Actualités locales
révélations sur des détentions arbitraires à Bafoussam
La matinée était encore calme quand Maître Kengne Fabien franchit l’entrée cahoteuse de la prison centrale de Bafoussam. Guidé par des gendarmes postés à l’orée d’une ruelle poussiéreuse, l’avocat venu de Douala raconte avoir été accueilli avec une étonnante bienveillance, presque chaleureuse, avant d’être conduit dans une salle d’entretien remplie de détenus curieux.
« Il est environ 10 heures quand je me renseigne auprès d’un gardien de la paix devant le Commissariat Central de Bafoussam, qui m’indique avec tellement de volonté de rendre service.
Je vais tout droit et après le lycée bilingue je vire à droite. Je suis en train de rouler vite quand j’aperçois trois gendarmes en faction à l’entrée d’une ruelle perdue et je rebrousse chemin. L’un d’eux me dit qu’ils sont ainsi à l’entrée de la prison et je m’y engouffre.
On dirait l’entrée d’une carrière de roche en pierre, tellement c’est cabossé.
Je dois avouer que nulle part au Cameroun je n’ai été accueilli avec autant de chaleur dans un service public. C’est carrément le tapis rouge qui est déroulé pour moi, jusqu’à la salle d’entretien, curieusement en présence de tous les occupants. Beaucoup d’agents de service m’ont reconnu et me l’ont fait savoir.
Je donne trois noms de différentes personnes arrêtées à Dschang sur lesquelles je peux me faire une idée relativement à leurs conditions d’arrestation, de déportation et d’incarcération. Je reçois en premier le jeune TSAFACK Georges, dont l’une des tantes m’a fait part de son drame depuis la diaspora, par les salutations d’usage.
1- « Je suis Maître KENGNE Fabien, venu de Douala, pour vous assister, après avoir été contacté par votre tante, depuis l’étranger.
Je m’appelle TSAFACK Georges. Je suis né le 15 décembre 2007 à Dschang.
J’ai été arrêté le 17 octobre 2025 vers la place des Fêtes. Je sortais de la boutique de ma tutrice que je venais de fermer. Je gère sa boutique par intermittence parce que je suis aussi élève au Collège MENOUA ESPOIR Collège. Mais je n’ai pas encore payé ma pension.
Après mon arrestation, j’ai été mis en cellule à la Compagnie de Gendarmerie de Dschang, de vendredi à dimanche. Dimanche nous avons été transférés à la Légion de gendarmerie de l’Ouest. Nous ne recevions pas de visite et on ne nous nourrissait pas. Du dimanche au vendredi suivant, nous sommes restés là-bas. Et me voici en prison.
Pendant que TSAFACK Georges m’expliquait sa mésaventure, il ne cessait de se gratter tout le corps. Il m’apprendra qu’il a chopé les démangeaisons en prison.
Sur ce, notre entretien se termine et je lui demande de faire venir son codétenu.
2- Monsieur DJOUFACK NGOUDJOU a été arrêté le 15 octobre 2025 aux environs de 20 heures 30 minutes au niveau du carrefour de la Gendarmerie. Il est né le 21 janvier 1991. Il est infirmier et travaille au Centre de Santé « La Référence ». Il assurait le service de nuit et est sorti d’urgence à la recherche d’une pharmacie de garde pour acheter un médicament d’un patient.
Malheureusement pour lui, il n’est plus retourné à son lieu de service, ni à son domicile, jusqu’à ce jour. Il ne doutait pas que le dehors était miné. II a cependant aperçu des gendarmes autour de son lieu d’arrestation et poursuivait tranquillement son chemin. Il est interpellé manu militari, jeté dans un véhicule, trainé de force à la Compagnie de Gendarmerie de Dschang.
Le 15 0ctobre est un mercredi. Ils sont aussitôt embarqués autour de 22 heures pour la Légion de Gendarmerie de l’Ouest, derrière un PIK-Up, dénudés, sous une pluie battante, les mains attachées sur leur dos avec leurs pull-overs dont ils ont été délestés.
Depuis la Compagnie de Gendarmerie de Dschang et durant tout le trajet pour Bafoussam, ils subiront les pires tortures, ils recevront des gifles, des coups de poing et des « crosses des fusils (ça me rappelle ce que j’ai moi-même subi lors de mon arrestation au cours des marches à l’Université de Yaoundé en 1992). Jeudi, ils se retrouvent à la Brigade des Enquêtes Criminelles.
Ils séjourneront 11 jours dans une cellule d’environ 2m 50 sur 3m. Pendant les 3 premiers jours, ils sont coupés de tout le monde. Ils ne reçoivent aucune visite. Ils dorment sur le sol nu et n’ont pas de possibilité de faire leur toilette, durant 5 jours. C’est le 4ᵉ jour qu’ils ont reçu de la visite et ont pu mettre quelque chose sous la dent.
Le 13ème jour, ils ont été présentés à un juge d’instruction militaire qui a décerné contre eux un mandat de détention provisoire de six (06) mois et c’est ainsi qu’ils se retrouvent à la prison de Bafoussam. Comme je l’ai dit à l’entame de ce récit, Monsieur DJOUFACK NGOUDJOU est infirmier, anesthésiste. Il est par ailleurs marié, père de trois enfants.
Son épouse est aussi infirmière. Depuis son arrestation, il n’a vu ni ses enfants, ni son épouse. Ainsi s’achève mon entretien avec l’infirmier, qui me fait venir Monsieur ASONGANYI Emmanuel. Ce dernier a été arrêté le même jour que l’infirmer, les deux liés par la suite avec leurs habits, à un troisième larron d’infortune.
3- Monsieur ASONGANYI Emmanuel a été arrêté à l’entrée de la pharmacie Menoua où il est allé s’approvisionner en médicaments. Il est célibataire, né le 17 novembre 1995, père d’un enfant de 5 ans. Il est vendeur ambulant d’habits et par ailleurs professeur de danse. Il a été intercepté par 03 gendarmes qui lui ont posé la question de savoir ce qu’il faisait là-bas ? et lui de répondre qu’il est venu chercher les médicaments.
« Présentez-vous » lui intiment-ils. Après avoir vérifié son origine sur sa carte, l’un des gendarmes assène verbalement : « C’est donc vous hein » ! (Dans sa tête il s’interroge : « nous qui, quoi » ?). Ce même gendarme le botte aux fesses et le pousse de force dans un pick-up pour la Légion de gendarmerie où il retrouvera l’infirmier. Fort heureusement il ne sera pas torturé comme les autres.
En cours de route pour Bafoussam, l’un de leurs gardiens a introduit sa main dans sa poche et a soustrait son portable et son portefeuille contenant sa carte d’identité. C’est ainsi que jusqu’à ce jour il se retrouve sans CNI puisque ses effets sont introuvables, que ce soit dans les unités de gendarmerie où ils sont passés, ou à la prison. Aussi est-il resté depuis lors sans pouvoir joindre personne de sa famille. Remuant sa mémoire, il s’est quand même souvenu du numéro d’un collège de danse, gendarme en plus, en service à Bemenda, qu’il a pu contacter, et qui lui a promis de lui rendre visite prochainement.
Les trois « héros » de cette rocambolesque histoire ont été arrêtés à Dschang avec 22 autres et en détention provisoire pour une durée de SIX (SIX) MOIS !
Mon commentaire :
Ce qui m’intrigue est la facilité et la légèreté avec lesquelles ils sont mis en prison sans aucune investigation ou confrontation, ni témoignage, encore moins aucune assistance d’un Conseil ou d’un membre de leurs familles. Avant leur arrestation même, ils sont déjà coupables, mais de QUOI ? Toutes choses opérées en violation totale des règles élémentaires des droits de la défense consacrés par les traités et conventions internationaux, la Constitution du Cameroun et le Code de Procédure Pénale.
Est-ce ce que le peuple camerounais attend de la justice ?
Me KENGNE Fabien.
Avocat au Barreau du Cameroun.
Pour la souveraineté du peuple. »
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Actualités locales
le tribunal d’Ekounou refuse de trancher le conflit interne au parti

Le tribunal de première instance de Yaoundé-Ekounou a rendu ce jeudi 17 septembre 2026 sa décision très attendue dans la procédure opposant le Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) à trois de ses anciens militants. La juridiction se déclare incompétente pour statuer sur le fond du litige.
Pour retracer la chronologie de cette affaire : tout commence en juin 2025, lorsque Maurice Kamto démissionne de la présidence du MRC afin de briguer l’investiture du Manidem pour la présidentielle. Sa candidature est rejetée successivement par ELECAM puis par le Conseil constitutionnel. En décembre 2025, il retrouve la tête du parti. Willy Mengue, Kamegne Georgette Laure dite Laure Noutchang et Sébastien Mbala Wouria II contestent alors cette réintégration, affirmant qu’elle méconnaît les statuts du MRC, faute de constat officiel de démission par le directoire et de convention organisée dans le délai statutaire de soixante jours.
Le 29 juin 2026, le Comité national de médiation et d’arbitrage du parti prononce l’exclusion définitive de Willy Mengue pour trahison, indiscipline et manquement à la loyauté. En parallèle, les trois requérants saisissent la chambre des référés du Tribunal d’Ekounou, réclamant la désignation d’un mandataire judiciaire ad hoc chargé de « normaliser » le fonctionnement du parti.
Les audiences des 10 et 15 septembre voient le ministère public plaider l’incompétence du juge des référés, invoquant le principe de libre administration des partis politiques garanti par la loi de 1990. Les avocats du MRC développent le même argumentaire, tandis que Willy Mengue et ses codemandeurs désertent les deux dernières audiences, seul un collaborateur de leur conseil déposant des conclusions écrites.
En se déclarant incompétent, le tribunal confirme la position défendue par le parquet et par la défense du MRC : la justice civile ne saurait s’immiscer dans l’organisation interne d’une formation politique. Cette décision referme, pour l’instant, un chapitre judiciaire qui aura duré plusieurs mois.
Source : Africa Renaissance tv
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le maire de Makary fait le lien avec l’arrestation d’un présumé ravitailleur de Boko Haram

Le village Madegoua, situé à environ 9 km de Makary, dans le département du Logone-et-Chari, a été pris pour cible dans la nuit du mercredi au jeudi 17 septembre 2026.
Selon le maire de la commune de Makary, Agbassi Adoum, joint au téléphone par le journaliste Jean Charles Biyo’o Ella, il est fort probable que l’attaque de Madegoua survenue vers 2 h du matin ce 17 septembre et qui a coûté la vie à 13 personnes, toutes inhumées ce matin, soit une opération de représailles !
Tôt ce jeudi vers 2 h du matin, alors que les habitants dormaient, une escouade d’hommes armés a fait irruption dans la localité. Les premiers tirs ont brutalement réveillé les populations. Les assaillants ont alors ouvert le feu sur plusieurs habitants, faisant treize morts et plusieurs blessés.
Des enfants auraient également été enlevés au cours de cette incursion, selon la même source. Le nombre exact des personnes kidnappées reste toutefois à établir.
Pour le maire de Makary, cette attaque pourrait être liée à une opération de représailles. L’édile fait le rapprochement avec l’arrestation, le 9 août dernier, d’un homme présenté comme un présumé ravitailleur de Boko Haram. Le suspect, domicilié à Ngouma, avait été interpellé à Dougoum-Silo, dans l’arrondissement de Hilé-Alifa, avec une importante cargaison de munitions.
Selon les éléments rendus publics à l’époque par la Gendarmerie nationale, les forces de l’ordre avaient découvert 7 412 munitions de calibre 7,62 × 39 millimètres, dissimulées dans trois bidons. Le suspect avait ensuite été conduit à l’état-major de la compagnie de gendarmerie de Makary pour les besoins de l’enquête.
Pour le maire, l’homme avait été dénoncé par des habitants avant son interpellation. L’attaque de Madégoua, survenue tôt ce matin, serait donc, selon lui, une vengeance contre une population accusée d’avoir contribué à son arrestation. Une hypothèse qui reste, à ce stade, à confirmer par les autorités sécuritaires et judiciaires.
Cette nouvelle attaque rappelle l’incursion menée en juin dernier à Afadé, autre localité de l’arrondissement de Makary. Des hommes armés avaient alors fait irruption de nuit au palais du sultan et enlevé plusieurs personnes, parmi lesquelles deux filles du chef traditionnel, âgées de cinq et quatorze ans.
À Madégoua, l’heure est désormais au deuil et à l’inquiétude. Dans cette partie du Logone-et-Chari, les populations restent exposées aux incursions nocturnes, aux enlèvements et aux attaques attribués aux groupes armés actifs autour du bassin du lac Tchad.
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