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Farines locales : 13 000 tonnes déjà produites sur un objectif de 336 000 d’ici 2026

Quel est l’état des spéculations agricoles et les initiatives en cours pour booster la production locale ? Le ministre de l’Agriculture et du Développement rural (Minader) a apporté quelques éléments de réponses à cette préoccupation lors du Conseil des ministres tenu le 30 janvier dernier, ainsi qu’à la conférence annuelle des services centraux et déconcentrés des sociétés et organismes sous-tutelle de projet et programmes de son département, qui s’est tenue le 3 janvier 2024 à Yaoundé. Dans le cadre de la mise en œuvre de la politique d’import-substitution, l’accent a été mis sur les diligences en cours au plan opérationnel pour améliorer leur production locale. L’on apprend de sa présentation que six variétés de blé à haut rendement ont été retenues et développées concomitamment en hautes et basses altitudes. Les premières productions font l’objet d’une redistribution aux agriculteurs en qualité de semences. Dans son discours d’ouverture de la conférence annuelle, lundi dernier, le Minader a rapporté qu’un accent a été mis pour le compte de 2024 sur l’augmentation des terres emblavées des filières prioritaires, visant un accroissement de 20 % de la production des principales spéculations. L’État a subventionné les engrais au profit des producteurs pour une valeur de 13,9 milliards FCFA et mis à disposition des semences variées pour 7 milliards FCFA. En ce qui concerne spécifiquement les farines panifiables, des essais sont réalisés avec du manioc et six unités de production sont d’ores et déjà fonctionnelles. L’année 2024 a marqué une avancée significative avec la validation de cinq normes sur les farines locales et la production de 13 000 tonnes de farine panifiable. Cette quantité ne représente que 4,28 % de la production projetée cumulée, estimée à 303,6 milliers de tonnes en 2026, comme l’indique le Plan intégré d’Import-Substitution Agropastoral et Halieutique (Piisah) pour le triennat 2024-2026.
LA PRODUCTION DU RIZ PADDY EN HAUSSE
L’objectif fixé par le gouvernement en ce qui concerne le riz est de produire 465 000 tonnes d’ici 2026 dans le cadre du Piisah. Les mesures du Plan devraient permettre de réduire les importations de riz de 70 %. À cet effet, l’on apprend qu’à un an de l’échéance, l’aménagement des périmètres hydroagricoles se poursuit. Il est également envisagé de produire des semences améliorées qui seront mises à la disposition des agriculteurs cette année. Selon les données officielles, la production de riz paddy a enregistré une progression de 3 %, atteignant ainsi 230 000 tonnes. Cette augmentation, explique le Minader, « a été facilitée par la distribution de 720 tonnes de semences certifiées, d’une valeur de plus de 1,3 milliard FCFA, ainsi que par les nouveaux aménagements des projets Viva Logone et Viva Bénoué, couvrant 7 500 hectares ». De plus, la construction de 10 entrepôts et de 2 aires de séchage par la Semry, ainsi que celle de plus de 20 magasins de stockage par l’Upper Noun Development Authority (Unvda), ont contribué à ce résultat. Les efforts du Programme d’appui au développement des filières agricoles (Padfa II) et du Projet de Développement de la Riziculture Irriguée et Pluviale (Proderip) justifient en outre cette performance. Pour ce qui est de l’huile de palme, le cap est fixé à une augmentation de la production d’environ 40 000 tonnes d’ici 2026. Dans cette optique, la modernisation des agro-industries de première transformation, telles que la Cameroon Development Corporation (CDC) et la Pamol Plantations, est devenue une priorité pour le gouvernement, soutient le Minader. L’initiative inclut également la construction de nouvelles unités d’extraction d’huile de palme et l’acquisition de pressoirs modernes pour les coopératives de planteurs. Un soutien spécifique est apporté aux acteurs pour faciliter l’accès aux engrais et aux produits phytosanitaires. Grâce à ces diverses mesures, 452 tonnes de semences ont déjà été produites et deux millions de tonnes d’engrais ont été mises à la disposition des producteurs.
PRODUIRE 3,6 MILLIONS DE TONNES DE MAÏS EN 2026
Relativement au maïs et au soja, « la demande locale connaîtra une satisfaction progressive avec la création projetée dans la Plaine centrale, de vastes exploitations privées pratiquant une agriculture mécanisée », a rapporté le communiqué final du Conseil des ministres du 30 janvier dernier. Il convient de préciser que dans sa phase pilote, le projet Plaine centrale permettra notamment de produire « 600 000 tonnes de maïs, 50 000 tonnes de soja, 100 000 tonnes de riz paddy, 600 000 tonnes de pomme de terre et 400 000 tonnes de manioc ». Cependant, « il est principalement projeté de relever la production de maïs pour la faire passer de 2,7 millions de tonnes à 3,6 millions de tonnes en 2026, de renforcer la transformation à travers l’acquisition des équipements et d’améliorer la disponibilité des produits sur le marché. Il est envisagé de résorber complètement les importations de maïs », indique le Piisah 2024-2026. Lundi dernier, lors de la conférence annuelle du Minader, il a été révélé que la production de maïs a connu une augmentation de 5 % par rapport à l’année précédente, atteignant ainsi 2 400 000 tonnes. Cette hausse s’explique par l’acquisition et la distribution de 443 tonnes de semences de base certifiées de maïs, de 993 tonnes de semences certifiées de maïs, ainsi que par la mise à disposition de 5 751 tonnes d’engrais appropriés à la production du maïs, subventionnés à hauteur de 30 % par le Programme d’appui au renforcement de la production agricole au Cameroun (Parpac).
SÉCURITÉ ALIMENTAIRE : ENJEUX ET ACTIONS
Dans le cadre de la veille stratégique des indicateurs de la sécurité alimentaire, il ressort que 10,82 % des personnes sont en insécurité alimentaire aiguë, soit près de 3 millions de personnes dans le pays. Le Projet d’urgence de lutte contre la crise alimentaire (Pulcca) a permis, selon la même source, de distribuer des intrants agricoles à plus de 200 000 agriculteurs, ce qui a eu une incidence positive sur les rendements agricoles. En termes de gouvernance, il a été indiqué que l’arrêté portant cahier de charges, précisant les modalités techniques d’exercice de certaines compétences transférées par l’État aux communes en matière de promotion des activités de production agricole et de développement rural, a été signé depuis le 12 novembre 2024. La Déclaration de Kampala, adoptée le 11 janvier 2025 lors du sommet extraordinaire de l’Union Africaine pour le Programme Détaillé pour le Développement de l’Agriculture Africaine (Pddaa), est en phase avec la politique d’import-substitution mise en œuvre par l’État depuis 2021 et constitue un catalyseur politique pour l’import-substitution au Cameroun. « Les objectifs de la Déclaration de Kampala résonnent étroitement avec notre ambition au Cameroun de réduire notre dépendance aux importations et de valoriser les ressources locales. Elle établit une feuille de route pour la transformation des systèmes agroalimentaires africains sur la période 2026-2035, avec pour objectifs principaux d’accroître de 45 % la production agroalimentaire africaine, de réduire de 50 % les pertes post-récolte, et de tripler les échanges intra-africains de produits agricoles. Ces engagements visent à bâtir des systèmes agroalimentaires résilients et à garantir une Afrique saine et prospère, en cohérence avec l’Agenda 2063 de l’Union africaine », a expliqué Gabriel Mbaïrobé lundi dernier.
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13ème Forum de Paris sur la dette : quel horizon pour l’Afrique et le modèle camerounais ?

Sous le thème « Mieux coopérer dans un paysage de l’endettement en transformation », le Forum a réuni les grands argentiers mondiaux, de Kristalina Georgieva (FMI) à la direction de la Banque mondiale. L’enjeu majeur de cette grand-messe réside dans la distinction désormais vitale entre crise de liquidité et crise de solvabilité.
Pour de nombreuses économies africaines, étranglées par des taux d’intérêt durablement élevés et l’échéance imminente de leurs Eurobonds, l’accès au refinancement à court terme est devenu un goulet d’étranglement. L’objectif de Paris est clair : concevoir des mécanismes d’urgence pour éviter des défauts de paiement en chaîne, non par insolvabilité structurelle, mais par simple assèchement du cash disponible.
LA VOIX DE YAOUNDÉ FACE AU « MUR DU REFINANCEMENT »
Pour le Cameroun, la présence de Louis Paul Motaze à Bercy n’avait rien d’une simple formalité diplomatique. Yaoundé incarne cette catégorie de pays à revenu intermédiaire qui, bien que classés à risque de surendettement « élevé » par les institutions de Bretton Woods, maintiennent une trajectoire rigoureuse et honorent scrupuleusement leurs engagements. Le ministre camerounais est venu rappeler une réalité de terrain : la viabilité de la dette ne peut se construire au détriment du Budget d’Investissement Public (BIP), moteur de la stratégie nationale de développement SND30.
Face aux exigences de transparence absolue des données – l’un des grands chevaux de bataille de la France lors de ce sommet pour contrer les dettes cachées – , le Cameroun affiche une posture de clarté. La publication régulière des données de la Caisse Autonome d’Amortissement (CAA) en témoigne. Cependant, l’enjeu pour la délégation camerounaise résidait dans l’assouplissement des règles du « Cadre commun » du G20.
Ce mécanisme, conçu pour inclure la Chine (premier créancier bilatéral du Cameroun) et les investisseurs privés, brille encore par sa lenteur bureaucratique. Pour Yaoundé, obtenir une harmonisation rapide et une comparabilité de traitement entre créanciers occidentaux, asiatiques et privés est une nécessité absolue pour optimiser le profil de sa dette sans subir de décote souveraine.
L’URGENCE D’UNE FINANCE CLIMAT PRAGMATIQUE
L’autre grand axe défendu par l’Afrique lors de ce forum touche à l’articulation entre dette, développement et urgence climatique. Louis Paul Motaze et ses pairs africains ont insisté sur l’intégration systématique des clauses de suspension de la dette en cas de choc exogène ou de catastrophe naturelle (CRDCs). Plus encore, le Cameroun, au cœur du bassin du Congo, est particulièrement légitime pour revendiquer la mise en œuvre à grande échelle des « debt-for-nature swaps » (échanges de dette contre investissements verts).
L’enjeu est de convertir le fardeau financier en opportunités de financement pour la transition écologique et l’industrialisation locale, notamment à travers des projets d’infrastructures d’envergure. En somme, ce 13ème Forum de Paris consacre une certitude : la gouvernance financière mondiale ne peut plus s’écrire sans une concertation symétrique.
Pour le Cameroun, le défi des prochains mois consistera à manœuvrer avec agilité entre ces nouveaux mécanismes de liquidité multilatéraux et le maintien d’une discipline budgétaire interne, condition sine qua non pour préserver sa crédibilité sur les marchés internationaux tout en finançant son émergence.
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Coopération : 484 milliards FCFA décaissés dans le cadre de l’accord triennal avec l’ITFC

Le bilan de la coopération entre le Cameroun et l’International Islamic Trade Finance Corporation (ITFC), filiale du Groupe de la Banque islamique de développement (BID), est jugé satisfaisant. Les deux parties ont procédé à cette évaluation en marge des Assemblées annuelles 2026 du Groupe de la BID, qui se sont tenues du 16 au 19 juin 2026 à Bakou, en Azerbaïdjan. Le ministre de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire (Minepat), Alamine Ousmane Mey, a conduit la délégation camerounaise à ce rendez-vous financier.
En marge de ces assises, il a tenu une séance de travail avec le directeur général de l’ITFC, Adeeb Al Aama. Les échanges entre les deux responsables ont permis de faire le point sur l’état de la coopération entre les deux parties. Les financements accordés à des entreprises stratégiques telles que la Sonara, la Sodecoton et Alucam ont été passés en revue, de même que les lignes de crédit mises en place dans les banques camerounaises pour soutenir les petites et moyennes entreprises (PME) et les petites et moyennes industries (PMI).
Au terme de cette évaluation, il ressort que les financements mobilisés atteignent déjà 840 millions de dollars, soit 484,26 milliards de FCFA. Ce montant représente 105 % de l’objectif initial de 800 millions de dollars, équivalant à 462,7 milliards de FCFA. Signé en avril 2024 pour une durée de trois ans (2024-2027), le cadre de partenariat n’arrivera à échéance que dans un an, ce qui conforte les deux parties dans leur appréciation positive des résultats enregistrés.
DES FINANCEMENTS AU PROFIT DES ENTREPRISES PUBLIQUES ET DES PME
Dans le cadre de cet accord triennal, le Cameroun a notamment conclu un accord de financement Mourabaha de 126,5 milliards de FCFA avec l’ITFC. Ce crédit vise à sécuriser et à pérenniser les importations de produits pétroliers de la Société nationale de raffinage (Sonara). Officiellement autorisé par la présidence de la République, il doit soutenir la trésorerie et les activités commerciales de l’entreprise. Depuis l’incendie majeur de mai 2019, la raffinerie publique a dû adapter son modèle d’exploitation et recourt régulièrement à des facilités de crédit pour assurer l’approvisionnement du marché national en produits pétroliers.
Le concours de l’ITFC s’inscrit ainsi dans une logique de soutien à la continuité de l’approvisionnement énergétique du pays. Parallèlement, le secteur bancaire camerounais a renforcé son accès à des ressources financières alternatives grâce à la mobilisation de 20 millions d’euros, soit près de 13 milliards de FCFA, par l’intermédiaire de deux banques locales. Le premier accord, d’un montant de 10 millions d’euros, a été signé le 21 mai 2025 à Alger, en marge des Assemblées annuelles du Groupe de la BID, entre l’ITFC et CCA-Bank.
Cette facilité est dédiée au financement du commerce et vise à soutenir les opérations des entreprises locales. La Commercial Bank-Cameroun (CBC) a, elle aussi, conclu, lors du même rendez-vous, une opération de 10 millions d’euros avec l’ITFC. Structurée selon le principe islamique de la Mourabaha, cette facilité vise à soutenir les importations stratégiques, notamment dans les domaines de l’énergie, des intrants industriels et des biens de consommation. Une partie de ces ressources servira à renforcer Aman Finance Islamique, la fenêtre de finance islamique de la CBC, opérationnelle depuis 2022.
Ce guichet propose des produits conformes aux principes de la finance islamique afin de favoriser l’inclusion financière des populations peu bancarisées. Le crédit comprend également un mécanisme de confirmation de lettres de crédit destiné à sécuriser les paiements liés aux opérations d’importation. L’accord-cadre 2024-2027 constitue le prolongement d’un précédent partenariat triennal conclu entre le Cameroun et l’ITFC. Dans le cadre de ce premier programme, près de 602 millions de dollars, soit environ 348,4 milliards de FCFA, avaient été mobilisés par l’institution, représentant plus de 80 % de l’enveloppe initiale de 750 millions de dollars.
Fort de ces résultats, les deux parties ont signé, en avril 2024, un nouvel accord triennal portant l’enveloppe globale à 800 millions de dollars à déployer jusqu’en 2027. L’objectif affiché est d’accompagner la transformation économique post-crise, de soutenir les PME et de diversifier les instruments de financement.
Au regard des performances déjà enregistrées, le Cameroun et l’ITFC ont réaffirmé leur volonté de renforcer davantage leur partenariat. Les deux parties entendent accroître les financements en faveur de l’économie nationale et stimuler les échanges commerciaux, afin de consolider la dynamique de coopération engagée au cours des dernières années.
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Tissu Productif : Plus de 472 000 PME structurent l’économie locale en 2025

En 2025, le Cameroun se situe à mi-parcours de sa Stratégie Nationale de Développement 2020- 2030, qui vise une accélération de l’industrialisation à l’horizon 2030. C’est dans ce contexte que le ministère des Petites et Moyennes Entreprises, de l’Économie Sociale et de l’Artisanat (MINPMEESA) a rendu publique ce 24 juin, à Yaoundé, sa 15e édition de l’annuaire statistique sur les PMEESA.
Le tableau de bord dressé pour l’exercice 2025 offre une photographie sans précédent de la dynamique entrepreneuriale du pays, et les chiffres qu’il contient invitent à revoir l’image habituelle d’une économie dominée par l’informel. Le tissu productif formel camerounais regroupe en 2025 un total estimé de 569 208 unités, dont 99,9 % relèvent du segment des petites et moyennes entreprises, de l’économie sociale et de l’artisanat (PMEESA). Les 778 grandes entreprises qui composent le reste du tissu ne représentent qu’un dixième de pour cent.
Cette asymétrie structurelle n’est pas nouvelle, mais son ampleur s’est accentuée au fil des années. Dans cet ensemble, les PME seules totalisent 472 208 unités actives, soit 83 % du tissu formel total. Les 12,7 % restants se partagent entre les 72 508 Unités de production artisanale (UPA) et les 23 714 Organisations de l’Économie Sociale (OES).
16 845 NOUVELLES PME ENREGISTRÉES EN 2025
La progression est nette. En un an, le stock de PME a augmenté de 6,5 %. Sur six ans, la hausse est spectaculaire. En 2019, le Cameroun dénombrait 287 316 PME actives. En 2025, ce chiffre dépasse les 472 000. Cette évolution s’appuie sur des données issues des trois Recensements Généraux des Entreprises réalisés en 2009, 2016 et 2023, complétées par les flux de création enregistrés dans les Centres de formalités de création d’entreprises (CFCE).
Au cours de la seule année 2025, les CFCE ont enregistré 16 845 nouvelles PME sur l’ensemble du territoire national, contre 13 423 en 2019. Ces créations nouvelles reflètent une dynamique entrepreneuriale qui dépasse les seuls chiffres de stock. La part des entreprises créées par des jeunes de moins de 35 ans est passée de 36,4 % en 2019 à 42 % en 2025. Celle des femmes a progressé de 25 % à 33 % sur la même période.
Ces deux tendances traduisent une transformation profonde du profil des entrepreneurs camerounais. La création d’entreprise est devenue, pour une fraction croissante de la population, un vecteur d’insertion économique autant qu’une réponse aux tensions sur le marché du travail formel.
5 618,9 MILLIARDS FCFA DE CHIFFRE D’AFFAIRES EN 2025
Sur le plan sectoriel, la concentration des PME dans le tertiaire reste dominante avec 78,8 % des entreprises, mais ce chiffre est en recul par rapport aux 84,2 % enregistrés en 2016. Dans le même temps, la part du secteur secondaire est passée de 15,6 % à 20,8 %. Ce rééquilibrage progressif, même limité, correspond à l’objectif stratégique de faire monter en puissance la Valeur ajoutée manufacturière (Vam), dont la cible est fixée à 25 % du PIB à l’horizon 2030.
Les secteurs de l’agro-industrie, du coton-textilecuir et de la transformation du bois ont été les priorités affichées du cadre stratégique de performance 2022-2024. L’impact de ces entreprises sur l’économie se mesure à plusieurs niveaux.
Selon les estimations de l’annuaire, le chiffre d’affaires global des PMEESA s’établit à 5 618,9 milliards de francs CFA en 2025, sur un total de 21 870,3 milliards pour l’ensemble des entreprises, soit une part de 25,7 %. Sur le front de l’emploi, les PME assurent à elles seules quelque 800 000 emplois formels sur 1 219 936 que compte le secteur formel, soit 75 % des emplois formels créés par les PMEESA.
Pour la seule année 2025, les nouvelles unités créées dans les CFCE ont déclaré 79 750 emplois prévisionnels, dont la grande majorité concentrée dans les CFCE de Yaoundé et de Douala.
LE TISSU ÉCONOMIQUE NATIONAL FAIT PREUVE DE RÉSILIENCE
L’économie sociale et l’artisanat complètent ce tableau. Du côté des OES, 23 714 organisations sont désormais affiliées à 326 Réseaux Locaux de l’Économie Sociale, avec 2 850 nouveaux enregistrements en 2025. Leurs activités restent fortement ancrées dans les secteurs primaires : l’agriculture représente 45,3 % des nouvelles OES créées en 2025, l’élevage 30,7 %.
Pour les UPA, le secteur de l’artisanat de production est le plus représenté avec 52 % des unités, devant l’artisanat d’art à 31 %. La représentativité féminine y est majoritaire depuis 2022 et atteint 54,1 % en 2025. Cette performance s’inscrit pourtant dans un contexte difficile. L’annuaire le reconnaît explicitement : l’exercice 2025 a été marqué par la désorganisation des chaînes logistiques mondiales, des pressions inflationnistes persistantes et une instabilité sécuritaire dans certaines régions du pays.
Que la dynamique entrepreneuriale se soit maintenue malgré ces contraintes renforce la portée des résultats publiés. Achille Bassilekin III, ministre des Petites et Moyennes Entreprises, y voit la confirmation que le tissu économique national a fait preuve de résilience, et que les interventions publiques — promotion de l’entrepreneuriat, modernisation des unités de production, structuration des filières — ont produit des effets mesurables. Des lacunes structurelles demeurent, que les données du ministère permettent de quantifier avec précision. Le secteur informel concentre encore 87 % des unités de production nationales, soit environ 3,8 millions d’unités de production informelles estimées en 2025. Ces unités génèrent de leur côté 3,8 millions d’emplois, dans un pays où l’emploi formel ne couvre que 24 % de la population active. La migration du secteur informel vers le formel reste donc un chantier de longue haleine.
Pour y répondre, le cadre stratégique de performance 2026-2028, qui succède à celui de 2022-2024, prévoit notamment de renforcer les interventions en faveur des filières à forte valeur ajoutée, de développer des pôles économiques régionaux et des parcs industriels spécialisés, et d’intensifier la structuration du secteur informel en vue d’une formalisation progressive.
Ce sont ces orientations qui définiront l’agenda du ministère au cours des trois prochaines années, dans un pays dont la trajectoire d’industrialisation dépendra en grande partie de la capacité de ses PME à monter en puissance, à se connecter aux chaînes de valeur locales et à générer une valeur ajoutée manufacturière qui reste encore en dessous des ambitions de la SND30.
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