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Stéphane Tiki, directeur du développement et porte-parole du Groupement du patronat francophone: « nous voulons créer la première banque de la diaspora en France »

Le 20 mars 2025 lors de la deuxième journée de The Okwelians Summit vous avez procédé à la signature de deux accords est-ce que vous pouvez nous en dire plus ?
Nous avons signé deux accords stratégiques qui marquent une étape décisive dans notre engagement pour une coopération économique dynamique et équilibrée. Le premier partenariat a été conclu avec la Chambre de Commerce Européenne du Cameroun, présidée par Yanis Arnopoulos. Vous connaissez sans doute le travail remarquable qu’il réalise avec le groupe Arno, et aujourd’hui, il met ce même talent au service de la Chambre de Commerce Européenne. Cet accord revêt une importance capitale, car il illustre la volonté du groupement du patronat francophone, dont j’ai l’honneur d’être le porte-parole et directeur, d’établir un pont solide entre l’Europe et l’Afrique.
Notre organisation rassemble 20 millions de PME réparties dans 80 pays francophones, dont 40 pays du continent africain. Nous voulons aller au-delà des schémas traditionnels et bâtir une relation économique équilibrée et mutuellement bénéfique. Ceux qui investissent en Afrique doivent prospérer, mais les entrepreneurs africains doivent également tirer profit de ces échanges. Ce partenariat avec Yanis Arnopoulos vise précisément à favoriser l’implantation d’entreprises européennes au Cameroun, un pays riche en opportunités, tout en donnant aux entreprises camerounaises la possibilité d’apporter leur savoir-faire et leur valeur ajoutée en Europe. Trop souvent, on imagine que c’est l’Europe qui apporte quelque chose à l’Afrique, mais l’inverse est tout aussi vrai, et nous sommes là pour le démontrer.
Le deuxième partenariat signé lors du sommet revêt une importance stratégique similaire. Il s’agit d’un accord avec la Chambre de commerce du Canada en Afrique, une initiative essentielle dans un monde en pleine mutation. Le Canada occupe une place clé dans la francophonie, et ce partenariat ouvre la voie à des échanges commerciaux accrus entre les entreprises canadiennes et le marché africain, en particulier le Cameroun. Nos entrepreneurs camerounais auront également l’opportunité de s’implanter au Canada, consolidant ainsi un axe économique fort entre l’Europe, l’Afrique et le Canada, dans le cadre d’une francophonie économique ambitieuse.
Notre rôle est de construire ces ponts pour créer des routes solides, car nous savons que c’est par l’économie que se développe une nation, et plus particulièrement par le biais des PME. Contrairement aux grands groupes qui consomment la richesse, les PME la créent. Elles forment la main-d’œuvre locale, structurent l’écosystème économique et ouvrent de nouvelles perspectives aux jeunes.
En 2050, l’Afrique comptera une population active comparable à celle de la Chine, à une différence majeure : 70 % de cette population aura moins de 35 ans. Il est donc crucial de leur offrir des opportunités concrètes à travers le statut d’auto-entrepreneur, les PME, les TPE et les startups. L’objectif est de les aider à sortir du secteur informel pour intégrer un cadre structuré et prospère, avec un meilleur pouvoir d’achat, plus de valeur ajoutée et un développement humain renforcé.
Des pays comme le Cameroun et l’ensemble de l’Afrique centrale affichent de forts taux de croissance, mais l’enjeu est de traduire cette croissance en amélioration des conditions de vie. C’est précisément notre mission, et c’est pourquoi je suis heureux d’être ici avec vous aujourd’hui.
Nous travaillons avec des acteurs engagés, comme un incubateur de startups que j’ai récemment découvert : Innovation. Ces structures jouent un rôle clé en formant les jeunes talents africains et en leur offrant l’accompagnement nécessaire pour transformer leurs compétences en succès entrepreneurial. Grâce à des initiatives comme celle-ci, nous donnons aux entrepreneurs de demain les outils et les conseils dont ils ont besoin pour bâtir des entreprises solides et innovantes.
Quels sont les secteurs visés ?
Les secteurs que nous ciblons sont, à mes yeux, des piliers essentiels du développement. Tout d’abord, l’agriculture. Trop souvent perçue comme un choix par défaut, elle est en réalité un secteur stratégique. Loin d’être une solution de repli pour ceux qui échouent ailleurs, l’agriculture est fondamentale : elle nous nourrit, nous hydrate, répond à nos besoins les plus élémentaires. Aujourd’hui, grâce à l’agrotech et l’agribusiness, elle évolue et s’impose comme un moteur de croissance.
Le numérique et la tech occupent également une place centrale. Nous avons vu émerger des structures d’innovation comme l’incubateur start-up Innovation, qui soutient des projets technologiques d’avenir. Le Cameroun dispose même de son premier think-tank dédié au numérique, porté par un jeune entrepreneur talentueux. D’autres innovateurs brillent dans les domaines de la fintech, de la formation et de l’éducation. Récemment, j’ai assisté à un concours de pitchs de start-up où des jeunes présentaient des solutions révolutionnaires dans ces secteurs.
Notre approche repose sur l’intelligence économique : nous analysons les besoins du marché avant d’orienter les jeunes vers des opportunités viables. Le chômage des jeunes est un défi majeur, et il est urgent d’adapter la formation aux secteurs porteurs d’emplois. Nous devons cesser de préparer des générations entières à des métiers qui ne recrutent pas. C’est pourquoi nous insistons sur de nouveaux modèles de réussite : au-delà des figures emblématiques du sport et de la musique comme Kylian Mbappé, Samuel Eto’o ou Charlotte Dipanda, il est temps d’encourager les jeunes à s’inspirer de Danpullo, Dangote et d’autres capitaines d’industrie.
Le rôle des incubateurs et des start-ups ne peut être sous-estimé. Nous avons en Afrique une réserve de talents incroyables et des écosystèmes innovants qui méritent d’être mis en avant. Trop souvent, nous nous focalisons sur ce qui ne fonctionne pas. Or, en tant qu’optimiste engagé, je suis convaincu que nous devons aussi valoriser ce qui fonctionne, montrer l’exemple et inspirer la jeunesse à bâtir sur ces succès.
Au-delà de l’agriculture, de l’éducation, de la formation et du numérique, deux autres secteurs sont essentiels à mes yeux : la culture et le sport.
Autrefois considérés comme de simples passions, ces domaines sont désormais de véritables industries. Nous devons reconnaître leur potentiel économique et les structurer comme des secteurs d’investissement stratégiques. Le sport et la culture rassemblent, inspirent et génèrent des opportunités. J’ai grandi avec des posters de Samuel Eto’o dans ma chambre, et aujourd’hui, j’aimerais que nous puissions former la prochaine génération de talents.
Le rôle du patronat est aussi d’accompagner ces industries, d’encourager les décideurs économiques à investir dans des centres de formation pour que demain, nous ayons de nouveaux Samuel Eto’o, de nouveaux talents de la musique comme Tayc ou Charlotte Dipanda. Ces secteurs ont besoin de financements, mais ils apportent aussi une immense valeur sociale et économique.
Voilà, en somme, les domaines clés sur lesquels nous devons concentrer nos efforts pour bâtir une économie dynamique, inclusive et tournée vers l’avenir.
Justement, vous avez évoqué l’une des grandes faiblesses de l’entrepreneuriat au Cameroun : les difficultés d’accès au financement. Comment comptez-vous y remédier ?
Vous avez raison, l’accès au financement est un défi, et pas seulement ici. C’est une réalité sur tout le continent. Mais permettez-moi de dire deux choses essentielles. D’abord, être entrepreneur, c’est accepter de prendre des risques, de se lancer dans une aventure. C’est même le seul métier où l’on s’engage avec passion en espérant un débouché réussi. Personnellement, je crois fermement que l’entrepreneuriat fonctionne mieux lorsqu’il repose sur une dynamique collective.
Adam Smith, qui m’a beaucoup inspiré, disait :« Spécialisez-vous dans ce que vous faites de mieux et entourez-vous de personnes compétentes dans les domaines où vous l’êtes moins. »Un autre homme qui m’a marqué, c’est Nelson Mandela, avec cette phrase :« Je ne perds jamais. Soit j’apprends, soit je gagne. »
Alors, aux jeunes qui nous écoutent, je veux dire : tentez l’aventure ! Chaque difficulté est une opportunité d’apprentissage. Regardez un bébé : il ne naît pas en sachant marcher. Il pose un pied, puis un autre, tombe, se relève, pleure parfois… mais finit par courir. L’entrepreneuriat, c’est pareil. On tombe, on se relève, et on apprend à avancer. Bien sûr, il y a des obstacles, que ce soit la constitution d’une équipe, la gestion d’un projet ou le financement. Comment y répondons-nous ? J’ai deux casquettes, et je vais vous en parler.
D’abord, en tant que chef d’entreprise, je peux vous dire que nous finançons des projets. À travers l’Afrique, nous évaluons la rentabilité, la viabilité et la fiabilité des initiatives, et nous mettons en place des solutions adaptées pour leur financement.
Ensuite, voici une exclusivité pour vous : nous travaillons sur la création de la première banque de la diaspora en France. Ce projet, porté par des membres de la diaspora, vise à répondre aux besoins spécifiques des entrepreneurs africains. Attention, ce n’est pas une initiative sectaire, mais une façon de proposer des solutions adaptées à ceux qui connaissent nos réalités, nos parcours, et nos défis. Jean-Jacques Rousseau disait :« L’homme est un animal social. »Nous avançons mieux avec ceux qui nous comprennent. Enfin, nous collaborons avec des institutions comme l’Agence Française de Développement (AFD) et la Banque Publique d’Investissement (BPI), qui disposent de fonds pour soutenir l’entrepreneuriat.
Alors oui, ces solutions ne résoudront pas tous les problèmes d’un coup. Mais si elles permettent à trois, quatre ou cinq entrepreneurs d’accéder à un financement, ces derniers pourront à leur tour aider d’autres entrepreneurs, et ainsi de suite. Le changement se construit pas à pas.
Ces initiatives concernent-elles uniquement le Cameroun, ou avez-vous des projets plus larges pour l’Afrique dans les prochaines années?
Le Cameroun, c’est mon pays. J’y suis profondément attaché. D’ailleurs, je l’ai dit hier (20 mars 2025) au journal télévisé de la CRTV : c’est ici que je suis né. Et hier, j’ai vécu un moment fort en retournant à mon ancienne école primaire. J’y ai retrouvé mon maître de CM1, un moment chargé d’émotion, qui m’a permis de transmettre et d’encourager la nouvelle génération.
Un autre modèle qui m’inspire est Kobe Bryant et samamba mentality: l’idée que la transmission et l’héritage sont essentiels. Cela dit, je n’ai pas de projet spécifique au Cameroun car, pour être honnête, je n’y réside pas. Mais pour l’Afrique, oui, j’agis concrètement. Tous les quinze jours, je visite un pays du continent pour apporter de la valeur ajoutée, notamment en accompagnant des PME. Certaines ont déjà pris pied au Cameroun, dans la santé, le médical ou le numérique.
Dès qu’une entreprise étrangère cherche un pays stratégique pour s’implanter en Afrique, je suis le premier à promouvoir le Cameroun. Pourquoi ? Parce que ce pays est une terre d’opportunités, un véritable condensé du continent, où le talent est omniprésent. Il suffit de connecter ce savoir-faire avec lefaire-savoir, de relier l’offre et la demande pour propulser le Cameroun à la hauteur qu’il mérite. C’est cela, mon engagement. J’accompagne également les entrepreneurs qui souhaitent investir ici et j’échange avec de nombreuses figures camerounaises qui ont réussi. J’ai d’ailleurs fondé un club d’excellence,Powerhouse, où nous honorons ceux qui brillent. En décembre, nous avons accueilli Francis Ngannou à Paris pour célébrer son parcours. Dès qu’un Camerounais ou un membre de la diaspora réalise une prouesse, je veux que nous soyons fiers, que nous le soutenions.
Trop souvent, nous sombrons dans ce que j’appelle lepanier de crabes, où la réussite d’un autre est perçue comme une menace. Il est temps de briser ce schéma et d’adopter un nouveau paradigme, celui de l’addition :toi + moi = une valeur ajoutée. Ensemble, nous sommes plus forts. Mon action ne s’arrête pas au Cameroun. J’ai déjà accompagné des PME au Congo-Brazzaville et en RDC. En mai prochain, j’organise en Côte d’Ivoire un forum avec leGroupement du Patronat Francophone, où 700 à 800 PME seront réunies. J’ai invitéLes Okwelians, sous l’impulsion de Jonathan Nyemb, pour créer des synergies entre les écosystèmes économiques camerounais et ivoirien.
Et ce n’est pas tout. J’encourage la collaboration avec des entreprises venues du Canada, de Roumanie, d’Israël… L’idée est de bâtir un réseau solide, un marché interconnecté qui transcende les barrières.Je vais peut-être paraître prétentieux (rires), mais je me compare parfois à Galilée. Il a affirmé que la Terre tournait autour du Soleil et a été persécuté pour avoir eu raison trop tôt. Aujourd’hui, je prends le risque de vous dire que laZlecaf(Zone de Libre-Échange Continentale Africaine) sera la clé de la transformation économique de l’Afrique.
Quand nous aurons levé les frontières, simplifié les taxes et favorisé la libre circulation des biens et des personnes, tout changera. Imaginez un Camerounais pouvant se rendre à Kinshasa sans visa, un entrepreneur ivoirien exportant librement vers l’Afrique de l’Est… Ce jour-là, nous exploiterons enfin la puissance de notre marché de 54 pays. Regardez l’Union européenne : en 1957, elle s’est unie autour du charbon et de l’acier. Aujourd’hui, c’est un géant économique. Pourquoi ne pourrions-nous pas, nous aussi, bâtir un marché commun africain fondé sur la confiance et la coopération ?
On entend souvent que l’Afrique est « le continent de demain ». Moi, je veux qu’elle soit le continent d’aujourd’hui. L’intérêt mondial pour l’Afrique est évident : Sommet Europe-Afrique, Sommet Chine-Afrique, Sommet Russie-Afrique… Tous veulent bâtir des ponts avec notre continent.
Mais ce que je rêve de voir, c’est un changement de dynamique. Ce n’est plus à nous d’aller quémander en Europe ou en Amérique. C’est à eux de venir ici, parce que la valeur ajoutée est en Afrique.
Cela implique aussi une nouvelle attitude de la diaspora. Nous ne sommes pas attendus comme des sauveurs. Sur le terrain, des entrepreneurs se battent déjà, construisent et réussissent. Ce que nous devons faire, c’estadditionnernos forces. Apporter notre 0,1 % de valeur ajoutée, nos compétences acquises à l’étranger, et les fusionner avec le savoir-faire local. C’est ainsi que nous avancerons.
L’Afrique doit s’imposer comme un acteur économique central, où les sommets se tiendront sur notre sol, à nos conditions. C’est en travaillant ensemble, en brisant les barrières et en valorisant nos atouts que nous bâtirons le futur que nous méritons.
Le maître-mot qui a guidé l’organisation de ce sommet, c’est le concret : sortir des événements où l’on parle sans agir, éviter les recommandations qui restent lettre morte. Y a-t-il déjà un engagement concret d’entreprises, que ce soit ici ou ailleurs, pour investir ?
Je vais essayer de vous répondre et, déjà, nous sommes d’accord sur un point essentiel : je suis quelqu’un de très concret. Vous l’avez vu avec toutes les propositions que j’ai formulées, notamment sur les besoins de financement, où j’ai apporté des solutions précises et détaillées. Alors, pour être honnête : pour l’instant, non. Mais permettez-moi un peu d’humour : la signature a eu lieu hier à 14 heures. Nous sommes aujourd’hui à 14 heures… en 24 heures, le monde n’a pas changé !
Ce que je peux vous affirmer, c’est que le Groupement du Patronat Francophone représente 20 millions de PME. Notre rôle, à travers ces partenariats, est de promouvoir le Cameroun et d’y attirer des entreprises. Et pour être encore plus transparent, je vais vous dire les choses telles qu’elles sont : j’emmène déjà, tous les deux mois, entre 10 et 15 entreprises dans différents pays. Je n’ai pas attendu de signer un MOU pour agir ! C’est mon quotidien. Il y a deux semaines, j’étais en Tanzanie ; trois semaines auparavant, en Côte d’Ivoire. La semaine prochaine, je pars au Congo, puis dans 15 jours au Gabon, toujours accompagné d’entreprises.
Ce MOU, cependant, va renforcer notre action collective. Comme je le dis souvent : on est plus forts ensemble. Par exemple, notre partenaire, président de la Chambre de commerce européenne au Cameroun, est rentré à Douala. Dans quelques jours, il pourra nous fournir un document détaillant les entreprises membres de sa chambre intéressées par des opportunités ici ou souhaitant s’internationaliser.
Nous allons croiser ces informations avec celles des entreprises du Groupement du Patronat Francophone désireuses de s’implanter au Cameroun. C’est ainsi que nous avancerons. Même logique avec notre partenaire canadien, qui représente la Chambre de commerce du Canada en Afrique : il identifiera les entreprises canadiennes prêtes à investir, et nous, en tant que facilitateur économique, nous les accompagnerons dans leur installation, que ce soit au Congo, au Maroc, en Tunisie ou en Côte d’Ivoire.
C’est du concret, du concret, et encore du concret !
La Banque de la diaspora C’est encore un projet, comme vous l’avez dit. Mais concrètement, cette dernière, lorsqu’elle sera mise sur pied, apportera des financements à qui en priorité ? Aux Africains installés à l’étranger ? Ou bien les investisseurs camerounais en Afrique seront-ils également concernés ? Et quelles seront les conditions ?
J’aime beaucoup votre question, et je vais vous répondre avec la même franchise que depuis le début de notre entretien. La Banque de la diaspora, dans un premier temps, s’adressera avant tout aux diasporas. Pourquoi ? Parce que je n’aurais jamais la prétention de créer une banque dans un pays où je ne vis pas. Il faut être lucide.
J’ai pensé à cette banque pour une raison simple : j’ai constaté que beaucoup de membres de la diaspora souhaitent obtenir des prêts pour investir dans leur pays d’origine. Mais soyons honnêtes : lorsqu’un Camerounais de l’étranger veut monter un projet à Édéa, le banquier européen ou américain à qui il s’adresse connaît-il réellement la ville ? Pour beaucoup, le Cameroun, c’est le pays de Roger Milla. Mais Édéa ? Est-ce une ville ? Un village ? Une zone rurale ? Il n’en a souvent aucune idée.
Et c’est normal ! De la même manière, un Français qui voudrait investir au Cameroun pourrait dire qu’il vient de Limoges. Mais un banquier Camerounais se poserait la question :Limoges, c’est où ?Chacun connaît mieux le terrain sur lequel il a grandi. Ce n’est pas un jugement, juste un constat.
Ainsi, quelqu’un qui veut investir à Édéa sera bien plus rassuré s’il s’entoure de personnes connaissant le terrain. C’est là que cette banque intervient : elle facilitera l’accès au financement, à condition bien sûr que le projet soit rentable et fiable. L’objectif est toujours le même : contribuer au développement économique du continent.
Si un membre de la diaspora a un projet solide mais manque de soutien financier, cette banque pourrait lui donner sa chance. Et si son projet réussit, il créera des emplois, développera les compétences locales, améliorera le pouvoir d’achat et la valeur ajoutée. Mon idée vient de là : comment rendre les choses plus simples pour ceux qui veulent participer au développement de leur pays, même modestement ? Parce que même 0,01, c’est toujours plus que 0.
Et vous me poussez à une réflexion encore plus large. En discutant avec vous, une autre idée germe : pourquoi ne pas créer un pont dans l’autre sens ? Aujourd’hui, on parle des diasporas qui veulent investir en Afrique. Mais peut-être que cette banque pourrait aussi accompagner les entrepreneurs africains souhaitant s’implanter en Europe. Après tout, ces entrepreneurs sont les diasporas de demain !
Je pense que ce serait un modèle économique idéal : une banque qui accompagne la diaspora dans son pays d’origine, et qui, en parallèle, aide les entrepreneurs du continent à tenter leur chance à l’international. Ce n’est pas encore un projet complètement défini, mais c’est une réflexion que je veux approfondir. Et je vous en fais la promesse : dès mon retour à Paris, je vais en parler avec mes associés pour étudier cette possibilité. L’idée d’un fonds actif des deux côtés me semble être une véritable opportunité.
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Agroalimentaire : DENKY peaufine son installation dans la région de l’Ouest Cameroun

Le projet porté par Lisette Claudia Tame envisage la création de plusieurs centaines d’emplois et répondre à la désormais traditionnelle problématique de l’import substitution au Cameroun.
La région de l’Ouest Cameroun, département des Haut-plateaux dans le village Badenkop va s’enrichir d’une usine de transformation des produits alimentaires.
Le projet porté par Lisette Claudia Tame envisage la transformation du maïs et consacrera accessoirement des mini unités au développement des ressources telles que la pomme de terre, le plantain, la viande de porc, le sucre, avec l’ambition d’en faire à terme des unités autonomes, qui constitueront le complexe industriel qu’il est prévu de réaliser sur le même site.
Selon les prévisions, DENKY envisage de transformer chaque année : 500 tonnes de maïs ; 5 000 tonnes de sucre ; 300 tonnes de plantains et de pommes de terre ; 200 tonnes de fruits ; 200 tonnes de viande de porc. Le projet va générer 150 emplois directs et 200 emplois indirects. L’idée est de soutenir et de développer l’agriculture locale en encourageant des initiatives d’extension chez les agriculteurs locaux déjà actifs.
DENKY envisage également de fédérer les différents acteurs présents sur les chaines de valeurs des matières premières ciblées, pour garantir un fonctionnement régulier, et bien portant de ces différentes branches.
La cérémonie d’ouverture prévue vendredi 26 juin 2026 a pour objectif d’informer les acteurs du secteur agroindustriel de l’entrée d’une nouvelle unité dans la famille des transformations, présenter au gouvernement la réalisation d’un projet pour lequel ils ont été sollicités et présenter la vision qui fonde et accompagne cette réalisation.
Cet ouvrage vient répondre à la désormais traditionnelle problématique de l’import substitution, en proposant des produits issus des terres camerounaises, sous des aboutissements qui tutoient valablement l’offre étrangère.
Portrait
Lisette Claudia Tame est à la tête d’African Processing Company, la quatrième usine de transformation de cacao au Cameroun. Elle a su imposer sa marque de chocolats haut de gamme, Ca’Oly , symbole d’innovation, de qualité et de respect de l’environnement.
Son parcours est marqué par la détermination et la résilience. Après plusieurs années passées en Europe, elle fait le choix de revenir au pays pour y investir et bâtir un projet porteur de sens. Un pari réussi : son entreprise génère aujourd’hui un chiffre d’affaires de plus d’un milliard de FCFA et a permis la création de près de 200 emplois directs et indirects.
En janvier 2025, elle inaugure une usine de transformation de cacao à Okoa Maria, près de Mbankomo. Dotée d’une capacité de broyage annuelle de 4 000 tonnes, cette installation place APC SA parmi les cinq principaux acteurs nationaux du secteur, rivalisant désormais avec des poids lourds tels que Sic Cacaos et Chococam.
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Commerce extérieur : les entreprises camerounaises mal préparées à l’accès sans droits de douane au marché chinois

L’ouverture totale du marché chinois aux produits africains constitue sans doute l’une des mesures commerciales les plus importantes de ces dernières années pour les économies du continent. Depuis le 1er mai 2026, la République populaire de Chine applique en effet une politique de tarif douanier zéro sur les importations en provenance des pays africains. Concrètement, les produits camerounais peuvent désormais accéder à l’un des plus vastes marchés du monde sans supporter les droits de douane qui réduisaient jusqu’ici leur compétitivité.
Une décision saluée par le gouvernement camerounais qui y voit une occasion exceptionnelle de renforcer les exportations nationales et de promouvoir le « Made in Cameroon » auprès de plus de 1,4 milliard de consommateurs. Dans un communiqué adressé aux opérateurs économiques, le ministre du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana, a invité les entreprises concernées à accomplir les formalités nécessaires afin de bénéficier de ce nouveau régime préférentiel. Les filières du cacao, du café, du bois transformé, du coton, des fruits, des épices, des huiles végétales, des produits artisanaux ou encore des cornes séchées figurent parmi les principaux secteurs susceptibles de tirer profit de cette ouverture.
Pékin a par ailleurs mis en place des mécanismes de facilitation des exportations africaines, notamment à travers les « Corridors verts », destinés à fluidifier les échanges commerciaux et logistiques. Sur le papier, le Cameroun dispose pourtant de nombreux atouts pour profiter pleinement de cette nouvelle donne.
Le pays possède une diversité agroécologique rare en Afrique centrale, une production agricole abondante et des ressources forestières considérables. Du cacao aux fruits tropicaux, en passant par le café, le miel, les épices, le poivre de Penja, les huiles végétales ou les produits artisanaux, l’offre exportable existe bel et bien. À cela s’ajoute une position géographique stratégique qui fait du Cameroun une porte d’entrée naturelle vers les marchés de la sous-région.
Pourtant, entre le potentiel affiché et la capacité réelle des entreprises à exporter vers la Chine, le fossé demeure important. L’accès préférentiel au marché chinois ne garantit pas automatiquement une augmentation des exportations. Encore faut-il que les producteurs soient capables de satisfaire aux exigences de qualité, de traçabilité, de conditionnement et de certification imposées par les autorités chinoises. Or, sur ce terrain, beaucoup d’entreprises camerounaises restent insuffisamment préparées.
Les petites et moyennes entreprises, qui constituent l’essentiel du tissu productif national, manquent souvent des moyens techniques et financiers nécessaires pour franchir ces barrières. C’est précisément sur ce point que les limites de l’action publique apparaissent. Si l’annonce de l’ouverture du marché chinois a été largement relayée, les mesures concrètes d’accompagnement restent encore peu visibles. Les opérateurs ont besoin d’informations détaillées sur les procédures d’accès, de formations sur les normes exigées, d’un appui à la certification, d’infrastructures logistiques adaptées et surtout de mécanismes de financement dédiés à l’exportation. Sans cet écosystème d’accompagnement, seuls quelques grands groupes déjà structurés seront en mesure de saisir cette opportunité, laissant de côté une grande partie des producteurs locaux.
Cette situation est d’autant plus préoccupante que les échanges entre Yaoundé et Pékin demeurent profondément déséquilibrés. Selon les données de l’Institut national de la statistique, les exportations camerounaises vers la Chine reposent encore essentiellement sur les matières premières brutes. Le pétrole, le gaz naturel liquéfié, le bois et le coton dominent largement les flux commerciaux. Cette spécialisation maintient le pays dans une position de fournisseur de ressources peu transformées, tandis que la plus grande partie de la valeur ajoutée est créée à l’étranger. L’exonération douanière décidée par la Chine offre donc au Cameroun une occasion rare de changer de modèle.
Mais pour transformer cette ouverture en véritable levier de développement industriel, il faudra aller bien au-delà des déclarations d’intention. L’État, les banques, les organisations patronales et les investisseurs privés sont appelés à construire un dispositif cohérent permettant aux entreprises nationales de conquérir durablement ce marché. Faute d’une telle mobilisation, le risque est grand de voir cette opportunité historique profiter à une poignée d’acteurs seulement, tandis que le pays continuera d’exporter principalement des matières premières, sans parvenir à réduire le déséquilibre de sa balance commerciale avec la deuxième puissance économique mondiale.
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Infrastructures routières : 240 milliards FCFA pour la reconstruction du corridor Douala-Bangui

Selon le document d’évaluation du projet (PAD) rendu public le 12 juin 2026, le Cameroun bénéficiera d’un financement de 240,4 milliards de FCFA (425 millions de dollars), composé d’un prêt de la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) de 230,3 milliards de FCFA (407 millions de dollars) et d’un crédit de l’Association internationale de développement (IDA) de 10,1 milliards de FCFA (18 millions de dollars).
Cette enveloppe représente l’essentiel du financement de la première phase du Programme de corridor économique Douala-Bangui, dont le coût total s’élève à 297,05 milliards de FCFA (525 millions de dollars). La République centrafricaine recevra un don IDA de 51 milliards de FCFA (90 millions de dollars), tandis que la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) bénéficiera d’un don de 5,6 milliards de FCFA (10 millions de dollars) pour soutenir les réformes régionales de facilitation du commerce et du transport.
L’approbation du financement par le Conseil d’administration de la Banque mondiale le 12 juin dernier marque le passage du projet de la phase de préparation à celle de mise en œuvre. Cette validation autorise désormais la signature des accords de financement et le démarrage des activités prévues. Quelques jours avant cette échéance, le ministère camerounais des Travaux publics (Mintp) indiquait déjà que toutes les conditions préalables avaient été remplies.
Dans un compte rendu publié à l’issue d’une réunion tenue le 10 juin 2026 entre le ministre des Travaux publics et une délégation de la Banque mondiale conduite par Anne-Cécile Souhaid, directrice de la division Afrique de l’Ouest et du Centre, le département ministériel soulignait que « toutes les conditions préliminaires ont été satisfaites par le Cameroun pour mobiliser les ressources nécessaires à la reconstruction des axes du corridor Douala-Bangui ». Réhabiliter les principaux axes du corridor.
Ce financement s’inscrit dans une approche programmatique multiphase (MPA) dont l’enveloppe globale est estimée à plus de 600 milliards de FCFA (1,2 milliard de dollars). L’objectif est de renforcer la compétitivité du principal corridor commercial reliant le port de Douala à la République centrafricaine.
La première phase prévoit notamment la réhabilitation de la section Edéa-Yaoundé (164 km) au Cameroun et de la route Baoro-Bossemptélé en République centrafricaine. Des interventions ciblées sont également programmées sur les axes Ayos-Bertoua-Garoua-Boulaï (environ 575 km) et Bangui-Bossemptélé afin d’assurer la continuité du trafic. Le projet intègre également des mesures de sécurité routière fondées sur l’approche « Safe System », incluant l’amélioration des infrastructures critiques, le contrôle de la vitesse et le renforcement de la prise en charge post-accident.
UN PROJET À VOCATION ÉCONOMIQUE ET RÉGIONALE
Au-delà de la réhabilitation des routes, le programme vise à stimuler l’activité économique le long du corridor. Des études seront réalisées pour plusieurs projets structurants, dont la zone industrielle et la plateforme logistique d’Edéa, le complexe économique et touristique Mouanko-Yoyo, la Zone économique spéciale du bois de Bertoua, ainsi que le port sec de Béloko et la Zone économique spéciale de Boali en République centrafricaine.
Le projet prévoit également des investissements sociaux, notamment dans les écoles, les centres de santé, les centres de formation professionnelle et les marchés, avec une attention particulière à l’entrepreneuriat féminin. Enfin, une composante régionale mise en œuvre avec l’appui de la CEMAC doit permettre de fluidifier le commerce sur le corridor grâce à la numérisation des procédures, à l’extension du guichet unique, à la mise en place de plateformes logistiques numériques et au renforcement de la coordination entre les États concernés. L’objectif est de réduire les coûts et les délais de transport sur l’un des axes commerciaux les plus stratégiques d’Afrique centrale.
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