Connect with us

Dernières actualités

Dégâts environnementaux et sociaux : l’envers du décor de l’exploitation minière au Cameroun

Published

on

Dégâts environnementaux et sociaux : l’envers du décor de l’exploitation minière au Cameroun
Spread the love

L’exploitation minière à Kambélé dans la région de l’Est, comme dans d’autres régions du Cameroun, soulève de sérieuses préoccupations environnementales, économiques et sociales, en grande partie exacerbées par l’informalité de l’activité minière.

Conflits sociaux, destruction des forêts, pollution des sols et de l’eau modification des paysages, pertes en vies humaines, etc. Au lieu d’apporter la richesse et le bienêtre aux populations riveraines, l’exploitation minière au Cameroun n’est pas très loin d’être considérée comme une malédiction. La localité de Kambélé, non loin de Batouri, dans le département de la Kadey, région de l’Est, est la parfaite illustration de l’envers du décor de l’exploitation minière au Cameroun. Paysage apocalyptique avec la forêt détruite, sol complètement renversé, laissant des trous béants et lacs artificiels, rivières et points d’eau à la couleur rougeâtre, pollution des sols aux produits chimiques détériorant la qualité de l’eau et la santé des populations locales, pauvreté ambiante, etc.

Voilà le visage hideux que renvoient les zones d’exploitation minière au Cameroun. Selon un recensement effectué par l’organisation Forêts et Développement Rural (FODER), entre 2015 et 2022, 205 décès ont été enregistrés dans les sites miniers des régions de l’Est et de l’Adamaoua, dont 12 cas de noyades dans des lacs artificiels. Les 193 autres décès sont généralement dus aux éboulements et glissements de terrain causés par des trous béants abandonnés.

La plupart du temps, ces trous sont abandonnés après une exploitation artisanale semi-mécanisée par des sociétés minières étrangères à l’aide de pelles excavatrices. On y retrouve des entreprises indiennes, grecques, camerounaises, et surtout chinoises dans leur majorité. En septembre 2021, cette ONG a dénombré 703 trous sur les sites miniers, dont 139 lacs artificiels sur une superficie de 93,66 hectares, et dans lesquels, ces sociétés déversent souvent des huiles usées et des hydrocarbures résultant de leurs activités, et qui participent à la dégradation de l’écosystème.

C’est sans nul doute, entre autres raisons ayant poussé le ministre en charge des Mines, Fuh Calistus Gentry à prendre un arrêté, le 13 août 2025, interdisant toute activité de recherche, d’exploitation industrielle et d’exploitation semi-mécanisée sur le site aurifère de Kambélé par Batouri. Selon cet arrêté, désormais, « seules les activités d’exploitation artisanale stricto sensu, réservées aux riverains autochtones, y sont autorisées ». Car « aucune autorisation d’exploitation artisanale semi-mécanisée n’a été délivrée pour cette zone minière située dans la Kadey ».

Mais, en autorisant seulement les activités d’exploitation minière artisanale sur le site de Kambélé, le gouvernement feint ignorer la réalité sur le terrain. Car, le plus souvent, ce sont ces riverains munis d’autorisations d’exploitation artisanale, qui ont des outils rudimentaires, et qui sous-traitent avec les étrangers, en faisant louer leurs permis. Et, du fait de la corruption ambiante et du très peu de régulation de la part des Mairies, l’encadrement de l’exploitation minière artisanale leur incombant depuis la promulgation du Code minier, les sites jadis réservés à l’exploitation artisanale, se retrouvent dans l’exploitation semi-artisanale mécanisée.

En rappel, on estime à plus de cinquante mille, le nombre de miniers artisanaux et à plus de 50 000 tonnes, la production aurifère annuelle issue de cette activité. En revanche, les opérateurs artisanaux semi-mécanisés, regroupant aussi bien des nationaux que des expatriés, sont conformes à la loi à plus de 80% et sont encadrés par le ministère en charge des Mines. L’on dénombre 90 sociétés semi-mécanisées au Cameroun.

Quand le défaut de régulation de l’Etat favorise le désordre

Des dispositions du Code minier encadrant l’exploitation minière sont foulées au pied, au vu et au su des pouvoirs publics, sans que des sanctions adéquates ou rappels à l’ordre ne soient pris.

Personne ne pourrait comprendre que les pouvoirs publics ne soient pas informés du désastre écologique et environnemental vécu par les populations riveraines, comme c’est le cas sur le site minier de Kambélé par Batouri par exemple. Mais du fait de la corruption et du népotisme, des dispositions du Code minier, sur certains aspects de l’exploitation minière, sont complètement ignorées. Dans la loi du 19 décembre 2023, portant Code minier, il est pourtant clairement stipulé en son article 136 que « la restauration, la réhabilitation et la fermeture des sites miniers et des carrières incombent à chaque opérateur ».

Ces opérations, précise-t-on, doivent viser à rendre les sites stables, à restaurer leur productivité agro-sylvo-pastorale et à retrouver un aspect visuel proche de leur état d’origine, ou du moins propice à de nouveaux aménagements durables. L’Etat ou les opérateurs peuvent également effectuer d’autres aménagements. La bonne remise en état donne lieu à la délivrance d’un quitus qui libère l’ancien exploitant de ses obligations concernant le titre minier, l’autorisation ou le permis d’exploitation.

Cependant, l’ancien exploitant reste responsable des préjudices découverts ultérieurement liés à ses activités passées. En outre, le Code minier prévoit un fonds de restauration, de réhabilitation et de fermeture des sites miniers et des carrières, alimenté par les contributions annuelles des opérateurs miniers et de carrières. Ce fonds est destiné à financer les activités de mise en œuvre du programme de préservation et de réhabilitation de l’environnement. Les modalités de fonctionnement de ce fonds sont fixées par voie réglementaire. Et pourtant, cette disposition n’est pas respectée sur le terrain. Et, le ministère des Mines, face au danger que représente la semi-mécanisation artisanale de l’or, a entrepris de suspendre, à compter du 31 mars 2023, la délivrance des autorisations d’exploitation artisanale aux sociétés étrangères, afin qu’ils deviennent un privilège exclusif des artisans miniers, tel que prévu par les dispositions du Code minier. Ceci en vue d’une meilleure régulation de cette branche du secteur minier, majoritairement responsable des hécatombes dans l’extractivisme au Cameroun.

C’est le cas notamment avec l’interdiction de l’exploitation sémio-mécanisée sur le site de Kambélé. Le site d’exploitation d’or de Kambélé, a été classé en zone de protection et d’exclusion d’activités minières industrielles, semi-mécanisées et de recherche. Et désormais, « seules les activités d’exploitation artisanale stricto sensu, réservées aux riverains autochtones, y sont autorisées ». Mais, une décision qui ne fait pas l’unanimité. Et même, elle attise déjà des conflits entre autochtones et allogènes.

Des poursuites judiciaires sont d’ailleurs en vue, avec la société Jam’s Avenir qui, apprend-on, affirme détenir depuis août 2024, le seul permis de recherche actif sur le site. La société indique avoir investi plusieurs centaines de millions de FCFA dans des études préalables à un projet de convention en attente de signature. Selon Jam’s Avenir, cette décision compromet ses activités. L’entreprise envisage de poursuivre l’État du Cameroun pour obtenir réparation.

En rappel, au Cameroun, le secteur minier reste largement dominé par les exploitations artisanales et à petite échelle. Selon le Code minier, cette catégorie englobe l’orpaillage au sens strict, ainsi que l’exploitation artisanale semi-mécanisée. L’or demeure la ressource la plus convoitée, loin devant les autres substances extraites, parmi lesquelles figurent quelques gisements de pierres précieuses, semi-précieuses et ornementales.

Les riverains restent pauvres malgré la richesse du sous-sol

Dans l’imaginaire collectif, l’or et les diamants sont synonymes de richesse. Pourtant, dans les zones minières de l’Est du Cameroun, ces pierres précieuses entretiennent surtout la misère. À Kambélé, petit village aurifère, les familles vivent au rythme des pelles et des battées, convaincues qu’un jour la chance tournera. Mais derrière l’éclat des minerais, se cache une réalité plus sombre celle d’une pauvreté chronique qui se transmet de génération en génération.

Face à l’attrait des minerais, de nombreux parents abandonnent leurs champs, tandis que les enfants désertent les bancs de l’école pour travailler dans les mines. Selon une étude conduite par le Dr Marc Anselme Kamga, chercheur à l’Institut panafricain des sciences de la vie et de la terre, près de 75 % des élèves des villages miniers quittent l’école pour se consacrer à l’orpaillage. Cette déscolarisation massive hypothèque l’avenir de toute une génération, piégée dans un cycle de pauvreté où l’effort physique remplace la formation intellectuelle. « Ici, l’école ne nourrit pas, mais peut-être qu’un gramme d’or trouvé aujourd’hui changera ma vie », confie un adolescent mineur de Kambélé. Mais la réalité est toute autre. Les gains tirés de l’or ou du diamant sont rarement suffisants pour améliorer les conditions de vie des familles.

UNE ÉCONOMIE DE SURVIE DOMINÉE PAR LES INTERMÉDIAIRES

Dans ces zones, la pauvreté s’aggrave à cause d’un système de dépendance. Les mineurs artisanaux travaillent souvent sous la coupe d’intermédiaires qui avancent nourriture ou argent. En retour, ils récupèrent les minerais découverts à un prix dérisoire, loin de leur valeur marchande réelle. La conséquence directe : les familles vivant autour des sites miniers restent confinées dans une économie de subsistance, incapables de constituer une épargne ou d’investir durablement dans l’éducation et la santé. Ce mécanisme entretient une pauvreté structurelle. Les mineurs, contraints de travailler pour rembourser leurs dettes, s’enferment dans une spirale où la quête du gain immédiat ne mène jamais à l’amélioration du niveau de vie.

PAUVRETÉ ET VULNÉRABILITÉS SOCIALES

La misère des zones minières se traduit aussi par une forte précarité sociale. L’étude du Dr Kamga récemment menée révèle une hausse inquiétante de la prostitution, souvent associée à une exploitation accrue des femmes. La prévalence du VIH est particulièrement élevée autour des sites miniers, où les conditions de vie insalubres et la promiscuité favorisent la propagation des maladies. À cela s’ajoute l’insécurité alimentaire. Les terres agricoles, abandonnées ou détruites par l’extension des sites miniers, ne produisent plus assez pour nourrir les familles. « 2 025,6 hectares de terres agricoles ont été convertis en sites miniers, représentant 44 % de la superficie totale occupée par l’exploitation minière. Cette conversion a entraîné une diminution des terres arables, contribuant à la hausse des prix des denrées alimentaires et à l’insécurité alimentaire dans la région de l’Est », rapporte l’ONG, Forêts et développement rural (Foder) en mai 2025. Les revenus tirés de l’orpaillage ne suffisent pas à compenser cette perte, aggravant la faim dans des villages pourtant assis sur un sous-sol riche.

LE PARADOXE D’UN PAYS RICHE EN RESSOURCES MAIS PAUVRE EN RETOMBÉES

Le Cameroun détient un potentiel minier considérable : or, bauxite, cobalt, fer. Pourtant, selon l’African Minerals Development Centre (AMDC), le secteur contribue à seulement 0,63 % du PIB et représente 5 % des exportations nationales. Dans un pays qui mise sur le triptyque mine-métallurgie-sidérurgie pour soutenir son industrialisation (SND30), le contraste est frappant. En réalité, 95 % de la production aurifère nationale provient de l’exploitation artisanale, largement informelle et échappant au contrôle fiscal.

Malgré la multiplication des permis miniers (122 industriels et plus de 1 000 artisanaux), l’État ne capte qu’une infime partie des revenus, soit moins de 0,2 % du budget national. Les retombées économiques locales sont donc quasi inexistantes, tandis que les populations minières, premières exposées aux risques, demeurent les grandes oubliées du partage de la rente.

DES VILLAGES ABANDONNÉS À LEUR SORT

Autre problème majeur est l’absence de réhabilitation des sites après exploitation. Les entreprises quittent les zones sans combler les trous béants, laissant derrière elles des paysages dévastés et dangereux. Les autorités locales alertent également sur la déforestation, l’ensablement des rivières et la destruction des terres arables.

Dans certaines zones, les métaux lourds comme le plomb, le cadmium ou l’arsenic contaminent l’eau et les sols, exposant les populations à de graves risques sanitaires. Ces impacts aggravent encore la pauvreté, car ils privent les habitants de leurs moyens traditionnels de subsistance tels que l’agriculture, la pêche, la chasse et l’élevage.

L’exploitation minière grignote forêts et terres agricoles

Une étude récente sur la cartographie des sites miniers et leurs impacts environnementaux met en lumière l’ampleur des dégâts liés à l’exploitation minière au Cameroun, en particulier dans la région de l’Est. Entre 2010 et 2024, la superficie occupée par les activités minières est passée de 82,48 hectares à 4 639,69 hectares, soit une progression fulgurante de 5 490 %.

L’arrondissement de Batouri concentre l’essentiel de cette expansion, avec une superficie exploitée multipliée par plus de quarante, atteignant 3 247 hectares en 2024. À Kétté, l’évolution est tout aussi spectaculaire avec plus de 4 hectares en 2010, les sites miniers occupent désormais 1 327 hectares.

Cette croissance anarchique s’accompagne d’une destruction massive du couvert végétal, près de 2 614 hectares de forêts ont été rasés dans les trois arrondissements étudiés (Batouri, Kétté et Kentzou). Cette perte fragilise la biodiversité, accentue l’érosion des sols et dérègle les écosystèmes locaux. Plus préoccupant encore, l’étude révèle que 2 025 hectares de terres agricoles, soit 44 % des zones minières actuelles, ont été convertis en carrières. Ce qui a entraîné une baisse drastique des surfaces cultivables, entraînant une pression sur la sécurité alimentaire et une hausse du prix des denrées dans la région.

Les projections sont tout aussi inquiétantes. Si aucune mesure de régulation n’est prise, la superficie exploitée pourrait atteindre 7 500 hectares à Batouri et 3 000 hectares à Kétté d’ici 2040. Les conséquences environnementales vont bien au-delà de la déforestation. La pollution des cours d’eau par le mercure et les huiles usagées met en danger la faune aquatique et la santé des populations.

Sur le terrain, les habitants vivent aussi avec des trous béants non réhabilités, véritables pièges mortels causant noyades, éboulements ou glissements de terrain. Les artisans miniers, eux, restent exposés à des substances toxiques comme le cyanure et le mercure, sources d’intoxications graves, de maladies respiratoires ou de brûlures.

Rejoindre notre groupe télégram pour avoir les dernières infos
Cliquez ici

Click to comment

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Dernières actualités

Agroalimentaire : DENKY peaufine son installation dans la région de l’Ouest Cameroun

Published

on

Agroalimentaire : DENKY peaufine son installation dans la région de l’Ouest Cameroun
Spread the love

Le projet porté par Lisette Claudia Tame envisage la création de plusieurs centaines d’emplois et répondre à la désormais traditionnelle problématique de l’import substitution au Cameroun.

La région de l’Ouest Cameroun, département des Haut-plateaux dans le village Badenkop va s’enrichir d’une usine de transformation des produits alimentaires.

Le projet porté par Lisette Claudia Tame envisage la transformation du maïs et consacrera accessoirement des mini unités au développement des ressources telles que la pomme de terre, le plantain, la viande de porc, le sucre, avec l’ambition d’en faire à terme des unités autonomes, qui constitueront le complexe industriel qu’il est prévu de réaliser sur le même site.

Selon les prévisions, DENKY envisage de transformer chaque année : 500 tonnes de maïs ; 5 000 tonnes de sucre ; 300 tonnes de plantains et de pommes de terre ; 200 tonnes de fruits ; 200 tonnes de viande de porc. Le projet va générer 150 emplois directs et 200 emplois indirects. L’idée est de soutenir et de développer l’agriculture locale en encourageant des initiatives d’extension chez les agriculteurs locaux déjà actifs.

DENKY envisage également de fédérer les différents acteurs présents sur les chaines de valeurs des matières premières ciblées, pour garantir un fonctionnement régulier, et bien portant de ces différentes branches.

La cérémonie d’ouverture prévue vendredi 26 juin 2026 a pour objectif d’informer les acteurs du secteur agroindustriel de l’entrée d’une nouvelle unité dans la famille des transformations, présenter au gouvernement la réalisation d’un projet pour lequel ils ont été sollicités et présenter la vision qui fonde et accompagne cette réalisation.

Cet ouvrage vient répondre à la désormais traditionnelle problématique de l’import substitution, en proposant des produits issus des terres camerounaises, sous des aboutissements qui tutoient valablement l’offre étrangère.

Portrait

LISETTE CLAUDIA TAME SOUMEDJONG, CEO d’Africa Processing Company SA.

Lisette Claudia Tame est à la tête d’African Processing Company, la quatrième usine de transformation de cacao au Cameroun. Elle a su imposer sa marque de chocolats haut de gamme, Ca’Oly , symbole d’innovation, de qualité et de respect de l’environnement.

Son parcours est marqué par la détermination et la résilience. Après plusieurs années passées en Europe, elle fait le choix de revenir au pays pour y investir et bâtir un projet porteur de sens. Un pari réussi : son entreprise génère aujourd’hui un chiffre d’affaires de plus d’un milliard de FCFA et a permis la création de près de 200 emplois directs et indirects.

En janvier 2025, elle inaugure une usine de transformation de cacao à Okoa Maria, près de Mbankomo. Dotée d’une capacité de broyage annuelle de 4 000 tonnes, cette installation place APC SA parmi les cinq principaux acteurs nationaux du secteur, rivalisant désormais avec des poids lourds tels que Sic Cacaos et Chococam.

Rejoindre notre groupe télégram pour avoir les dernières infos
Cliquez ici

Continue Reading

Dernières actualités

Commerce extérieur : les entreprises camerounaises mal préparées à l’accès sans droits de douane au marché chinois

Published

on

Commerce extérieur : les entreprises camerounaises mal préparées à l’accès sans droits de douane au marché chinois
Spread the love

L’ouverture totale du marché chinois aux produits africains constitue sans doute l’une des mesures commerciales les plus importantes de ces dernières années pour les économies du continent. Depuis le 1er mai 2026, la République populaire de Chine applique en effet une politique de tarif douanier zéro sur les importations en provenance des pays africains. Concrètement, les produits camerounais peuvent désormais accéder à l’un des plus vastes marchés du monde sans supporter les droits de douane qui réduisaient jusqu’ici leur compétitivité.

Une décision saluée par le gouvernement camerounais qui y voit une occasion exceptionnelle de renforcer les exportations nationales et de promouvoir le « Made in Cameroon » auprès de plus de 1,4 milliard de consommateurs. Dans un communiqué adressé aux opérateurs économiques, le ministre du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana, a invité les entreprises concernées à accomplir les formalités nécessaires afin de bénéficier de ce nouveau régime préférentiel. Les filières du cacao, du café, du bois transformé, du coton, des fruits, des épices, des huiles végétales, des produits artisanaux ou encore des cornes séchées figurent parmi les principaux secteurs susceptibles de tirer profit de cette ouverture.

Pékin a par ailleurs mis en place des mécanismes de facilitation des exportations africaines, notamment à travers les « Corridors verts », destinés à fluidifier les échanges commerciaux et logistiques. Sur le papier, le Cameroun dispose pourtant de nombreux atouts pour profiter pleinement de cette nouvelle donne.

Le pays possède une diversité agroécologique rare en Afrique centrale, une production agricole abondante et des ressources forestières considérables. Du cacao aux fruits tropicaux, en passant par le café, le miel, les épices, le poivre de Penja, les huiles végétales ou les produits artisanaux, l’offre exportable existe bel et bien. À cela s’ajoute une position géographique stratégique qui fait du Cameroun une porte d’entrée naturelle vers les marchés de la sous-région.

Pourtant, entre le potentiel affiché et la capacité réelle des entreprises à exporter vers la Chine, le fossé demeure important. L’accès préférentiel au marché chinois ne garantit pas automatiquement une augmentation des exportations. Encore faut-il que les producteurs soient capables de satisfaire aux exigences de qualité, de traçabilité, de conditionnement et de certification imposées par les autorités chinoises. Or, sur ce terrain, beaucoup d’entreprises camerounaises restent insuffisamment préparées.

Les petites et moyennes entreprises, qui constituent l’essentiel du tissu productif national, manquent souvent des moyens techniques et financiers nécessaires pour franchir ces barrières. C’est précisément sur ce point que les limites de l’action publique apparaissent. Si l’annonce de l’ouverture du marché chinois a été largement relayée, les mesures concrètes d’accompagnement restent encore peu visibles. Les opérateurs ont besoin d’informations détaillées sur les procédures d’accès, de formations sur les normes exigées, d’un appui à la certification, d’infrastructures logistiques adaptées et surtout de mécanismes de financement dédiés à l’exportation. Sans cet écosystème d’accompagnement, seuls quelques grands groupes déjà structurés seront en mesure de saisir cette opportunité, laissant de côté une grande partie des producteurs locaux.

Cette situation est d’autant plus préoccupante que les échanges entre Yaoundé et Pékin demeurent profondément déséquilibrés. Selon les données de l’Institut national de la statistique, les exportations camerounaises vers la Chine reposent encore essentiellement sur les matières premières brutes. Le pétrole, le gaz naturel liquéfié, le bois et le coton dominent largement les flux commerciaux. Cette spécialisation maintient le pays dans une position de fournisseur de ressources peu transformées, tandis que la plus grande partie de la valeur ajoutée est créée à l’étranger. L’exonération douanière décidée par la Chine offre donc au Cameroun une occasion rare de changer de modèle.

Mais pour transformer cette ouverture en véritable levier de développement industriel, il faudra aller bien au-delà des déclarations d’intention. L’État, les banques, les organisations patronales et les investisseurs privés sont appelés à construire un dispositif cohérent permettant aux entreprises nationales de conquérir durablement ce marché. Faute d’une telle mobilisation, le risque est grand de voir cette opportunité historique profiter à une poignée d’acteurs seulement, tandis que le pays continuera d’exporter principalement des matières premières, sans parvenir à réduire le déséquilibre de sa balance commerciale avec la deuxième puissance économique mondiale.

Rejoindre notre groupe télégram pour avoir les dernières infos
Cliquez ici

Continue Reading

Dernières actualités

Infrastructures routières : 240 milliards FCFA pour la reconstruction du corridor Douala-Bangui

Published

on

Infrastructures routières : 240 milliards FCFA pour la reconstruction du corridor Douala-Bangui
Spread the love

Selon le document d’évaluation du projet (PAD) rendu public le 12 juin 2026, le Cameroun bénéficiera d’un financement de 240,4 milliards de FCFA (425 millions de dollars), composé d’un prêt de la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) de 230,3 milliards de FCFA (407 millions de dollars) et d’un crédit de l’Association internationale de développement (IDA) de 10,1 milliards de FCFA (18 millions de dollars).

Cette enveloppe représente l’essentiel du financement de la première phase du Programme de corridor économique Douala-Bangui, dont le coût total s’élève à 297,05 milliards de FCFA (525 millions de dollars). La République centrafricaine recevra un don IDA de 51 milliards de FCFA (90 millions de dollars), tandis que la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) bénéficiera d’un don de 5,6 milliards de FCFA (10 millions de dollars) pour soutenir les réformes régionales de facilitation du commerce et du transport.

L’approbation du financement par le Conseil d’administration de la Banque mondiale le 12 juin dernier marque le passage du projet de la phase de préparation à celle de mise en œuvre. Cette validation autorise désormais la signature des accords de financement et le démarrage des activités prévues. Quelques jours avant cette échéance, le ministère camerounais des Travaux publics (Mintp) indiquait déjà que toutes les conditions préalables avaient été remplies.

Dans un compte rendu publié à l’issue d’une réunion tenue le 10 juin 2026 entre le ministre des Travaux publics et une délégation de la Banque mondiale conduite par Anne-Cécile Souhaid, directrice de la division Afrique de l’Ouest et du Centre, le département ministériel soulignait que « toutes les conditions préliminaires ont été satisfaites par le Cameroun pour mobiliser les ressources nécessaires à la reconstruction des axes du corridor Douala-Bangui ». Réhabiliter les principaux axes du corridor.

Ce financement s’inscrit dans une approche programmatique multiphase (MPA) dont l’enveloppe globale est estimée à plus de 600 milliards de FCFA (1,2 milliard de dollars). L’objectif est de renforcer la compétitivité du principal corridor commercial reliant le port de Douala à la République centrafricaine.

La première phase prévoit notamment la réhabilitation de la section Edéa-Yaoundé (164 km) au Cameroun et de la route Baoro-Bossemptélé en République centrafricaine. Des interventions ciblées sont également programmées sur les axes Ayos-Bertoua-Garoua-Boulaï (environ 575 km) et Bangui-Bossemptélé afin d’assurer la continuité du trafic. Le projet intègre également des mesures de sécurité routière fondées sur l’approche « Safe System », incluant l’amélioration des infrastructures critiques, le contrôle de la vitesse et le renforcement de la prise en charge post-accident.

UN PROJET À VOCATION ÉCONOMIQUE ET RÉGIONALE

Au-delà de la réhabilitation des routes, le programme vise à stimuler l’activité économique le long du corridor. Des études seront réalisées pour plusieurs projets structurants, dont la zone industrielle et la plateforme logistique d’Edéa, le complexe économique et touristique Mouanko-Yoyo, la Zone économique spéciale du bois de Bertoua, ainsi que le port sec de Béloko et la Zone économique spéciale de Boali en République centrafricaine.

Le projet prévoit également des investissements sociaux, notamment dans les écoles, les centres de santé, les centres de formation professionnelle et les marchés, avec une attention particulière à l’entrepreneuriat féminin. Enfin, une composante régionale mise en œuvre avec l’appui de la CEMAC doit permettre de fluidifier le commerce sur le corridor grâce à la numérisation des procédures, à l’extension du guichet unique, à la mise en place de plateformes logistiques numériques et au renforcement de la coordination entre les États concernés. L’objectif est de réduire les coûts et les délais de transport sur l’un des axes commerciaux les plus stratégiques d’Afrique centrale.

Rejoindre notre groupe télégram pour avoir les dernières infos
Cliquez ici

Continue Reading

Trending

Rejoindre notre groupe télégram pour avoir les dernières infosCliquez ici