À l’approche de la présidentielle du 12 octobre, le Conseil constitutionnel camerounais a reçu 35 recours, dont trois visant directement à contester la candidature du président Paul Biya, en lice pour un huitième mandat à 92 ans. Parmi les requérants, des figures politiques aux profils contrastés mais réunies autour d’un objectif commun : empêcher le chef de l’État sortant de se représenter.
Trois recours ciblent directement Paul Biya
Le Conseil constitutionnel du Cameroun, présidé par Clément Atangana, a officiellement reçu 35 requêtes relatives à la publication de la liste des candidats retenus pour l’élection présidentielle du 12 octobre 2025. Parmi elles, trois visent spécifiquement à faire invalider la candidature du président Paul Biya, au pouvoir depuis 43 ans et en quête d’un huitième mandat à l’âge de 92 ans.
La liste définitive publiée par Élections Cameroon (ELECAM) comprend 13 candidats retenus sur les 83 dossiers initialement déposés. Paul Biya, doyen des chefs d’État dans le monde, figure en bonne place, mais certains appellent à son retrait immédiat de la course.
Un conseiller municipal du RDPC contre son propre parti
Léon Thieller Onana, conseiller municipal issu du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC), parti au pouvoir, fait partie des requérants. Il demande l’invalidation de la candidature de Paul Biya, tout en sollicitant la réintégration de sa propre candidature, rejetée par ELECAM.
Onana avait en effet déposé un dossier sous la bannière du RDPC, contestant directement Paul Biya en interne. ELECAM a refusé sa candidature, estimant qu’il n’avait pas été officiellement investi par le parti, qui a désigné Paul Biya comme son seul représentant.
Pour Onana, cette désignation est illégitime, car le mandat de Biya à la tête du RDPC serait expiré et aucun congrès du parti n’aurait été organisé pour le renouveler. Dans plusieurs interviews, il a affirmé que la candidature de Biya était donc juridiquement infondée.
Bertin Kisob, opposant emprisonné, exige lui aussi le retrait de Biya
Autre figure contestant la candidature présidentielle : Bertin Kisob, président du Cameroon Party for Social Justice (CPSJ). Détenu depuis plusieurs années à la prison centrale de Kondengui à Yaoundé, Kisob est en lien avec le conflit séparatiste dans les régions anglophones.
Malgré un dépôt de dossier précoce — le premier des 83 candidats, selon ses soutiens — sa candidature a été rejetée par ELECAM. L’instance électorale lui reproche neuf irrégularités, notamment l’absence de certificat de nationalité, d’attestation de non-condamnation, de régularité fiscale, de lettre d’investiture de son parti, ainsi que le non-paiement du cautionnement de 30 millions de FCFA.
Dans ses trois recours déposés au Conseil constitutionnel, Kisob exige le retour de sa candidature sur la liste officielle, la disqualification de Paul Biya et celle de tous les membres du Conseil constitutionnel.
D’autres candidatures rejetées contestent également
Maurice Kamto, figure majeure de l’opposition, fait également appel du rejet de sa candidature. Sa disqualification découle d’un conflit interne au sein du MANIDEM, son parti, qui a vu deux candidatures concurrentes déposées : celle de Kamto, soutenu par Anicet Ekane — reconnu par beaucoup comme président du parti — et celle de Dieudonné Yebga, qui revendique lui aussi cette fonction.
Ce conflit interne a poussé ELECAM à rejeter les deux candidatures, conformément à la loi électorale qui interdit à un parti politique de présenter plusieurs candidats.














