et l’emploi
Par ailleurs, les délestages chroniques freinent l’industrie nationale. C’est pourquoi le secteur de l’énergie requiert un expert. Jean-Blaise Gwet maîtrise parfaitement ce domaine crucial. En tant qu’homme d’affaires, il propose des solutions concrètes. En outre, il équilibre la balance entre jeunes et vieux. Cet ancrage favorise directement la création d’emplois durables.« L’électricité stable manque cruellement à nos PME.Toutefois, Jean-Blaise Gwet apporte une vision moderne. Son expertise industrielle sauvera notre jeunesse du chômage. »Amadou Ibrabe, startupper à Garoua.En plus de son expertise sectorielle, sa stature d’entrepreneur engagé en fait un rempart politique idéal . Car, il est capable de structurer le dialogue indispensable entre la sagesse des anciens et l’urgence d’insertion de la jeunesse, transformant la transition énergétique en un véritable gisement d’emplois durables, affirme plusieurs citoyens du pays.
L’audace du commerce local
Parallèlement, le commerce doit valoriser nos matières premières. Prenons l’exemple de la transformation locale du cacao. À cet égard,Le secteur commercial camerounais doit impérativement s’affranchir de l’exportation brute pour embrasser la transformation locale. L’exemple parfait de cette révolution industrielle est porté par la jeune entrepreneuse, Lisette Claudia Tame qui a courageusement ouvert son usine de transformation de cacao à Bangou. Cette initiative prouve sur le terrain qu’il est possible de capter la valeur ajoutée des matières premières camerounaises et de créer de la richesse inclusive. Confier les rênes du Ministère du Commerce à une figure issue de cette nouvelle vague entrepreneuriale permettrait de réorienter les politiques d’import-substitution et d’ouvrir de nouveaux marchés internationaux pour le Made in Cameroon..« Nous exportons nos richesses agricoles sans valeur ajoutée. Certes, cette usine à Bangou prouve notre potentiel. Cette entrepreneuse mérite donc de diriger le commerce. »,Florence Ngo, agricultrice à Édéa.
Une architecture gouvernementale réorganisée
Enfin, d’autres ministères nécessitent des réformes immédiates. Au niveau Infrastructures et travaux publique,Célestine Ketcha Courtès doit piloter les routes. Ses descentes sur les chantiers routiers prouvent son efficacité constante.Sur le terrain, l’action est visible : sa capacité à descendre dans la boue des chantiers et à tancer les entreprises défaillantes montre un pragmatisme rare qui doit être capitalisé pour achever les grands corridors nationaux.
Concernant l’éducation ,il est important de fusionner l’enseignement de base et le secondaire. Un seul chef rationalisera les budgets scolaires.Cette centralisation est indispensable pour harmoniser les programmes, rationaliser la gestion des carrières des enseignants et mettre fin au cloisonnement budgétaire qui paralyse le système éducatif.
Une chose importante à ne pas oublier, le tourisme .Pour bon nombre de citoyens camerounais, Françoise Puene, relancera ce secteur stratégique. En effet, son histoire inspirante de réussite hôtelière motive la jeunesse. Ambassadrice du Youth Connect Cameroon, elle prône l’auto-emploi et le culte de l’effort loin de la dépendance de la fonction publique. Son expertise dans l’hôtellerie et son aura auprès des jeunes en feraient une ministre redoutable pour redynamiser le tourisme national et booster l’insertion professionnelle.
Au niveau du Sport , malgré plusieurs critique, le peuple camerounais voit bien Samuel Eto’o. Pour eux, il portera haut l’ambition du ministère. Malgré les vives critiques de sa gouvernance son réseau reste unique. Selon plusieurs analystes politiques, s’il est entouré d’un cabinet technique rigoureux et d’administrateurs chevronnés, son leadership et sa hargne de vaincre peuvent transformer le sport camerounais en une véritable industrie génératrice de devises et de fierté nationale.
Le Cameroun ne manque pas de talents ; il souffre d’un déficit d’allocation de ses compétences. Le modèle du fonctionnaire déconnecté des réalités économiques a atteint ses limites. Qu’il s’agisse de la rigueur académique de Viviane Biwolé, du sens des affaires de Jean-Blaise Gwet ou de la résilience industrielle des jeunes transformateurs de Bangou, les solutions existent sur le terrain. Placer l’homme ou la femme qu’il faut à la place qu’il faut n’est plus une option politique, c’est une urgence vitale pour la survie socio-économique de la nation.
En fait, le Cameroun regorge de talents bruts. Néanmoins, leur mauvaise allocation bloque notre essor commun. Placer les compétences adéquates résoudra la crise. C’est le chemin obligatoire vers la prospérité.
Rejoindre notre groupe télégram pour avoir les dernières infos
Cliquez ici
Dernières actualités
Cameroun-France : Comment l’AFD répartit ses 622,8 milliards de FCFA au Cameroun

Les chiffres sont éloquents. Au 31 décembre 2024, le portefeuille du groupe AFD au Cameroun atteignait plus de 594 milliards FCFA, soit la plus grosse part du total d’environ 1705,4 milliards FCFA engagés en Afrique centrale. En 2025, ce volume a encore progressé pour atteindre environs 622,8 milliards FCFA, répartis sur 51 projets — 47 pilotés par l’AFD elle-même, 4 par Expertise France — selon le rapport d’activité du groupe. La ventilation de cet ensemble entre les trois entités du groupe est claire : 574,4 milliards FCFA pour l’AFD, 40,5 milliards FCFA pour Proparco — sa filiale dédiée au secteur privé — et plus de 7,8 milliards FCFA pour Expertise France.
Ce que ce chiffre global ne dit pas, c’est la répartition sectorielle. Et c’est là que l’analyse devient instructive. En 2025, les infrastructures et le développement urbain captent 44,2 % des engagements du groupe. Le financement des institutions financières privées en absorbe 35,9 %. La gouvernance représente 6,8 %, l’éducation, la formation et l’emploi 6,4 %. À l’autre bout du spectre, l’agriculture et la sécurité alimentaire ne pèsent que 1,7 %, l’eau et l’assainissement 2,2 %, et le secteur productif 2,9 %.
L’INFRASTRUCTURE, CHOIX ASSUMÉ ET COHÉRENT AVEC L’HISTOIRE
La concentration sur les infrastructures n’est pas un accident. Elle reflète une logique ancienne et des besoins réels. L’AFD est présente au Cameroun depuis 1960, et le pays est historiquement l’un des principaux bénéficiaires de ses financements en Afrique, avec des engagements représentant en moyenne annuelle près de 150 milliards de FCFA depuis 2002. Le projet phare de 2025 illustre parfaitement cette orientation.
Le 21 janvier, cinq conventions de financement représentant 175,5 millions d’euros ont été signées au ministère de l’Économie. La principale concernait le Programme de lutte contre les inondations à Douala et à Yaoundé — le PLIDY — soutenu par un prêt souverain de 150 millions d’euros. Le projet cible la récurrence des inondations qui affectent les deux principales métropoles du pays, avec l’objectif de réduire durablement la vulnérabilité des populations et des infrastructures. Ce seul projet représente donc à lui seul l’équivalent de presque cinq fois l’intégralité du budget triennal que le gouvernement camerounais vient de consacrer à la relance de la filière blé. L’AFD a également accompagné le programme Capitales Régionales — financé via le C2D — qui vise à moderniser les infrastructures urbaines dans cinq villes secondaires, ainsi que l’initiative Sporcap pour l’accès aux équipements sportifs.
L’AGRICULTURE RESTE À LA MARGE
C’est ici que le contraste devient saisissant. Le gouvernement camerounais a fait de la souveraineté alimentaire l’un des axes structurants de la Stratégie nationale de développement 2020- 2030 (SND30). Le Plan intégré d’import-substitution agropastoral et halieutique (PIISAH) 2024-2026 a engagé 1 500 milliards de FCFA pour réduire la dépendance aux importations de riz, blé, huile de palme et autres produits de base. Dans ce contexte, les 1,7 % des engagements AFD alloués à l’agriculture et à la sécurité alimentaire en 2025 interpellent.
Cette part infime contraste avec ce que l’institution fait par ailleurs dans d’autres pays. Entre 2018 et 2024, Proparco a doublé ses financements annuels en Afrique et mobilisé plus de 7,6 milliards d’euros — environ 1,2 milliard par an — notamment en faveur des infrastructures, de l’agriculture et de la sécurité alimentaire, des systèmes financiers et des services essentiels.
Ces priorités affichées à l’échelle continentale ne semblent pas se traduire avec la même intensité dans le portefeuille camerounais. Il existe pourtant des précédents solides. L’AFD a accompagné 8 000 projets productifs au Cameroun à travers le programme ACEFA, qui a touché 260 000 exploitations agricoles et financé des microprojets dans les secteurs des céréales, de l’élevage, de la transformation agroalimentaire et de la commercialisation.
La phase de consolidation du programme vise désormais un million d’exploitations agricoles camerounaises d’ici 2035, sachant que ces deux millions d’exploitations familiales assurent près de 80 % de la production agricole nationale. Ces réalisations existent — mais leur poids budgétaire dans le portefeuille 2025 reste marginal face aux grands projets urbains.
LES PRÊTS SOUVERAINS AU CENTRE DU JEU
La répartition par outil financier éclaire une autre dimension du portefeuille. En 2025, les prêts souverains représentent 33,9 % des engagements, suivis des prêts seniors à 23,2 %, du C2D à 16,2 % et des garanties à 12,6 %. Les subventions — outil non remboursable par nature et donc le plus adapté aux projets à impact social direct sans retour financier immédiat, comme en agriculture — ne pèsent que 6,3 % du total. Cette architecture financière a une logique propre. Les grands projets d’infrastructures se prêtent naturellement aux prêts souverains, parce qu’ils génèrent des actifs tangibles qui peuvent garantir un remboursement.
Les projets agricoles, en revanche, impliquent souvent des populations dispersées, des rendements incertains et des horizons de retour longs — conditions peu compatibles avec des instruments de dette classique. La faiblesse de la part des subventions dans le portefeuille peut donc partiellement expliquer le sous-financement relatif du secteur agricole. En Afrique centrale, sur la période sous revue, 64 % des engagements de l’AFD ont été consacrés à des projets d’infrastructures et de développement.
Le Cameroun, en tant que principal récipiendaire régional, reflète fidèlement cette orientation continentale. Yaoundé choisit-il cette répartition, ou la subit-il dans la négociation avec son bailleur ? La question mérite d’être posée.
SND30 ET AFD : DEUX STRATÉGIES EN QUÊTE D’ALIGNEMENT
La SND30 fixe des cibles précises en matière de transformation structurelle, il s’agit de la réduction des importations alimentaires, de développement de l’agro-industrie, de la création de valeur ajoutée locale. Or la logique d’un bailleur dont les principaux instruments sont des prêts souverains tend à favoriser des projets à grande visibilité urbaine — routes, drainage, équipements — plutôt que des chaînes de valeur agricoles qui nécessitent des années d’accompagnement diffus avant de produire des résultats mesurables.
Rejoindre notre groupe télégram pour avoir les dernières infos
Cliquez ici

Société2 years agoPrésidentielle 2025 au Cameroun: voici les 10 candidats qui ont déjà déclaré leurs candidatures

Dernières actualités2 years agoCameroun : Liste complète des 250 ethnies qui font la fierté de la nation

Politique2 years agoPrésidentielle 2025 : voici les 10 candidats qui ont déjà déclaré leurs candidatures

Politique1 year agoÉlections présidentielles 2025 au Cameroun : Quels candidats ont les meilleures chances de succès ?

Actualités locales4 months agoThéodore Datouo élu président de l’Assemblée nationale du Cameroun !
- Société1 year ago
Obtenez votre CNI en 48 heures : voici les 13 centres d’enrôlement au Cameroun

Faits divers2 years agoFrais de retrait Orange Money Cameroun : Tout ce que vous devez savoir

Société2 years agoVoici l’origine des noms de 20 quartiers de Yaoundé














