Actualités locales
Yicheng Pharmaceutical : Idriss Confiance Mbe mobilise 30 ingénieurs chinois sur son complexe de 530 milliards FCFA

(Investir au Cameroun) – A Meyo, sur l’axe autoroutier Yaoundé–Nsimalen, le chantier du futur complexe pharmaceutique Yicheng entre dans une phase décisive. Le 3 mars 2026, le promoteur du projet et PDG de Yicheng Pharmaceutical Group Fabrication Co. Ltd, Idriss Confiance Mbe, a reçu une délégation de plus de 30 ingénieurs chinois chargés d’accompagner les derniers travaux de la première phase cette infrastructure industrielle dont l’investissement global se chiffre à 530 milliards FCFA.
Leur mission porte notamment sur la supervision des travaux de finition, l’installation et le calibrage de plusieurs équipements industriels, ainsi que la préparation de la mise en service progressive de certaines installations techniques. Lors d’une réunion de travail, le dirigeant camerounais leur a fixé un objectif précis :« achever leur mission en trois mois ». Il a également insisté sur l’importance de cette séquence pour la concrétisation d’un projet qu’il présente comme structurant pour l’avenir de l’industrie pharmaceutique nationale.
Une première phase réalisée à près de 60 %
Selon les responsables du projet, le taux d’avancement global des travaux de la premier phase évaluée à 30 milliards de FCFA atteint actuellement près de 60 %. L’ambition du complexe est de produire localement une large gamme de médicaments afin de renforcer l’autonomie pharmaceutique du Cameroun et, plus largement, de l’Afrique centrale.
À terme, l’usine doit contribuer à réduire la dépendance aux importations et à limiter la circulation de médicaments contrefaits sur le marché régional. L’enjeu dépasse donc le seul investissement industriel. Il touche aussi à la sécurité sanitaire et à la structuration d’une offre locale dans un secteur encore dominé par les approvisionnements extérieurs.
Le projet intervient dans un contexte où l’industrie pharmaceutique locale reste marginale dans l’approvisionnement du marché camerounais. D’après le Comité de compétitivité, think tank rattaché au ministère de l’Économie, le tissu industriel pharmaceutique national demeure largement sous-exploité.
Malgré la présence d’une quinzaine d’unités de production, les fabricants locaux ne captent qu’environ 5 % du marché national du médicament et des consommables médicaux, tandis que 95 % de la demande continue d’être couverte par les importations.
Cette dépendance s’est même renforcée au cours des dernières années. Les achats de produits pharmaceutiques à l’étranger sont passés de 69,5 milliards FCFA en 2010 à près de 170 milliards FCFA en 2024, accentuant la pression sur les réserves en devises du pays.
Des contraintes structurelles qui freinent l’essor du secteur
Cette faible montée en puissance de la production locale est attribuée à plusieurs contraintes structurelles : coûts de production élevés, équipements parfois insuffisants ou vieillissants, concurrence des médicaments issus des circuits informels et illicites, mais aussi fiscalité jugée« asphyxiante »par les opérateurs du secteur.
Dans ce contexte, le projet Yicheng apparaît comme un test industriel à grande échelle. Sa crédibilité se jouera désormais sur la capacité à achever les travaux dans les délais annoncés, à installer les équipements critiques et à transformer cet investissement de 530 milliards FCFA en capacité effective de production.
Amina Malloum
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« pendant que le pays s’enlise, la classe politique s’écharpe sur les réseaux »

Le deuxième vice-président national du Social Democratic Front (SDF), Louis Marie Kakdeu, appelle la classe politique camerounaise à recentrer le débat sur les problèmes économiques et sociaux du pays, dénonçant une vie politique qu’il estime de plus en plus dominée par les querelles sur les réseaux sociaux.
Dans une tribune publiée samedi, intitulée « Le clash comme programme politique, ou comment le régime dort tranquille », l’économiste et universitaire estime qu’une partie de l’opposition consacre désormais davantage d’énergie aux affrontements entre personnalités qu’aux propositions destinées à répondre aux difficultés quotidiennes des Camerounais.
« Pendant que le pays se noie, s’éteint et s’enlise, une néo-classe politique s’écharpe sur les réseaux sociaux », écrit-il.
Louis Marie Kakdeu cite notamment les difficultés liées aux infrastructures routières, aux approvisionnements en gaz, au coût de la vie et au chômage. Il déplore que ces sujets suscitent, selon lui, moins d’attention sur les réseaux sociaux que les polémiques entre responsables politiques.
Lire la tribune de Louis Marie Kakdeu :
« Cameroun : le clash comme programme politique, ou comment le régime dort tranquille
Coup de gueule : Pendant que le pays se noie, s’éteint et s’enlise, une néo-classe politique s’écharpe sur les réseaux sociaux. Le pouvoir n’a même plus besoin de se défendre. Les informations sur la mauvaise gouvernance du pays font beaucoup moins de bruit que la querelle de personnes. Ce n’est pas un accident. C’est un système. Et la néo-opposition dite « radicale » a pour mission d’aider le régime en place à distraire le peuple.
Une distraction regrettable
L’on met désormais 4 heures de temps en voiture entre Douala (Yassa) et Edéa (moins de 50 km), mais le citoyen qui est assis au fond d’un bus crasseux dans lequel il pleut ne se plaindra ni de la pluie qui tombe sur sa tête, ni de l’état de la route en dégradation avancée. Il cherche plutôt à sauver son téléphone et à se plaindre des problèmes de connexion internet qui l’empêchent de suivre en direct les clashes sur les réseaux sociaux : on y parle de tout sauf des milliers de Camerounais qui meurent sur les routes, de la pénurie de gaz, de la cherté du coût de la vie, du chômage massif, etc. On ne parle pas de ce qui accable le régime et qui concerne la vie quotidienne des citoyens. L’image de ce paradoxe camerounais est que les chômeurs ont voté le 12 octobre 2025 pour le ministre qui les a maintenus au chômage et qui leur a servi le bluff.
Le clash comme programme
Nous avons désormais une vie politique rythmée par des querelles, pas par des idées. Depuis la présidentielle d’octobre 2025, qu’a-t-on surtout débattu ? Des rumeurs de mœurs, des histoires d’argent, des « révélations » sans preuve et des audios « fuités ». Elles font cliquer, mais elles n’ont jamais produit un kilomètre de route ni un litre d’eau. Des procès en trahison sont le sport favori de certains. Il s’agit des débats sur la moralité des personnalités politiques comme s’il y avait un seul « saint » sur terre : « Que celui ou celle qui est saint(e) jette en premier la pierre sur l’autre ! ».
Vous voyez des gens dont les vies sont entièrement sales qui estiment que la vie des autres est sale. Un vrai paradoxe camerounais. On estime que la vie des personnalités politiques doit être « propre » comme si l’on était au ciel ou comme si l’on interdisait à certains d’être aussi « personnalités politiques » ou de le devenir pour monter le bon exemple. Une posture caractéristique d’un déficit criard d’engagement citoyen au Cameroun. Chaque jour, une part de l’énergie militante est dépensée à partager, commenter ou démentir des rumeurs.
Qui profite du bruit ?
La réponse est simple : le pouvoir en place. Un régime qui dure depuis plus de quarante ans n’a qu’un ennemi sérieux : le bilan. Tout débat sur les résultats l’oblige à répondre du délestage, du prix de l’eau, des chantiers inachevés, des budgets engloutis. Il n’a donc qu’un intérêt : que le débat porte sur autre chose. Chaque polémique entre néo-opposants lui offre ce cadeau. Avant les scrutins à venir, le régime affiche une retenue décrite comme de la discipline, pendant qu’une agitation désordonnée règne dans plusieurs camps de la néo-opposition. Le pouvoir peut se taire : la néo-opposition parle à sa place, et parle d’elle-même.
C’est le point le plus douloureux. Une partie de la néo-opposition qui se dit « radicale » a fait de la posture un projet : la dénonciation permanente, l’anathème contre ceux qui participent, le boycott érigé en principe, le « tout ou rien ». Elle vit du clash parce que le clash produit de l’audience, et l’audience passe pour une légitimité. Or, ni l’une ni l’autre ne remplacent une offre politique.
Le résultat est mécanique : Tant que « radical » signifie « celui qui hurle le plus fort », il n’y a ni programme chiffré, ni équipe prête à gouverner, ni ancrage local durable. Et le régime peut se présenter comme le seul acteur capable de gérer un État. On ne renverse pas un système avec des punchlines : on l’use par des propositions. Et c’est mon message principal aux citoyens camerounais. Je ne m’attends pas à être entendu ; je ne suis pas dupe. Mais je joue mon rôle.
À l’inverse, l’opposition authentique, celle qui fait le travail patient (élus locaux, programmes sur l’eau, l’énergie, la décentralisation, contre-budgets, contrôle de l’action gouvernementale), n’a ni les plateaux ni les partages. On dit de cette opposition qu’elle est invisible dans l’espace public qui récompense le scandale. Elle est pourtant la seule à préparer l’alternance et l’alternative pour de bon, celle qui permettra de gouverner ensuite et de gouverner utilement.
Le Cameroun n’a pas besoin d’un feuilleton de plus. Il a besoin d’eau, de courant, de routes, de caniveaux qui ne débordent pas. Tant que les acteurs politiques préféreront le buzz et le bluff, les Camerounais continueront de payer la note, et le régime dormira tranquille.
Louis Marie Kakdeu, MPA, PhD & HDR
Deuxième Vice-Président National du SDF
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