Actualités locales
le RDPC pris à son propre piège face au MRC
Le débat politique au Cameroun a récemment été secoué par un retour inattendu au cœur de la Constitution : la question du mandat impératif. Longtemps considéré comme un outil de contrôle partisan, ce dispositif refait surface dans un contexte où le rapport de force semble évoluer, au grand dam du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC).
Dans un texte largement partagé, l’écrivain et analyste Patrice Nganang pointe une ironie cruelle : « Les lois que le RDPC a longtemps façonnées pour se consolider au pouvoir se retournent aujourd’hui contre lui ».
La disposition sur le mandat impératif, autrefois utilisée pour exclure les élus dissidents, avait été révisée pour éviter que le parti majoritaire perde des sièges lorsqu’un transfuge de l’opposition le rejoignait. Résultat : ces élus conservent désormais leur mandat, même en changeant de bord.
Lire l’analyse de Patrice Nganang :
« UN AUTRE SAUT DU RDPC DANS L’ILLEGALITÉ – TEXTE QUI ME VIENT DU CIEL
J’ai souvent eu le sentiment que, dans notre pays, la majorité obèse au sein du parlement RDPC a toujours travaillé à créer et actualiser des lois telles que, si celles-ci ne lui permettent pas de financer 1000 faux adversaires de Biya, elles lui permettent de se pérenniser au pouvoir. Les 43 ans qui font de nous la risée de toute la terre ne me donnent pas tort !
Parmi ces lois ainsi actualisées, l’une d’elles a fait l’objet de débats chauds au pays de Ruben Um ces derniers jours : celle portant sur le mandat impératif.
Dans la première phase de notre Constitution, le mandat impératif y inscrit faisait perdre à tout élu exclu de son parti, à la minute même, son mandat d’élu du peuple. Ainsi, le RDPC, qui infiltrait des gens dans l’opposition, les a vus perdre leur mandat chaque fois que le pot aux roses était découvert. Le SDF, par exemple, actionnait le célèbre article 8.2 de leur statut.
Lorsque le pion retournait au RDPC, il se retrouvait rabougri de son mandat électif. Par cette situation, le RDPC, qui recevait par le fait de transhumance un opposant élu, perdait ainsi un mandat qu’il aurait pu avoir pour rien. Le parti des flammes, en majorité obèse au parlement, dut alors modifier cette disposition afin de permettre à tout opposant qui rejoint ses rangs d’apporter de fait un élu supplémentaire.
Le RDPC a ainsi fait régulièrement la pêche dans les partis de l’opposition, parmi les recrues, des élus qu’il exhibait de manière ostentatoire lors de réunions fortement médiatisées. Sauf qu’il n’avait pas prévu que cette disposition de la loi pouvait aussi jouer en faveur des partis d’opposition. C’est pourtant ce qui s’est passé avec le MRC.
En 2020, lorsque le MRC a été contraint de boycotter les législatives et les municipales, il se mettait ainsi dans une situation où il ne pourrait pas présenter de candidat aux élections présidentielles prévues pour cette année (la Constitution ne laisse à tout candidat dans la situation du MRC que la possibilité d’obtenir 300 signatures d’élus… RDPC !)
Le RDPC, d’habitude si alerté, n’ayant certainement pas prévu que des élus d’autres partis pourraient rallier les rangs de son principal concurrent, le MRC, n’avait pas prêté attention à cette disposition de la loi. Ayant renvoyé les élections législatives en 2026, il ne leur restait que le PCRN à fragiliser.
Mais le grand tournant a récemment été franchi avec l’arrivée de plusieurs élus démissionnaires d’autres partis au MRC, qui a aussitôt lancé, non sans malice, le débat sur le nouveau statut d’éligibilité de Kamto.
Nous avons ainsi assisté à des débats très chauds, au cours desquels, à la surprise générale, le RDPC s’est employé de toutes ses forces à démontrer que le mandat impératif, annulé par eux-mêmes, ne s’appliquait pas du tout au cas du MRC.
Visiblement, ils avaient tellement misé sur l’absence du MRC aux élections que, lorsque l’évidence du contraire a été démontrée, ils ont eu beaucoup de mal à se retenir. Certains savants du RDPC, d’habitude connus pour leurs sentences péremptoires, se sont compromis en voulant démontrer que ce qui était si clairement écrit, qui paraissait si évident, n’était pas censé s’appliquer à tout le monde, surtout encore moins au parti MRC.
Plus on débattait, et plus l’évidence sautait aux yeux, et plus le petit peuple s’est intéressé à la question.
Ce débat a ainsi eu un grand mérite : celui de ramener sur la place publique qu’un seul fil d’Ariane doit guider nos actes et nos comportements au quotidien : la Constitution, la loi.
Dès lors, la question qui se pose dorénavant n’est plus celle de savoir si le MRC présentera un candidat pour les élections de cette année, mais plutôt si ELECAM va entrer bruyamment dans l’illégalité en disqualifiant illégalement un candidat en sachant bien qu’ils sont observés désormais par pas moins de 30 millions de Camerounais avertis !!
L’arbre cachant la forêt, personne ne voit venir la plainte d’ un membre du RDPC sur la vacance à la présidence du RDPC, en l’absence de tout congrès depuis près de 15 ans. Toute la classe politique semble dire (à tort, à mon avis) : « Ça, c’est une affaire entre le RDPC et le RDPC » »
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Guinness Cameroon : la Cemac valide l’exécution de la feuille de route de Castel, sans chiffrer les investissements

(Investir au Cameroun) – La Commission de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac) juge« très satisfaisante » l’exécution des engagements pris par le groupe Castel lors du rachat de Guinness Cameroon. Mais, trois ans après l’autorisation de l’opération, ni le régulateur communautaire ni Boissons du Cameroun ne publient de bilan chiffré actualisé des investissements, des emplois ou des nouvelles capacités de production.
Le 21 juillet 2026, les autorités communautaires et camerounaises de la concurrence ont conduit leur troisième évaluation annuelle de cette opération de concentration, autorisée en mars 2023. Cette validation avait été assortie d’engagements sur cinq ans portant notamment sur les investissements industriels, le développement de la production locale, l’extension du réseau de distribution et la création d’emplois.
La mission de contrôle a inspecté l’ancienne usine Guinness de Ndokoti, à Douala, ainsi que les installations de la Société camerounaise de verrerie (Socaver), filiale de Boissons du Cameroun.
À l’issue de cette évaluation, Léopold Noël Boumsong, président de la Commission nationale de la concurrence et du Conseil communautaire de la concurrence, a assuré que l’entreprise se trouvait« en avance sur l’ensemble de sa feuille de route, allant même au-delà des exigences initiales ».
Un programme de 200 milliards de FCFA, mais aucun bilan actualisé
L’appréciation positive du régulateur n’est accompagnée d’aucune donnée permettant d’en mesurer précisément la portée. Le communiqué de Boissons du Cameroun ne chiffre ni les investissements cumulés depuis 2023, ni les emplois créés ou maintenus, ni les capacités industrielles effectivement installées.
Il ne précise pas davantage la valeur des achats effectués auprès des fournisseurs locaux ou le niveau d’avancement des différentes composantes du programme annoncé au moment de l’acquisition.
Castel avait pourtant présenté un plan d’investissements de 200 milliards de FCFA sur cinq ans. Celui-ci devait notamment financer trois nouvelles lignes de production à Yaoundé, Garoua et Bafoussam, pour une capacité annuelle cumulée de 2,1 millions d’hectolitres, ainsi que l’extension des installations de Socaver.
Lors de la première évaluation annuelle, en 2024, l’entreprise avait annoncé avoir déjà investi 45 milliards de FCFA. Deux ans plus tard, aucun montant actualisé n’est communiqué à l’issue de la troisième mission de contrôle.
L’absence de ces indicateurs limite la possibilité d’évaluer l’écart entre les engagements initiaux, les dépenses effectivement réalisées et les résultats industriels obtenus.
Une acquisition valorisée à près de 300 milliards de FCFA
Le rachat de Guinness Cameroon avait été annoncé en juillet 2022 par le groupe britannique Diageo pour un montant de 389 millions de livres sterling, soit environ 300 milliards de FCFA.
L’opération permet à Castel, à travers Boissons du Cameroun, de produire et de distribuer les marques Guinness sur le marché camerounais dans le cadre d’un contrat de licence et de redevances conclu avec Diageo.
Pour les autorités de concurrence, cette transaction représente aussi un test de l’efficacité du dispositif communautaire de contrôle des concentrations. Seli Mbogo Ngabo, président de la Commission de la Cemac, la présente comme« l’un des premiers cas d’école démontrant que notre dispositif réglementaire est parfaitement fonctionnel ».
Cette appréciation repose sur le mécanisme de suivi imposé à Castel après l’autorisation du rachat. Pendant cinq ans, le groupe doit rendre compte de l’exécution de ses engagements afin d’éviter que la concentration du marché ne se traduise par une diminution des investissements, de la production locale ou de l’emploi.
Le caractère fonctionnel de ce contrôle dépend toutefois également de la transparence des évaluations. Or, le communiqué ne publie ni les objectifs annuels assignés à l’entreprise ni les résultats vérifiés par les autorités.
Socaver érigée en levier d’intégration régionale
La Commission de la Cemac estime également que le rachat favorise l’intégration industrielle dans la sous-région. Socaver fabrique désormais des bouteilles, des emballages et des casiers destinés notamment aux marchés tchadien et centrafricain.
Cette activité pourrait renforcer les échanges intracommunautaires et réduire la dépendance des brasseries régionales aux emballages importés hors de la Cemac. Les volumes produits, les quantités exportées et la valeur de ces ventes ne sont cependant pas précisés.
Le communiqué ne permet donc pas d’évaluer la contribution réelle de Socaver aux exportations camerounaises, au chiffre d’affaires régional du groupe ou à l’approvisionnement des filiales de Castel en Afrique centrale.
Garoua et Yaoundé au programme du contrôle de 2027
Le suivi communautaire doit se poursuivre en 2027. Le directeur général de Boissons du Cameroun, Stéphane Descazeaud, a annoncé que la prochaine mission serait étendue aux sites de production de Garoua et de Yaoundé.
Le communiqué ne mentionne toutefois pas le site de Bafoussam, alors que celui-ci figurait parmi les trois implantations retenues dans le programme industriel annoncé en 2023.
Cette absence ne signifie pas nécessairement que le projet a été abandonné. Elle laisse néanmoins sans réponse la question de son niveau d’avancement et du calendrier prévu pour la nouvelle ligne de production.
À mi-parcours de la période de suivi, la Cemac considère donc que Castel respecte, voire dépasse, ses engagements. Mais faute de données actualisées, cette appréciation reste difficile à confronter aux objectifs initiaux. La prochaine évaluation devra permettre de vérifier si la satisfaction affichée par le régulateur se traduit effectivement par l’exécution du programme de 200 milliards de FCFA, l’augmentation des capacités locales et la création d’emplois mesurables.
B.E
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