Actualités locales
Paradigm Initiative alerte contre une coupure d’Internet au Cameroun
L’organisation non gouvernementale internationale Paradigm Initiative a vivement exhorté le gouvernement camerounais à respecter les droits numériques des citoyens en s’abstenant de couper l’accès à Internet avant, pendant et après la prochaine élection présidentielle d’octobre.
Le directeur exécutif de Paradigm Initiative, Gbenga Sesan, a lancé cet appel dans une déclaration lue à la presse à Yaoundé le 15 avril, à l’issue de deux ateliers réunissant des journalistes, des leaders de la société civile et des agences gouvernementales sur les droits numériques.
Ces ateliers sur les droits numériques s’inscrivaient dans le cadre des efforts déployés par l’organisation pour connecter les Africains aux opportunités numériques et garantir les droits numériques pour tous.
Le gouvernement camerounais et plusieurs régimes autoritaires africains ont déjà coupé l’accès à Internet pour tenter de contrôler l’accès à l’information et la liberté d’expression.
Mais, selon Paradigm Initiative, cette approche porte atteinte à l’intégrité des élections et à la démocratie elle-même.
L’organisation a appelé le gouvernement à «garantir un accès ouvert et ininterrompu à Internet avant, pendant et après les élections ; cesser d’utiliser des lois trop vastes ou trop générales pour criminaliser l’expression légitime et la dissidence en ligne ; s’abstenir de toute surveillance arbitraire ou de tout harcèlement en ligne des journalistes, des militants et des autres citoyens ; et divulguer proactivement les informations relatives aux élections, y compris les listes électorales, dans le respect des exigences et des délais clés, dans tous les formats accessibles».
L’organisation a ancré son appel à la répression gouvernementale croissante et aux tentatives de répression de la liberté d’expression sur les médias numériques et traditionnels au Cameroun avant l’élection présidentielle d’octobre.
À seulement six mois des élections, les récentes actions du gouvernement ont également été perçues comme ciblant les militants, les leaders de l’opposition et d’autres acteurs de la société civile, comme les avocats.
Lors de l’atelier sur les droits numériques à Yaoundé, organisé en partenariat avec Civic Watch, Paradigm Initiative a cherché à sensibiliser les parties prenantes à l’importance des droits numériques.
Ces droits comprennent le droit d’accès à l’information, le droit à la liberté d’expression et le droit à la vie privée en ligne.
Les parties prenantes ont également discuté des effets néfastes de la désinformation pendant les élections et de son impact potentiel sur l’intégrité des élections.
Paradigm Initiative a constaté que non seulement le gouvernement violait les droits numériques des citoyens, mais aussi les entreprises de télécommunications, les fournisseurs d’accès à Internet et les acteurs politiques.
Gbenga Sesan a déclaré aux entreprises de télécommunications qu’elles devaient «assurer la transparence concernant toute demande gouvernementale de coupure d’accès aux données et s’engager à respecter les droits des utilisateurs ; garantir l’égalité d’accès aux infrastructures numériques, en particulier dans les zones rurales et défavorisées ; collaborer avec la société civile pour instaurer la confiance et améliorer la responsabilisation dans le secteur des communications numériques».
Il a appelé les partis politiques et les candidats aux élections à «éviter de sponsoriser ou de diffuser ces informations, discours de haine ou incitation au mépris en ligne ; utiliser les plateformes numériques pour partager des informations exactes, inclusives et vérifiées avec les électeurs ; respecter le droit des médias et des acteurs de la société civile à opérer librement en ligne».
Sesan a encouragé les médias à vérifier les informations, à renforcer le plaidoyer sur les violations des droits numériques et à pratiquer un journalisme responsable pendant la période électorale.
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Actualités locales
Célestin Bedzigui dénonce une atteinte grave à la démocratie au Cameroun

Le président du Parti de l’Alliance libérale (PAL), Célestin Bedzigui, critique vivement la suspension pour trois mois du Front du salut national du Cameroun (FSNC). Dans une tribune, le maire de Monatélé y voit un recul démocratique et conteste la légalité de la mesure prise par le ministère de l’Administration territoriale (MINAT). Il appelle le président Paul Biya à faire rapporter la décision.
La suspension des activités du Front du salut national du Cameroun (FSNC) continue de susciter des réactions dans la classe politique. Dans une tribune intitulée « L’interdiction du FSNC : un crime grave contre la démocratie qui pèsera lourd dans le jugement de l’Histoire », Célestin Bedzigui, président du Parti de l’Alliance libérale (PAL) et maire de Monatélé, condamne la mesure annoncée par le ministère de l’Administration territoriale.
Le responsable politique considère cette suspension de trois mois comme une atteinte majeure au pluralisme politique. Selon lui, la décision dépasse le cadre d’une simple mesure administrative et constitue un signal préoccupant pour l’avenir de la démocratie camerounaise.
Célestin Bedzigui estime notamment que la suspension d’un parti ayant participé à l’élection présidentielle et disposant de représentants et de militants dans le pays revient à restreindre l’expression politique de ses sympathisants.
Lire la tribune de Célestin Bedzigui :
L’interdiction du FSNC : un crime grave contre la démocratie qui pèsera lourd dans le jugement de l’Histoire
L’interdiction pendant 3 mois du parti politique Front du Salut National du Cameroun (FSNC) est un crime grave contre la démocratie et pèsera lourdement en négatif dans le jugement que l’histoire rendra sur le bilan des années du Renouveau dans le domaine de la démocratie.
Ce n’est pas une simple décision administrative. Ce n’est pas un incident de parcours. C’est un acte fondateur d’une régression autoritaire assumée, un aveu d’échec et un tournant historique dont les conséquences dépasseront de loin les trois mois de suspension annoncés.
Sur le plan politique : le retour honteux à l’ère coloniale et le naufrage moral
Il faut mesurer la gravité symbolique de ce qui vient de se passer. Sur le plan politique, cet acte nous ramène au temps le plus sombre de notre histoire, au temps où le pouvoir colonial interdisait l’UPC.
En 1955, l’administration française, par arrêté, dissout l’Union des Populations du Cameroun. Pourquoi ? Parce que l’UPC portait la parole du peuple camerounais en quête de son indépendance véritable. Parce qu’elle demandait la réunification et l’indépendance immédiate. Le pouvoir colonial ne pouvait tolérer une opinion adverse qui contestait sa légitimité. Il a donc interdit.
L’histoire a jugé. Aujourd’hui, qui se souvient des noms de l’ administrateur colonial qui a signé l’interdiction de l’UPC ? Personne. En revanche, le peuple camerounais a fait de Ruben Um Nyobé un héros national. L’UPC, interdite, est devenue immortelle.
Qu’aujourd’hui, en 2026, sous un régime qui se prétend républicain, le Ministère de l’Administration Territoriale prenne une mesure identique contre le FSNC, c’est un pur naufrage de la morale républicaine. Que le Président de la République laisse que se dise, que se chuchote, que se crie dans les chaumières et sur les réseaux sociaux une similitude entre ce que faisait le colon et ce qui est fait aujourd’hui, dans le dessein identique de brider une opinion adverse, est une faute historique impardonnable.
C’est le reniement de tout ce que le 6 novembre 1982 était censé incarner. Le Président Biya est arrivé au pouvoir en promettant la rigueur et la moralisation, puis en 1990, en ouvrant le multipartisme. Il a suscité une espérance immense. Des millions de Camerounais ont cru que la page de l’autoritarisme à parti unique était tournée. Cette interdiction du FSNC est la preuve administrée que nous sommes revenus à la case départ, mais en pire. Car même le parti unique de 1966 à 1990 n’interdisait pas formellement l’opposition puisqu’elle n’existait pas légalement. Aujourd’hui, on crée une opposition légale pour mieux l’interdire légalement. C’est le cynisme à son paroxysme.
Le FSNC n’est pas un parti anodin. C’est un parti qui a participé à la dernière élection présidentielle, qui a des élus, des maires, des militants sur tout le territoire. L’interdire, c’est dire à ses 300 000 électeurs : votre vote ne compte pas, votre opinion est illégale pendant trois mois. C’est une privation collective des droits civiques. C’est un crime contre la démocratie, car la démocratie n’est pas seulement le droit de voter pour le parti au pouvoir, c’est le droit d’exister politiquement contre le pouvoir.
Sur le plan du droit : l’ensauvagement et l’ignorance des fondamentaux
Sur le plan du droit, cette décision est une monstruosité juridique qui constitue un recul intolérable de la gouvernance.
Rappelons les principes élémentaires que tout étudiant en première année de droit apprend. Au Cameroun, la liberté de création et d’activité des partis politiques est garantie par la Constitution et encadrée par la loi n°90/056 du 19 décembre 1990. L’article 4 de cette loi est clair : un parti politique ne peut être dissous ou suspendu que par décision de justice.
Pourquoi le législateur a-t-il voulu cela ? Précisément pour éviter l’arbitraire administratif. Pour éviter qu’un ministre, qui est un militant du RDPC, ne puisse interdire un parti adverse à la veille d’échéances cruciales. Le législateur a voulu que seule une autorité impartiale, le juge, puisse porter une atteinte aussi grave à une liberté fondamentale.
Les arguments évoqués dans le communiqué du MINAT pour justifier la suspension du FSNC sont de nature judiciaire : « atteinte à la sûreté de l’État », « discours haineux », « incitation à la rébellion ». Fort bien. Si ces faits sont avérés, qu’on saisisse le procureur de la République, qu’on ouvre une information judiciaire, qu’on présente des preuves devant un tribunal contradictoire où le FSNC pourra se défendre avec ses avocats.
C’est le B.A.-BA de l’État de droit.
Le seul cas où une intervention de l’autorité administrative pourrait s’en prévaloir sans jugement préalable serait un cas de flagrant délit, de trouble grave et immédiat à l’ordre public nécessitant une mesure conservatoire de quelques heures, le temps que le juge se prononce.
La jurisprudence administrative est constante là-dessus.
Or, nous sommes à une année après l’élection présidentielle d’octobre 2025. Le Président du FSNC Issa Tchiroma Bakary n’est pas en garde à vue. Autant que le sait l’opinion publique, il n’est pas pris dans les entraves de poursuites judiciaires. Il n’y a pas de flagrant délit.
Que le Ministère de l’Administration Territoriale prenne une mesure de suspension de 3 mois des activités politiques d’un parti, sans jugement, sans débat contradictoire, relève donc d’un ensauvagement et d’une ignorance des fondamentaux du droit. C’est le retour de l’administrateur colonial qui gouvernait par arrêté. C’est la négation de la séparation des pouvoirs.
Un ministre de l’Administration, par définition, administre le territoire, il n’administre pas les opinions. Il n’a pas compétence pour juger si une opinion est bonne ou mauvaise, dangereuse ou non. Seul le juge en a la compétence.
En agissant ainsi, le MINAT crée un précédent mortel pour tous les partis, y compris ceux du pouvoir. Car demain, un autre ministre pourra interdire le RDPC pour les mêmes motifs fallacieux. Quand on ouvre la boîte de Pandore de l’arbitraire, on ne sait jamais qui y entrera ensuite.
Le jugement de l’Histoire : Jusqu’à quand ?
Et comme hier Cicéron interpellant Catilina, le conspirateur qui voulait détruire la République romaine, dans sa célèbre première Catilinaire : « Quousque tandem abutere, Catilina, patientia nostra ? » – Jusqu’à quand, Catilina, abuseras-tu de notre patience ? – je me résous à demander au Président de la République : Jusqu’à quand laisserez-vous notre pays sombrer dans les abysses de l’inacceptable ?
Jusqu’où l’iniquité et l’incompétence détruiront-elles le visage de l’espérance que votre parole a suscité il y a 35 ans, en 1990, quand vous avez semblé ouvrir la porte de la démocratie au Cameroun ? J’ en étais. Des millions de jeunes vous ont cru. Ils ont cru que la liberté était irréversible.
Pensez-vous au jugement de l’Histoire, Monsieur le Président ?
L’Histoire ne retiendra pas le nombre de kilomètres de route bitumée, ni le nombre de stades construits. L’Histoire jugera un bilan à une seule aune : avez-vous laissé un Cameroun plus libre ou plus asservi que celui que vous avez trouvé en 1982 ?
L’interdiction de l’UPC a sali à jamais le bilan de la colonisation française au Cameroun. L’interdiction du FSNC pourra salira à jamais le bilan des années Biya.
Il est encore temps de reculer. Il est encore temps pour le Chef de l’État de demander au MINAT de rapporter son arrêté illégal. Ce serait un acte de grandeur. Ce serait la preuve que la République est plus forte que les réflexes autoritaires d’une administration aux abois.
Trois mois d’interdiction, c’est trois mois de trop. Mais dans la mémoire collective, ce sera une éternité. Car le peuple camerounais n’oublie jamais quand on lui interdit de penser. Il a pardonné beaucoup, mais il n’a jamais pardonné qu’on lui interdise d’espérer.
Un parti politique interdit aujourd’hui, c’est la démocratie camerounaise tout entière qui est mise en détention préventive. Et une démocratie en détention, c’est un peuple en prison.
Par Célestin Bedzigui
Maire A1 de Monatélé
Président du Parti de l’Alliance Libérale (PAL)
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