Actualités locales
Secteur pétrolier : crise autour des quotas d’importation du super et du diesel au Cameroun

(Investir au Cameroun) – Une crise silencieuse couve dans le secteur pétrolier camerounais. Selon des sources au ministère de l’Eau et de l’Énergie, le Groupement des professionnels du pétrole (GPP) — qui regroupe les principaux distributeurs comme TotalEnergies, Tradex, Neptunes Oil, Ola Energy, Gulfcam et Corlay Cameroun — a décidé qu’à compter du 1ᵉʳ novembre 2025, « les membres du GPP envisagent de ne plus acquérir de produits auprès des importateurs non-membres du Groupement ».
Une décision assimilée à un ultimatum, révélatrice du malaise autour de la répartition des quotas d’importation de carburant. Le 2 octobre 2025, le GPP a adressé une correspondance à Okie Johnson Ndoh, directeur général de la Caisse de stabilisation des prix des hydrocarbures (CSPH) et président du Comité ad hoc des importations de produits pétroliers. Dans cette lettre, le groupement présidé par Antoine Ndzengue dénonce « l’exclusion des membres du GPP de l’activité d’importation » au profit « d’importateurs opportunistes ».
Selon le document consulté par Investir au Cameroun, les membres du groupement ont été écartés de l’importation d’essence Super pendant les cinq derniers mois de l’année 2025 et ne détiennent que 3,62 % des volumes de gasoil, alors qu’ils contrôlent 73 % du marché du Super et 78 % de celui du gasoil. Une disproportion que le GPP juge inacceptable.
« Ces données établissent de manière irréfutable la mise à l’écart des membres de notre Groupement relativement à l’activité d’approvisionnement du Cameroun en produits pétroliers », affirme le GPP.
Selon le groupement, la situation profite à de nouveaux importateurs, peu implantés localement, accusés de ralentir la distribution et d’occuper durablement les infrastructures de stockage.
Les distributeurs historiques, qui détiennent 75 % du marché national et exploitent près de 600 stations-service, dénoncent un traitement inéquitable.
« Au regard de la densité de notre réseau, nous nous serions attendus à bénéficier d’un traitement plus en adéquation avec notre poids économique », précise la lettre.
Risque de rupture d’approvisionnement
Dans le contexte électoral et festif de fin d’année, le GPP met en garde contre tout retard de répartition des cargaisons. « La période critique actuelle rend totalement inopportune toute passivité dans le processus d’importation », prévient le groupement.
Selon une source au ministère, le GPP plaide pour une répartition proportionnelle aux parts de marché : « 75 % des volumes pour le GPP, 25 % pour le reste de la profession ».
Le ministre de l’Eau et de l’Énergie aurait déjà saisi le directeur général de la CSPH pour trouver un compromis rapide. Faute d’accord, les risques de pénurie et de tension sur le marché sont réels.
En chiffres
| Indicateur | Valeur |
| Part du marché du GPP | 75 % |
| Quotas d’importation actuels | 3,62 % |
| Réseau de distribution | ≈ 600 stations-service |
| Cours moyen du baril | 68 $ |
Effets inattendus de la libéralisation de 2023
La tension actuelle trouve ses origines dans la libéralisation des importations décidée en décembre 2023. À cette date, le président Paul Biya, via une instruction du Secrétaire général de la Présidence Ferdinand Ngoh Ngoh, avait ordonné d’ouvrir le marché à de nouveaux importateurs. « Procéder à la libéralisation des importations des produits pétroliers », indiquait le courrier présidentiel.
La CSPH fut chargée d’attribuer les quotas aux opérateurs « techniquement et financièrement aptes ». Cette réforme visait à fluidifier les importations après l’incendie de la Sonara en 2019, qui avait contraint l’État à importer 100 % du carburant consommé.
Pour le GPP, cette libéralisation devait être une avancée. « L’État connaît désormais les niveaux de prime que les traders sont prêts à accepter. On ne pourra plus lui raconter n’importe quoi », affirmait déjà un membre du groupement en 2024.
Mais dans la pratique, le mécanisme a ouvert la porte à de nouveaux acteurs, sans toujours renforcer la transparence. Les sociétés de distribution négocient désormais directement avec les traders internationaux.
Elles achètent au prix du marché, souvent supérieur au prix à la pompe fixé par l’État, qui compense la différence sous forme de subvention. Quand les cours mondiaux montent, le différentiel entre prix réel et prix administré s’élargit. Cette différence constitue un manque à gagner que l’État rembourse — avec retard. Le GPP rappelle qu’il a souvent assuré la continuité de l’approvisionnement malgré les pertes subies.
« Lorsque les cours mondiaux induisaient des manques à gagner, le GPP était en première ligne pour garantir la disponibilité des produits. Le retard de remboursement par l’État a généré de substantielles pertes financières pour plusieurs de nos entreprises », affirme le groupement.
Une équation économique et politique
À l’origine pensée pour simplifier le marché, la libéralisation crée désormais de nouvelles frictions. Selon un haut responsable du Minee, « le gouvernement cherche un équilibre entre ouverture du marché et stabilité de la distribution ». Mais sur le terrain, les majors pétrolières dénoncent des pratiques opaques.
La menace de boycott du GPP reste suspendue, mais la tension demeure. « Si la répartition des quotas n’est pas revue, le système risque l’asphyxie », prévient un analyste pétrolier. Les discussions entre la CSPH, le Minee et le GPP se poursuivent pour éviter toute rupture d’approvisionnement. Autant dire que derrière ce bras de fer technique, c’est bien la sécurité énergétique du Cameroun qui se joue, dans un contexte de pression budgétaire et de crise post-électorale aux conséquences économiques incalculables.
Malloum Amina
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Cimenterie : CIMENCAM démontre son savoir-faire lors d’une visite institutionnelle à l’usine de Nomayos

(CIMENCAM) – Les Cimenteries du Cameroun (CIMENCAM) veulent consolider leur position historique sur le marché camerounais du ciment. L’entreprise l’a réaffirmé le 27 juillet 2026, à l’occasion d’une visite institutionnelle de l’ambassadrice de Suisse et du consul du Maroc, représentant de l’ambassadeur du Maroc, sur le site de son usine de Nomayos, située en banlieue de Yaoundé.
Inaugurée en 2019 à la suite d’un investissement de plus de 29 milliards de FCFA, cette unité d’une capacité de production annoncée de 500 000 tonnes de ciment par an, a réussi à porter sa production jusqu’à 700 000 tonnes de ciment par an.
Ce produit est particulièrement recherché par les entreprises engagées dans les grands chantiers d’infrastructures, notamment les barrages hydroélectriques, les routes et les autoroutes.
Une demande nationale en progression
CIMENCAM fonde ses ambitions sur les perspectives de croissance du marché camerounais de la construction. Cette dynamique serait notamment portée par les grands projets d’infrastructures. Le déficit de logements constitue un autre moteur potentiel de la consommation. D’après CIMENCAM, la consommation de ciment au Cameroun connaîtra une augmentation d’ici 2031, sous l’effet de la demande immobilière, de l’urbanisation et des besoins croissants en équipements et services publics.
Quatre unités industrielles pour couvrir le marché
Pour profiter de cette progression attendue de la demande, CIMENCAM entend s’appuyer sur ses quatre unités industrielles. Son dispositif comprend une station de broyage et une unité de production de mortiers implantées à Douala-Bonabéri, une station de broyage à Nomayos, ainsi qu’une cimenterie intégrée à Figuil.
Présente au Cameroun depuis 63 ans, l’entreprise a pour actionnaire majoritaire LafargeHolcim Maroc Afrique (LHMA), filiale du groupe Holcim.
CIMENCAM dispose par ailleurs d’un effectif stable de 375 collaborateurs répartis sur l’ensemble de ses sites, dont 14 % de femmes. Ces indicateurs sont présentés par la direction comme le résultat d’une politique de ressources humaines orientée vers la fidélisation des compétences et la continuité des activités industrielles.
Cap sur les matériaux préfabriqués
Pour soutenir son développement, CIMENCAM s’appuie sur l’expertise du groupe suisse Holcim, leader mondial des matériaux de construction dont elle est la filiale, ainsi que sur le savoir-faire de ses équipes. Cette double expertise permet à l’entreprise de renforcer ses capacités d’innovation, qui se traduit aujourd’hui par sa gamme variée de solutions de construction, dont le dernier né est le ciment MAXIBRIQ, dédié à la production des matériaux préfabriqués (parpaings, pavés, buses, etc.).

CIMENCAM travaille également au développement de nouveaux types de ciment destinés à réduire les émissions de CO₂ et à améliorer l’empreinte environnementale du secteur de la construction.
Pour l’ambassadrice de Suisse au Cameroun, Natalie Kohli, l’entreprise incarne plusieurs principes auxquels son pays est attaché.
« L’innovation et la qualité sont des valeurs qui sont chères à la Suisse.», a-t-elle déclaré.
Une entreprise stratégique pour la sous-région
De son côté, Mohamed Mizri, consul du Royaume du Maroc à Yaoundé et représentant de l’ambassadeur du Royaume du Maroc, a présenté CIMENCAM comme une entreprise stratégique pour le développement du Cameroun et de plusieurs marchés voisins, notamment le Tchad, la République centrafricaine et la Guinée équatoriale.
Il a salué la progression de l’entreprise, ainsi que ses efforts pour se conformer progressivement aux standards internationaux en matière de sécurité et de protection de l’environnement.
Selon le directeur général de CIMENCAM, Rachid Yousry, la visite des deux diplomates a permis de présenter les innovations de l’entreprise, mais aussi ses actions en matière de responsabilité sociétale et de développement durable.
La Suisse et le Maroc constituent, selon lui, deux références dont CIMENCAM entend s’inspirer, compte tenu de leurs avancées dans ces domaines.
Le capital de CIMENCAM est détenu en majorité par LafargeHolcim Maroc Afrique, par l’État camerounais à travers la Société nationale d’investissement, et par les collaborateurs de l’entreprise.

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