Ce vendredi 25 avril, l’Assemblée nationale du Cameroun, récemment reconstruite par la Chine, a été baptisée « Palais de Verre Paul Biya » lors d’une cérémonie très suivie. Un geste fort qui suscite déjà de vives réactions dans la classe politique, notamment de la part d’Akere Muna, avocat et candidat déclaré à la présidentielle.
Le président de l’Assemblée nationale, Cavaye Yeguie Djibril, a officiellement donné ce nom en hommage à Paul Biya, au pouvoir depuis 42 ans et qui pourrait bien briguer un nouveau mandat en octobre prochain.
Mais pour beaucoup, cette décision passe mal.
Akere Muna dénonce une confusion des pouvoirs
Pour Akere Muna, même si on peut comprendre l’idée d’honorer Paul Biya pour ses longues années de présidence, le faire alors qu’il est toujours en fonction pose un vrai problème.
« Il est crucial de réfléchir aux conséquences de donner le nom d’une institution nationale à un président encore en exercice, » a-t-il expliqué. Pour lui, ce geste remet en cause l’indépendance de l’Assemblée nationale, censée représenter le peuple, et non une figure politique en poste.
« Ça brouille la frontière entre l’État et l’individu, » insiste Akere Muna, qui rappelle que Paul Biya est aussi chef d’un parti politique représenté au Parlement, ce qui rend la situation encore plus délicate.
Le candidat à la présidentielle voit dans ce geste un nouvel exemple de la personnalisation excessive du pouvoir au Cameroun. Il souligne également que, contrairement à d’autres figures historiques comme Ahidjo, Foncha, Assalé Charles, Jua, Muna, Achidi Achu ou Bouba Bello, Paul Biya n’a jamais siégé au Parlement, ce qui rend ce choix encore plus particulier.
Akere Muna se demande d’ailleurs si cette décision survivra à l’épreuve du temps.
D’autres voix s’élèvent contre ce choix
Akere Muna n’est pas le seul à dénoncer cette initiative. Le député Jean Michel Nintcheu a lui aussi fustigé cette décision, la qualifiant d’ »hérésie » et de « provocation ».
De son côté, Nourane Foster, députée du PCRN, a exprimé sa profonde tristesse. Elle a rappelé l’importance de maintenir une séparation claire des pouvoirs pour éviter que l’exécutif ne prenne trop de place dans les institutions.
Un hommage appuyé de Cavaye Yeguie Djibril
Lors de la cérémonie, Cavaye Yeguie Djibril n’a pas tari d’éloges sur Paul Biya, même s’il n’a pas vraiment détaillé les réalisations précises du président pour justifier ce baptême.
« Cette cérémonie a une portée symbolique pour nous, élus et pour le peuple que nous représentons, » a-t-il déclaré. « En 43 ans de présidence, c’est la première fois que Son Excellence Monsieur Paul Biya accepte qu’un bâtiment public porte son nom. »
Le président de l’Assemblée nationale s’est engagé à prendre soin du « Palais de Verre Paul Biya » comme de la prunelle de ses yeux. « Un tel joyau mérite d’être protégé et entretenu avec le plus grand soin, » a-t-il conclu, en appelant tous les élus et le personnel à en faire autant.














