Interrogées sur une plainte récurrente des abonnés camerounais, Grok, Claude, Gemini et ChatGPT avancent des explications qui se recoupent : usages en arrière-plan, absence de Wi-Fi fixe, qualité du réseau et passage à la 4G. Les données du régulateur et des opérateurs permettent d’en vérifier une partie.
Quatre intelligences artificielles ont été soumises à une même question, posée dans une vidéo : « Pourquoi les clients internet du Cameroun ont-ils le sentiment que leur data s’épuise plus vite, comparée à celle des autres pays qui vendent eux aussi des forfaits data ? » Leurs réponses, reproduites ici sans modification, convergent sur plusieurs points.
Pour Grok, développée par xAI, « le sentiment est largement partagé, et il ne vient pas seulement de l’impression ». L’IA rappelle que MTN et Orange ont amélioré et densifié leur réseau 4G depuis 2020 et que Camtel est entré sur le marché comme opérateur mobile commercial. Elle affirme qu’Orange Cameroun a réalisé d’importants investissements qui ont « transformé son réseau 4G, entraînant une multiplication de ses débits Internet de plus de 65% entre 2024 et 2026 ». Elle mentionne aussi un plan d’extension de la fibre optique de Camtel, visant à « passer d’environ 12 mille kilomètres à 22 mille kilomètres ».
Grok décrit ensuite, depuis 2025, une même scène chez MTN, Orange et Camtel : des barres de réseau pleines, des pages qui ne chargent pas et un forfait déjà épuisé. Elle précise que « quand la connexion coupe, les applications réessaient », et que chaque nouvelle tentative est facturée.
Claude, d’Anthropic, écrit qu’« il n’y a probablement pas une seule cause : ce sentiment vient d’un cumul de facteurs techniques, économiques et de confiance ». Elle cite le Wi-Fi fixe peu répandu, qui oblige à tout faire passer par le forfait mobile, la consommation en arrière-plan, la qualité du réseau et des coûts structurels liés à la fibre optique, aux câbles sous-marins, à la fiscalité et à une concurrence limitée. Elle ajoute : « Je ne peux pas prouver que les opérateurs camerounais facturent mal, mais plusieurs éléments expliquent bien cette impression. »
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Gemini, d’Alphabet, affirme que « l’unité de mesure du mégaoctet (Mo) est mathématiquement la même partout, mais l’expérience perçue au Cameroun est biaisée par plusieurs réalités ». Elle insiste sur la 4G, qui charge directement les vidéos en haute définition, « consommant jusqu’à 4 à 5 fois plus de data pour le même temps de visionnage ». Elle évoque le préchargement des vidéos suivantes par les réseaux sociaux, les mises à jour automatiques qui peuvent peser entre 100 Mo et 500 Mo, et les sauvegardes automatiques de photos sur Google Photos ou iCloud. Elle relève enfin que « lorsqu’un pass s’épuise subitement, le réflexe naturel est d’incriminer l’opérateur (vol de data, facturation abusive) plutôt que les tâches de fond du téléphone ».
ChatGPT, d’OpenAI, rappelle qu’« un gigaoctet reste un gigaoctet ». Une meilleure connexion peut, selon elle, charger des vidéos en meilleure résolution, tandis qu’une connexion instable provoque rechargements, retransmissions et téléchargements interrompus puis repris. Elle dresse la liste des consommations discrètes d’un smartphone, des statuts WhatsApp aux publicités vidéo, en passant par le partage de connexion avec un PC ou une télévision, et conclut : « Le problème est donc parfois moins le réseau camerounais que l’écart entre le volume de data disponible et les usages modernes. »
Grok, Claude et ChatGPT soulignent également qu’« Au Cameroun, des coupures de courant intempestives, des coupures de fibre ont un sérieux effet sur la qualité du réseau, les opérateurs se trouvant obligés d’alimenter au groupe électrogène pendant plusieurs jours leurs pylônes afin de garantir la connectivité aux populations. »
ChatGPT note que le régulateur a publié un communiqué sur la dégradation continue de la qualité des services mobiles, et que « cela ne prouve pas à lui seul une “surconsommation” de data, mais cela montre que la qualité effective du réseau est un élément important de l’expérience utilisateur ».
Ces causes sont confirmées par l’Agence de régulation des télécommunications (ART). Dans un communiqué du 11 septembre 2024, elle constatait une dégradation continue des services de MTN, Orange et Camtel, qu’elle attribuait à l’insuffisance de l’énergie électrique, aux difficultés d’approvisionnement en carburant et à l’état de la fibre optique de Camtel, dont l’audit révélait une dégradation continue.
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MTN et Orange avaient alors déployé des équipes techniques et coordonné leur action avec Camtel pour rétablir les performances du réseau. Une amende globale de 2,6 milliards de FCFA a été infligée aux opérateurs en juillet 2025, et l’ART a engagé en avril 2026 une nouvelle série de rencontres avec MTN, Orange et IHS Cameroun.
D’autres données confirment une partie des éléments avancés par les IA. Selon l’Observatoire 2024 de l’ART, Camtel comptait 2,089 millions d’abonnements mobiles actifs à fin 2024, contre 15,674 millions pour Orange et 13,752 millions pour MTN.
MTN indiquait, pour sa part, avoir porté son parc à 2 319 sites 4G à fin juin 2025, avec un trafic moyen par utilisateur passé de 5,4 Go à 6,4 Go par mois. Dans le même temps, des associations de consommateurs et la presse locale rapportaient des pannes fréquentes, des débits irréguliers et une tarification peu claire.
Quant au réseau fixe, la télédensité fixe s’établissait à 0,24 ligne pour 100 habitants en 2024.
Les opérateurs poursuivent leurs investissements. Orange Cameroun avait annoncé en février 2023 un plan de 150 milliards de FCFA sur cinq ans pour sécuriser, moderniser et étendre son réseau, son directeur général indiquant une croissance du trafic data d’environ 40 % l’année précédente.
Camtel a réceptionné en septembre 2026 une deuxième livraison de 35 conteneurs d’équipements pour son programme Mobile Network Expansion, qui prévoit 245 nouveaux sites et porterait son parc de 473 à 718 installations.
Sur le terrain, les témoignages décrivent le même décalage que celui relevé par les IA. Dans une correspondance publiée en janvier 2026, une étudiante de l’université de Yaoundé I rapportait qu’après une recharge de 1 000 FCFA pour 2,5 Go, le serveur lui annonçait qu’il ne lui restait que 2 Go alors qu’elle n’avait effectué aucune opération.
Le même article indique qu’il faut généralement attendre la tranche de 23 heures à 3 heures pour télécharger de gros fichiers, les réseaux étant alors moins saturés.
Les IA proposent enfin des mesures pour limiter la consommation. Claude recommande de comparer le compteur du téléphone avec celui de l’opérateur, de désactiver les mises à jour automatiques et le téléchargement automatique des médias hors Wi-Fi, d’activer le mode économiseur de données, puis, en cas de désaccord, de saisir le service client, puis l’ART.
Gemini ajoute de couper la lecture automatique des vidéos sur Facebook, Instagram, TikTok et WhatsApp, et de limiter les sauvegardes cloud au Wi-Fi.
Par Yves TCHENANG
Défis Actuels du 21/10/2026