À quelques semaines de l’élection présidentielle, le président Paul Biya a dévoilé les grandes lignes de la campagne du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC). Dans une circulaire interne, le chef de l’État, candidat à sa propre succession, exige une victoire sans équivoque, tout en appelant à une mobilisation « moderne et convaincante ». Une stratégie qui suscite déjà des interrogations, alors que l’opposition dénonce une exclusion orchestrée.
Les quatre piliers de la campagne du RDPC
Dans un document adressé aux militants, aux cadres locaux et aux partis alliés, Paul Biya, 91 ans et au pouvoir depuis 1982, a fixé les orientations de sa campagne.« Notre ambition est de remporter cette élection de manière décisive et transparente », écrit-il, insistant sur quatre axes majeurs :
L’unité: Des équipes inclusives, représentant la diversité sociologique du Cameroun, avec une place accordée aux femmes et aux jeunes.
La modernité: Une campagne digitale, s’appuyant sur les réseaux sociaux et l’innovation portée par la jeunesse.« L’esprit créatif et innovant des jeunes (…) doit être mis à profit pour une campagne électorale attractive, efficace et moderne », précise le texte.
La persuasion: Un discours axé sur les « réalisations » du RDPC, face à ce que le parti qualifie de « désinformation ».« Nous nous adressons à nos compatriotes en présentant la réalité des faits. Nous adoptons des postures dignes et respectables. Nous évitons la vulgarité et la provocation », ordonne Biya.
Le contact: Du porte-à-porte intensif, avec des militants appelés à frapper aux portes dans les villages et quartiers.« La campagne de contact parle au cœur et à la raison. Elle facilite l’écoute et le dialogue », souligne la circulaire.
Biya absent du terrain ? Une campagne déléguée
Si le ton est donné, une question reste en suspens : le président Biya compte-t-il sillonner le pays pour convaincre les électeurs ? Rien n’est moins sûr. Contrairement à d’autres démocraties où les candidats multiplient les meetings, le chef de l’État camerounais, connu pour sa discrétion, pourrait une nouvelle fois déléguer cette tâche à ses militants.
« Les Camerounais sont habitués à ne pas le voir. Mais cette fois, certains réclament qu’il mène lui-même campagne, voire qu’il participe à un débat présidentiel », analyse un observateur politique. Une hypothèse peu probable pour un homme qui passe parfois plus d’un mois sans apparaître en public.
Une machine électorale bien huilée
Pour assurer sa victoire, le RDPC a mis en place une structure de campagne tentaculaire :
UneCommission Nationale de Campagne
Des commissions régionales, départementales et communales
Des comités de quartier et de village
UneCommission Externepour la diaspora
Objectif : contrôler chaque étape du scrutin, du vote au dépouillement, en passant par la surveillance des bureaux. Le parti promet aussi de travailler avec ses alliés pour défendre« la paix, l’unité, la démocratie et le progrès ».
L’opposition en colère : le cas Kamto relance les tensions
Cette annonce intervient dans un contexte électrique. L’opposition, notamment Maurice Kamto (MRC), voit sa candidature rejetée par ELECAM, l’organe en charge des élections. Une décision qualifiée de« mascarade »par des figures comme Akere Muna ou Alice Nkom, qui dénoncent un Cameroun« devenu la risée de l’Afrique subsaharienne ».
Le RDPC, lui, évite soigneusement le sujet dans sa circulaire. Preuve que pour Paul Biya, l’objectif est clair : une victoire écrasante, quitte à ignorer les critiques.














