Actualités locales
Plaidoyer pour une authenticité de la spiritualité Basa’a

C’est avec beaucoup d’attention et d’intérêt que j’ai pris connaissance de votre lettre adressée au collège sacré des Bambombok en requête de parrainage pour des actions bénéfiques à notre peuple dans son entièreté, puisqu’elles s’inscrivent dans une vision de renaissance culturelle, mémorielle et intellectuelle, explique Vénérable Mbombok.
Lire ici son plaidoyer :
Cette vision devrait se matérialiser dans des projets pilotes qui se concrétiseraient dans :
- Le projet de rédaction de l’ouvrage « génocide et mémoire »
- Le projet d’un musée-panthéon Bassa-Bati-Mpôô
- Le projet de développement de l’université Ruben Um Nyobe
J’entends vous faire savoir que de mon point de vue, tous ces projets font sens et s’inscrivent dans une dynamique de transmission transgénérationnelle du savoir que les Bambombok et patriarches de nos contrées Basa’a doivent encourager, voire porter pour perpétuer la mémoire de notre peuple et la force de notre spiritualité.
DE L’IMPORTANCE DE L’HISTOIRE
Voyez-vous, l’histoire est primordiale à la connaissance de l’identité de l’être et la mémoire perpétue la connaissance, le savoir, les mythes et légendes qui densifient la nature d’un individu sur cette terre. Certes, comme le disent des sociologues, « l’être humain est à la fois unique et porteur de culture ».
Ce qui signifie que tout peuple a une histoire. Il ne suffit donc pas simplement d’en prendre acte, mais d’en avoir la pleine conscience afin d’alimenter la mémoire. Car une histoire peut être falsifiée et celle de l’Africain l’a été mille fois par ceux qui la narraient à leur place, pendant des siècles. La mémoire quant à elle est le carburant qui permet à l’histoire de prospérer et d’inspirer les hommes. Les peuples les plus glorieux de la terre, depuis l’Antiquité sont ceux qui ont su transformer leur histoire en force motrice capable d’alimenter la flamme de leur expansion et de leur progrès.
Dans des temps plus contemporains, les pays asiatiques et particulièrement la Chine qui s’est réveillée dans les années 70, avec Deng Xiao Ping, ont appris de leur histoire à la fin du XIXe siècle (notamment à la suite des humiliations subies par les traités inégaux consécutifs aux guerres de l’opium). Ils s’en sont servis comme des catalyseurs d’unité et de fierté nationale. Aujourd’hui, la Chine est la 2e puissance économique du monde (la première en Parité Pouvoir d’Achat) et elle n’a pas renié sa tradition, au contraire. Le Taoïsme et le Bouddhisme n’y sont pas pour rien car sans spiritualité, un peuple n’a ni substrat conceptuel qui légitime sa perception du monde, ni direction pour entériner la concrétisation de son existence véritable.
DE L’ÉCRITURE D’UN OUVRAGE AFIN DE PERPÉTUER LA MÉMOIRE COLLECTIVE
Les gardiens de la tradition que nous sommes avons le devoir de perpétuer cette mémoire au travers d’ouvrages, préoccupation qui s’inscrit dans le prolongement de votre premier projet. Cependant, vous l’orientez vers l’écriture d’un ouvrage sur le génocide Bassa et l’impériosité d’une mémoire ardente qui pourrait servir d’idéologie à notre peuple. Je m’explique.
Il ne s’agit pas d’écrire un ouvrage, mais des centaines, voire des milliers sur plusieurs générations pour incruster notre propre vision de notre histoire, pour narrer notre perception du monde à travers les époques, pour expliquer notre spiritualité, c’est-à-dire notre vision à la fois cosmogonique et cosmologique du monde. De nombreux ouvrages existent déjà dont les miens, et d’autres sont rédigés pour ceux qui prennent la peine de les lire, je ne les rappellerai donc pas ici. Mais d’autres suivront, dont les miens aussi, puisque je suis toujours en perpétuelle rédaction d’ouvrages. La question centrale est : Qui serait le porteur d’un tel projet ? Qui le financerait ? Et comment s’organiserait la direction d’une telle œuvre universitaire ?
D’autres ethnies du Cameroun ont aussi savamment alimenté cette histoire au point de la vanter comme des référents culturels légitimant leur spécificité anthropologique. Le peuple Basa‘a a le devoir d’alimenter sa mémoire. Il ne s’agit pas de concurrence mémorielle ni d’échelle comparative, mais d’analyse différentielle dans la transformation positive d’un drame commun en opportunité de synergie. Le peuple Basa’a n’a pas réussi à transformer son génocide en une force. Au contraire, les Basa’a ont plutôt alimenté des foyers de sectarisme intracommunautaire entre ceux qui étaient pour Ruben Um Nyobe et les autres appelés « Dikokon » notamment par le Mpodol lui-même dans ses écrits sous maquis. Cette scission s’est poursuivie par ceux qui tendancieusement ont postulé et alimenté l’idée d’un traître en la personne de notre patriarche Mayi Matip Ma Ndombol, générant par le fait un clivage partisan au sein même de notre communauté. Dans cette configuration de belligérance, il est souvent très difficile de fédérer les irrédentismes qui se sédimentent et deviennent des postulats au fil du temps, faute pour les intellectuels d’avoir réussi à éclairer le peuple.
POUR CE QUI EST DE LA CONSTRUCTION D’UN PANTHÉON-MUSÉE BMB : PLAIDOYER POUR LE MBOG
Le deuxième volet de vos propositions porte sur le projet de création d’un musée-panthéon Bassa Bati Mpôo. L’idée est très séduisante sur le papier, mais notre peuple n’a pas cette culture communautariste qui nous singulariserait en nous fédérant. En d’autres termes, contrairement aux autres ethnies qui ont su développer des principautés, des royautés et autres sultanats au Cameroun, le peuple Basa’a a plutôt une organisation de type démo-anarchique, c’est-à-dire que nous faisons partie des peuples qui ont plusieurs guides.
La difficulté d’une telle œuvre est aussi liée aux bicéphalismes consécutifs à la mise en place des chefferies dites traditionnelles par une loi de 1977 qui n’a jamais été amendée dans le fond (si non par un léger toilettage en 2013 à des fins de fragmentation des cellules de bases). Ce que j’essaie de vous faire comprendre, c’est que les chefferies qui dans le peuple Basa’a sont des excroissances administratives, des auxiliaires de l’administration, sont venues se substituer à une organisation de type traditionnel légitimée par la culture ancestrale dont le Mbombok fut le garant. Cette confusion des genres ne facilite pas le développement d’une proximité idéologique entre les chefs inféodés à l’administration et les Mbombok, autorités légitimées par la tradition.
En effet, pour qu’un tel musée puisse voir le jour, nous devons d’abord restaurer l’autorité traditionnelle. Ce qui signifie que le MBOG doit devenir le socle spirituel anthropologique de notre peuple, COMME AVANT ! Sans cette condition préalable et non négociable, nulle fédération ne se fera. LE PEUPLE BASA’A NE POURRA DÉVELOPPER DES PROJETS ENSEMBLE QUE LORSQUE LES BASA’A REGARDERONT TOUS VERS LA MÊME DIRECTION, C’EST-À-DIRE VERS LEUR SPIRITUALITÉ ORIGINELLE. Ce qui signifie donc revenir aux fondamentaux qui font qu’on se reconnaît en tant qu’un seul peuple. Or, aujourd’hui les conditions ne sont pas réunies, ici aussi pour plusieurs raisons :
- Les Basa’a ont tourné le dos à leur tradition
- Beaucoup de guides (BAMBOMBOK) qui devaient incarner cette pureté du sang et de la loi universelle, cette exigence du sceau et ces valeurs morales se sont dévoyés et se sont compromis : QUAND LES GUIDES DEVIENNENT CORROMPUS, LE PEUPLE LES EXÈCRE
- Le Basa’a perdu s’est mis à copier toutes les cultures au point de perdre sa propre identité
En conséquence,
Pour changer cela, il faut une nouvelle race de SEIGNEURS, une nouvelle alliance avec le peuple et une trajectoire qui nous ramène aux fondamentaux de notre spiritualité !
Toutefois, le projet de musée est une excellente idée à laquelle je ne puis que souscrire puisque je suis en pleine construction du MBAY MBOG NKODA NTOÑ dont l’inauguration aura lieu dans 2 mois à BOGSO, si les ancêtres et Hilôlômbi me prêtent vie et vous y êtes personnellement invité comme tous les Mbombog Nkoda Ntoñ, puisque ce sera notre MBAY MBOG. Je ne le construis pas par besoin d’ostentation, mais parce que c’est mon devoir et si je le fais, c’est que Hilôolômbi m’en a donné les moyens et l’opportunité qui s’inscrivent dans la continuité de son œuvre. Que les ancêtres sont remerciés !
Ce MBAY MBOG n’est qu’une étape, mais que j’espère décisive vers l’édification de ce musée panthéon que vous appelez de vos vœux. Lorsqu’un jour prochain les Basa’a se verront comme un peuple, alors ils construiront une œuvre non plus individuelle telle que la mienne, mais bien une construction collective dont nous aurons été les précurseurs à notre époque : C’EST CELA LA TRANSMISSION GÉNÉRATIONNELLE DE L’HISTOIRE À TRAVERS LA MÉMOIRE, MAIS SURTOUT DES ACTES FORTS.
Voilà mon humble avis quant à la requête qui a été formulée à l’adresse des Babombok, personnages politiques centraux du peuple Basa’a et figures tutélaires de toute l’organisation anthropologique de notre peuple.
Avec mes salutations confraternelles,
MBOMBOG MINYEM MI SONG MINYEM
Nlémlè Nkuu Matén Ma Njèè
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« pendant que le pays s’enlise, la classe politique s’écharpe sur les réseaux »

Le deuxième vice-président national du Social Democratic Front (SDF), Louis Marie Kakdeu, appelle la classe politique camerounaise à recentrer le débat sur les problèmes économiques et sociaux du pays, dénonçant une vie politique qu’il estime de plus en plus dominée par les querelles sur les réseaux sociaux.
Dans une tribune publiée samedi, intitulée « Le clash comme programme politique, ou comment le régime dort tranquille », l’économiste et universitaire estime qu’une partie de l’opposition consacre désormais davantage d’énergie aux affrontements entre personnalités qu’aux propositions destinées à répondre aux difficultés quotidiennes des Camerounais.
« Pendant que le pays se noie, s’éteint et s’enlise, une néo-classe politique s’écharpe sur les réseaux sociaux », écrit-il.
Louis Marie Kakdeu cite notamment les difficultés liées aux infrastructures routières, aux approvisionnements en gaz, au coût de la vie et au chômage. Il déplore que ces sujets suscitent, selon lui, moins d’attention sur les réseaux sociaux que les polémiques entre responsables politiques.
Lire la tribune de Louis Marie Kakdeu :
« Cameroun : le clash comme programme politique, ou comment le régime dort tranquille
Coup de gueule : Pendant que le pays se noie, s’éteint et s’enlise, une néo-classe politique s’écharpe sur les réseaux sociaux. Le pouvoir n’a même plus besoin de se défendre. Les informations sur la mauvaise gouvernance du pays font beaucoup moins de bruit que la querelle de personnes. Ce n’est pas un accident. C’est un système. Et la néo-opposition dite « radicale » a pour mission d’aider le régime en place à distraire le peuple.
Une distraction regrettable
L’on met désormais 4 heures de temps en voiture entre Douala (Yassa) et Edéa (moins de 50 km), mais le citoyen qui est assis au fond d’un bus crasseux dans lequel il pleut ne se plaindra ni de la pluie qui tombe sur sa tête, ni de l’état de la route en dégradation avancée. Il cherche plutôt à sauver son téléphone et à se plaindre des problèmes de connexion internet qui l’empêchent de suivre en direct les clashes sur les réseaux sociaux : on y parle de tout sauf des milliers de Camerounais qui meurent sur les routes, de la pénurie de gaz, de la cherté du coût de la vie, du chômage massif, etc. On ne parle pas de ce qui accable le régime et qui concerne la vie quotidienne des citoyens. L’image de ce paradoxe camerounais est que les chômeurs ont voté le 12 octobre 2025 pour le ministre qui les a maintenus au chômage et qui leur a servi le bluff.
Le clash comme programme
Nous avons désormais une vie politique rythmée par des querelles, pas par des idées. Depuis la présidentielle d’octobre 2025, qu’a-t-on surtout débattu ? Des rumeurs de mœurs, des histoires d’argent, des « révélations » sans preuve et des audios « fuités ». Elles font cliquer, mais elles n’ont jamais produit un kilomètre de route ni un litre d’eau. Des procès en trahison sont le sport favori de certains. Il s’agit des débats sur la moralité des personnalités politiques comme s’il y avait un seul « saint » sur terre : « Que celui ou celle qui est saint(e) jette en premier la pierre sur l’autre ! ».
Vous voyez des gens dont les vies sont entièrement sales qui estiment que la vie des autres est sale. Un vrai paradoxe camerounais. On estime que la vie des personnalités politiques doit être « propre » comme si l’on était au ciel ou comme si l’on interdisait à certains d’être aussi « personnalités politiques » ou de le devenir pour monter le bon exemple. Une posture caractéristique d’un déficit criard d’engagement citoyen au Cameroun. Chaque jour, une part de l’énergie militante est dépensée à partager, commenter ou démentir des rumeurs.
Qui profite du bruit ?
La réponse est simple : le pouvoir en place. Un régime qui dure depuis plus de quarante ans n’a qu’un ennemi sérieux : le bilan. Tout débat sur les résultats l’oblige à répondre du délestage, du prix de l’eau, des chantiers inachevés, des budgets engloutis. Il n’a donc qu’un intérêt : que le débat porte sur autre chose. Chaque polémique entre néo-opposants lui offre ce cadeau. Avant les scrutins à venir, le régime affiche une retenue décrite comme de la discipline, pendant qu’une agitation désordonnée règne dans plusieurs camps de la néo-opposition. Le pouvoir peut se taire : la néo-opposition parle à sa place, et parle d’elle-même.
C’est le point le plus douloureux. Une partie de la néo-opposition qui se dit « radicale » a fait de la posture un projet : la dénonciation permanente, l’anathème contre ceux qui participent, le boycott érigé en principe, le « tout ou rien ». Elle vit du clash parce que le clash produit de l’audience, et l’audience passe pour une légitimité. Or, ni l’une ni l’autre ne remplacent une offre politique.
Le résultat est mécanique : Tant que « radical » signifie « celui qui hurle le plus fort », il n’y a ni programme chiffré, ni équipe prête à gouverner, ni ancrage local durable. Et le régime peut se présenter comme le seul acteur capable de gérer un État. On ne renverse pas un système avec des punchlines : on l’use par des propositions. Et c’est mon message principal aux citoyens camerounais. Je ne m’attends pas à être entendu ; je ne suis pas dupe. Mais je joue mon rôle.
À l’inverse, l’opposition authentique, celle qui fait le travail patient (élus locaux, programmes sur l’eau, l’énergie, la décentralisation, contre-budgets, contrôle de l’action gouvernementale), n’a ni les plateaux ni les partages. On dit de cette opposition qu’elle est invisible dans l’espace public qui récompense le scandale. Elle est pourtant la seule à préparer l’alternance et l’alternative pour de bon, celle qui permettra de gouverner ensuite et de gouverner utilement.
Le Cameroun n’a pas besoin d’un feuilleton de plus. Il a besoin d’eau, de courant, de routes, de caniveaux qui ne débordent pas. Tant que les acteurs politiques préféreront le buzz et le bluff, les Camerounais continueront de payer la note, et le régime dormira tranquille.
Louis Marie Kakdeu, MPA, PhD & HDR
Deuxième Vice-Président National du SDF
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