Le Parlement européen a adopté à une large majorité une résolution condamnant la répression croissante visant les journalistes au Cameroun, alimentant les inquiétudes internationales sur l’effritement de la liberté de la presse dans ce pays d’Afrique centrale. Le texte, voté le 3 avril, réclame la libération « immédiate et sans condition » de cinq figures médiatiques emblématiques : Amadou Vamoulké, Kingsley Fomunyuy Njoka, Mancho Bibixy, Thomas Awah Junior et Tsi Conrad.
Élaboré avec le soutien du Comité pour la protection des journalistes (CPJ), le document dénonce une « tendance alarmante » d’arrestations, de censure et d’emprisonnements ciblant les reporters, notamment ceux couvrant la crise dans les régions anglophones. Les accusations, souvent floues – « diffusion de fausses informations », « diffamation criminelle » ou « atteinte à la sûreté de l’État » – serviraient à museler toute critique.
«La liberté de la presse au Cameroun se détériore», alerte le Parlement, soulignant que malgré des garanties constitutionnelles, «les journalistes font face à des détentions routinières, des attaques et une censure persistante».
Une inquiétante série de violations des droits
Les eurodéputés dénoncent le recours abusif à la détention préventive prolongée, aux arrestations arbitraires et à la comparution de civils – dont des journalistes – devant des tribunaux militaires, en violation du droit international. «Une fois détenus, les journalistes sont souvent torturés, maltraités, voire tués», précise la résolution, évoquant les meurtres non élucidés de Martinez Zogo, Jean-Jacques Ola Bebe, Samuel Wazizi et Anye Nde Nsoh entre 2019 et 2023.
Parmi les cas emblématiques, celui d’Amadou Vamoulké, vétéran des médias condamné à 32 ans de prison pour « mauvaise gestion » de la télévision publique, malgré son état de santé précaire. Les quatre autres journalistes ciblés ont écopé de lourdes peines pour avoir documenté les exactions commises lors du conflit armé dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.
Le levier de l’UE et un appel à l’action
Face à cette répression, le Parlement exhorte l’Union européenne – premier partenaire commercial du Cameroun – à user de son influence diplomatique et économique pour exiger des «améliorations tangibles» en matière de droits humains. Il demande notamment aux États membres de l’UE de :
- Visiter régulièrement les journalistes incarcéréset surveiller leurs conditions de détention.
- Soutenir une mission d’enquête de l’ONUsur les violations dans les régions en crise.
- Faciliter l’octroi de visas humanitairesaux reporters camerounais menacés.
Le texte presse également Yaoundé de «mettre fin au jugement des civils par des tribunaux militaires» et de cesser d’invoquer abusivement des «accusations de terrorisme ou de fake news» pour réduire au silence les voix critiques.
Les regards braqués sur Yaoundé
Cette résolution, transmise aux institutions européennes et aux autorités camerounaises, envoie un signal fort : la communauté internationale surveille de près la situation et n’entend pas laisser s’aggraver l’étau sur la liberté d’expression.
Alors que le Cameroun reste un allié clé dans la lutte contre le terrorisme en Afrique centrale, l’UE rappelle que le respect des droits fondamentaux ne peut être négocié. La balle est désormais dans le camp de Yaoundé, sommé de libérer les journalistes et de garantir leur sécurité – sous peine de voir sa coopération avec l’Europe entachée.
Une chose est claire : les projecteurs restent allumés.















