Actualités locales
« le conseil supérieur de la magistrature ne va pas refaire le monde… »

Le Médiateur Universel, Président de la Commission indépendante contre la corruption et la discrimination (COMICODI), Président du Mouvement Populaire pour le Dialogue et la Réconciliation (MPDR), relate dans la sortie qui va suivre des attentes du prochain conseil de la magistrature.
L’inéluctable et terrible Conseil supérieur de la magistrature
Entre peur, espoir, désespoir, humiliation, déception et vengeance, WHY ?
Quand une société bascule, à tort ou à raison, explicitement ou implicitement, objectivement ou subjectivement dans des incertitudes chroniques pour tous les rapports humains, la consécration, la préservation, la protection et la certification des droits et des libertés, deviennent une urgence absolue. Dans ce contexte, la quête de justice, le besoin d’affirmation et de réaffirmation de la vérité, mettent celles et ceux chargés des médiations institutionnelles ainsi que des arbitrages par la prononciation des rigueurs de la loi depuis les pupitres des tribunaux ou les cabinets feutrés propres à leurs expertises, dans la dure réalité de représenter la lumière ou l’obscurité. Ce sont les magistrats. Et de qui ou de quoi tiennent-ils leur posture de circonstance, sinon de la cloche du conseil supérieur de la magistrature, sous l’autorité du chef de l’Etat ?
Je le disais avec beaucoup de peine, à une jeune veuve venue solliciter mon écoute et mon intervention. La pauvre dame répétait sans s’arrêter, comme un appareil de musique en complète dérive: « ce monsieur m’a tué, il a tout gâté dans ma vie, il a tué mon mari une deuxième foi, j’ai vu le diable sur terre dans ce magistrat ». Changement de décor, et cette fois, un jeune homme, plein de vie et d’optimisme, un vrai patriote : « Mais pourquoi attendre si longtemps ? Grand, trouvez-moi n’importe quoi et je vais faire pour gagner ma vie. Depuis que je suis sorti de l’ENAM, je tourne en rond avec mes camarades. On a trop attendu, c’est méchant de nous faire ça. Continuons, et maintenant, c’est un vrai professionnel de terrain, un magistrat en poste: Monsieur Shanda, vous qui avez toujours une réponse à tout. Que dites-vous de notre situation ? Voici cinq ans que je poirote au même poste, le grade n’a pas bougé, et bientôt ce sera la retraite. C’est comment avec tes amis d’en haut. Nous servons même encore à quoi, si notre carrière doit être ainsi. Et on nous insulte ?
Nous y sommes, et chacun peut comprendre, appréhender, mesurer la patience et l’impatience, les récriminations et les humeurs, les émotions aussi. Entre ceux qui estiment que la justice n’existe plus à cause des magistrats, et des magistrats eux-mêmes qui tantôt attendent d’exercer enfin, ou d’être promus, il y a des raisons nourries de se focaliser sur une échéance, un événement, qui devient sans doute pour certains, une fin en soi. Et pourtant, le corps de la magistrature est tout comme les autres, avec ses imperfections, ses gens biens, ses professionnels, ses cancres et ses brebis galeuses. La pire des choses serait de vouloir crucifier tout un corps, de la jeter en pâture, d’oublier qu’ils agissent et interagissent dans une société avec ses couleurs, ses avatars, ses insuffisances, ses doutes aussi. Certes, j’ai vu des avocats sortir d’une audience et décider de ne plus remettre les pieds au palais de justice. J’ai vu des juges revenir sur la même affaire plusieurs fois, fermer et rouvrir un dossier, terminer et relancer la même affaire. Nos prisons sont remplies de citoyennes et de citoyens qui vous étalent mille arguments et preuves de leurs innocences. Il y a des délibérés qui choquent, qui font vomir et détester pas seulement les magistrats mais son pays avec. Les cas sont légion, et on parle des cabinets des juges devenus des comptoirs marchands, sans même évoquer les cas des titres fonciers, annulés brutalement par un juge. Le train de vie de certains aussi, ostentatoire, et leurs investissements.
Arrêtons là le massacre et prenons les choses de manière plus responsables et plus humaine. Il n’y a pas que les magistrats dans la société, et il n’y a pas que chez eux que se nouent les drames qui nous impactent. Nous sommes globalement dans une situation où personne ne serait franchement autorisée, fondée ou assez propre et intègre pour brûler vif les magistrats et le système judiciaire. La tolérance et le patriotisme supposent aussi que l’on sache porter tous nos problèmes, et aborder les solutions de façon globale, parce que le mal est global. L’éventuelle tenue du conseil de la magistrature fera certainement des heureux, ne serait-ce que nos jeunes qui attendent depuis pour être consacrés et intégrés.
Il ne manquera pas des malheureux non plus, ces autres magistrats qui se savent fichés par la chancellerie et cochés en rouge pour toutes sortes de travers, de plaintes, de signalements. Mais rassurez-vous, il existe des magistrats brillants, honnêtes, compétents, loyaux, serviables et intègres. A ceux-là les fleurs et les applaudissements, car personne ne s’enfuira du Cameroun parce que ceux-là auraient ruiné ses investissements, à l’instar de certaines grosses décisions impactant, discutables, déplorables et honteuses. Quant aux instincts de vengeance et de règlements des comptes, j’en appelle à la sérénité, au calme et à la responsabilité. Aux avocats, c’est un métier et un choix de vie. Ils doivent apprendre à gérer et vivre dans cette atmosphère, à comprendre que c’est tout un système et que des défaillances voire des imperfections sont possibles. La bonne intelligence demeure la clé, Et pour les justiciables, la justice c’est la justice et le Cameroun c’est le Cameroun, notre pays. IL vient toujours un jour, un temps, où des surprises renversent les tables et présentent le bonheur.
La peur, l’espoir ou le désespoir, résident plus dans les déformations de notre contexte avec ses tares et ses incompréhensions. La magistrature et les magistrats, n’en sont qu’un maillon. Le conseil supérieur de la magistrature ne va pas refaire le monde, ni changer la couleur du soleil et de la nuit. Cessez de vous agiter et calmez-vous./.
Yaoundé, le 16 mars 2026
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« pendant que le pays s’enlise, la classe politique s’écharpe sur les réseaux »

Le deuxième vice-président national du Social Democratic Front (SDF), Louis Marie Kakdeu, appelle la classe politique camerounaise à recentrer le débat sur les problèmes économiques et sociaux du pays, dénonçant une vie politique qu’il estime de plus en plus dominée par les querelles sur les réseaux sociaux.
Dans une tribune publiée samedi, intitulée « Le clash comme programme politique, ou comment le régime dort tranquille », l’économiste et universitaire estime qu’une partie de l’opposition consacre désormais davantage d’énergie aux affrontements entre personnalités qu’aux propositions destinées à répondre aux difficultés quotidiennes des Camerounais.
« Pendant que le pays se noie, s’éteint et s’enlise, une néo-classe politique s’écharpe sur les réseaux sociaux », écrit-il.
Louis Marie Kakdeu cite notamment les difficultés liées aux infrastructures routières, aux approvisionnements en gaz, au coût de la vie et au chômage. Il déplore que ces sujets suscitent, selon lui, moins d’attention sur les réseaux sociaux que les polémiques entre responsables politiques.
Lire la tribune de Louis Marie Kakdeu :
« Cameroun : le clash comme programme politique, ou comment le régime dort tranquille
Coup de gueule : Pendant que le pays se noie, s’éteint et s’enlise, une néo-classe politique s’écharpe sur les réseaux sociaux. Le pouvoir n’a même plus besoin de se défendre. Les informations sur la mauvaise gouvernance du pays font beaucoup moins de bruit que la querelle de personnes. Ce n’est pas un accident. C’est un système. Et la néo-opposition dite « radicale » a pour mission d’aider le régime en place à distraire le peuple.
Une distraction regrettable
L’on met désormais 4 heures de temps en voiture entre Douala (Yassa) et Edéa (moins de 50 km), mais le citoyen qui est assis au fond d’un bus crasseux dans lequel il pleut ne se plaindra ni de la pluie qui tombe sur sa tête, ni de l’état de la route en dégradation avancée. Il cherche plutôt à sauver son téléphone et à se plaindre des problèmes de connexion internet qui l’empêchent de suivre en direct les clashes sur les réseaux sociaux : on y parle de tout sauf des milliers de Camerounais qui meurent sur les routes, de la pénurie de gaz, de la cherté du coût de la vie, du chômage massif, etc. On ne parle pas de ce qui accable le régime et qui concerne la vie quotidienne des citoyens. L’image de ce paradoxe camerounais est que les chômeurs ont voté le 12 octobre 2025 pour le ministre qui les a maintenus au chômage et qui leur a servi le bluff.
Le clash comme programme
Nous avons désormais une vie politique rythmée par des querelles, pas par des idées. Depuis la présidentielle d’octobre 2025, qu’a-t-on surtout débattu ? Des rumeurs de mœurs, des histoires d’argent, des « révélations » sans preuve et des audios « fuités ». Elles font cliquer, mais elles n’ont jamais produit un kilomètre de route ni un litre d’eau. Des procès en trahison sont le sport favori de certains. Il s’agit des débats sur la moralité des personnalités politiques comme s’il y avait un seul « saint » sur terre : « Que celui ou celle qui est saint(e) jette en premier la pierre sur l’autre ! ».
Vous voyez des gens dont les vies sont entièrement sales qui estiment que la vie des autres est sale. Un vrai paradoxe camerounais. On estime que la vie des personnalités politiques doit être « propre » comme si l’on était au ciel ou comme si l’on interdisait à certains d’être aussi « personnalités politiques » ou de le devenir pour monter le bon exemple. Une posture caractéristique d’un déficit criard d’engagement citoyen au Cameroun. Chaque jour, une part de l’énergie militante est dépensée à partager, commenter ou démentir des rumeurs.
Qui profite du bruit ?
La réponse est simple : le pouvoir en place. Un régime qui dure depuis plus de quarante ans n’a qu’un ennemi sérieux : le bilan. Tout débat sur les résultats l’oblige à répondre du délestage, du prix de l’eau, des chantiers inachevés, des budgets engloutis. Il n’a donc qu’un intérêt : que le débat porte sur autre chose. Chaque polémique entre néo-opposants lui offre ce cadeau. Avant les scrutins à venir, le régime affiche une retenue décrite comme de la discipline, pendant qu’une agitation désordonnée règne dans plusieurs camps de la néo-opposition. Le pouvoir peut se taire : la néo-opposition parle à sa place, et parle d’elle-même.
C’est le point le plus douloureux. Une partie de la néo-opposition qui se dit « radicale » a fait de la posture un projet : la dénonciation permanente, l’anathème contre ceux qui participent, le boycott érigé en principe, le « tout ou rien ». Elle vit du clash parce que le clash produit de l’audience, et l’audience passe pour une légitimité. Or, ni l’une ni l’autre ne remplacent une offre politique.
Le résultat est mécanique : Tant que « radical » signifie « celui qui hurle le plus fort », il n’y a ni programme chiffré, ni équipe prête à gouverner, ni ancrage local durable. Et le régime peut se présenter comme le seul acteur capable de gérer un État. On ne renverse pas un système avec des punchlines : on l’use par des propositions. Et c’est mon message principal aux citoyens camerounais. Je ne m’attends pas à être entendu ; je ne suis pas dupe. Mais je joue mon rôle.
À l’inverse, l’opposition authentique, celle qui fait le travail patient (élus locaux, programmes sur l’eau, l’énergie, la décentralisation, contre-budgets, contrôle de l’action gouvernementale), n’a ni les plateaux ni les partages. On dit de cette opposition qu’elle est invisible dans l’espace public qui récompense le scandale. Elle est pourtant la seule à préparer l’alternance et l’alternative pour de bon, celle qui permettra de gouverner ensuite et de gouverner utilement.
Le Cameroun n’a pas besoin d’un feuilleton de plus. Il a besoin d’eau, de courant, de routes, de caniveaux qui ne débordent pas. Tant que les acteurs politiques préféreront le buzz et le bluff, les Camerounais continueront de payer la note, et le régime dormira tranquille.
Louis Marie Kakdeu, MPA, PhD & HDR
Deuxième Vice-Président National du SDF
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