L’annonce par le président camerounais Paul Biya, 92 ans, de sa candidature à un nouveau mandat a relancé le débat sur la longévité des dirigeants en Afrique. À la tête du pays depuis 43 ans, l’homme fort de Yaoundé approcherait les 100 ans s’il terminait un futur mandat, devenant ainsi l’un des plus vieux et plus anciens chefs d’État en exercice sur le continent.
Pour Thabang Motswaledi, universitaire à la North-West University (NWU) et spécialiste en gouvernance, cette candidature illustre un problème plus profond qui mine le développement africain.
« L’un des grands défis du continent reste le refus de nombreux dirigeants de quitter le pouvoir, même lorsque leur mandat est achevé », souligne-t-il. « Cette idéologie du pouvoir à vie, assimilée à la dictature ou à l’autocratie, freine la démocratie et le progrès. »
Le chercheur rappelle que des voix académiques africaines alertent depuis longtemps sur les dangers du maintien prolongé au pouvoir, sans que ces avertissements soient suivis d’effet. Il cite notamment Robert Mugabe au Zimbabwe, Teodoro Obiang Nguema en Guinée équatoriale, Denis Sassou Nguesso au Congo, Yoweri Museveni en Ouganda ou encore Paul Biya au Cameroun, comme exemples d’un modèle politique figé, souvent synonyme de corruption, d’élitisme et de sous-développement.
Selon lui, cette tendance alimente également la recrudescence des coups d’État, en particulier en Afrique de l’Ouest. « Au fil des années, on a vu se former une ‘ceinture des putschs’ dans cette région. Le Cameroun, qui en est proche, pourrait ne pas être épargné si la frustration politique grandit », avertit-il.
Concernant le bilan national, Thabang Motswaledi se montre sévère : « Les décennies de présidence Biya n’ont pas apporté de progrès significatif au Cameroun. Une nouvelle réélection risque de plonger le pays dans la même impasse que le Mali ou le Burkina Faso, où la colère populaire a débouché sur des coups d’État. »
Pour de nombreux observateurs, l’annonce de Paul Biya soulève donc une question centrale : le Cameroun connaîtra-t-il un véritable changement ou poursuivra-t-il sa route vers l’immobilisme politique ?














