Dans un document financier publié le 14 octobre 2026, la Société financière internationale révèle les détails de sa participation à l’opération obligataire lancée par Alios Finance Cameroun. L’institution du Groupe de la Banque mondiale apporte jusqu’à 6,6 milliards de FCFA à un financement destiné notamment aux PME, avec un dispositif de partage des risques et des engagements spécifiques en faveur des entreprises détenues par des femmes.
La Société financière internationale (SFI), filiale du Groupe de la Banque mondiale dédiée au secteur privé, apporte son soutien à Alios Finance Cameroun. Dans une fiche d’investissement rendue publique le 14 octobre 2026 et consultée par Défis Actuels, l’institution détaille son engagement dans une émission obligataire de la Société camerounaise de crédit automobile (SCCA), qui exerce sous la marque commerciale Alios Finance Cameroun.
Enregistrée sous le numéro 51984, l’opération porte sur une enveloppe maximale de 13,2 milliards de FCFA, dont 6,6 milliards susceptibles d’être mobilisés directement par la SFI. Cette participation représente la moitié du financement envisagé dans la documentation de l’institution internationale.
Mais le calendrier révélé par la SFI apporte un éclairage supplémentaire. Le projet a été approuvé le 26 juin 2026, signé le 30 juin, puis enregistré comme investi le 25 août 2026. Autrement dit, l’engagement de l’institution financière internationale ne relève plus de la seule intention de financement. Sa matérialisation figure dans les données officielles publiées par la SFI.
UNE OPÉRATION DÉJÀ LANCÉE SUR LE MARCHÉ RÉGIONAL
Ce financement s’inscrit dans l’emprunt obligataire lancé par Alios Finance Cameroun le 29 juin 2026 sur le marché financier de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC). L’entreprise avait annoncé vouloir lever 13 milliards de FCFA à travers deux tranches.
La première, d’un montant de 10 milliards, est assortie d’un taux d’intérêt annuel brut de 6,60 % sur trois ans. La seconde, de 3 milliards de FCFA, offre une rémunération annuelle brute de 7,20 % sur cinq ans.
L’opération, autorisée par la Commission de surveillance du marché financier de l’Afrique centrale (COSUMAF) sous le visa APE 04/26, est conduite par un consortium comprenant Société Générale Capital Securities Central Africa, Attijari Securities Central Africa et Elite Capital Securities Central Africa.
Initialement prévue pour s’achever le 20 juillet, la période de souscription avait été prolongée au 7 août, puis au 10 septembre 2026. Ces reports avaient laissé ouverte la question de la capacité de l’émetteur à mobiliser l’intégralité des ressources recherchées.
La publication de la SFI apporte désormais une confirmation sur la participation de l’investisseur institutionnel, sans toutefois préciser le montant définitif collecté auprès de l’ensemble des souscripteurs.
Une différence apparaît également entre les 13 milliards annoncés au public et le plafond de 13,2 milliards figurant dans le document de la SFI. Les éléments consultés ne permettent pas d’en déterminer l’origine.
UN FINANCEMENT DE CINQ ANS POUR DÉVELOPPER LE CRÉDIT-BAIL
Selon la fiche financière examinée par Défis Actuels, les titres concernés par l’investissement de la SFI sont des obligations senior non garanties, d’une maturité de cinq ans, avec remboursement du principal par échéances semestrielles égales.
Le caractère senior signifie que ces titres bénéficient d’un rang de remboursement prioritaire par rapport aux dettes subordonnées. En revanche, l’absence de sûretés spécifiques signifie qu’ils ne sont pas directement adossés à des actifs donnés en garantie.
L’objectif économique de l’opération est de renforcer les capacités d’Alios Finance Cameroun à financer les équipements productifs, les investissements des entreprises et les besoins des micro, petites et moyennes entreprises.
Le crédit-bail occupe une place particulière dans ce dispositif. Cette formule permet à une entreprise d’utiliser des équipements professionnels, des véhicules ou des machines moyennant des loyers, sans devoir nécessairement mobiliser immédiatement la totalité de leur prix d’acquisition.
Pour les PME camerounaises, dont l’accès aux financements bancaires à moyen terme demeure souvent difficile, ce mécanisme constitue une alternative au crédit classique.
En apportant des ressources sur cinq ans, la SFI entend ainsi accompagner le développement d’une activité qui exige des financements relativement longs, mieux adaptés à la durée d’utilisation des équipements.
AU MOINS 15 % DES RESSOURCES RÉSERVÉES AUX ENTREPRISES FÉMININES
L’une des particularités de l’opération concerne l’affectation des fonds. La documentation prévoit qu’au moins 15 % du produit de l’émission soient destinés aux micro, petites et moyennes entreprises détenues par des femmes.
Sur une enveloppe de 13,2 milliards de FCFA, cette proportion représenterait au minimum 1,98 milliard de FCFA si le montant maximal était effectivement mobilisé.
Cette orientation s’inscrit dans la plateforme de financement des PME soutenue par la SFI, qui accorde une attention particulière aux entreprises féminines, souvent confrontées à des difficultés d’accès au crédit et aux financements d’investissement.
Le dispositif prévoit également un accompagnement technique d’Alios Finance Cameroun. Celui-ci portera notamment sur l’amélioration de la gestion des risques, les procédures d’analyse et d’octroi des crédits, la gestion actif-passif, la digitalisation et le renforcement des ressources humaines.
La SFI entend aussi améliorer les capacités de l’établissement à mesurer et documenter les financements accordés aux entreprises détenues par des femmes.
UN MÉCANISME INTERNATIONAL DE PARTAGE DES RISQUES
L’opération bénéficie par ailleurs d’une architecture financière particulière. Elle s’appuie sur des instruments de financement mixte mobilisant l’Association internationale de développement (IDA), autre institution du Groupe de la Banque mondiale.
Le premier dispositif repose sur une garantie mutualisée de première perte pouvant atteindre 40 millions de dollars, destinée à couvrir une partie des risques supportés par les investisseurs dans le cadre d’un portefeuille de projets.
Il ne s’agit donc pas d’une garantie de 40 millions de dollars exclusivement accordée à Alios Finance Cameroun, mais d’un mécanisme plus large auquel son financement est rattaché.
Le second dispositif consiste en un contrat d’échange de devises, ou cross-currency swap, soutenu par l’IDA. Il vise à faciliter les financements en monnaie locale et à réduire les risques liés aux fluctuations de change.
Ces instruments permettent de rendre possibles des opérations qui seraient plus difficiles à financer aux conditions ordinaires du marché.
La SFI estime notamment à 5,2 % du coût total du projet l’élément concessionnel associé au mécanisme de couverture en monnaie locale.
La publication apporte également une précision sur l’actionnariat d’Alios Finance Cameroun. Selon la SFI, Crédit d’Afrique Groupe (CREDAF) détient 70,6 % du capital de la société, confirmant sa position d’actionnaire majoritaire.
Par Yves TCHENANG
Défis Actuels du 21/10/2026