Une étude novatrice menée à Durban, en Afrique du Sud, a révélé des résultats encourageants dans la recherche d’un traitement contre le VIH : 20 % des participantes ont pu interrompre leur thérapie antirétrovirale (TAR) tout en maintenant une suppression virale après un an et demi. Ces découvertes, présentées en mars 2025 lors de laConférence sur les rétrovirus et les infections opportunistes (CROI)à San Francisco, ouvrent de nouvelles perspectives pour les approches de rémission du VIH, notamment dans les régions aux ressources limitées.
Une stratégie inédite
L’essai, le premier du genre en Afrique, a testé une immunothérapie combinée visant à éliminer ou réduire les réservoirs cachés du virus, permettant au système immunitaire de le contrôler sans médicaments à vie. Les participantes – 20 femmes séropositives – ont reçu des antirétroviraux peu après leur infection. Une fois le virus maîtrisé, des traitements stimulant l’immunité ont été administrés. Sous surveillance médicale étroite, elles ont ensuite arrêté les TAR pour évaluer si leur corps pouvait maintenir la suppression virale.
Les résultats ont surpris : 30 % des femmes (6 sur 20) sont restées sans traitement pendant près d’un an, et 20 % (4 participantes) ont tenu jusqu’à la fin de l’essai à 55 semaines. Ces dernières, toujours suivies, sont sans TAR depuis en moyenne 1,5 an.
« Une avancée modeste mais cruciale »
« Bien que l’approche n’ait pas fonctionné pour la majorité, c’est un pas important », explique le Pr Thumbi Ndung’u, directeur scientifique à l’Africa Health Research Institute. « Comprendre comment 20 % ont contrôlé le virus éclairera les futures stratégies. » Il souligne aussi la portée symbolique de l’étude : « Cela prouve qu’on peut mener des recherches complexes dans des contextes précaires, et inclure les populations africaines – souvent exclues – dans l’innovation scientifique. »
Détails et enseignements
L’essai, mené par un consortium international*, a impliqué une interruption contrôlée du TAR. Aucun effet secondaire grave n’a été signalé, malgré des réactions légères (syndrome de libération de cytokines résolutif en 2 jours pour 18 femmes). Cinq participantes ont terminé 43 semaines sans reprendre les TAR, dont deux avec une charge virale inférieure à 50 copies/mL. Huit autres ont montré un contrôle partiel du virus, suggérant une suppression immunitaire active.
Vers un avenir sans traitement quotidien ?
Ces résultats renforcent l’espoir d’une guérison fonctionnelle – où le virus reste présent mais contrôlé sans médicaments. Ils démontrent aussi la faisabilité d’études complexes en Afrique, notamment auprès des femmes, touchées de manière disproportionnée par le VIH mais sous-représentées dans la recherche.
« C’est une preuve conceptuelle majeure », estiment les chercheurs, appelant à investir davantage dans les innovations locales. Si le chemin reste long, cet essai marque un tournant : il rappelle que l’équité dans la recherche et l’adaptation aux réalités africaines seront clés pour éradiquer l’épidémie.
*En collaboration avec l’Université de KwaZulu-Natal, le Ragon Institute (MGH, MIT, Harvard) et Gilead Sciences.















