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Lisette Claudia Tame Soumedjong : « Nous sommes la seule industrie locale du cacao offrant des produits intermédiaires et finis »

Pouvez-vous nous parler de votre parcours professionnel et de l’origine de votre rêve de faire dans la transformation du cacao et celui d’implanter une usine au Cameroun ?
Merci pour l’honneur que vous me faites de m’interviewer. Pour bien situer le contexte, je suis la fille d’un industriel. Mon père, Henri Tame Soumedjong, était l’un des premiers agro-industriels au Cameroun dans le secteur laitier (directeur général de Saplait SA., ndlr.). J’ai donc grandi parmi les machines et j’ai découvert en moi la même passion et la même vocation que mes parents. Après mon parcours académique, mes premières expériences professionnelles m’ont conduite dans le secteur de la chocolaterie à l’étranger, où j’ai été formée spécifiquement au métier de la transformation du cacao. J’avais déjà le rêve de suivre le chemin de mes parents, et cette opportunité dans l’industrie m’a permis de définir ma propre trajectoire. Après mon séjour à l’étranger, où j’ai vu de belles réalisations, j’ai souhaité faire de même chez moi, au Cameroun. Je suis donc revenue pour démarrer mon projet industriel. Je n’ai pas commencé tout de suite dans l’industrie, car il fallait des fonds que je n’avais pas. Ce projet (Africa Processing Company SA, ndlr ) n’est pas un héritage familial ni une entreprise familiale. Nous sommes partis de zéro. J’ai commencé par importer des produits de chocolat de toutes sortes de l’étranger pendant 4-5 ans. Cette activité m’a permis de bien connaître le marché. Ensuite, j’ai collaboré avec des structures qui installaient des chocolateries ici, et je les ai accompagnées dans leur implantation. À l’issue de cette expérience, j’ai lancé ce projet industriel pour mon propre compte.
Quels ont été les principaux défis rencontrés lors du lancement d’Africa Processing Company SA. et comment les avez-vous surmontés ?
Je tiens à préciser que cette usine a été lancée depuis fin 2020. L’entreprise a été formalisée en janvier 2021, mais nous avions déjà commencé avant cette date. En janvier 2021, nous existions donc déjà depuis exactement quatre ans. Cette usine est simplement le fruit de notre propre réalisation. Avant, nous occupions des locaux que nous louions. Aujourd’hui, nous avons construit notre propre usine. Nous sommes installés ici depuis mai 2024. Ce n’est donc pas tout récent. Nous avons simplement procédé à l’inauguration il y a quelques semaines. Votre question portait sur les difficultés qu’il a fallu surmonter pour arriver ici. Naturellement, nous sommes partis sans aucun appui financier quelconque. Il a fallu réunir les ressources matérielles et financières nécessaires pour réaliser ce projet. Nous nous sommes appuyés sur notre activité. Le fait d’avoir travaillé longtemps à l’étranger nous avait offert plusieurs opportunités d’affaires et des clients qui ont cru en nous alors que nous étions encore tout petits, ce qui nous a permis d’engranger un certain nombre de moyens pour mettre ce projet en œuvre. Nous avons rencontré des difficultés financières et matérielles, bien entendu. Il y a aussi des difficultés liées à la ressource humaine, au capital humain. Voyez-vous, les métiers de l’industrie ne sont pas courants. Il n’y a pas d’école qui forme à ce que nous faisons. Donc, quelque part, il nous faut nous-mêmes former le personnel et lui apprendre le métier de la transformation de cacao. Ensuite, il y a la gestion de prestations de services, ce qui a nécessité de trouver des compétences pour réaliser cet ouvrage. Ce n’était pas la chose la plus aisée. Voilà en gros quelques difficultés que nous avons dû braver pour réaliser ce projet.
Pourquoi avez-vous choisi Mbankomo pour implanter vos installations, et en quoi cet emplacement stratégique contribue-t-il à vos activités ?
Mbankomo est un véritable carrefour. Nous sommes implantés dans la région du Centre, qui est le premier bassin cacaoyé du Cameroun, représentant pratiquement 51-54% de la production nationale. Dans ce bassin, nous sommes idéalement situés, à un point stratégique qui nous permet de rallier facilement Douala et Yaoundé, les deux grandes villes du pays, ainsi que les deux principaux ports, Douala et Kribi. La route de Ngoumou, qui est censée atteindre Kribi, ou la nationale numéro 3 facilitent également les connexions. Ce positionnement est stratégique à deux niveaux : d’une part, il nous place au cœur du principal bassin de production cacaoyère, et d’autre part, il nous offre une situation géographique avantageuse pour les échanges économiques, nous permettant de rejoindre facilement les ports et les grandes villes.
Quels mécanismes avez-vous mis en place pour assurer un approvisionnement régulier en fèves de cacao de qualité ?
Les capacités que nous transformons sont relativement faibles par rapport à la production nationale. En tant que transformateurs, nous avons des marges de manœuvre bien plus confortables que les exportateurs ou les acheteurs, communément appelés coxeurs. Pour une différence de prix de 100 FCFA, nous pouvons surpasser un exportateur qui traite de gros volumes. Nous bénéficions donc de cette facilité sur les marchés où nous achetons, que ce soit en coopérative, auprès de producteurs ou encore auprès de sociétés spécialisées dans la revente des fèves.
Nous avons tissé un certain nombre de relations et signé des contrats de fournisseurs au début de chaque campagne, qui nous approvisionnent. Nous permettons aussi aux particuliers de nous vendre leur cacao directement à l’usine, ce qui marche bien et fait plaisir aux producteurs de la région. Grâce à cette approche, il est assez aisé de mobiliser les quantités que nous transformons. Pouvez-vous nous présenter en détail la gamme de produits que vous avez conçue, fruit d’une étude approfondie des besoins des professionnels de la chocolaterie et de la confiserie ? Nous sommes la seule entreprise camerounaise qui propose à la fois des produits de première transformation, c’est-à-dire des produits dédiés à l’industrie et des produits semi-finis, ainsi que des produits finis destinés à la consommation finale.
En ce qui concerne les produits semi-finis de cacao, il y a principalement trois types : la poudre de cacao, la masse de cacao et le beurre de cacao, avec des subtilités que seuls les professionnels connaissent. Globalement, ces trois produits se déclinent en plusieurs formats et nous les commercialisons principalement à l’étranger. En effet, 90 à 95 % de notre production est exportée vers l’Asie, l’Europe, le Maghreb et bientôt le MoyenOrient. Pour la deuxième transformation, nous développons une gamme de produits assez innovante. Habituellement, le cacao est transformé en pâte à tartiner ou en barres de chocolat, ce qui est courant sur notre marché. Cependant, nous créons de nouveaux produits pour toutes les générations de consommateurs : enfants, jeunes et adultes. Nous proposons aujourd’hui environ 15 produits différents, tant en première qu’en deuxième transformation.


Quels sont les critères qui ont guidé le développement de votre gamme de produits innovants ?
Alors, déjà nous sommes partis de ce constat que je viens d’évoquer, que l’offre en termes de produits dérivés du cacao était faible. Quand on regarde à l’étranger ceux qui consomment principalement notre cacao, nous avons une panoplie tellement large. Et nous on se dit, mais pourquoi nous, qui sommes propriétaires de cette richesse, devons-nous nous restreindre à n’avoir qu’un ou deux produits de cacao qui sont connus et aimés du grand public. Donc, sur cette base-là, nous avons regardé les habitudes de consommation qui sont les nôtres, et identifié des besoins que nous pourrions susciter en rapport avec les habitudes de consommation de nos populations. Et il y va donc de notre ingéniosité, nous avons créé des produits assez innovants, comme je l’ai déjà dit, pour les enfants, pour les jeunes et les adultes, des produits innovants pour enrichir la consommation courante de cacao du Cameroun.
Parce qu’il faut noter que bien que nous soyons cinquième producteur mondial, nous ne consommons même pas 5% de notre production. Donc pour pouvoir susciter cette consommation-là, il fallait pouvoir proposer des produits nouveaux qui font envie et qui existent pour certains ailleurs, et d’autres non. Il y a des produits que nous avons quand même qui n’existent nulle part. Mais l’idée simplement au fond, c’est de pouvoir susciter cette nouvelle culture de consommation du cacao pour nos marchés intérieurs, à savoir le Cameroun, mais aussi l’Afrique.
Ces produits répondent-ils à la demande du marché ?
Ben écoutez, le peu que nous faisons aujourd’hui est largement demandé. Que ce soit en première ou en deuxième transformation, nous sommes en deçà de la demande de notre marché. Pour dire clairement, oui, tous nos produits ont trouvé un écho. Mais il faut dire que rien n’est fortuit dans ce que nous faisons. Comme je vous l’ai dit, nous avons étudié le marché pendant 4 à 5 ans avec des produits d’importation. Donc nous avons une idée des attentes du marché et nous essayons d’y répondre. C’est pour cela que nous rencontrons un certain succès avec nos produits.
Comment Africa Processing Company SA se positionne-t-elle face à des acteurs majeurs du secteur. Votre entreprise propose plus de 15 produits dérivés du cacao. Quelle est votre stratégie pour garantir la qualité et vous démarquer sur le marché local et mondial ?
Notre stratégie est basique : si vous voulez vous inscrire dans la durée et dans la qualité, la première chose à faire est d’avoir une bonne hygiène de production. C’est la base. Notre principe ici est de produire des choses que nous serions prêts à donner à manger à nos enfants. Nous garantissons donc une certaine qualité.
Nous disposons également d’outils pour nous aider. Nous avons installé un laboratoire pour suivre la qualité à travers différentes sortes d’analyses et de tests. Ces éléments nous permettent de garantir une certaine sécurité. Ensuite, il y a des organismes extérieurs comme le Centre Pasteur. Nous sommes certifiés Anor aujourd’hui. Nous avons aussi un médecin du travail qui accompagne le personnel pour veiller aux questions d’hygiène. En termes de qualité, nous avons sélectionné la matière première adéquate pour maintenir cette qualité.
Quelles mesures de soutien ou incitations gouvernementales avez-vous reçues et comment contribuent-elles au développement de votre entreprise ?
Bon, nous avons effectivement essayé de prendre connaissance de toutes les incitations qui existaient et nous les avons sollicitées. Nous avons demandé une subvention que nous n’avons pas obtenue, et un agrément pour pouvoir importer notre matériel que nous n’avons pas non plus reçu pour diverses raisons, ce n’est pas grave. La seule chose que nous avons demandée et que nous avons obtenue, c’est la concession de ce terrain. C’est ce dont nous avons bénéficié de la part de l’État.
Maintenant, nous avons également bénéficié du soutien de notre ministère de tutelle en matière de filière cacao, ce qui n’est pas négligeable. Nous avons également reçu le soutien des structures de cette filière, telles que l’ONCC et le CICC, qui se sont toujours montrés à notre écoute, nous ont conseillés et nous ont recommandés. À ce niveau-là, oui, nous avons eu ce genre de soutien. Mais en termes d’accompagnement et de facilitation de l’État, il n’y a eu que cette concession de terrain qui nous a été accordée.
Quels sont vos projets pour les années à venir, et comment envisagez-vous l’expansion d’Africa Processing Company SA à travers le Cameroun et au-delà ?
Aujourd’hui, le marché nous impose le projet de grandir. Comme je l’ai dit tantôt, notre production est totalement en deçà de la demande. Notre capacité installée est de 4 000 tonnes de broyage de fèves de cacao et de 4 000 tonnes de produits finis en ajoutant les autres intrants. Je tiens à le préciser parce que les gens font la confusion, ils disent qu’on broie 8 000 tonnes. Ce n’est pas vrai. Nous sommes capables de broyer 4 000 tonnes par an. Et lorsque nous ajoutons d’autres ingrédients pour les produits de consommation, on arrive aussi à 4 000 tonnes.
Donc un total de 8 000 tonnes de produits. Cette capacité est insuffisante et nous sommes obligés de renforcer rapidement notre matériel de production. C’est ce sur quoi nous travaillons à court et moyen terme. Peut-être d’élargir aussi notre zone de stockage. Mais notre véritable projet est d’arriver à construire notre usine d’ici 2028- 2029 sur le reste de notre site puisque nous n’occupons qu’un tiers du terrain, avec une usine d’une capacité de broyage de 24 000 tonnes de cacao.
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Coopération : 484 milliards FCFA décaissés dans le cadre de l’accord triennal avec l’ITFC

Le bilan de la coopération entre le Cameroun et l’International Islamic Trade Finance Corporation (ITFC), filiale du Groupe de la Banque islamique de développement (BID), est jugé satisfaisant. Les deux parties ont procédé à cette évaluation en marge des Assemblées annuelles 2026 du Groupe de la BID, qui se sont tenues du 16 au 19 juin 2026 à Bakou, en Azerbaïdjan. Le ministre de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire (Minepat), Alamine Ousmane Mey, a conduit la délégation camerounaise à ce rendez-vous financier.
En marge de ces assises, il a tenu une séance de travail avec le directeur général de l’ITFC, Adeeb Al Aama. Les échanges entre les deux responsables ont permis de faire le point sur l’état de la coopération entre les deux parties. Les financements accordés à des entreprises stratégiques telles que la Sonara, la Sodecoton et Alucam ont été passés en revue, de même que les lignes de crédit mises en place dans les banques camerounaises pour soutenir les petites et moyennes entreprises (PME) et les petites et moyennes industries (PMI).
Au terme de cette évaluation, il ressort que les financements mobilisés atteignent déjà 840 millions de dollars, soit 484,26 milliards de FCFA. Ce montant représente 105 % de l’objectif initial de 800 millions de dollars, équivalant à 462,7 milliards de FCFA. Signé en avril 2024 pour une durée de trois ans (2024-2027), le cadre de partenariat n’arrivera à échéance que dans un an, ce qui conforte les deux parties dans leur appréciation positive des résultats enregistrés.
DES FINANCEMENTS AU PROFIT DES ENTREPRISES PUBLIQUES ET DES PME
Dans le cadre de cet accord triennal, le Cameroun a notamment conclu un accord de financement Mourabaha de 126,5 milliards de FCFA avec l’ITFC. Ce crédit vise à sécuriser et à pérenniser les importations de produits pétroliers de la Société nationale de raffinage (Sonara). Officiellement autorisé par la présidence de la République, il doit soutenir la trésorerie et les activités commerciales de l’entreprise. Depuis l’incendie majeur de mai 2019, la raffinerie publique a dû adapter son modèle d’exploitation et recourt régulièrement à des facilités de crédit pour assurer l’approvisionnement du marché national en produits pétroliers.
Le concours de l’ITFC s’inscrit ainsi dans une logique de soutien à la continuité de l’approvisionnement énergétique du pays. Parallèlement, le secteur bancaire camerounais a renforcé son accès à des ressources financières alternatives grâce à la mobilisation de 20 millions d’euros, soit près de 13 milliards de FCFA, par l’intermédiaire de deux banques locales. Le premier accord, d’un montant de 10 millions d’euros, a été signé le 21 mai 2025 à Alger, en marge des Assemblées annuelles du Groupe de la BID, entre l’ITFC et CCA-Bank.
Cette facilité est dédiée au financement du commerce et vise à soutenir les opérations des entreprises locales. La Commercial Bank-Cameroun (CBC) a, elle aussi, conclu, lors du même rendez-vous, une opération de 10 millions d’euros avec l’ITFC. Structurée selon le principe islamique de la Mourabaha, cette facilité vise à soutenir les importations stratégiques, notamment dans les domaines de l’énergie, des intrants industriels et des biens de consommation. Une partie de ces ressources servira à renforcer Aman Finance Islamique, la fenêtre de finance islamique de la CBC, opérationnelle depuis 2022.
Ce guichet propose des produits conformes aux principes de la finance islamique afin de favoriser l’inclusion financière des populations peu bancarisées. Le crédit comprend également un mécanisme de confirmation de lettres de crédit destiné à sécuriser les paiements liés aux opérations d’importation. L’accord-cadre 2024-2027 constitue le prolongement d’un précédent partenariat triennal conclu entre le Cameroun et l’ITFC. Dans le cadre de ce premier programme, près de 602 millions de dollars, soit environ 348,4 milliards de FCFA, avaient été mobilisés par l’institution, représentant plus de 80 % de l’enveloppe initiale de 750 millions de dollars.
Fort de ces résultats, les deux parties ont signé, en avril 2024, un nouvel accord triennal portant l’enveloppe globale à 800 millions de dollars à déployer jusqu’en 2027. L’objectif affiché est d’accompagner la transformation économique post-crise, de soutenir les PME et de diversifier les instruments de financement.
Au regard des performances déjà enregistrées, le Cameroun et l’ITFC ont réaffirmé leur volonté de renforcer davantage leur partenariat. Les deux parties entendent accroître les financements en faveur de l’économie nationale et stimuler les échanges commerciaux, afin de consolider la dynamique de coopération engagée au cours des dernières années.
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Tissu Productif : Plus de 472 000 PME structurent l’économie locale en 2025

En 2025, le Cameroun se situe à mi-parcours de sa Stratégie Nationale de Développement 2020- 2030, qui vise une accélération de l’industrialisation à l’horizon 2030. C’est dans ce contexte que le ministère des Petites et Moyennes Entreprises, de l’Économie Sociale et de l’Artisanat (MINPMEESA) a rendu publique ce 24 juin, à Yaoundé, sa 15e édition de l’annuaire statistique sur les PMEESA.
Le tableau de bord dressé pour l’exercice 2025 offre une photographie sans précédent de la dynamique entrepreneuriale du pays, et les chiffres qu’il contient invitent à revoir l’image habituelle d’une économie dominée par l’informel. Le tissu productif formel camerounais regroupe en 2025 un total estimé de 569 208 unités, dont 99,9 % relèvent du segment des petites et moyennes entreprises, de l’économie sociale et de l’artisanat (PMEESA). Les 778 grandes entreprises qui composent le reste du tissu ne représentent qu’un dixième de pour cent.
Cette asymétrie structurelle n’est pas nouvelle, mais son ampleur s’est accentuée au fil des années. Dans cet ensemble, les PME seules totalisent 472 208 unités actives, soit 83 % du tissu formel total. Les 12,7 % restants se partagent entre les 72 508 Unités de production artisanale (UPA) et les 23 714 Organisations de l’Économie Sociale (OES).
16 845 NOUVELLES PME ENREGISTRÉES EN 2025
La progression est nette. En un an, le stock de PME a augmenté de 6,5 %. Sur six ans, la hausse est spectaculaire. En 2019, le Cameroun dénombrait 287 316 PME actives. En 2025, ce chiffre dépasse les 472 000. Cette évolution s’appuie sur des données issues des trois Recensements Généraux des Entreprises réalisés en 2009, 2016 et 2023, complétées par les flux de création enregistrés dans les Centres de formalités de création d’entreprises (CFCE).
Au cours de la seule année 2025, les CFCE ont enregistré 16 845 nouvelles PME sur l’ensemble du territoire national, contre 13 423 en 2019. Ces créations nouvelles reflètent une dynamique entrepreneuriale qui dépasse les seuls chiffres de stock. La part des entreprises créées par des jeunes de moins de 35 ans est passée de 36,4 % en 2019 à 42 % en 2025. Celle des femmes a progressé de 25 % à 33 % sur la même période.
Ces deux tendances traduisent une transformation profonde du profil des entrepreneurs camerounais. La création d’entreprise est devenue, pour une fraction croissante de la population, un vecteur d’insertion économique autant qu’une réponse aux tensions sur le marché du travail formel.
5 618,9 MILLIARDS FCFA DE CHIFFRE D’AFFAIRES EN 2025
Sur le plan sectoriel, la concentration des PME dans le tertiaire reste dominante avec 78,8 % des entreprises, mais ce chiffre est en recul par rapport aux 84,2 % enregistrés en 2016. Dans le même temps, la part du secteur secondaire est passée de 15,6 % à 20,8 %. Ce rééquilibrage progressif, même limité, correspond à l’objectif stratégique de faire monter en puissance la Valeur ajoutée manufacturière (Vam), dont la cible est fixée à 25 % du PIB à l’horizon 2030.
Les secteurs de l’agro-industrie, du coton-textilecuir et de la transformation du bois ont été les priorités affichées du cadre stratégique de performance 2022-2024. L’impact de ces entreprises sur l’économie se mesure à plusieurs niveaux.
Selon les estimations de l’annuaire, le chiffre d’affaires global des PMEESA s’établit à 5 618,9 milliards de francs CFA en 2025, sur un total de 21 870,3 milliards pour l’ensemble des entreprises, soit une part de 25,7 %. Sur le front de l’emploi, les PME assurent à elles seules quelque 800 000 emplois formels sur 1 219 936 que compte le secteur formel, soit 75 % des emplois formels créés par les PMEESA.
Pour la seule année 2025, les nouvelles unités créées dans les CFCE ont déclaré 79 750 emplois prévisionnels, dont la grande majorité concentrée dans les CFCE de Yaoundé et de Douala.
LE TISSU ÉCONOMIQUE NATIONAL FAIT PREUVE DE RÉSILIENCE
L’économie sociale et l’artisanat complètent ce tableau. Du côté des OES, 23 714 organisations sont désormais affiliées à 326 Réseaux Locaux de l’Économie Sociale, avec 2 850 nouveaux enregistrements en 2025. Leurs activités restent fortement ancrées dans les secteurs primaires : l’agriculture représente 45,3 % des nouvelles OES créées en 2025, l’élevage 30,7 %.
Pour les UPA, le secteur de l’artisanat de production est le plus représenté avec 52 % des unités, devant l’artisanat d’art à 31 %. La représentativité féminine y est majoritaire depuis 2022 et atteint 54,1 % en 2025. Cette performance s’inscrit pourtant dans un contexte difficile. L’annuaire le reconnaît explicitement : l’exercice 2025 a été marqué par la désorganisation des chaînes logistiques mondiales, des pressions inflationnistes persistantes et une instabilité sécuritaire dans certaines régions du pays.
Que la dynamique entrepreneuriale se soit maintenue malgré ces contraintes renforce la portée des résultats publiés. Achille Bassilekin III, ministre des Petites et Moyennes Entreprises, y voit la confirmation que le tissu économique national a fait preuve de résilience, et que les interventions publiques — promotion de l’entrepreneuriat, modernisation des unités de production, structuration des filières — ont produit des effets mesurables. Des lacunes structurelles demeurent, que les données du ministère permettent de quantifier avec précision. Le secteur informel concentre encore 87 % des unités de production nationales, soit environ 3,8 millions d’unités de production informelles estimées en 2025. Ces unités génèrent de leur côté 3,8 millions d’emplois, dans un pays où l’emploi formel ne couvre que 24 % de la population active. La migration du secteur informel vers le formel reste donc un chantier de longue haleine.
Pour y répondre, le cadre stratégique de performance 2026-2028, qui succède à celui de 2022-2024, prévoit notamment de renforcer les interventions en faveur des filières à forte valeur ajoutée, de développer des pôles économiques régionaux et des parcs industriels spécialisés, et d’intensifier la structuration du secteur informel en vue d’une formalisation progressive.
Ce sont ces orientations qui définiront l’agenda du ministère au cours des trois prochaines années, dans un pays dont la trajectoire d’industrialisation dépendra en grande partie de la capacité de ses PME à monter en puissance, à se connecter aux chaînes de valeur locales et à générer une valeur ajoutée manufacturière qui reste encore en dessous des ambitions de la SND30.
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Entreprises publiques : 40 milliards de FCFA perdus sous l’effet d’une gouvernance défaillante

Le chiffre est brut, sans appel. Au 31 décembre 2022, neuf entreprises publiques camerounaises affichaient un résultat net négatif pour un total de 39,5 milliards de FCFA de pertes cumulées sur un seul exercice. C’est l’une des conclusions les plus saillantes d’une publication que la Pr. Viviane Ondoua Biwolé, spécialiste de la gouvernance des organisations publiques en Afrique centrale, a consacrée aux « mandats échus » dans le périmètre public national.
Neuf années d’observation continue, croisées avec les données de la Commission technique de réhabilitation (CTR) et les décrets de nomination, ont permis d’établir un constat que les chiffres rendent difficile à contester. Pour l’experte en gouvernance des organisations, les dirigeants qui se maintiennent en poste au-delà des durées légales fixées par les lois jumelles du 12 juillet 2017, soit six ans pour les présidents de conseil d’administration et neuf ans pour les directeurs généraux, ne constituent pas seulement une irrégularité juridique. Ils représentent un coût mesurable, que la Pr Ondoua Biwolé résume en une formule qui traverse l’ensemble de son ouvrage : l’illégalité a un prix, et ce prix se lit directement dans les comptes.
Sonara, Cicam, Camair-Co : les cas les plus alarmants
Parmi les cas les plus documentés, quatre sociétés publiques présentaient des capitaux propres négatifs en 2022, signe d’une insolvabilité technique caractérisée. La Sonara affichait un déficit de fonds propres d’environ 114 milliards de FCFA, séquelle directe de l’incendie survenu en 2019, malgré un retour à l’équilibre d’exploitation la même année. La Cicam, elle, cumule des capitaux propres négatifs et des pertes récurrentes sur trois exercices consécutifs (2019, 2021 et 2022), ce qui en fait selon l’étude « la configuration la plus dégradée de l’ensemble du portefeuille public ».
La CDC et la CRTV complètent ce groupe, dans lequel une recapitalisation ou une restructuration du bilan est désormais jugée inévitable. La compagnie nationale d’aviation Camair-Co représente, pour sa part, le fardeau annuel le plus lourd et le plus persistant, avec des pertes oscillant entre 12,7 et 20,6 milliards de FCFA par exercice sur la même période. La charge pèse, en dernière instance, sur le contribuable camerounais, rappelle la chercheuse, dans un contexte budgétaire où les marges de manœuvre demeurent étroites.
Des subventions massives pour des rendements dérisoires
Face à ces déficits, l’État n’a pas réduit son soutien. En 2022, les subventions d’exploitation et d’investissement allouées aux entreprises publiques se sont élevées à 29 milliards de FCFA. Le tableau que dresse l’étude sur ce point est préoccupant. La CRTV a perçu à elle seule 23,4 milliards de FCFA de subvention publique pour dégager un résultat net de 333 millions de FCFA, soit un rendement que la Pr Ondoua Biwolé qualifie d’« extrêmement faible au regard du montant engagé ». La Midepecam, quant à elle, est demeurée en perte nette malgré la subvention reçue.
L’analyse va plus loin en établissant un lien de causalité entre l’enracinement des dirigeants et la dégradation des comptes. Sur les 89 structures examinées, 77 présidents de conseil d’administration exercent au-delà de six ans et 36 directeurs généraux au-delà de neuf ans. Parmi les cas les plus extrêmes, Camille Mouté à Bidias dirige le Fonds national de l’emploi depuis 1991, soit 35 années de direction continue, tandis qu’Adolphe Moudiki est à la tête de la Société nationale des hydrocarbures depuis 1993. Ces situations ne sont pas sans rapport avec les résultats des structures concernées, selon la chercheuse.
Un indice composite pour mesurer le risque
Pour rendre ce rapport lisible par les décideurs, la Pr Ondoua Biwolé a construit un indice composite de risque-redressement sur 100, qui agrège risque juridique, risque de gouvernance, risque financier et performance opérationnelle. Les structures classées en priorité maximale regroupent des entités comme l’Anafor, la Sopecam, la Magzi ou le Crédit foncier, qui cumulent à des degrés divers ancienneté des dirigeants et fragilité financière.
Pr Viviane Ondoua Biwolé est explicite sur le mécanisme en jeu. L’absence de sanction du dépassement de mandat crée les conditions d’un enracinement durable, qui favorise à son tour le recyclage d’un nombre restreint de personnalités sur un nombre croissant de postes, ce qui réduit le renouvellement des compétences et des approches de gestion. La dégradation des résultats financiers qui s’ensuit appelle un soutien budgétaire accru de l’État, lequel allège artificiellement la pression sur les dirigeants en place et referme le cercle. Un système qui s’alimente lui-même, en somme, sans rupture visible à court terme.
La contrainte est aussi stratégique. Le dépassement de mandat crée une insécurité juridique vis-à-vis des partenaires bancaires et des investisseurs internationaux. Il empêche également l’introduction en bourse d’entités publiques, une option que l’État camerounais a pourtant affichée parmi ses ambitions, mais qui suppose des organes sociaux régulièrement constitués, condition rarement remplie dans l’état actuel du portefeuille public.
« Nommer n’est pas prolonger » : une feuille de route en trois horizons
La feuille de route proposée en conclusion de l’étude porte trois horizons. À court terme, la régularisation des vingt entreprises où la totalité de l’attelage dirigeant est hors mandat. À moyen terme, la soumission des quatre entreprises insolvables à un plan de redressement assorti d’une conditionnalité effective des subventions publiques.
À plus long terme, la professionnalisation du processus de nomination, en réduisant la part du pouvoir discrétionnaire au profit de critères de compétence documentés. Une ambition que résume la formule centrale de l’ouvrage, « nommer n’est pas prolonger », et dont la mise en œuvre reste, à ce jour, entière.
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