Attirés par l’argent ou piégés par de fausses promesses, ils finissent sur le champ de bataille
Ils s’appellent Garba, Romuald, Williams ou encore Brice. Militaires camerounais, étudiants ou jeunes sans emploi, tous ont un point commun : ils ont été recrutés, parfois sous la contrainte, pour combattre aux côtés de l’armée russe en Ukraine. Certains y ont perdu la vie, d’autres ont disparu sans laisser de traces. Malgré les alertes, le phénomène prend de l’ampleur. Et pour de nombreuses familles, c’est l’incompréhension et la douleur, selon une enquête de Jeune Afrique.
« Je sais pourquoi tu m’appelles… Moi-même, je viens de l’apprendre sur les réseaux sociaux », confie d’une voix tremblante la femme de Garba. Son mari, militaire camerounais depuis 2015, a été déclaré mort le 25 mars 2025 dans les combats en Ukraine. Comme lui, des dizaines de soldats du pays ont quitté leur poste pour rejoindre la Russie, séduits par des promesses de gros salaires.
Salaires bas, avenir incertain : un terreau idéal pour le recrutement
Au Cameroun, un caporal-chef gagne environ 200 000 FCFA par mois, soit un peu plus de 300 euros. Une somme dérisoire au vu des risques encourus, notamment dans les régions instables du pays comme l’Extrême-Nord ou les zones anglophones en conflit. Dans ce contexte, certains militaires n’hésitent pas à envisager le départ. « Si tu connais un contact, donne-nous son numéro. Nous aussi on veut partir », lance en souriant un soldat rencontré à Ngaoundéré.
Sur les réseaux sociaux comme TikTok, Telegram ou Facebook, des comptes influents comme « mr_lerusse » ou « Génération ZOV » présentent l’armée russe comme un eldorado. Salaires élevés, primes de guerre, nationalité russe après le conflit… Le message est clair : combattre en Ukraine, c’est s’offrir une nouvelle vie. Mais la réalité est bien différente.
Des étudiants piégés, des soldats disparus
Romuald, 20 ans, pensait partir à Moscou pour ses études. À son arrivée, on lui retire son passeport. Quelques jours plus tard, sa famille reçoit une photo de lui en uniforme militaire, saluant face caméra. Comme lui, plusieurs jeunes Africains sont envoyés au front sans comprendre dans quoi ils s’engagent. Certains signent des documents en russe sans même savoir ce qu’ils acceptent.
D’autres, comme Fotué Fotso Roméo ou le caporal Dongue, ne donnent plus signe de vie depuis des mois. Williams, ancien membre du BIR (Bataillon d’intervention rapide), a été tué à Lougansk. Il avait été recruté en octobre 2024.
Un réseau organisé, même au sein de l’armée camerounaise
D’après plusieurs sources, un véritable réseau de recrutement s’est mis en place jusque dans l’armée camerounaise. Il serait animé par des intermédiaires qui toucheraient jusqu’à 1 500 euros par recrue. Certains militaires pensent qu’ils pourront refuser une fois sur place, mais rares sont ceux qui réussissent à revenir en arrière.
Face à cette vague de départs, le ministre camerounais de la Défense, Joseph Beti Assomo, a ordonné en mars 2025 un contrôle strict des sorties de soldats du territoire. Il a aussi promis des sanctions contre les déserteurs. Mais pour beaucoup, ces mesures arrivent trop tard.
Une guerre qui n’est pas la leur
Du côté des autorités russes, silence radio. L’ambassade de Russie à Yaoundé refuse tout commentaire. Pendant ce temps, au Cameroun, les familles vivent dans l’angoisse ou le deuil. Leurs proches sont partis pour une guerre qui ne les concernait pas, dans l’espoir d’un avenir meilleur. Et pour certains, ce rêve s’est terminé dans un cercueil… ou dans l’oubli.














