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faut-il vraiment répondre à tous les commentaires sur les réseaux sociaux ?

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Ces derniers jours, une artiste, comédienne et influenceuse très suivie sur les réseaux sociaux a publié un message dans lequel elle exprime son ras-le-bol face aux remarques répétées de certains internautes sur son corps, son poids et les spéculations autour d’une supposée grossesse. Elle a choisi de répondre publiquement pour dénoncer des commentaires qu’elle juge blessants et intrusifs.

Par Jean Paul Tchomdou

Avant toute chose, il convient de rappeler une évidence : personne ne mérite d’être humilié, attaqué ou réduit à son apparence physique. Une personnalité publique reste avant tout un être humain, avec sa sensibilité, son histoire et sa dignité.

Mais cet épisode met aussi en lumière une question plus large : la gestion professionnelle de la parole publique à l’ère des réseaux sociaux.
Les plateformes numériques ne sont pas des espaces privés. Ce sont des places publiques, des carrefours mondiaux où circulent librement opinions, réactions, émotions, humour, admiration et parfois excès. Toute personnalité qui choisit d’y exposer son image accepte, volontairement ou non, d’entrer dans cet espace de conversation permanente.

Il faut également comprendre la psychologie de l’internaute. Sur Internet, chacun se sent libre de commenter ce qu’il voit : un style vestimentaire, un changement physique, une attitude, une publication. Cette liberté d’expression, parfois exercée avec finesse, parfois avec maladresse, fait partie intégrante de la culture numérique. L’internaute ne mesure pas toujours l’impact de ses mots ; il réagit souvent spontanément, comme dans une conversation publique.

Lorsqu’une célébrité rassemble des centaines de milliers, voire des millions d’abonnés, elle sait déjà une chose fondamentale : il est impossible de répondre à chaque commentaire, de corriger chaque interprétation ou de recadrer chaque critique.

C’est pourquoi les grandes figures publiques structurent leur communication avec méthode. Les images sont sélectionnées, les messages sont réfléchis, et la gestion des interactions est souvent confiée à des équipes spécialisées ou, de plus en plus, à des outils d’automatisation et d’intelligence artificielle.

Des personnalités mondiales comme Beyoncé, Kim Kardashian ou encore Cristiano Ronaldo ont compris depuis longtemps que la communication d’une star ne peut pas être dictée par l’émotion du moment. Elle doit être pensée, maîtrisée et cohérente avec l’image que l’on souhaite construire.

Car répondre publiquement aux critiques comporte plusieurs risques.

Le premier risque est la banalisation de l’image.

La célébrité repose aussi sur une forme de distance symbolique. Lorsqu’une star descend dans l’arène pour répondre directement aux provocations ou aux remarques ordinaires, elle réduit cette distance et se retrouve au même niveau que les débats quotidiens du réseau. À force de réagir à tout, la figure publique peut perdre une partie de l’aura qui nourrit son prestige.

Le deuxième risque est la fracture avec sa propre communauté.

Une communauté numérique n’est jamais homogène. Dans un public de centaines de milliers de personnes, les sensibilités sont multiples. Une réponse trop directe ou trop émotionnelle peut être perçue par certains comme une mise en accusation ou un rejet. La communication peut alors créer involontairement une distance entre la personnalité et une partie de ses admirateurs.

Le troisième risque est l’amplification de la polémique.

Dans l’écosystème numérique, un commentaire isolé peut rester marginal… jusqu’au moment où la célébrité elle-même décide d’y répondre. La réaction publique donne alors une visibilité nouvelle à une critique qui serait restée invisible.

Le quatrième risque est la fragmentation de l’image publique.

Une star est avant tout reconnue pour son art, son travail ou son talent. Lorsque la communication se focalise sur des échanges défensifs ou émotionnels avec des internautes, l’attention du public se détourne progressivement de l’essentiel.

Il faut également rappeler que, dans l’économie des réseaux sociaux, les clashs peuvent parfois être utilisés comme stratégie de visibilité.

Certaines personnalités provoquent volontairement des controverses pour susciter l’engagement, relancer l’attention ou alimenter le débat.
Mais dans ce cas, le clash est une stratégie calculée, pensée comme un outil de communication. Lorsqu’il ressemble plutôt à un moment de plainte ou à une réaction émotionnelle, il peut au contraire fragiliser l’image et réduire le prestige symbolique attaché à la célébrité.

À cela s’ajoute une autre réalité du monde numérique : la pression permanente de la visibilité.

Les plateformes valorisent la fréquence de publication, les vues, les likes et les commentaires. Cette mécanique incite de nombreux influenceurs à produire du contenu en continu pour rester présents dans les algorithmes et dans l’esprit des internautes.

La tentation devient alors grande de publier sans cesse : photos spontanées, réactions à chaud, fragments de vie personnelle ou états d’âme. Pourtant, cette production permanente de contenu n’est pas toujours au service de l’image.

Les grandes stars disposent souvent d’équipes – communicants, conseillers en image, community managers – qui filtrent et structurent leur présence numérique. Mais beaucoup d’influenceurs, notamment dans les environnements africains, gèrent eux-mêmes leurs comptes et leur communication.

Dans ces conditions, la recherche effrénée de visibilité peut conduire à publier beaucoup… et parfois publier trop, simplement pour rester présent dans la conversation numérique.

Or une image publique se construit moins par la quantité de contenu que par la cohérence et la qualité de ce qui est montré. Dans la communication des personnalités publiques, tout ne doit pas être publié, tout ne mérite pas d’être partagé et tout ne doit pas être commenté.

Comme le rappelait Winston Churchill :

« Vous n’atteindrez jamais votre destination si vous vous arrêtez pour jeter des pierres à chaque chien qui aboie », une manière de rappeler qu’il est inutile de répondre à chaque critique lorsque l’on poursuit un objectif plus grand.

Et comme l’écrivait aussi Oscar Wilde :

« La seule chose pire que d’être critiqué, c’est de ne pas être critiqué », car la critique est souvent le signe même de la visibilité.

Engin, un proverbe africain exprime également cette réalité avec sagesse :

« On ne jette des pierres qu’à un arbre qui porte des fruits », ce qui signifie que l’attention – même critique – est souvent la conséquence naturelle du succès.

Il est cependant important de préciser une chose essentielle : l’objectif de cette réflexion n’est pas de condamner ni de stigmatiser l’artiste à l’origine de cette polémique. Toute personne peut, à un moment donné, réagir sous le coup de l’émotion.

L’intention est plutôt d’ouvrir une réflexion sur la culture du professionnalisme dans la gestion de l’image publique, à une époque où les artistes, influenceurs et célébrités disposent parfois d’audiences comparables à celles des grands médias.

Tant que les réseaux sociaux existeront, il y aura des commentaires, des critiques, des interprétations et parfois des excès. C’est la nature même de ces espaces ouverts.

La question n’est donc pas de faire taire les internautes — ce qui est impossible — mais d’apprendre à naviguer intelligemment dans cet environnement.

La véritable force d’une personnalité publique repose alors sur trois principes : choisir ce qu’elle montre, maîtriser ce qu’elle publie et répondre avec intelligence.

Car une star ne peut ignorer totalement son public. Mais la réponse la plus efficace n’est pas toujours la confrontation. Bien souvent, l’élégance consiste à répondre avec distance, humour ou ironie, sans transformer chaque remarque en bataille publique.

Cette attitude repose sur une qualité fondamentale : la maîtrise de soi. Et comme l’explique le psychologue Daniel Goleman dans sa théorie de l’intelligence émotionnelle, la maîtrise de soi constitue l’une des compétences essentielles permettant de réguler ses réactions et de préserver la cohérence de son image publique.

Car au fond, sur les réseaux sociaux, la célébrité ne se perd pas dans le silence : elle se perd souvent dans l’excès de parole.

Jean Paul Tchomdou
Expert en Communication
Président de l’académie du Bonheur

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« pendant que le pays s’enlise, la classe politique s’écharpe sur les réseaux »

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« pendant que le pays s’enlise, la classe politique s’écharpe sur les réseaux »
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Le deuxième vice-président national du Social Democratic Front (SDF), Louis Marie Kakdeu, appelle la classe politique camerounaise à recentrer le débat sur les problèmes économiques et sociaux du pays, dénonçant une vie politique qu’il estime de plus en plus dominée par les querelles sur les réseaux sociaux.

Dans une tribune publiée samedi, intitulée « Le clash comme programme politique, ou comment le régime dort tranquille », l’économiste et universitaire estime qu’une partie de l’opposition consacre désormais davantage d’énergie aux affrontements entre personnalités qu’aux propositions destinées à répondre aux difficultés quotidiennes des Camerounais.

« Pendant que le pays se noie, s’éteint et s’enlise, une néo-classe politique s’écharpe sur les réseaux sociaux », écrit-il.

Louis Marie Kakdeu cite notamment les difficultés liées aux infrastructures routières, aux approvisionnements en gaz, au coût de la vie et au chômage. Il déplore que ces sujets suscitent, selon lui, moins d’attention sur les réseaux sociaux que les polémiques entre responsables politiques.

Lire la tribune de Louis Marie Kakdeu :

« Cameroun : le clash comme programme politique, ou comment le régime dort tranquille

Coup de gueule : Pendant que le pays se noie, s’éteint et s’enlise, une néo-classe politique s’écharpe sur les réseaux sociaux. Le pouvoir n’a même plus besoin de se défendre. Les informations sur la mauvaise gouvernance du pays font beaucoup moins de bruit que la querelle de personnes. Ce n’est pas un accident. C’est un système. Et la néo-opposition dite « radicale » a pour mission d’aider le régime en place à distraire le peuple.

Une distraction regrettable

L’on met désormais 4 heures de temps en voiture entre Douala (Yassa) et Edéa (moins de 50 km), mais le citoyen qui est assis au fond d’un bus crasseux dans lequel il pleut ne se plaindra ni de la pluie qui tombe sur sa tête, ni de l’état de la route en dégradation avancée. Il cherche plutôt à sauver son téléphone et à se plaindre des problèmes de connexion internet qui l’empêchent de suivre en direct les clashes sur les réseaux sociaux : on y parle de tout sauf des milliers de Camerounais qui meurent sur les routes, de la pénurie de gaz, de la cherté du coût de la vie, du chômage massif, etc. On ne parle pas de ce qui accable le régime et qui concerne la vie quotidienne des citoyens. L’image de ce paradoxe camerounais est que les chômeurs ont voté le 12 octobre 2025 pour le ministre qui les a maintenus au chômage et qui leur a servi le bluff.

Le clash comme programme

Nous avons désormais une vie politique rythmée par des querelles, pas par des idées. Depuis la présidentielle d’octobre 2025, qu’a-t-on surtout débattu ? Des rumeurs de mœurs, des histoires d’argent, des « révélations » sans preuve et des audios « fuités ». Elles font cliquer, mais elles n’ont jamais produit un kilomètre de route ni un litre d’eau. Des procès en trahison sont le sport favori de certains. Il s’agit des débats sur la moralité des personnalités politiques comme s’il y avait un seul « saint » sur terre : « Que celui ou celle qui est saint(e) jette en premier la pierre sur l’autre ! ».

Vous voyez des gens dont les vies sont entièrement sales qui estiment que la vie des autres est sale. Un vrai paradoxe camerounais. On estime que la vie des personnalités politiques doit être « propre » comme si l’on était au ciel ou comme si l’on interdisait à certains d’être aussi « personnalités politiques » ou de le devenir pour monter le bon exemple. Une posture caractéristique d’un déficit criard d’engagement citoyen au Cameroun. Chaque jour, une part de l’énergie militante est dépensée à partager, commenter ou démentir des rumeurs.

Qui profite du bruit ?

La réponse est simple : le pouvoir en place. Un régime qui dure depuis plus de quarante ans n’a qu’un ennemi sérieux : le bilan. Tout débat sur les résultats l’oblige à répondre du délestage, du prix de l’eau, des chantiers inachevés, des budgets engloutis. Il n’a donc qu’un intérêt : que le débat porte sur autre chose. Chaque polémique entre néo-opposants lui offre ce cadeau. Avant les scrutins à venir, le régime affiche une retenue décrite comme de la discipline, pendant qu’une agitation désordonnée règne dans plusieurs camps de la néo-opposition. Le pouvoir peut se taire : la néo-opposition parle à sa place, et parle d’elle-même.

C’est le point le plus douloureux. Une partie de la néo-opposition qui se dit « radicale » a fait de la posture un projet : la dénonciation permanente, l’anathème contre ceux qui participent, le boycott érigé en principe, le « tout ou rien ». Elle vit du clash parce que le clash produit de l’audience, et l’audience passe pour une légitimité. Or, ni l’une ni l’autre ne remplacent une offre politique.

Le résultat est mécanique : Tant que « radical » signifie « celui qui hurle le plus fort », il n’y a ni programme chiffré, ni équipe prête à gouverner, ni ancrage local durable. Et le régime peut se présenter comme le seul acteur capable de gérer un État. On ne renverse pas un système avec des punchlines : on l’use par des propositions. Et c’est mon message principal aux citoyens camerounais. Je ne m’attends pas à être entendu ; je ne suis pas dupe. Mais je joue mon rôle.

À l’inverse, l’opposition authentique, celle qui fait le travail patient (élus locaux, programmes sur l’eau, l’énergie, la décentralisation, contre-budgets, contrôle de l’action gouvernementale), n’a ni les plateaux ni les partages. On dit de cette opposition qu’elle est invisible dans l’espace public qui récompense le scandale. Elle est pourtant la seule à préparer l’alternance et l’alternative pour de bon, celle qui permettra de gouverner ensuite et de gouverner utilement.

Le Cameroun n’a pas besoin d’un feuilleton de plus. Il a besoin d’eau, de courant, de routes, de caniveaux qui ne débordent pas. Tant que les acteurs politiques préféreront le buzz et le bluff, les Camerounais continueront de payer la note, et le régime dormira tranquille.

Louis Marie Kakdeu, MPA, PhD & HDR
Deuxième Vice-Président National du SDF

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