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Piratage ou manipulation du site du MINAT ? Les preuves qui contredisent la version du ministre Atanga Nji


À quelques mois de l’élection présidentielle d’octobre 2025 au Cameroun, le climat politique s’électrise et les tensions se répercutent jusque dans le cyberespace. Le 25 juillet 2025, le ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji, a annoncé un piratage ciblant le site web et les systèmes informatiques de son département ministériel. L’objectif d’après lui? Manipuler les données du processus électoral en cours.
Lire ici le texte de Beaugas Orain Djoyum de Digital Business Africa :
« Des investigations sont actuellement en cours pour localiser, identifier et déférer devant la justice les individus coupables d’avoir piraté les systèmes informatiques du Ministère de l’Administration Territoriale, dans le but malveillant d’y insérer un nom qui n’a ni fondement légal, ni place légitime dans le dispositif électoral national », a déclaré le ministre dans un communiqué radio-presse estampillé “urgent”.
Qualifiant ce « sabotage informatique » de tentative de déstabilisation des institutions républicaines, le ministre a promis des sanctions exemplaires pour les auteurs.
Un « piratage » à prendre avec des pincettes
Digital Business Africa, votre plateforme d’informations stratégiques sur les TIC, les Télécoms et le Numérique en Afrique, émet des doutes. Sur la base des informations disponibles et vérifiables en ligne, cette alerte institutionnelle, en apparence sérieuse, dissimule en réalité un enjeu bien plus politique : une bataille de légitimité autour de la candidature du Pr Maurice Kamto.
L’ancien président du MRC, désormais investi par un autre parti, le MANIDEM, est au cœur d’une controverse qui soulève des interrogations sur l’usage des données, des plateformes numériques et de la cybersécurité à des fins politiques.
La manœuvre Kamto-Manidem et la réaction inattendue
L’annonce de la candidature du Pr Maurice Kamto à l’élection présidentielle d’octobre 2025 sous la bannière du MANIDEM (Mouvement Africain pour la Nouvelle Indépendance et la Démocratie) a pris de nombreux observateurs par surprise. Beaucoup s’attendaient à le voir se présenter sous les couleurs du MRC (Mouvement pour la Renaissance du Cameroun), son parti d’opposition, qui avait boycotté les dernières élections municipales et législatives et ne dispose donc pas d’élus locaux indispensables à un parti politique pour présenter un candidat à l’élection présidentielle.
Pour éviter un rejet de candidature prévisible – certains analystes ayant déjà anticipé cette issue lors des débats sur le mandat impératif – le Pr Maurice Kamto a démissionné du MRC pour s’aligner avec le MANIDEM.
Ce « dribble inattendu », selon le MANIDEM ayant investi le Pr Maurice Kamto pour l’élection présidentielle, aurait incité le ministre de l’Administration territoriale à chercher un moyen d’invalider cette candidature. C’est ainsi qu’une seconde candidature émanant du MANIDEM a été déposée à Elecam le 21 juillet, cette fois par Dieudonné Yebga. La suite est connue : la candidature du Pr Maurice Kamto a été rejetée le 26 juillet 2025 par Elecam pour « pluralité d’investiture par le Manidem », tout comme celle de Dieudonné Yebga.
Un témoignage accablant et des incohérences
Sur le plateau de STV, Anicet Ekane, figure emblématique du MANIDEM, a vivement réagi à la candidature de Dieudonné Yebga, la qualifiant de « fantoche » et dénonçant une tentative d’embrouiller l’électorat.
Dès l’annonce de la candidature de Dieudonné Yebga, Anicet Ekane a catégoriquement réfuté sa légitimité, soulignant que même le site web officiel du ministère de l’Administration territoriale (MINAT) le reconnaissait toujours comme président du MANIDEM. Il a également précisé avoir reçu le courrier officiel du MINAT prenant acte de l’exclusion de M. Yebga du parti.
« Je vois très mal comment [Yebga] sortirait de sa torpeur, trouverait 30 millions pour aller payer une caution alors qu’il est retiré au village », a déclaré Ekane, remettant en question la capacité et la légitimité financière du « soi-disant candidat ».
Pour appuyer ses propos, Anicet Ekane a mis en avant sa reconnaissance par les instances officielles : « Elecam m’invite à tous ses séminaires. Le dernier, c’était avec l’ONU il y a moins d’un mois. » Il a insisté sur le fait qu’Elecam (Elections Cameroon) se base sur la liste des partis légalisés par l’administration territoriale pour adresser ses invitations.
Son étonnement était palpable : « C’est quand même surprenant que malgré cela, un candidat se lève, un soi-disant candidat vient déposer au nom du Manidem et se fait prévaloir d’être président du Manidem puisque c’est lui-même qui a signé son investiture. »
Anicet Ekane a laissé entendre que cette audace ne pouvait venir que d’une assurance reçue du pouvoir en place : « Je ne sais pas d’où il est allé tirer cette audace si on ne lui a pas dit que le pouvoir s’arrangerait à faire prévaloir sa candidature. »
Pour lui, cette manœuvre émane du ministre Atanga Nji et vise principalement à « embrouiller les Camerounais », à semer le doute et à exclure le Pr Maurice Kamto de la course à la présidentielle.
Le site web du MINAT : une chronologie troublante
Le 21 juillet 2025, Anicet Ekane a souligné que le site web officiel du Ministère de l’Administration Territoriale (MINAT) le mentionnait toujours comme président du MANIDEM. De nombreux internautes, militants du MANIDEM et partisans de Maurice Kamto, ont alors effectué des captures d’écran et les ont partagées sur Facebook, confirmant que le MINAT reconnaissait Anicet Ekane comme président du parti.
Cependant, dans la nuit du 21 au 22 juillet 2025, le site web du MINAT est devenu indisponible. À sa réapparition le 23 juillet, surprise : sur la page dédiée aux partis politiques, le nom d’Anicet Ekane avait été effacé et remplacé par celui de Dieudonné Yebga.
Dans son communiqué du 25 juillet, le MINAT a affirmé que son site avait été piraté « dans le but malveillant d’y insérer un nom qui n’a ni fondement légal, ni place légitime dans le dispositif électoral national ».
La preuve par la Wayback Machine : un “piratage” interne ?
Pour vérifier les changements survenus sur n’importe quel site web, la Wayback Machine d’Internet Archives est un outil précieux. Cette bibliothèque numérique archive régulièrement différentes versions des sites web, offrant une traçabilité indispensable.
La plateforme est disponible à l’adresse : https://web.archive.org/. Une fois sur la plateforme et les archives retrouvées, vous pouvez télécharger les pages web sauvegardées et les comparer via des outils comme https://www.diffchecker.com ou https://www.textcompare.org afin de voir les modifications effectuées.
Pour rappel, la Wayback Machine développée par Internet Archives, une organisation à but non lucratif, est en quelque sorte une bibliothèque numérique riche de 835 milliards de pages web archivées et près de 80 millions de livres, vidéos, images, logiciels et d’autres objets culturels stockés sous forme numérique.
Les vérifications menées par Digital Business Africa à partir des archives de la Wayback Machine et de bien d’autres outils révèlent des faits troublants :
La page web https://minat.gov.cm/annuaires/partis-politiques/ a été sauvegardée 18 fois entre décembre 2023 et juillet 2025, dont 7 fois entre le 21 et le 27 juillet 2025. Soit trois sauvegardes le 24 juillet, deux le 27 juillet et une les 24 et 26 juillet 2025.
Voir la page sur la Wayback Machine d’Internet Archives lorsqu’elle a été postée pour la première fois en 2023: https://web.archive.org/…/annuaires/partis-politiques/
Jusqu’au 30 avril 2025 et même le 21 juillet 2025, Anicet Ekane y apparaît comme président.
Voir la page sur la Wayback Machine d’Internet Archives : https://web.archive.org/…/annuaires/partis-politiques/
La version du 24 juillet montre pour la première fois le nom de YEBGA Dieudonné comme président du Manidem, avec MEVOA comme SG.
Depuis, cette version est restée en ligne, sans retour à l’affichage précédent.
Voir la page sur la Wayback Machine d’Internet Archives en juillet 2025 : https://web.archive.org/…/annuaires/partis-politiques/
Ces archives informatiques remettent sérieusement en question la thèse d’un piratage externe pour intrusion d’un nom qui y figurait depuis. Elles suggèrent plutôt une modification interne, assumée ou commandée, contredisant directement le discours du MINAT.
Un démenti gênant : Jean Benoît MEVOA prend la parole
L’argument du piratage semble d’autant moins convaincant que Jean Benoît Bénéfice MEVOA, présenté comme secrétaire général dans la nouvelle version du site, a publiquement démenti sa fonction actuelle précisée sur le site du Minat.
Dans une vidéo publiée le 25 juillet sur sa page Facebook, accompagnée du commentaire « Si le mensonge a des courtes jambes, la vérité a donc des longues jambes… Avançons », il a affirmé avoir occupé ce poste en 2015 avec Dieudonné Yebga comme président.
Mais, a-t-il précisé, depuis 2018, après un congrès du parti à Douala, il n’occupe plus ce poste et le parti est dirigé par Anicet Ekane.
« Je dénonce avec la dernière énergie le fait que mon nom soit utilisé à des fins politiciennes sans mon consentement (sur le site web du Minat, ndlr). Je ne suis donc ni de près, ni de loin associé à cette nébuleuse, à cette manipulation. Je prends le peuple camerounais à témoin et les rassure que je suis militant du Manidem, cadre du parti avec un président qui s’appelle Anicet EKANE », a-t-il affirmé.
Enjeux politiques et institutionnels
L’enjeu est de taille : cette modification du site du MINAT, associée à la candidature de Dieudonné Yebga, pouvait servir d’argument à Elecam pour rejeter la candidature du Pr Maurice Kamto, investi par le MANIDEM (version Ekane), au motif de « pluralité d’investiture ». La deuxième candidature du MANIDEM a subi le même sort.
Au regard de tous ces faits, Digital Business Africa peut affirmer sans grand risque de se tromper que les deux noms insérés sur le site web du MINAT en juillet sont ceux de YEBGA Dieudonné et MEVOA Jean Benoit Bénéfice.
Étant donné qu’à l’heure actuelle ces deux noms s’y trouvent toujours, on peut imaginer que le nom d’Anicet Ekane est celui que le ministre Atanga Nji considère comme étant celui inséré frauduleusement sur le site web du Minat et n’ayant « ni fondement légal, ni place légitime dans le dispositif électoral national ». Sauf que, comme l’attestent les captures et faits présentés, cela semble le contraire.
Les deux candidats du MANIDEM ayant contesté la décision d’Elecam de rejeter leur candidature, il appartient désormais au Conseil constitutionnel de trancher. Quelle que soit sa décision, un fait restera : le nom d’Anicet Ekane, qui figurait sur le site web du MINAT comme président du MANIDEM depuis le 1er décembre 2023, a été remplacé le 23 juillet 2025 par celui de Dieudonné Yebga.
Beaugas-Orain DJOYUM
NB :Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement la position éditoriale d’Actu Cameroun.
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Actualités locales
Rutile et terres rares de Minta : Lion Rock étend les indices sur 130 km² au Cameroun, sans chiffrer la ressource

(Investir au Cameroun) – Lion Rock Minerals affirme avoir étendu sur 130 km² la zone dans laquelle elle a identifié des indices de rutile entre Mboma, Loum et Minta 1, dans le centre du Cameroun. Cette avancée renforce l’intérêt géologique du projet. Mais la compagnie australienne n’a encore publié ni tonnage, ni teneur moyenne globale, ni estimation des ressources permettant de mesurer la taille réelle du futur gisement.
Dans son rapport d’activités publié le 29 juillet 2026, Lion Rock présente Minta 1 comme la troisième découverte de rutile à haute teneur dans cette zone, après Mboma et Loum. Les différents résultats obtenus dessinent désormais un corridor minéralisé qui s’étend sur 44 km et couvre environ 130 km².
« La définition du corridor riche en rutile de Mboma-Loum, suivie des découvertes voisines à haute teneur de Minta 1, constitue une réalisation importante pour le trimestre et indique un système de rutile ouvert et en expansion, sur plusieurs fronts », affirme Theuns de Bruyn, directeur général de Lion Rock.
Des résultats prometteurs, mais encore ponctuels
Le rutile est un minerai riche en dioxyde de titane. Il est notamment utilisé dans la fabrication de pigments blancs destinés aux peintures, aux plastiques et à certains produits industriels.
À Mboma, Lion Rock indique que le rutile représente jusqu’à 72,7 % de la fraction des minéraux lourds isolée dans certains échantillons. La meilleure teneur mesurée dans l’ensemble du sol atteint toutefois 3,32 %.
À Loum, ces deux indicateurs culminent respectivement à 65,4 % et 2,02 %. À Minta 1, les résultats détaillés font ressortir un maximum de 66,3 % de rutile dans la fraction des minéraux lourds et de 1,74 % dans l’ensemble du matériau prélevé.
Cette distinction est essentielle. Un taux de 66,3 % ou de 72,7 % ne signifie pas que le sol contient la même proportion de rutile. Il indique seulement que le rutile domine parmi les minéraux lourds séparés de l’échantillon. La teneur mesurée dans l’ensemble du sol, nettement plus faible, donne une indication plus proche de la réalité du terrain.
Le résumé introductif du rapport mentionne pourtant une teneur maximale de 2,31 % à Minta 1. Mais le tableau détaillé rattache ce résultat à l’échantillon MB0222, prélevé à Mboma. Lion Rock devra donc clarifier cette différence.
La compagnie ajoute que deux laboratoires indépendants ont confirmé la présence de fragments de rutile naturel contenant plus de 98 % de dioxyde de titane. Là encore, ce chiffre mesure la pureté de fragments sélectionnés. Il ne correspond ni à la teneur moyenne du sol ni à celle d’un éventuel minerai exploitable à grande échelle.
« Ensemble, les trois permis adjacents forment une province de rutile d’importance mondiale », soutient Theuns de Bruyn. Cette appréciation reste cependant celle de l’entreprise. Elle n’est pas encore appuyée par une estimation certifiée des ressources.
Aucun tonnage ni calendrier de production
Lion Rock reconnaît que Mboma, Loum et Minta 1 sont seulement en cours d’avancement vers une première estimation des ressources minérales.
Cette étape doit permettre de répondre à trois questions essentielles : quelle quantité de matériau contient du rutile, quelle est sa teneur moyenne et sur quelle distance cette minéralisation reste continue.
Le rapport ne donne aucune date précise pour la publication de cette estimation. Lion Rock prévoit des forages supplémentaires au cours des six à douze prochains mois, surtout dans les secteurs où les résultats sont les plus élevés. Plusieurs analyses restent également attendues à Mboma, Loum, Minta 1 et Minta Nord.
« Les travaux seront concentrés sur les domaines présentant les teneurs et les assemblages les plus solides », indique la compagnie.
Des essais devront aussi déterminer quelle proportion du rutile contenu dans le sol peut effectivement être récupérée, avec quelle qualité et à quel coût.
En l’absence de ces informations, il est encore impossible de savoir quelle quantité de rutile pourrait être produite, combien coûterait la construction d’une mine, quelle serait sa capacité de production ou si l’exploitation serait rentable.
Lion Rock ne publie encore ni étude de faisabilité, ni budget d’investissement, ni calendrier de mise en production.
Environ 714 millions de FCFA dépensés en exploration
Lion Rock a consacré 1,786 million de dollars australiens, soit environ 714 millions de FCFA, à ses activités d’exploration et d’évaluation au cours du trimestre achevé le 30 juin 2026.
Selon l’entreprise, ces dépenses ont principalement financé les forages, les analyses en laboratoire, les consultants géologiques et le maintien des permis de Minta.
À la fin du trimestre, sa trésorerie atteignait 6,865 millions de dollars australiens, soit environ 2,75 milliards de FCFA. Au rythme de dépenses déclaré, la compagnie estime disposer de 3,2 trimestres de financement, soit environ 9,6 mois.
Lion Rock ne déclare aucune recette commerciale ni ligne de crédit disponible.
Le projet bénéficie néanmoins de l’appui stratégique de Tronox Holdings, producteur américain de dioxyde de titane qui détient environ 5 % du capital de Lion Rock. Tronox présente Minta comme une source potentielle de rutile et de monazite pour sa stratégie dans les terres rares.
Cette participation ne constitue toutefois ni un contrat d’achat de la future production ni un engagement à financer la construction d’une mine.
L’extension des indices sur 130 km² renforce donc la connaissance géologique du projet. Mais la prochaine étape décisive sera la publication d’une première estimation des ressources, suivie des essais de récupération et des études économiques.
Tant que ces travaux ne sont pas achevés, Minta reste un projet d’exploration prometteur, mais pas encore un gisement dont l’exploitation commerciale est démontrée.
Baudouin Enama
Lire aussi :
06-12-2025 – Terres rares de Minta : après l’arrivée de l’Américain Tronox, Lion Rock Minerals lance un programme de forages
17-10-2025 – Rutile de Minta : Lion Rock veut lever 3,3 milliards FCFA auprès de l’Américain Tronox pour développer le projet
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Dette publique : le Cameroun prépare un prêt à composante ESG de 400 milliards de FCFA

(Investir au Cameroun) – Le Cameroun envisage de contracter un prêt à composante environnementale, sociale et de gouvernance (ESG) de 690 millions de dollars, soit environ 400 milliards de FCFA, avec l’appui de plusieurs partenaires financiers internationaux. Cette opération, encore en préparation, doit compléter les 474 milliards de FCFA déjà mobilisés par l’État sur les marchés extérieurs en 2026.
L’annonce figure dans laConjoncture mensuelle de la dette publique du Camerounde juin 2026, publiée le 27 juillet par la Caisse autonome d’amortissement (CAA). Le document indique que le gouvernement« entend contracter un prêt à composante environnementale, sociale et de gouvernance (ESG) de 690 millions USD ».
La CAA ne précise toutefois ni la maturité, ni le différé de remboursement, ni le taux d’intérêt envisagé. Les mentions d’une durée de quinze ans, d’une période de grâce de cinq ans et de conditions financières « compétitives » ne sont donc pas étayées par le rapport publié.
Une enveloppe équivalente à 12,5 % du besoin de financement de 2026
La loi de finances 2026 évalue le besoin global de financement du Cameroun à 3 197 milliards de FCFA, soit environ 8,8 % du produit intérieur brut. Près de 67 % de ce besoin doivent être couverts par des ressources extérieures.
À lui seul, le prêt ESG envisagé représenterait environ 12,5 % de ce besoin annuel. Il viendrait s’ajouter aux 474 milliards de FCFA mobilisés au premier trimestre 2026 dans le cadre d’un placement privé réalisé sur le marché international.
Le recours à cette nouvelle enveloppe intervient alors que la remontée des rendements internationaux conduit les autorités à recommander un« séquencement prudent »de la composante extérieure du programme d’emprunt. Le gouvernement cherche ainsi à éviter une concentration excessive des levées de fonds classiques dans un environnement de marché encore coûteux.
La CAA présente l’opération ESG comme un moyen de diversifier les sources de financement, de réduire le coût de l’endettement et d’améliorer l’accès du pays aux financements durables. Le montage devrait notamment s’appuyer sur des mécanismes de garantie et de partage des risques avec les partenaires financiers internationaux.
Des projets et des indicateurs encore inconnus
Le rapport ne fournit cependant aucune indication sur les partenaires approchés, la devise définitive du prêt, son calendrier de mobilisation ou la nature des mécanismes de garantie envisagés.
Il ne précise pas davantage les projets qui seront financés, ni la répartition de l’enveloppe entre les composantes environnementale, sociale et de gouvernance. Aucun cadre d’éligibilité, indicateur d’impact ou dispositif de reporting n’est présenté.
Cette absence de détails empêche, à ce stade, de déterminer si l’opération prendra la forme d’un financement affecté à des dépenses précisément identifiées ou d’un prêt général dont les conditions seraient liées à des engagements ESG pris par l’État.
L’appellation retenue par la CAA — « prêt à composante ESG » — invite d’ailleurs à la prudence. Le document ne permet pas encore de qualifier l’opération d’obligation verte, de prêt vert ou de financement durable au sens strict.
Une dette extérieure déjà dominante
À fin juin 2026, la dette publique du Cameroun s’établit à 15 607 milliards de FCFA, soit 44,2 % du PIB. La dette directement contractée par l’administration centrale représente 14 659 milliards de FCFA, dont 64,5 % proviennent de financements extérieurs.
Le futur prêt représenterait environ 2,6 % de l’encours actuel de la dette publique, en supposant sa mobilisation intégrale. Son impact réel dépendra toutefois de son calendrier de décaissement et de l’utilisation qui sera faite des ressources.
La question du coût demeure également centrale. Selon la CAA, le portefeuille actuel de la dette publique affiche un taux d’intérêt moyen pondéré de 2,8 % et une maturité moyenne de 6,9 ans. La dette extérieure présente une maturité moyenne de 7,3 ans.
Pour apporter un avantage financier au Cameroun, le nouveau montage devra donc proposer des conditions suffisamment favorables par rapport aux financements commerciaux classiques, notamment au placement privé de 474 milliards de FCFA réalisé en début d’année.
À ce stade, l’opération constitue davantage une intention de financement qu’un emprunt finalisé. Sa portée dépendra du coût définitif, de la maturité, des garanties mobilisées et, surtout, de la publication d’un cadre précisant les projets éligibles ainsi que les résultats environnementaux et sociaux attendus.
Amina Malloum
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